J'ai mis ce texte en texte court mais là encore j'ai hésité, est ce que ce n'est pas plutôt un petit poème en prose ou un texte qui gagnerait à être librement versifié ? je ne sais pas trop, alors merci d'avance pour vos avis et déplacements éventuels (modérateurs

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Le mélancolique
Il a les yeux tombants et le chapeau en déroute. Il porte un pantalon trop grand, rapidement ceint à la taille d’une lanière en cuir usé. Il aime les pulls marins, le gris verdâtre des côtes de la Manche ou l’opale de la Mer du Nord. Il est triste en douceur même s’il connait des phases d’agitation où il se débat contre des monstres mythiques qu’il est souvent le seul à voir.
Il flirte avec le romantisme sans jamais l’épouser. Il a parfois du vague à l’âme sans jamais se laisser bercer. Il est au-delà de l’illusion et en deçà de la réalité.
Il est bileux. Comme la seiche, il se fait un sang d’encre et entre alors dans des états stuporeux où il ne sait rien faire d’autre que dégueuler son âme dans la moiteur des ports et boire du rhum ambré dans les bars à sirènes. Il est alors transi, fiévreux, saoulé par l’ivresse de ses impitoyables profondeurs. Il se laisse aller à vouloir mourir, il s’avachit n’importe où et ne se sent bien nulle part. Il lâche son élégance un peu surannée, peu lui importe, il garde toujours, au fond de lui, un léger panache.
Pour pouvoir affronter ses abysses intérieurs, il s’est construit un petit radeau de fortune. Il s’accroche désespérément à ces quelques bouts de bois vermoulus comme à une planche de salut et attend qu’un grand vent l’emporte et le soulève vers la ligne rose de l’horizon.
Il espère follement un changement d’époque, un retournement de situation, ou, pourquoi pas, un signe traversant l’invisible pour lui donner envie d’entrer dans le réel et de s’y retrouver.