L’entrée doute de son identité
Elle ne sait pas trop quoi penser, l’entrée.
Elle sert à suspendre les manteaux, les imperméables, les écharpes et les chapeaux. Parfois, quelqu’un y suspend son ombre, furtivement.
Chacun peut y déposer son parapluie, cinglé de pluie, et y laisser ses chaussures, crottées de boue.
Elle se présente comme un entre deux, un seuil qui signifie que la porte est franchie mais qu’il nous faut encore entrer dans la maison. On s’y dévêt, on s’y déleste de l’extérieur. Les sacoches se posent, les masques tombent ou persistent en fonction de la lumière du jour, des personnes en place et de l’humeur du moment.
Quand des invités arrivent, elle est le lieu des embrassades, des serrements de mains et des présentations. Il y a des éclats de voix, des rires, mais l’ambiance n’est pas encore là, on se tortille un peu, il plane une vague gêne qui se dissipera un peu plus tard, au salon, dans les vapeurs d’alcool.
L’entrée comprend bien qu’elle a son rôle à jouer, qu’elle est aussi incontournable que la cuisine mais ce qui la gêne, c’est que personne ne s’y attarde jamais.
Elle se console en se disant qu’elle est un passage initiatique obligé, qu’elle ouvre la voie sur les autres pièces et montre le chemin menant à la salle de séjour, au salon ou à l’escalier. A ce titre, elle aime qu’on suspende un miroir sur ses murs. Elle tient à susciter la réflexion.
Elle ne sait pas trop quoi penser, l’entrée. Son identité est fluctuante, elle oscille entre un sentiment d’omnipotence et une impression de petitesse, elle se pense indispensable tout autant qu’elle doute de son utilité.
Elle ne sait vraiment pas quoi penser. Elle se questionne sans fin. Elle doute sans cesse d’elle-même. C’est normal. Parce qu’elle est, aussi, la sortie, l’entrée.