À l’heure où mes travaux prient pour leur propre voix
je viens dire aux Évangiles ce que je dois.
Je dois à Marie mère de Dieu son cœur étouffé ses poumons de vierge enfumés je dois à Thomas le front plissé la ride minuscule dessous l’œil et pour toujours fardé de vieillesse je dois au Christ un ventre percé la nuit sur Golgotha mon Christ à l’instant où tout s’assécha je dois à Pierre l’architecture brûlée la cendre pour signer toutes les lèvres que j’emprunte je dois la Bible à Saint Matthieu langage et monde mêlés dans le vin et l’hostie je dois la liturgie complète la messe précise et froide reposée sous les voûtes à l’heure des vêpres les ombres pour la première fois coloriées je dois au Saint-Esprit le rituel entier qui enfle toutes les bouches les gargouilles rougies et les gorges croyantes au sein de Marie-Madeleine toute femme extasiée je dois les asphyxies et enfin à Saint Jean qui vit l’Apocalypse je dois vos chairs, toutes sources bénies.
Seulement de ces dettes assemblées les mains jointes s’approchent les créanciers.
Après leurs filles passées en prière ils viendront ô tous avec le ton du père ils viendront chaque fois que j’use pour elles des mêmes couleurs la religion le sexe deux monnaies pour eux incompossibles ils viendront la croix levée rechercher Hervelyne leur Église enfantée ils viendront sans savoir que tout est achevé - déjà faite la crucifixion - ils viendront pourtant la religion truquée comme un code juridique alors alors ils tomberont sur ma foi renversée ils comprendront en voyant toutes leurs filles troquées combien de temps il fallut pour patiemment d’elles tout retourner chaque fois les migraines et la mort de près chaque fois la litanie chaque fois l’incendie immense d’être ainsi. Amen je vous le dis, ils réclameront pour les corps de leurs filles la conservation, j’en ferai moi une flèche nouvelle ; « Toi, relique intacte, Marie recommencée ».