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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Tromperies en famille

Auteur Sujet: Tromperies en famille  (Lu 934 fois)

Hors ligne hono1410

  • Plumelette
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Tromperies en famille
« le: 24 Juillet 2018 à 06:16:54 »
Voici une petite nouvelle que je viens d'écrire ! J'attend vos avis pour m'aider à progresser sur mes prochains textes !

Tromperies en famille :

J'avais toujours aimé voyager. Je passais d'ailleurs ma vie à ça. J'avais vingt-trois ans, pas de boulot, toujours sur les routes des pays étrangers. Je parcourais le monde, je m'instruisais grâce aux nouvelles cultures que je rencontrais. La muraille de Chine, les vagues d'Australie, la maison Blanche, le sphinx de Gizeh, le Christ rédempteur de Rio, "the walk of fame" d'Hollywood...Je les avais tous parcourus. En même temps, pourquoi se casser la tête à travailler lorsqu'on pouvait dépenser l'héritage de ses parents décédés tout au long de sa vie ? Mes parents m'ont quitté il y a maintenant six ans, et depuis, je n'ai pas reposé un pied en France. Ils sont décédés dans un accident de voiture, mon père au volant en sortant d'une soirée bien arrosée. Je vous laisse deviner la suite. Étant fille unique, tout leur héritage m'est revenu. Et cela a des avantages d'être enfant de chercheurs scientifiques. Même si personne ne connaît le principe de ce métier, ils sont bien payés, et c'est ce qui comptait pour moi à présent. Mes parents avaient joué avec le feu, et avaient perdu la partie. Maintenant tout me revenait à moi, Maddie Leblanc, alors pourquoi ne pas en profiter ? La plupart des gens que je côtoyais peu après la mort de mes parents me trouvaient injuste, sans coeur et irrespectueuse. Mais je n'avais qu'une seule question pour eux : "Pourquoi le serais-je ?"
Mes parents avaient tout de même décidé de me faire passer leur argent, et ils n'auraient certainement pas apprécié que je le dépense en achetant des bouteilles de whisky en me morfondant sur mon canapé dans mon vieux studio proche de la capitale. Je pensais leur faire honneur, en faisant ce qu'ils n'avaient jamais abouti à faire : un tour du monde dont le principe était de se faire inviter chez des personnes sympathiques qui pourraient m'héberger pour une nuit ou deux. Je ne voyais pas le mal dans cela. Et puis tout allait pour le mieux, je n'avais aucun problème en vivant ainsi. Enfin jusqu'à ce matin. Je m'étais réveillée au Mexique avec un message provenant du cabinet d'avocats qui s'était occupé de l'affaire du décès de mes parents quelques années auparavant. Car oui, ma tante avait porté plainte peu après l'accident, comme si il avait été possible que l'arbre qu'ils aient percuté soit fautif et ait changé de place en se positionnant juste devant leur voiture. Bien évidemment, la plainte était tombée à l'eau, et mes parents ont été reconnus coupables de leur propre mort. Et puis voilà. Je n'avais plus jamais entendu parler de ce cabinet. Jusqu'à ce message, donc. Ce message m'annonçant une urgence, et me demandant de les rencontrer le plus vite possible. C'est donc ainsi que je me suis retrouvée dans l'aéroport de Paris Charles-De-Gaulle ce jeudi matin à huit heures vingt-quatre. J'avais oublié la sensation que provoquait l'air français sur ma peau : un malaise. Des nausées. Trop de souvenirs. Même si j'utilisais l'argent de l'héritage comme s'il était mien, je n'oubliais pas mes parents et ma vie passée à leurs côtés. Nous habitions un petit village dans le sud de la France, à la frontière espagnole. Nous allions en Espagne visiter ma tante chaque week end. C'est sûrement d'ici que vient ma passion pour le voyage et les nouvelles aventures. Et mes parents connaissaient déjà mes ambitions de partir dans le monde entier. C'est sûrement pour ça qu'ils ont préféré donner la maison à ma tante, et me laisser les billets. Même si ils n'étaient pas souvent présents la semaine et qu'ils étaient exténués tous les jours, ils m'emmenaient en voyage chaque vacances. Mais nous résidions toujours dans de superbes hôtels, et ce n'était pas ce que je recherchais. Je voulais du réel, du sensationnel. Des souvenirs pleins la tête. Je voulais comprendre le fonctionnement des vies des gens de chaque pays de la Terre. Chaque religions, chaque cultures, chaque traditions. Mais mes parents préféraient le repos, la plage et les spas. Mais ils savaient que je voulais plus. C'est pour cela qu'ils ne seraient pas en colère s'ils voyaient comment je gaspillais leurs économies.
Je devais être à Paris centre à dix heures trente. J'avais au moins une heure à passer. Je décidais donc d'aller boire un café pour me remettre du décalage horaire. Je me dirigeais vers la brasserie où j'avais l'habitude de venir lorsque j'habitais encore la capitale. J'étais restée dans la ville de la mode un peu plus d'un an, en colocation avec la fille la plus adorable que j'ai jamais rencontré. Je devrais peut être passer la voir, après tout ce temps, on aurait tellement de choses à se raconter.
"Salut, Marc!" je lançais en entrant dans le petit restaurant.
"Mais voilà donc ! L'oiseau est enfin revenu dans le nid ! Maddie, ma belle, j'ai cru que tu avais été mangée par un yéti après tout ce temps ! Alors, le monde, as-tu rencontré plus beau que moi?"
Sous les yeux charmeurs du barman, je me jetais dans ses bras.
"Le monde, c'est magnifique", je commençais. "Tu adorerais, j'en suis persuadée. J'ai vu tellement de choses fantastiques et inimaginables, je crois que je ne me lasserais jamais de cette vie. Et ici, tout va bien ? Tu as vu Nina, dernièrement ? Je pensais aller la voir plus tard dans la journée, si je trouvais le temps."
"Elle vient de temps en temps, mais bien moins depuis que tu as quitté le dortoir... Alors, tu as eu le mal du pays ? Une petite envie de retourner à la maison ?"
"Non, pas tout à fait. J'étais au Mexique, il y a quelques heures encore. J'ai été appelée en urgence par le cabinet d'avocats qui s'est occupé de l'affaire de papa et maman."
"Oh, et bien, j'espère que ce n'est rien de grave. Je te sers la même chose que d'habitude, je suppose ?"
"Un bon chocolat chaud rempli de chantilly et un spéculos sur le rebord de la tasse !" disais-je en même temps que Marc.
Je partais m'installer à ma table favorite quand du liquide chaud vint me brûler la peau.
"Oh mon dieu, je suis tellement désolée ! Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'étais tellement concentrée pour ne rien faire tomber ! Et maintenant il y en a plein sur votre chemisier ! Oh je suis sincèrement désolée..."
Une jeune femme venait de me rentrer dedans avec son chocolat chaud. Son chocolat chaud brûlant. Ma peau devait certainement déjà être pleine de cloques. De brûlures. Et cette sensation se propageait sur tout mon corps. D'abord sur ma poitrine, où la boisson était rentrée en contact avec ma peau, puis sur mes épaules, mes cuisses et même mes pieds.
Mais je ne faisais qu'observer la jeune femme. Pourquoi son visage m'était-il si familier ? J'étais pourtant persuadée de ne jamais l'avoir rencontrée. Mais elle me rappelait quelqu'un, même si je n'avais pas le souvenir de qui.
"Oh laissez moi vous aider, je vais vous ramener des serviettes, venez aux toilettes, je sais où elles se trouvent, suivez moi, on va arranger ça. C'est une vilaine tâche mais je sais comment la faire disparaître..."
"Je sais comment faire disparaître une tâche, merci. Et je sais aussi où sont les toilettes, étant cliente ici depuis plus de six ans. Je vais me débrouiller merci." je disais sur un ton sec. Je partais après lui avoir jeté un dernier coup d'œil. Je n'arrivais vraiment pas à me souvenir qui cette jeune femme me rappelait. Mais pour l'instant, ce n'était pas un problème. Le problème était la tâche marron sur mon chemisier blanc que j'avais sortit pour l'occasion. La seule rechange que j'avais dans mon sac était le tee-shirt mexicain que je portais avant de monter dans l'avion. Ce n'était pas classe, mais je n'avais pas le choix. Après m'être nettoyée et changée, je regardais l'heure : dix heures dix. Avec toute cette histoire, j'avais perdu pas mal de temps. Je sortais des toilettes avec ma jupe noire, mes superbes escarpins vernis et mon tee-shirt coloré à franges, et allais chercher mon chocolat chaud que je buvais rapidement, en ne laissant aucune goutte s'échapper. Je disais au revoir à Marc, promettais de revenir vite et filais vers le métro. Dix heures vingt. J'allais avoir quelques minutes de retard. J'espérais que l'urgence n'était pas si urgente que ça... J'arrivais devant le cabinet à dix heures quarante. Je n'étais pas si en retard que ça, après tout. A peine j'eu passé la porte qu'un homme en costard vint attraper mon manteau et referma la porte derrière moi.
"Madame Leblanc?" demanda-t-il.
"Euh... Oui?"
"Veuillez me suivre, je vous prie."
J'avais clairement perdu l'habitude d'entendre des paroles aussi soutenues comme je rigolais discrètement derrière lui. Pas assez discrètement, apparemment. L'homme se retourna et me lança un regard hautain et exaspéré.
"Excusez-moi, c'est juste que... Peu importe. J'ai reçu un message  du cabinet hier, c'était urgent, d'après ce qu'on m'a fait comprendre ?"
"Veuillez me suivre" dit-il, plus froidement cette fois.
Il m'entraînait vers le fond du cabinet, face à une grande porte ornée de feuilles d'or. Il toqua, ouvrit la porte et m'entraîna vers un grand bureau. C'est à ce moment que je la vis : la fille du bar. Assise dos à moi, en pleine discussion avec ce que je supposais être un avocat, elle ne me visualisait pas. Mais je reconnaissais ses longs cheveux blonds attachés en queue basse.
"Madame Leblanc, justement nous parlions de vous. Nous vous attendions." me dit l'homme assis derrière le bureau. Il me tendit la main et je la serrais.
"Je suis maître Lénant, et je vous ai fait venir jusqu'ici car il y a eu un petit malentendu. Asseyez-vous, je vous prie."
Je prenais place lorsque la femme me reconnu. Son expression se décomposa mais je la vis également scruter chaque recoins de mon visage comme à la recherche de  quelque chose en particulier. Puis elle me souri et retourna son regard vers l'avocat.
"Mme Leblanc, voici Mme Bremont. Je sais que vous vous demandez pourquoi je vous ai contactée" dit-il en me fixant du regard. Cette femme savait donc pourquoi nous étions toutes deux ici. "Il se trouve que... C'est un peu délicat à dire, excusez-moi... Mais il me semble, enfin après de nombreuses recherches, nous avons vu que c'était possible..."
"Qu'est ce qui était possible ?" j'aboyais précipitamment. La colère et l'incompréhension devait sûrement se lire sur mon visage. Car je me souvenais à présent qui cette femme me rappelait.
"Et bien il se trouve que Mme Bremont ici présente soit en fait votre soeur." dit le juge d'une traite. "Enfin demi-sœur, si je peux me permettre. Il se trouve que votre père avait une certaine affaire et n'était pas complètement fidèle à votre mère car..."
"Je me passerais volontiers de vos commentaires inutiles, mais merci, maître, j'avais plus ou moins compris que mon père n'avait pas été complètement fidèle à ma mère en découvrant qu'il avait eu un enfant qui ne venait pas d'elle." je rétorquais avant que l'avocat m'entraîne dans un discours sur la création des bébés.
Mon père. Avait eu. Un enfant. Avec. Une autre. Femme. Je n'en croyais pas mes oreilles. Mon père, cet homme si professionnel, si parfait à mes yeux, avait en fait trompé sa propre femme pendant de nombreuses années. En effet, cette fille qui se tenait face à moi ne devait être que de quelques années plus jeune que moi. J'avais donc une sœur. Demi-sœur. Et je ne connaissais même pas son nom. Mais je ne voulais pas l'entendre. Car si mon père avait eu un deuxième enfant cela signifiait...
"Je doute que vous m'ayez fait venir ici juste pour m'annoncer que mon père avait eu une erreur avec une autre femme."
L'expression de l'homme en face de moi se renferma.
"Non, effectivement. Comme votre père l'a écrit dans son propre testament, son argent, et donc celui de sa femme, reviendrait à ses enfants... Ce qui signifie que Mme Bremont ici a droit à cet héritage autant que vous, Mme Leblanc. Et il me semble que vous avez déjà dépensé une grande partie du coffre, ainsi, comme l'a précisé votre père, cet argent serait divisé en parts égales à chacun de ses enfants."
Plus rien. Je n'avais plus rien. Ils allaient tout me prendre. Enfin plutôt, elle allait tout me prendre. Mon père trompait ma mère, avait mit enceinte une femme et maintenant je devais partager l'héritage qu'il m'avait laissé à moi, sa fille unique, avec l'erreur qu'il avait commise avec une autre femme. Je devais renoncer à tous mes voyages, à mon idée de tour du monde qui me rapprochait de mes parents, je devais renoncer à ma vie, à tout ce que j'avais réussi à construire toute seule. Je n'allais certainement pas me laisser faire, je n'allais pas la laisser tout me voler. Qu'elle prenne mon nom, si elle le souhaite. Mais jamais elle ne prendrais mon identité. Et jamais je ne la laisserais m'empêcher de vivre une vie pleine d'aventures et de sensations. Je ne savais pas encore exactement comment, mais j'allais me débarrasser de ma demi-sœur. Rapidement et efficacement.


 


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