Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

05 Juin 2026 à 08:15:30
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Billie

Auteur Sujet: Billie  (Lu 2338 fois)

Hors ligne Kurieu

  • Tabellion
  • Messages: 45
Billie
« le: 24 Mai 2019 à 16:46:12 »
Un premier texte, le prologue d'une aventure qui sera plus longue :



La route avait été longue mais la journée était finie et le soleil rentrait lui aussi se coucher.

Le mercure avait sans doute cassé plusieurs thermomètres, ce qui est un peu excessif pour un mois de Juin, mais l’excès n’était pas ce qui gênait Billie, au contraire. Elle gara sa vieille semi-remorque, sans climatisation, sur sa place habituelle, remonta sa vitre à la main et se dirigea vers l’entrepôt pour récupérer ses affaires. Le hangar, qui servait de résidence à la boite de transport pour laquelle elle travaillait, était vieillot, c’était le moins qu’on puisse dire. Des poutres rouges soutenaient péniblement des parois métalliques grises, le tout n’ayant pas été repeint depuis les années 50 au minimum. Quelques camions trainaient dans la cour et de rares chauffeurs à quai finissaient de décharger leur cargaison.

—   Salut Billie
—   Salut Jean-Philippe.
—   Heu… le patron veut te voir…

Et il détourna le regard. Ce n’était pas du tout le genre de Jean-Philippe d’en dire si peu. Il avait plutôt l’habitude de débiter un torrent de paroles qu’il fallait tôt ou tard arrêter avec un barrage du type de ceux qu’on construit dans les Alpes. Rien en dessous ne suffisait. Billie tiqua.
Elle rentra dans le hangar espérant trouver un peu de frais sous son ombre, mais en vain. Il était vide et poussiéreux, ce qui n’était pas étonnant une veille de week-end. Une coulée de sueur glissa dans son dos.
Billie grimpa les quelques marches qui la séparait du bureau du Caporal. C’est comme ça qu’ils l’appelaient, et il y avait des raisons : il ne parlait pas, il gueulait. Même pour vous dire qu’il était content, il gueulait. La rumeur disait qu’il était né en gueulant et qu’il n’avait jamais pu s’arrêter, la faute à un cartilage qui bloquait sa mâchoire en position béante.
Mais aujourd’hui il dit simplement :

—   Salut Billie,  assieds-toi s’il te plaît.

Billie comprit immédiatement ce qui allait se passer. Depuis plusieurs mois la boite avait déjà viré plusieurs chauffeurs, la faute à la conjecture économique. Elle est pratique, la conjecture économique. On peut pas lui casser la figure, la raisonner ou même seulement lui demander des explications. Elle dit qu’elle est en mauvaise forme et tout le monde la croit. Et quand elle est malade, c’est des gens comme Billie qu’elle éternue.

Elle ressortit du bureau quelques minutes plus tard en jetant : « Je garde le camion ». « Non » avait répondu le Caporal. Mais elle s’en tapait.
Elle escalada le marchepied pour accéder à sa cabine et démarra le vieux bahut. Mais pour aller où ? Elle sentit sa vie commencer à tomber en pluie fine sur ses épaules, et les images qui venaient n’étaient pas drôles. Ca non.

Elle ne s’était pas attendu à tenir autant à son travail. Elle qui était si libre. Mais au fond, ce n’était pas la perte de son boulot qui était en train de la mettre dans cet état. C’était la somme de tout le reste. Son boulot n’était que la dernière béquille sur laquelle elle s’appuyait. C’était peut-être une des plus petites de toutes, mais c’était la dernière quand même et on venait de la lui enlever, celle-là aussi. Alors elle tanguait.

Elle prit l’autoroute, comme tant de fois auparavant et roula. Son passé remontait en surface et la submergeait. Toute son histoire déboulait devant ses yeux : sa mère qui était partie la veille de ses dix ans sans laisser aucune trace, son père qui ne l’avait jamais aimée et qui était mort sous le poids des questions laissées derrière la disparition de sa femme, ses grands-parents qui l’avaient élevée par devoir, l’homme qu’elle avait cru aimer et qui l’avait trahie. Bien sûr, on n’arrive pas à 55 ans sans devoir s’habituer aux cicatrices de toutes les vies qu’on a eues, mais ce soir ces blessures faisaient particulièrement mal.

Elle roula ainsi sans voir le temps passer. Quelques minutes ? Plusieurs heures ? Suffisamment pour vider sa jauge d’essence. Lorsque le voyant s’alluma, elle s’arrêta sur une aire d’autoroute et immobilisa son camion devant une pompe à essence.
Sonnée, elle referma le grand livre des images de sa vie, puis elle se pencha et ouvrit la boite à gant. Sous le bazar qui s’y entassait, elle trouva ce qu’elle cherchait. C’était une arme dégueulasse, à supposer d’ailleurs qu’il en existe d’un autre genre. Elle l’avait prise un jour de force à un jeune con qui allait faire des conneries, pour lui donner une chance de s’en sortir. Il avait tenté de résister, bien sûr, mais Billie était précisément le genre de femme qu’on laissait faire dans ces moments là.

Elle avait rangé l’engin dans sa boite à gant en même temps que dans un coin de sa tête. Comme une issue de secours. Comme une branche dans des sables mouvants.
Billie roula sa cigarette et l’alluma. L’aire d’autoroute était encore animée malgré l’heure tardive et un des néons de la station-service faisait une lumière tremblotante et pâle sur la devanture du magasin. Elle regardait les gens entrer et sortir après avoir payé leur plein. Elle les regardait, mais les voyait de moins en moins.
Les cigarettes roulées ont pour habitude de signaler la fin de la partie par une chaleur trop forte sur les lèvres. Elle continua encore à tirer deux ou trois lattes avant de jeter le mégot par la fenêtre. La dernière se fume jusqu’au bout du bout sans doute.

Billie se sentait vide. Ni bien, ni mal, juste vide. Comme en apesanteur. Lentement, elle saisit la crosse poisseuse et noire de l’engin et, sans penser, surtout sans penser, imita les gestes qu’elle avait vu dans tant de films. Elle approcha le canon de sa bouche, puis elle appuya...

Rien. Il ne se passa rien. Elle n’attendait plus grand chose, mais pas ça… pas ça. Impossible de  recommencer, mais impossible aussi de continuer. Et d’un seul coup tout lui tomba sur les épaules. C’était comme si sa vie roulée en boule serrée trop longtemps se dépliait actionnée par on ne sait quel ressort et lui tombait sur la gueule en un seul morceau. C’était trop grand, même pour elle. Ce n’était pas juste un câble qui avait rompu, c’était le plus gros, celui qui tient tous les autres ensemble. Alors pour la première fois de sa vie elle se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Elle resta là, les mains sur son volant, à laisser ses larmes couler, à laisser toute cette merde accumulée depuis des années sortir et se répandre.

Puis les larmes s’arrêtèrent. Comme elles étaient venues. Billie eut la certitude à cet instant que c’était la première et la dernière fois qu’elle pleurait. Elle se sentait vidée, pas mieux, pas moins bien, juste vidée. Elle venait de survivre à un éboulement, et elle avait maintenant devant elle une plaine remplie de rochers mélangés à des morceaux arrachés à sa vie.
Elle se sentait si fatiguée d’avoir encore échoué. Elle n’avait aucune idée de la raison pour laquelle l’arme n’avait pas tiré. Etait-elle chargée ? Avait-elle fait ce qu’il faut ? A vrai dire cela ne l’intéressait plus beaucoup. Il allait falloir trouver un sens au temps qu’elle avait devant elle. Trouver un sens ou bien continuer à sombrer ? Elle ne savait pas si elle aurait la force de sombrer à nouveau.

Elle ouvrit la boite à gant et cacha l’arme qu’elle aurait bien jeté par la fenêtre, lorsqu’un homme, sortit de nulle part, frappa à sa fenêtre.

—   Bonsoir m’dame. Si vous ne faites pas le plein, vous ne pouvez pas rester là m’dame ; il doit bien y avoir une place pour vous un peu plus loin.

Une place pour elle… un peu plus loin. Et pourquoi pas ? Quelque chose en Billie avait cédé. Le vide qu’elle ressentait lui donnait soudain paradoxalement un peu de légèreté. S’il y avait une place pour elle, plus loin, est-ce que ça ne vaudrait pas le coup de la trouver ?





Hors ligne Marcel Dorcel

  • Prophète
  • Messages: 691
Re : Billie
« Réponse #1 le: 24 Mai 2019 à 22:08:43 »
Tout d'abord, sache que le prénom de ton héroïne m'a interpellé. Je présume sans mal que nous ne sommes pas de la même génération et que pour ma part ce prénom est fortement connoté.

Billie Holliday, l'icône absolue, Piaf à côté d'elle, c'est un petit moineau et Billie Jean King, une des plus grandes joueuses de tennis de tous les temps.

Donc forcément, pour m'inscrire dans le personnage, il m'a fallu un peu de temps.

Je sentais ton histoire bien partie, genre série B à l'américaine, des grands espaces, des routes longues, tellement longues qu'elles n'en finissent jamais, des motels, de l'hamburger, des gros bahuts, de la poisse, des types vicelards et gras du bide, du cambouis, de la haine, du vice  etc...et là tu me fais chialer ta gonzesse  de 55 balais comme une midinette boutonneuse.
Putain ! Fais-la rebrousser chemin, la balle qu'elle se destinait, elle va la lui mettre en plein dans le gosier à l'autre affreux !

Bien sur, ce que je te dis n'est pas à suivre forcément, simplement pour te prévenir que ton histoire est mal embarquée.
Par exemple, ta première phrase  est cohérente, bien ajustée, idéale comme lancement puis malheureusement, tu te laisses submerger par l'émotion d'écrire, tu veux expliquer la psychologie du personnage, élevée par ses grand-parents, père et mère inexistants, etc... franchement, tout ça c'est du bla-bla à deux balles.
Laisse ton personnage agir, réagir, introduis du monologue intérieur, fais-la parler et de lui-même alors ton personnage prendra forme.

Sans passer par du charabia, de l'argot mais il faut que ta langue soit plus directe.

D'autres te diront peut-être le contraire. C'est mon ressenti personnel.

Bonne route, amigo !
« Modifié: 24 Mai 2019 à 22:10:27 par Marcel Dorcel »
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

J'écris pour me taire
Philippe Léotard

Aime-moi, ou pas, mais je t'interdis de me juger.
Marcel Dorcel

Hors ligne Kurieu

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : Billie
« Réponse #2 le: 25 Mai 2019 à 10:45:49 »
Tout d'abord merci d'avoir pris le temps de me lire et de me répondre.

@Marcel
OK, je comprends de ton commentaire (outre la question du prénom) que le début t'a plu (?) mais que l'orientation prise vers cette histoire trop sentimentaliste n'est pas intéressante.
Et que si je reste sur ce ton, ca ne te plait du tout.
Si je te dis que c'est un prologue pour 'mettre mon personnage sur la route'. Billie est en fait une femme dure qui est à un moment de bascule ou elle décide de changer de vie. Elle va ensuite rouler dans son camion sans autre but que de vivre chaque instant librement. Ce prologue est le moment où elle passe d'une vie plus classique à cette vie sur la route. Est-ce que cela te donne plus envie pour la suite ?

Sur le style, je n'ai pas compris ta phrase : "Sans passer par du charabia, de l'argot mais il faut que ta langue soit plus directe. "
Tu trouves que mon style est du charabia d'argot et mou ou tu me conseil d'être moins mou sans aller jusqu'à utiliser un style 'argot' ?


@Champdefaye : En fait tu as surtout commenté le post de Marc, et je n'ai pas compris ton avis. Tu trouves que mon texte n'st pas très original, c'est ça ?

Merci encore à tous les deux

A++

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : Billie
« Réponse #3 le: 25 Mai 2019 à 18:34:55 »
Bonsoir



Accroche je suis a cette histoire d homme ! ;D

Ni commentaires ( ? ) ni critique pour l instant - le decors est mis !!! :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

J.

  • Invité
Re : Billie
« Réponse #4 le: 25 Mai 2019 à 18:49:42 »
Bonjour. J'ai bien aimé le rythme, un peu lent mais cela pose bien la situation. J'attends la suite. Et te prends pas la tête lorsque l'on te parle de "blabla à deux balles", fais comme Billie, continue ton chemin.

Hors ligne Kurieu

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : Billie
« Réponse #5 le: 26 Mai 2019 à 10:18:12 »
Merci Jonathan et Txuku pour vos encouragements.

Une suite bientôt je posterai ;)

Ashka

  • Invité
Re : Billie
« Réponse #6 le: 29 Mai 2019 à 08:38:47 »
Hello Kurieu ;)


Les détails techniques :
Citer
Le mercure avait sans doute cassé plusieurs thermomètres, ce qui est un peu excessif pour un mois de Juin, mais l’excès n’était pas ce qui gênait Billie, au contraire. Elle gara sa vieille semi-remorque, sans climatisation, sur sa place habituelle, remonta sa vitre à la main et se dirigea vers l’entrepôt pour récupérer ses affaires. Le hangar, qui servait de résidence à la boite de transport pour laquelle elle travaillait, était vieillot,

Peut-être éviter la répétition soulignée dans ce passage ?
Citer
Il avait plutôt l’habitude de débiter un torrent de paroles qu’il fallait tôt ou tard arrêter avec un barrage du type de ceux qu’on construit dans les Alpes. Rien en dessous ne suffisait.
:D
Citer
Billie grimpa les quelques marches qui la séparait du bureau du Caporal.

séparaient
Citer
La rumeur disait qu’il était né en gueulant et qu’il n’avait jamais pu s’arrêter, la faute à un cartilage qui bloquait sa mâchoire en position béante.
J'ai un peu de mal à visualiser cette histoire de cartilage :\?
 
Citer
la faute à la conjecture économique.

Il me semble que c'est plutôt "conjoncture"...
Citer
Et quand elle est malade, c’est des gens comme Billie qu’elle éternue.
Joli !

Citer
Elle ressortit du bureau quelques minutes plus tard en jetant : « Je garde le camion ». « Non » avait répondu le Caporal. Mais elle s’en tapait.
Elle escalada le marchepied pour accéder à sa cabine et démarra le vieux bahut. Mais pour aller où ?

Peut-être dommage cette répétition de "Mais" en début de phrase ?
Citer
les images qui venaient n’étaient pas drôles. Ca non.
Ça
Citer
Elle ne s’était pas attendu

attendue
Citer
son père qui ne l’avait jamais aimée et qui était mort sous le poids des questions

j'aime bien de poids des questions
Citer
Bien sûr, on n’arrive pas à 55 ans sans devoir s’habituer aux cicatrices de toutes les vies qu’on a eues,
peut-être un peu gauche la formulation ici pour moi : "qu’on a eues"
Citer
Sonnée, elle referma le grand livre des images de sa vie
peut-être ici un peu cliché : "le grand livre des images de sa vie", mais c'est personnel.
Citer
Billie était précisément le genre de femme qu’on laissait faire dans ces moments là.
moments-là
Citer
Elle avait rangé l’engin dans sa boite à gant en même temps que dans un coin de sa tête. Comme une issue de secours. Comme une branche dans des sables mouvants.
un peu de mal avec cette image ici peut-être d'ailleurs en trop pour moi mais c'est personnel :"Comme une branche dans des sables mouvants."
Citer
Elle regardait les gens entrer et sortir après avoir payé leur plein. Elle les regardait, mais les voyait de moins en moins.
j'aime bien cette sensation que tu as su capté.
Citer
Les cigarettes roulées ont pour habitude de signaler la fin de la partie par une chaleur trop forte sur les lèvres.

ça aussi.
Citer
imita les gestes qu’elle avait vu
vus
Citer
Elle n’attendait plus grand chose
grand-chose
Citer
Elle ouvrit la boite à gant et cacha l’arme qu’elle aurait bien jeté par la fenêtre
jetée

Avis général :
J'ai été happée par ma lecture, je trouve le point de vue interne du personnage bien fait, ce qui m'a immergée dans le texte, il y a plein de détails chouettes et  subtils sur l'attitude, les pensées de Billie qui m'ont plus.
La situation initiale et l'élément déclencheur (la tranquillité d'une fin de journée et la violence d'un licenciement) augure bien pour une suite et la chute avec la tentative de suicide ratée avec l'idée sur la place qu'elle peut trouver (joli le parallèle avec la place de la voiture et sa place à elle dans la vie) offrent une ouverture intéressante pour cette suite.
Et puis je t'avoue qu'il ne me déplaît pas que le personnage principal soit une femme qui a déjà un certain âge. ;)
Bref, pour moi c'est un bon début de roman.

Je te souhaite une bonne continuation.  :)
« Modifié: 29 Mai 2019 à 08:58:31 par Ashka »

Hors ligne Kurieu

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : Billie
« Réponse #7 le: 29 Mai 2019 à 09:13:30 »
Bonjour

Un immense merci Ashka pour tes commentaires : pour leur qualité,  le temps passé et pour le retour final positif et donc encourageant.
Je prends tout et je vais corriger le texte. Tout sauf peut être l'image de la branche dans les sables mouvants que j'aime beaucoup personnellement !

Au plaisir.

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 774
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Billie
« Réponse #8 le: 12 Juin 2019 à 15:16:03 »
Bonjour Kurieu,

Me voici comme promis dans la section des Textes Courts pour voir le prologue de cette histoire qui débute. Et je retrouve tous les liens avec ce que j'ai trouvé en Textes Longs : Billie est un personnage attachant, on trouve chez elle toutes les grandes émotions qui parcourent l'âme la plus spontanée. J'ai trouvé chez Billie quelqu'un à qui me confier, peut-être aussi à qui penser parfois pour porter un regard sur le monde ouvert et sensible.

Je reviens vers deux éléments qui m'ont semblé un peu trop soulignés et je vais expliquer pourquoi.


Citer
Elle prit l’autoroute, comme tant de fois auparavant et roula. Son passé remontait en surface et la submergeait. Toute son histoire déboulait devant ses yeux : sa mère qui était partie la veille de ses dix ans sans laisser aucune trace, son père qui ne l’avait jamais aimée et qui était mort sous le poids des questions laissées derrière la disparition de sa femme, ses grands-parents qui l’avaient élevée par devoir, l’homme qu’elle avait cru aimer et qui l’avait trahie. Bien sûr, on n’arrive pas à 55 ans sans devoir s’habituer aux cicatrices de toutes les vies qu’on a eues, mais ce soir ces blessures faisaient particulièrement mal.

Ici, je dirais qu'il y a beaucoup trop d'informations pour ma pauvre mémoire... Je ne connais Billie que depuis quelques lignes et il faudrait déjà que je sache tout de sa vie et de ses tourments.

Quelque part, c'est très important que tu aies dans ton fichier de préparation du récit un tableur excel ou une liste pointilleuse sur sa vie, son parcours, ses goûts, ses opinions, ses aspirations et ses désirs. Pour autant, il est essentiel que tu ne me donnes à la lecture (dans le prologue) que les éléments fondamentaux qui me permettront de bien identifier ton personnage en seulement quelques mots.

Pourquoi quelques mots ? Parce que dans l'introduction, je n'attends de ce personnage que de pouvoir le résumer en une seule ligne dans un premier temps. Je dois pouvoir résumer Billie en quatre adjectifs, ensuite viendra pour moi le désir d'approfondir ma rencontre avec cette femme, mais ensuite et seulement ensuite. Enfin, si ma curiosité devait être touchée, alors je m'intéresserais dans un second temps à son passé, à ses secrets et à sa vie, tu pourras alors disséminer toute cette part de sa vie progressivement de chapitre en chapitre avec toujours plus pour m'attacher à elle : petit à petit, j'apprendrai à connaître sa vie.

Voici ce que je pouvais en dire dans un premier temps.



Citer
Rien. Il ne se passa rien. Elle n’attendait plus grand chose, mais pas ça… pas ça. Impossible de  recommencer, mais impossible aussi de continuer. Et d’un seul coup tout lui tomba sur les épaules. C’était comme si sa vie roulée en boule serrée trop longtemps se dépliait actionnée par on ne sait quel ressort et lui tombait sur la gueule en un seul morceau. C’était trop grand, même pour elle. Ce n’était pas juste un câble qui avait rompu, c’était le plus gros, celui qui tient tous les autres ensemble. Alors pour la première fois de sa vie elle se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Elle resta là, les mains sur son volant, à laisser ses larmes couler, à laisser toute cette merde accumulée depuis des années sortir et se répandre.


Dans ce paragraphe-ci, j'ai le sentiment que tu cherches trop vite à m'émouvoir sur la personne de Billie. J'ai eu le sentiment que tu en attendais trop de moi : difficile de m'émouvoir si vite sur quelqu'un que je ne connais pas encore, je pense donc qu'il va falloir que tu parviennes à me convaincre que Billie mérite mes larmes et mon empathie ; un peu de temps pour que je m'attache à ton personnage, suffisamment pour être sensible à sa détresse, aller vers l'attachement moment après moment. Je dirais donc que tu pourrais être plus pudique sur ses sentiments intérieurs, me laisser le temps de mieux m'identifier à Billie avant de chercher à stimuler mes sentiments.

Et voici pour un second retour, je peux toujours en dire plus sur ma lecture si besoin, et sinon je suis impatient de connaître la suite de cette incroyable histoire !

Hors ligne Kurieu

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : Billie
« Réponse #9 le: 12 Juin 2019 à 15:30:33 »
Bonjour Alan

Un grand merci de nouveau pour ton retour et pour tes encouragements.

Pour le premier point (son histoire) : je partage ce que tu dis à 100% et je vais le modifier.
C'est un peu comme mon dialogue trop long dans le chapitre 1. J'essaie de dire trop de choses sur mon intrigue. Je l'ai largement modifié (suite à ton commentaire) pour l'alléger ; il faut d'ailleurs que je publie la version intégrant mes corrections suite à vos remarques...

Pour le deuxième point (l'émotion) : OK. Je vais réfléchir et voir comment faire car j'avais eu des retours positifs dans mon atelier d'écriture sur l'image du ressort.
Je vais essayer un peu plus de pudeur, je comprends ce que tu veux dire.

Encore merci  ;D

PS : je viens de publier le chapitre 2 dans les textes longs   ;)
« Modifié: 12 Juin 2019 à 15:40:35 par Kurieu »

 


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