Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Mai 2026 à 23:27:00
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » how to carry a dead body (texte français, explicite)

Auteur Sujet: how to carry a dead body (texte français, explicite)  (Lu 1221 fois)

Hors ligne BleuAcier

  • Scribe
  • Messages: 60
how to carry a dead body (texte français, explicite)
« le: 07 Juillet 2018 à 12:37:40 »
(texte un peu gore pouvant heurter la sensibilité)

Au début on s'était dit que ce n'était pas grave, on ferait un détour par la rue Delcourt, pour aller dans les bois. Bon évidemment, la rue Delcourt, généralement on l'évite, mais nécessité faisant loi...Non qu'elle soit particulièrement mal famée ou dangereuse ou je ne sais quoi. Au contraire, la plupart du temps le calme y régnait. Juste que dedans y avait madame Perron, la petite dame qui restait l'intégralité de son temps à sa fenêtre à regarder les gens passer. Vous m'direz : "Oui bon et alors, qu'est-ce que cela fait si elle connaît vos allées et venues ?". Bah c'est qu'en plus madame Perron adorait cancaner, créer des potins, quitte à extrapoler sur de p'tits détails. Or quand on se retrouve à devoir déplacer un cadavre au milieu de la journée, passer sous le nez d'une commère, ce n'est pas la meilleure des idées, vous en conviendrez. Oui mais marcher au milieu d'une rue hyper encombrée avec bouchons, klaxons, travaux et flicaille pour la circulation, non plus. De deux maux, il fallait choisir le moindre.
Oui, je vous vois venir : pourquoi s'amuser à bouger un corps à pieds et non en voiture ? Bah le Didier, dernier détenteur du papier rose, se l'était fait retirer, trois jours plus tôt pour conduite sous substances illicites. Ils lui avaient même confisqué sa bagnole. Merdouille. Pas de veine.
Et pourquoi ne pas attendre la nuit ? J'avais trop peur que ça schlingue, empeste mon appartement, attire les mouches etc... Bah c'était l'été et le soleil cognait un max.
Euh non, je pouvais pas le mettre au congélo. J'étais con, j'aurais dû anticiper et m'acheter un bahut au lieu de ce truc à tiroirs. Mais à l'époque, ce machin me semblait plus opportun, prenait moins de place, puis il était en solde, enfin surtout je ne m'imaginais pas encore avec un cadavre sur les bras.

Bref, du coup il fallait régler ce souci de madame Perron. Gus, avec ses habitudes de bourrin, imagina qu'on la descende. Quel idiot. Comme si on n'avait pas assez d'un macchabée à planquer. Il proposa alors de l'assommer ou de la bourrer de médocs. Mouais. On décida de lui envoyer Mourad qui, avec son regard de charmeur pouvait lui glisser une pâtisserie blindée de somnifères. Elle l'aimait bien, Mourad, ses cils de velours lui donnaient l'air d'un mec tout doux, tout miel.
Donc problème numéro un, résolu.
N'empêche, avec notre scoumoune, on pouvait quand même se retrouver comme de par hasard avec un glandu venu vaquer à je-ne-sais quoi juste quand on arrivait. Fallait trouver de quoi faire diversion. Comment cacher ce fichu cadavre ? Le bon vieux truc de l'enrouler dans un tapis ? Nan mais le seul tapis que j'ai, j'l'aime bien. Dégoté chez ikea pour trois fois rien, il donne une ambiance hyper cosy à mon salon. Et de toute façon, le coup du rouleau de printemps, c'est pas vraiment discret.
Bon alors on a googlé, en mode invisible hein, histoire de ne pas laisser des traces. "Comment transporter un cadavre ?". Ben merde ça ne débouchait que sur des sites de pompes funèbres.  Let's try in english. "How to carry a dead body ?". Même chose. Bordel. Si on ne peut même pas compter sur google...
"Faut aller sur le dark net, qu'il a dit, Gus.
- Kézaco ?
- Bah c'est google mais que pour des recherches pas clean. Genre tueur à gage, achats d'armes, toussa quoi...
- Et comment que j'fais pour y aller sur ton dark net ?
- Chépus. Beh demande à google...
Nouvelle recherche...
- Dark net...blabla...illégales...ah voilà : pour accéder au dark net vous devez télécharger le logiciel...Nan mais ça va pas toi ! Avec tes conneries j'vais être blindé de virus oui !
- Ben sinon on n'a qu'à y aller franco et le transporter comme ça, en prétextant qu'il est bourré, ou défoncé ou qu'il a fait un malaise.
Je sortis une cigarette, observais le Bertrand avec sa tronche pleine d'œdèmes, sa bouche éclatée, et sa raideur cadavérique. Le gars avait trépassé en se tenant le ventre, compliqué pour le remettre droit, là.
- Je pense pas que ce soit crédible, j'ai soupiré, en allumant mon briquet.
- Bah on le maquille un peu, on lui met une casquette, moi j'dis, ça peut le faire.
- Et t'as le matos pour ça toi ?
- Nan mais Wendy mon ex...
- Ouais. Et tu vas lui expliquer comment à ton ex ?
- Bah c'est Wendy, elle a pas inventé la poudre quoi.
Je tirais une bouffée, expirais longuement,  essayant de visualiser la chose.
- Nan, sérieux les gars, ce scénario, je l'sens pas. Faut qu'on trouve autre chose.
- Autre chose, autre chose... je veux bien moi, mais y'a rien qui m'vient, se lamenta Gus.
C'est alors que Mourad revint avec une sale tête. La Perron, elle n'avait pas voulu goûter à son gâteau, il avait expliqué, en s'écroulant sur le canapé, après avoir enjambé le Bertrand. Régime. Pas moyen de la faire changer d'avis. Font chier les meufs, à tout le temps faire des régimes.
- Bon et si on faisait comme dans les films ? On le plonge dans l'acide chlor...chlor...un truc comme ça?
- Ça marche vraiment ça, ou c'est un truc de fiction  ?
- Bah demande à google.
Je repris mon portable, tapai à deux doigts.
- Alors...acide chlo...rhydrique, c'est ça le mot. "Inhalation : Les vapeurs peuvent être mortelles. Peau : Peut provoquer de graves blessures. Yeux  : très dangereux. Ingestion : Toxique, parfois. ". Euuh...T'as vraiment envie de mourir à moitié pour te débarrasser du Bertrand, toi ? Nan parce que moi non. Bon, voyons voir quand même... Hum... Chez carrefour... deux euros cinquante le litre... acide, acide... Ah là ! 30 % d'acide. 70 % d'eau... C'est assez fort ? J'sais même pas quelle quantité il me faudrait pour le Bertrand... Et puis de toute façon faudrait une baignoire. J'ai qu'une douche.
- Bah on l'découpe et on l'met morceau par morceau dans le lavabo. Ou les waters. En même temps, ça débouchera tes canalisations.
Je matais Didier, dubitatif. Je ne me voyais vraiment pas découper un cadavre. Rien que l'idée me dégoûtait. Toujours eu du mal à découper la viande, alors si en plus elle était humaine... Et je n'étais même pas sûr d'avoir le matos adéquat pour ça...
- Bah dans les films, ils disent tout le temps qu'il faut couper aux articulations, il a fait Gus. Et t'as pas un de ces couteaux japonais ? C'est vachement bien ça, les couteaux japonais. Ma mère m'a offert tout une panoplie à Noël, j'ai halluciné de voir comment ça tranchait bien.
- Ah ouais ?, a demandé Didier. Parce que moi j'en ai chopé sur le marché et franchement quand j'ai testé, après, j'étais trop désabusé. Publicité mensongère.
- Bah ça, forcément, faut pas prendre n'importe quoi non plus. Et investir un minimum. Moi les miens, je les surkiffe. Émincés, carpaccio, ça glisse comme dans du beurre, j't'assure.
- Bon ben te v'là nommé découpeur officiel, je fis. Va chercher ton attirail.
Je vis le Gus se décomposer et regretter amèrement sa grande gueule.
- Nan mais ça risquerait de tout dégueulasser de partout, ce serait bête.
- Beh non, se moqua Didier. Dans un épisode des experts, ils expliquent que quand t'es mort, y'a plus de sang qui gicle. T'es zen. D'ailleurs quand tu découpes un steack, t'es pas si cradingue que ça.
- Enfin n'empêche, le boucher du coin, quand il décarcasse, il a son tablier plein d'sang.
-Demande à google comment faire...tain si ça se trouve on aura même des vidéos sur youtube.
Reprise du clavier. " Comment découper un corps"... Je tâtonnais de site en site. "Bon apparemment pour avoir le mode d'emploi, faut plutôt chercher comment découper un cochon. C'est plus scred. Putain y'a un mec, là, pile dans notre sujet. La classe."
Hormis Mourad qui préférait faire son épave gluante sur le sofa, les autres se rapprochèrent.
Hum. 23 bidons de destop canalisations pour dissoudre un mec normal. C'est un coût quand même. Ah tiens les cochons, c'est pas mal l'idée des cochons qui bouffent tout sauf les dents, enfin, faut en avoir sous le coude.
'Donc 23 destops...et faudrait couper le corps en...on va dire 3 les bras, 4 les jambes, le tronc, le tronc, le tronc, le tronc... euh...6 au moins non ?"
Sur ce, Gus se mit à chouiner : "Naaaaaaan mais j'peux pas l'faire ! Je peux pas désolé les gars mais c'est au-dessus de mes forces..."
Je soupirai, sans pour autant lui en vouloir vraiment, sachant que moi-même, ça me rebutait. Bordel ! Mais qu'est-ce que j'allais foutre de ce  putain de Bertrand moi !  Il virait déjà dégueulasse, les asticots et la puanteur ne tarderaient plus...
- On devrait peut être au moins commencer à l'vider, intervint l'Didier. C'est ça qui fait l'odeur, non ? Putréfaction des liquides, gaz dans le bide...
- Ok, mais qui c'est qui s'y colle ?
- Je peux t'prendre une glace, demanda Mourad.  J'crève vraiment trop d'chaud.
Je levai les yeux au ciel.
- Ben fais-toi zizir, mon gars. C'est pas comme si on était en pleine emergency...
Bon du coup...pas d'autres idées ?
- Bah là non, perso, je cale...
Je poursuivais mes tâtonnements sur le web. Soude, acide, tronçonnage, porcs...presque tout le monde restait sur les mêmes propositions, pas d'originalité.
Sur ce, Mourad, revint, léchant son esquimau qui dégoulinait sur son tee-shirt déjà crado.
- Dites, les gars, j'pensais, ok ton congélo, c'est pas possible vu  les tiroirs...mais on pourrait juste faire un échange... nan ? Ce serait en plus un bon alibi.
- Euh stadire ?
- Bah tu dis que ton congélo est en panne, et que l'Gus te prête le sien, genre pour pas que tu perdes toute ta graille et quand tu le refiles, ni vu ni connu on est légitime à s'balader avec le bahut et l'Bertrand dedans !
Bordeeeeel ! C'était pas totalement con son idée.
- Bah j'vais quand même devoir garder le macchabée chez moi, quoi.
- Un jour ou deux. L'aura le temps de congeler. Puis hop, on fait style tu rends l'congélo because le tiens est réparé et l'Bertrand traverse la rue tranquillou. On peut même attendre la nuit, si tu veux.
J'réfléchissais. Ça s'enclenchait pas mal...
- Ouais, je vais perdre toute ma bouffe, alors, a geint Gus. Quand même j'ai tout un saumon, des beefsteacks pas d'premier prix, sans compter tous les petits plats de chez Marie.
- Pffff, sérieux Gus, t'as vraiment l'sens des priorités. Bon, rapporte ton congélo plein et on transvasera dans le mien. Au pire on dispatchera dans les autres...

Dix minutes plus tard, on  était en train de suer sang et eau pour trimballer ce foutu bahut le ventre encore plein de victuailles.
Évidemment, la Perron ne manqua de vouloir son explication, puis de faire son commentaire.
- Z'êtes pas malins, les petits gars. Vous n'auriez pas mieux fait de tout charger dans des sacs et de tout rapporter chez Gus ?
On se regardait comme des cons.
Mourad fit son plus grand sourire.
- Ah ça, madame Perron, vous avez bien raison... Quels crétins nous sommes ! La prochaine fois, on viendra vous demander conseil au lieu de se crever comme des ânes.  Bon ben maintenant que c'est fait, autant y aller jusqu'au bout hein.
Il ouvrit le congélo, prit un bâtonnet glacé, sous l'œil assassin de Gus.
- Toujours au régime, la miss ?
La Perron prit le cadeau tout en se rengorgeant, ravie de se savoir considérée. Pour sûr l'anecdote des gars transportant un congélo plein allait tourner.
« Modifié: 12 Juillet 2018 à 19:30:33 par BleuAcier »

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : how to carry a dead body (texte français, explicite)
« Réponse #1 le: 11 Juillet 2018 à 13:29:49 »
Salut,

J'ai bien ri en lisant ton texte. ça m'a un peu fait penser à du Bukowski. Pas énormément de remarques à faire, je trouve qu'il marche bien. Une remarque globale: par endroit subitement il y a des tournures plus soutenues qui tranchent un peu avec le reste du texte proche de l'oralité: exemple

Bah c'est qu'en plus madame Perron adorait cancaner, créer des potins, quitte à extrapoler sur de menus détails.

je trouve que "menu détails" sonne un peu bizarre. Ou aussi le participe présent "prenant" dans

Mais à l'époque, ce machin me semblait plus opportun, prenant moins de place, puis il était en solde, enfin surtout je ne m'imaginais pas encore avec un cadavre sur les bras.

(je crois que je remplacerais carrément par "prenait" ou "il prenait")

Je trouve que le style proche de l'oralité marche vraiment bien, du coup par endroits j'ai trouvé que ça tranchait un peu (à d'autres endroits aussi).

Et de toute façon, le coup du rouleau de printemps, c'est pas vraiment discret.


:D :D

Je sortis une cigarette, observait le Bertrand avec sa tronche pleine d'œdèmes

observais (ou observant ?)

Je matais, Didier, dubitatif.

il me semble qu'il y a une virgule de trop.

Le fin est chouette

Merci pour le partage  :)
Chapart

Hors ligne BleuAcier

  • Scribe
  • Messages: 60
Re : how to carry a dead body (texte français, explicite)
« Réponse #2 le: 12 Juillet 2018 à 19:36:22 »
Hello Chapart,
Merci de ta lecture, j'ai adopté les rectifications proposées.
Citer
Une remarque globale: par endroit subitement il y a des tournures plus soutenues qui tranchent un peu avec le reste du texte proche de l'oralité
Du coup, en  relisant, hormis les endroits que tu m'as mentionnés, je ne pense pas avoir le recul pour m'en apercevoir, honte sur moi... :/. Mais je ne remets pas la chose en doute, hein.
Merci de ton commentaire.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.252 secondes avec 22 requêtes.