Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 septembre 2020 à 13:09:10
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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Blind Texte » 15e édition » B6

Auteur Sujet: B6  (Lu 6864 fois)

Hors ligne Yöda

  • Calame Supersonique
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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
B6
« le: 03 février 2019 à 12:03:30 »
PORT D'ATTACHE

   - Et c'ui-là, i' va où ?
   Macha avait lâché son père pour montrer un grand voilier de sa petite main potelée. De l'autre, elle serrait contre sa poitrine, comme un trésor, un bateau en plastique jaune usé par les courtes années passées ensemble.
   - Il va sûrement se promener.
La petite fille leva la tête vers son père. Son nez et ses pommettes rougis par le vent frais se froncèrent en une moue perplexe.
   - On peut se pro'ner sur l'eau ?
   - Avec un bateau, oui.
   Macha marqua une pause, comme pour traiter cette nouvelle information. Ses yeux fixèrent le chemin qui courait sur la dune, puis la mer qui s'étendait jusqu'à l'horizon. Elle reprit la main de son père et ficha son pied le plus loin possible devant elle pour reprendre leur marche.
   - Mais comment-i' font pour pas se perd'e sans des routes ?
   - Ils ont des cartes, et des instruments pour savoir où ils sont.
   - Comme une guitare ? s'exclama la petite fille avec un hoquet de surprise.
   Son père fronça un sourcil. Puis il se mit à rire. Macha était radieuse. Elle ne comprenait pas ce qui était si drôle, mais au moins, papa riait.
   - Non, pas des instruments de musique. Des instruments qui sont faits exprès pour retrouver son chemin.
   - C'est p'atique... conclut la petite fille en serrant fort la main de son père, plus fort que son bateau.
   Il continuèrent à flâner sur le chemin. L'iode emplissait leurs poumons. Les cris des mouettes glissaient sur les rafales de vent et ponctuaient le roulement des vagues. Sur le côté, les joncs dansaient sur cette musique douce. Macha lâcha la main de son père, emportée par un élan de vie soudain. Les pans de son écharpe virevoltèrent derrière elle. Elle s'agenouilla devant les joncs et, quelques secondes plus tard, brandit, triomphante, une fleur blanche.
   - Elle est jolie.
   Macha était bien d'accord.
   Elle regarda sa fleur, son bateau et la main de son père, puis, après une seconde d'hésitation, se colla contre sa jambe en mouvement, sa petite tête tapant contre sa cuisse.
   - Tu veux que je prenne ton bateau ?
   La petite fille hocha la tête et tendit le bateau à son père. Aussitôt libérée, elle agrippa sa main.
Son attention se reporta sur le large.   
   - Oh !
   Macha s'arrêta.
   - Il est p'us là.
   - Qu'est-ce qui n'est plus là ?
   - Ben le bateau, insista Macha en montrant la côte derrière laquelle le voilier avait disparu.
   - Ah, oui.
   - Mais i' s'en va pou' toujours ?
   Ses petits sourcils étaient inquiets.
   - Non, il va revenir, la rassura son père en frottant affectueusement sa tête, la serrant comme il pouvait contre lui alors qu'ils continuaient à marcher.
   Ils échangèrent un faible sourire.
   Son regard se perdit au loin et le vent sécha ses yeux humides.
   - Oh, il est gros c'ui-là !
   La petite fille s'était soudain immobilisée, hypnotisée par un cargo rouillé. Son père revint à la réalité.
   - C'est parce qu'il transporte plein de choses.
   - I' tran'porte tout qu'est-ce qu'on veut ?
   - Tant que ça rentre dedans.
   Macha était admirative.
   - Pas la maison, alors ?
   - Non, pas la maison, confirma son père, amusé.
   - I' peut tran'porter ma fleur ?!
   - Oh, oui, facilement !
   Macha lâcha son père et fit quelques pas dans la dune pour mieux observer le cargo. Elle n'arrivait pas à le quitter des yeux.
   - Et après, i' revient ?
   - Oui, lui aussi il revient, répéta son père en la rejoignant dans les herbes folles. Tous les bateaux reviennent chez eux...
   Au dessus de leur tête, le ciel s'assombrissait. Le vent charriait des grains de sable et les forçait à plisser les paupières. Mais Macha n'avait pas l'air de s'en soucier. Elle arborait un air satisfait. Elle se tourna vers son père et, de sa main libre, reprit son petit bateau jaune. Délicatement, elle glissa sa fleur blanche dans la cabine en plastique.
   - On va le mettre dans les vagues ! I' va se pro'ner sur l'eau, i' donne la fleur à maman, et i' revient, déclara-t-elle en serrant le navire contre son cœur.
   Son père chancela. Livide.
   Macha tira sur sa manche.
   - Allez, viens, insista-t-elle.
   Il commençait à l'inquiéter, à ne pas bouger. Et puis il avait l'air malade.
   Il s'agenouilla et prit sa main dans la sienne, grande et chaude comme une couverture douillette.
   - Non, ma chérie...
   Sa voix était étranglée. Tremblante. Macha se blottit contre l'épaule paternelle, les yeux humides.
   - Mais comment je fais pour tran'porter ma fleur à maman ?
   Son père la serra fort contre lui. Très fort. Elle sentait sa chaleur à travers leurs manteaux, son cœur contre son oreille et les soubresauts qui ébranlaient son corps. Elle ne savait pas quelle était cette maladie, mais c'était contagieux.
   Il n'y aurait jamais assez de vent pour sécher leurs larmes.
« Modifié: 20 février 2019 à 17:49:07 par Yöda »
"You don't seem to get the gravity of the situation..."
- Isaac Newton -

Hors ligne Léilwën

  • Calame Supersonique
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  • Léli, elfe au lapin roux
Re : B6
« Réponse #1 le: 03 février 2019 à 20:28:26 »
Hellow,

Au fil du texte :
Peux-tu justifier, pour le confort de lecture ?
J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de répétitions de "Macha"/"elle" alors que tu pourrais varier avec "la fillette", "l'enfant", etc
Citer
usé par les courtes années passées ensemble
=> ça sonne un peu contradictoire à mon oreille d'être usé par de courtes années... si elles sont courtes, elle ne doivent pas trop user ?
Citer
conclut Macha en serrant fort la main de son père, plus fort que son bateau.
=> c'est choupi !  :coeur:
Citer
- Il est plus là.
=> j'aurais mis " 'é pu là" pour continuer avec le langage enfantin qui se perd à certains endroits du texte, j'ai l'impression
Citer
- Pas la maison, alors ?
=>  :D
Citer
- Aller, viens,
=> "allez" (c'est de l'impératif)
Citer
Il n'y aurait jamais assez de vent pour sécher leurs larmes.
=> c'est beau, mais c'est tellement triste...

Au total, il me reste un sentiment doux-amer : la petite fille est tellement mignonne, mais la fin me donne un tel soufflet que j'ai encore une fois les larmes aux yeux...  :s

:oxo:
No one's ever really gone

Tu débarques et tu es un peu perdu ? Je peux peut-être t'aider par ici

Hors ligne Ariane

  • Calame Supersonique
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Re : B6
« Réponse #2 le: 04 février 2019 à 17:38:38 »
Bonjour,

Je ne vais pas faire de relevé détaillé et simplement faire confiance à Léli ^^ .

J'ai beaucoup aimé, dans ce texte, la manière dont est représentée la petite fille, très réaliste pour moi, tant dans ses mots que ses questions que ses mouvements, ses hésitations... J'avais vraiment l'impression de la voir à côté de moi.

Tout au long du texte j'avais l'impression d'un sujet assez anodin et puis la fin m'a donné les larmes aux yeux. Je trouve cela aussi très réaliste : comment les enfants peuvent nous faire basculer de l'anodin au très complexe / très philosophique / très douloureux, par leurs questions innocentes.

"Tous les bateaux reviennent."
Dangereuse affirmation...

Citer
   Sa voix était étranglée. Tremblante. Macha se blottit contre l'épaule paternelle, les yeux humides.
   - Mais comment je fais pour tran'porter ma fleur à maman ?
   Son père la serra fort contre lui. Très fort. Elle sentait sa chaleur à travers leurs manteaux, son cœur contre son oreille et les soubresauts qui ébranlaient son corps. Elle ne savait pas quelle était cette maladie, mais c'était contagieux.
   Il n'y aurait jamais assez de vent pour sécher leurs larmes.
J'ai trouvé ça très beau...

Merci pour le partage.

Hors ligne Claudius

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Re : B6
« Réponse #3 le: 04 février 2019 à 19:21:22 »
Bonsoir à toi l'étranger provisoire :

Pareil, quand Léli passe par là le travail est prémâché  :D :D :D

En tout cas, je suis restée sans voix à lire ce texte hier soir, et plutôt sans mots. Il est profond, simple et plein de sentiments si forts que l'émotion est grande.

J'aime bien le rendu du parler enfantin, ça me fait penser à ma petite fille qui a du mal avec les R. Je vais relire, même si ça fait mal.

Bravo pour ces voiliers qui parfois reviennent.
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Claudius ses textes et poésies

Hors ligne Miromensil

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Re : B6
« Réponse #4 le: 05 février 2019 à 14:04:08 »
Citer
De l'autre, elle serrait contre sa poitrine, comme un trésor, un bateau en plastique jaune usé par les courtes années passées ensemble.
ensemble = la petite fille et le bateau ?

J'ai bien aimé le texte, à la lumière du titre et de la fin. Il m'a peut-être manqué quelques éléments visuels pour me représenter Macha et son papa. L'ambiance est bien posée. Merci pour la lecture ^^
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : B6
« Réponse #5 le: 10 février 2019 à 19:39:41 »
Bien le bonjour,

Alors, je dois dire que le texte est très émouvant, il a les couleurs du deuil ou de l'isolement ; en revanche, je me demande si tu ne restes pas trop dans l'implicite hypothétique. J'entends par là que j'ai eu le sentiment que tu laissais trop d'espace au lecteur pour que celui-ci s'imagine ce qu'il veut. Je pense que tu ne dois pas hésiter à mieux accompagner les sentiments de tes personnages de paroles explicites ou de pensées qui orientent suffisamment la lecture.

Le risque avec un trop plein d'émotions, c'est de rester vraiment dans la dimension primaire de la pensée : c'est-à-dire que tu fais une excellente description de tes personnages, cependant tu ne les replaces pas dans une dimension réfléchie, ils sont victimes plus qu'acteurs de l'histoire. À la lecture, j'ai eu le sentiment que ce père et sa fille étaient isolés (quelque part, je pense deviner que cela se rapproche de ce que tu souhaitais évoquer), pourtant j'ai l'impression qu'il aurait été plus significatif d'ajouter une réflexion sur la vie ou sur les obstacles insurmontables plutôt que de rester trop longtemps dans cette intimité en souffrance.


Citer
   Son père la serra fort contre lui. Très fort. Elle sentait sa chaleur à travers leurs manteaux, son cœur contre son oreille et les soubresauts qui ébranlaient son corps. Elle ne savait pas quelle était cette maladie, mais c'était contagieux.

Là, quand tu emploies le mot « maladie », je me demande si tu n'es pas un peu à côté de ce qu'on pourrait attendre d'un texte. Peut-être qu'il y aurait une manière de sortir un instant des pensées de la fillette pour élargir vers autre chose, essayer de redonner un peu de sens à quelque chose qui s'est montré jusque-là plus proche de l'émotion que de l'expression réfléchie. J'ai eu le sentiment que tu profitais de l'innocence de cette jeune fille pour ne pas avoir toi-même à mettre des mots d'adulte sur cette situation.

Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire... :)
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

Hors ligne Yöda

  • Calame Supersonique
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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : B6
« Réponse #6 le: 16 février 2019 à 23:21:16 »
EDIT
(Je retire mon "faux" commentaire sur mon propre texte parce que ça fait bizarre :mrgreen:)
« Modifié: 05 mars 2019 à 22:39:14 par Yöda »
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Hors ligne Yöda

  • Calame Supersonique
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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : B6
« Réponse #7 le: 05 mars 2019 à 22:46:53 »
Je réponds enfin  :-¬?  Désolée pour ce temps de latence qui devient bien trop habituel !


@Léilwën

Merci pour ton retour détaillé !
J'ai justifié le texte, diminué les répétitions de "Macha" et corrigé les fautes indiquées.

Citer
usé par les courtes années passées ensemble
=> ça sonne un peu contradictoire à mon oreille d'être usé par de courtes années... si elles sont courtes, elle ne doivent pas trop user ?
Moui, je suis pas tout à fait convaincue non plus  :\?  Je voulais montrer qu'elle joue beaucoup avec, et qu'elle l'a donc bien usé malgré le peu de temps qu'elle le possède. Je vais voir pour changer ça.

Merci encore tout plein   ^^


@Ariane
Oh, merci beaucoup pour ce commentaire, ça me touche beaucoup  :calin:


@Claudius
Je suis toute embêtée de tous vous rendre tristes, mais en même temps je suis contente que ça fonctionne  :D
Merci pour ton retour !  :coeur:


@Miromensil
Citer
De l'autre, elle serrait contre sa poitrine, comme un trésor, un bateau en plastique jaune usé par les courtes années passées ensemble.
ensemble = la petite fille et le bateau ?
Oui, ça rend bizarre ? Décidément, faut que je la change cette phrase  :D

C'est vrai que j'ai été avare en description de personnages, j'essayais surtout de me concentrer sur la situation et l'émotion que je pouvais en dégager. Je ferais plus attention la prochaine fois  ^^

Merci pour ton retour !  :)


@Alan

Comme je le précise juste au dessus, je me concentrais ici sur l'émotion, comme tu l'as bien ressenti. Je ne voulais absolument pas en faire une leçon de vie, ni en tirer une quelconque explication ou réflexion philosophique. C'est une simple tranche de vie, un peu brute, certes, mais libre au lecteur de poursuivre ses pensées et d'y donner du sens s'il le souhaite  ^^

Merci pour ton passage, je suis ravie de t'avoir tout de même ému même si tu n'y as pas trouver ton compte  :)
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : B6
« Réponse #8 le: 17 mars 2019 à 12:49:24 »
J'ai passé un agréable moment pendant ce Blind-Texte, ma chère Yöda, je suis heureux que tu y aies participé.

 :calin:

@Alan

Comme je le précise juste au dessus, je me concentrais ici sur l'émotion, comme tu l'as bien ressenti. Je ne voulais absolument pas en faire une leçon de vie, ni en tirer une quelconque explication ou réflexion philosophique. C'est une simple tranche de vie, un peu brute, certes, mais libre au lecteur de poursuivre ses pensées et d'y donner du sens s'il le souhaite  ^^

Merci pour ton passage, je suis ravie de t'avoir tout de même ému même si tu n'y as pas trouver ton compte  :)

Oui, je pense effectivement que l'émotion de l'enfance est bien exploitée, elle donne à voir quelque chose de très intime. Je trouve dommage que cela n'aille pas plus loin, je pense que ces thèmes le méritent.

En espérant que tu te lances dans une nouvelle aventure !! ;)
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

 


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