Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Pain noir

Auteur Sujet: Pain noir  (Lu 6963 fois)

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 447
Re : Pain noir
« Réponse #15 le: 04 Novembre 2019 à 16:28:04 »
Je suis super touchée. ❤ Merci à tous et à toutes pour ces mots.

Hors ligne Loup-Taciturne

  • Calliopéen
  • Messages: 592
  • serviteur de Saturne
Re : Pain noir
« Réponse #16 le: 04 Novembre 2019 à 23:16:48 »
Voilà un moment que je ne suis pas passé dans cette section. Quelle agréable surprise que de tomber sur cette petite perle d'apparence de simplicité.

Citer
Reviendras-tu
Blanchir de tes pas
Ma nuit ?
Cette manière de jouer avec l'ombre de l'expression "nuit blanche", en même temps que celles des pas du "partenaire" pourrait se suffire à elle-même.

Citer
Où flânes-tu donc
Nomade ?
Jusqu'à l'aurore
C'est drôle j'ai d'abord compris "Ou", qui aurait fait suite à la strophe précédente.
En tout cas tu nous poses l'envers du décors. La description se fait presque féline.

Citer
J'ai veillé
À rompre la lune
De pain noir
L'image qui a semble-t-il le plus marqué les esprits. J'ai quand même du m'arrêter un peu pour la rendre signifiante.
Et alors pas mal de sens s'échappent de cette image. A moins que ce ne soit l'image qui m'échappe.
"à rompre la lune", j'y comprends "toute la nuit", mais également un antagonisme entre la narratrice (?) et cette lune séduisant l'esprit nomade et nocturne qui pourrait symboliser sa plus éternelle concurrente. Puis "lune de pain noir". Une image de terroir populaire, presque pauvre, démuni. un contraste entre la galette mi obscure, mi claire de la lune, et le pain normalement clair, sauf quand c'est du pain noir. cette lune de pain noir est elle la lune du pauvre, celle du vagabond, celle qu'il faut rompre et dont il faut se rassasier ensemble ? Celle d'un cœur volage qu'il faut apprivoiser, domestiquer, nourrir, élever ? J'ai vu également un instant dans le miroir de "rompre du noir", "broyer du noir".
En somme, une image originale et sobre, un peu obscure au premier abord, mais qui avec un peu d'effort offre une certaine richesse et latitude d'interprétation, il me semble, sans que le sens n'échappe pour autant à l'auteur et au poème.
Point culminant du poème sur lequel il ne faut pas passer trop vite, comme je l'ai fait à la première lecture, sous peine de le trouver accessoire ou contradictoire dans ses oppositions de clairs et d'obscurs (mais en réalité ce jeu des oppositions entre clair et obscur est présent dès le début avec les pas qui blanchissent la nuit. En fait le poème nous plonge dans une ambiance ou les ombres sont lumineuses comme la nuit et les lumières sont noires comme l'absence et le pain. La nourriture est autre. C'est un peu déroutant au niveau du sens, mais ça produit un joli jeu d'images antagonistes qui renforce la thématique du poème)

Citer
Pour la tendre
À ton cœur mendiant
renforcement de l'image romantique de la pauvreté heureuse et libre avec "mendiant". Continuité de l'image de l'invitation à partager la lune ensemble. Avec la déclaration explicite, touchante, qu'il s'agit d'une affaire de cœur, dont il faut rassasier la mendicité.

Il ressort de tout ça l'image d'une narratrice (?) nostalgique, dans l'attente ("Pour la tendre"  - ?) qui n'a pas accès à la vie nocturne de son interlocuteur mais qui entreprend d'évincer sa rivale dans une nouvelle version de l'expression "décrocher la lune", version beaucoup moins héroïque et clinquante, beaucoup plus humble, moins tournée vers l'exploit et le sacrifice, mais plutôt vers la séduction et l'invitation au partage de la nuit (le pain quotidien des amoureux ?), de la vie. La narratrice parait immuable et rayonnante, essayant par le seul pouvoir poétique, comme la lune de briller, d'attirer à elle. 

J'aurais pu essayer de creuser encore un peu plus, et plus précisément ce que m'inspire, au fil de la plume, ton poème. mais cela suffit, il me semble, à en reconnaître la puissance évocatrice et la maitrise du geste qui a présidé à son écriture. D'ailleurs, c'est souvent à ça qu'on reconnait un poème qui touche juste. On essaye d'expliquer en quoi il a mis des mots sur une réalité qui nous parle, qui fait sens, mais au moment où l'on entame l'explication, plus on se rapproche du sens, plus on se rend compte qu'on est condamné à tourner autour de ce qui ne peut être dit que comme cela a été justement dit.

Juste une question de méthode : dans ma lecture, il y a une place assez importante aux expressions sous-jacentes et détournées ou revisitées implicitement. Est-ce que tu travailles particulièrement avec les expressions figurées ? En toute conscience de partir d'elles et de les faire entrer en résonance avec ton poème, ou par simple domestication des hasards de l'écriture et des convergences qui peuvent se manifester heureusement entre une idée et une expression déjà existante ? Je ne sais pas trop comment le dire.
« Modifié: 04 Novembre 2019 à 23:28:28 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne kazem

  • Buvard
  • Messages: 3
Re : Pain noir
« Réponse #17 le: 26 Décembre 2020 à 19:58:57 »
Bonsoir, je me permets de vous donner mon impression, mon ressentis au sujet de ce poème.

On aime ou non le style... libre de ce texte (sans règle particulière), à chacun son école, sa pensée.

Pour ma part, je rejoins les précédents avis sur le coté touchant et émotif de ce poème.

Là, où je suis un peu perdu, c'est lorsque je me pose les questions suivantes : Qui parle ? Et à qui s'adresse-t-elle ? Que veut signifier "A rompre la lune" ?

Effectivement, ce sont deux inconnus (pour le lecteur qui n'a aucune information à leur sujet) qui se connaissent car l'auteure/narratrice" utilise le "Tu".
Aussi, à la deuxième strophe, au dernier vers, "Jusqu'à l'aurore" est pour ma compréhension, un brin déroutant. En effet, soit ce passage fait partie de cette strophe, auquel cas, il aurait terminé avec un point d'interrogation au lieu d’être mis après Nomade ; soit alors, il est joint à la troisième strophe, et là, le sens change complétement.

Au final, je le (poème) trouve imagé certes, mais confus dans ma compréhension.
Merci

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 447
Re : Pain noir
« Réponse #18 le: 30 Décembre 2020 à 00:45:58 »
Oh Loup, merci, je n'avais pas vu ton commentaire ! Je travaille pas mal à partir d'images communes pour les détourner ou leur redonner du sens. Ça ne réussit pas forcément, mais je trouve ça intéressant de se réapproprier cet part de la langue.

Kazem, ça fait un bail que j'ai écrit ce poème, donc je ne suis plus trop sûre non plus de ce dont ça parle (si ça a jamais parlé de quelque chose ...). Merci pour ton passage !

 


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