Maul le noir sortit une plume, et il ouvrit un énorme pavé dans lequel il se mit à écrire.
"Je suis Maul, fils de Darken, et je dédie ce livre à ma confrérie, celle qui m'aida jadis à conquérir la terre d'allie, et à faire plier les sceptiques. Vous m'avez été fidèle. Mais aujourd'hui, je vous demande d'être compréhensifs. Ce que je vais dire ne relève pas de la trahison, je parlerais plutôt d'une grosse hésitation qui me prend avant de mourir. Cela fait des années que je suis malade, et j'ai eu le temps de réfléchir. Vous allez d'abord rire, puis ensuite vous allez enrager, mais je pense que je regrette une partie de nos actes. Surtout, et j'en suis certain, je regrette une partie des miens.
J'ai agi pour la cause. J'ai toujours agi ainsi afin de maintenir la pierre rouge, pour que sa source de pouvoir demeure puissante et vigoureuse. Et vous ne devez pas écouter les chevaliers du sacré à ce propos, quand ils vous raconteront que nous nous vouons au mal, et que nous souhaitons simplement destruction de l'harmonie. Parfois, il arrive que le bien passe par les ténèbres, et que le mal absolu soit l'unique solution pour éviter le désordre.
Mais bien entendu, ce mal implique des choses beaucoup moins glamour que ce que propose l'ordre du sacré . D'ici quelques semaines, ou quelques mois, je m'en irais rejoindre le ciel, et j'ai peur que celui-ci ne m'ait pas dans son coeur. Ce serait un miracle qu'il ait compris mes actes, et que j'ai fait tout cela en pensant agir au mieux, pour une cause bien au dessus de ma propre personne ou de quelques vies humaines que j'ai pu refuser d'épargner dans ma fougue de jeunesse. Aussi, je me confesse à travers vous. J'irais bien au confessional, mais aucune Eglise ne me laisse plus entrer.
Je voudrais tout d'abord m'excuser auprès des morts. Je n'arrive plus à les compter, et je n'ai pas dressé de listes. Seulement, certains m'ont marqué plus que d'autres. Je m'adresse à toi Tom, et ce que je m'apprête à dire représentera très certainement l'une des plus grosses controverses de la confrérie. Tu étais sans nul doute un enfant exceptionnel, et possédait des capacités spéciales. Ta précocité dans la télékynésie m'impressionnait beaucoup, et tes affinités avec la magie primordiale était époustouflante. Mais je n'ai jamais crû que ce que je t'avais fait aurait pu être utile. Je voulais un jour te rendre une visite improvisée, mais tu n'étais pas là. Néanmoins, j'ai été reçu par ta mère et j'ai compris tout de suite que j'en étais fou amoureux. Mais elle a repoussé mes avances, ce qui m'a mis en rage. J'ai alors eu l'idée de convaincre mes disciples que tu étais une source de puissance, et que nous gagnerions des forces et la guerre en te mangeant le coeur. Un peu burlesque, quand on y pense. Quoique toi, tu n'as pas vraiment du apprécier le moment.
Après Tom, il y a eu aussi tout ce village que j'avais carbonisé parcequ'un tavernier m'avait suggéré d'aller me faire mettre, après un débat très houleux sur qui était venu en premier entre l'oeuf et la poule. Ce n'était pas très malin de ma part, ni vraiment utile à la cause.
Je m'excuserais bien encore aux milliers d'autres personnes que j'ai tué, mais j'aimerais surtout que vous transmettiez mon testament aux vivants que j'ai détruit. Il y eut d'abord ses dizaines de viols. Quoique je n'étais pas un adepte de cette pratique, et que j'attribue les milliers d'autres viols à vous, mes disciples, qui avez décidémment bien compris ce que "imposer la terreur dans tous les coins que vous conquérirais" voulait signifier. J'espère sincèremment que certaines d'entre-vous ont réussi à se reconstruire, et vous promets, en dépit des circonstances, avoir essayé d'être tendre et délicat.
Ma formulation est maladroite. Je ne sais pas à qui je m'adresse, à vous, à moi, à la pierre rouge, ou à ce qu'il y a après la vie dans une tentative ultime de confession de mes pêchés et de mes actes. Ma seule assurance est que je tiens à vous. C'est vous la confrérie, votre fidélité, et le partage d'un rêve métaphysique qui ont fait de moi ce que je suis devenu, et qui fera que bien longtemps après ma mort, on continuera de parler de Maul le noir, pour faire peur aux enfants, ou défier l'autorité et l'ordre établi."