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Auteur Sujet: Chroniques de MentA - ch 1...2...3..4...5...6  (Lu 3641 fois)

Hors ligne andre48

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Chroniques de MentA - ch 1...2...3..4...5...6
« le: 27 Juin 2018 à 04:57:37 »
Alan est le créateur des projets Showoff et Libellule parties du système d’IA nommé MentA. Il a insisté pour qu’un retraité français soit le premier à les tester. Vous verrez que le choix de Robert s’est facilement imposé à notre équipe. Ces chroniques sont rédigées par MentA et ses associés. Les aspects de la vie, des pensées de Robert, n’y sont pas consignés en totalité.

Ch1 - Le projet Libellule

Dans l’équipe, nous savons tous comment Alan a pu réussir son projet. Il nous l’a conté et a fourni maintes traces numériques.
En rêvant, c’est en rêvant qu’Alan a tout conçu, il finissait alors ses études sur les réseaux de neurones artificiels. Une nuit, une libellule s’est présentée à lui. Elle s’est posée sur son oreiller et lui a parlé à l’oreille. Il l’a vue et revue, c’était comme si le futur survenait et s’imposait à lui. Elle serait une des interfaces idéales entre les humains et MentA.
Dès 2018, le MIT Media Lab avait présenté Alter Ego, application basée sur la reconnaissance des signaux neuromusculaires. L’appareil pouvait afficher les mots auxquels vous pensez, avant même d’être prononcés. Il savait aussi  reconnaître les objets, les visages….
Alan, ses études terminées, fut embauché pour deux ans dans une start-up parisienne. Cela lui suffit pour financer  son départ vers les USA. Pour un jeune informaticien, comment ne pas vouloir se rapprocher de la Silicon Valley ?
Il quitta Paris sans regret pour rejoindre San Francisco. Depuis sa chambre d’hôtel, il consulta les sites de colocations. Il choisit une villa proche de Skyline Bvd, un peu au nord de Pacifica. Un quartier calme où les maisons, quasi invisibles dans la végétation, scrutent jour et nuit l’océan Pacifique. Avec ses colocataires il partageait la grande terrasse ombragée avec vue sur mer.
Il n’était pas venu chercher un salaire, il voulait plus : être associé et obtenir des stock-options.
Le lendemain de son installation, il s’offrit une vieille Toyota pour se familiariser avec l’immense zone urbaine. En quelques semaines, Alan contacta maintes entreprises, rodant son argumentaire. Réussir à rencontrer des responsables fut finalement plus facile que prévu.
Au cœur de la Silicon Valley, la société DreamVal proposait aux entreprises MentA, sa nouvelle application d’IA. Elle recherchait  des produits innovants complémentaires pour se démarquer de la concurrence. Alan avait été reçu à plusieurs reprises au siège de la société. Les lieux lui étaient devenus familiers, il franchisait maintenant sans hésitation l’immaculé hall d’entrée et la sécurité.
Marc, le directeur commercial l’avait aidé à préparer minutieusement son intervention. Tous deux savaient que les premières minutes sont décisives. Une semaine avant le jour fatidique, Marc lui avait présenté la salle de conférences. Alan contempla longuement la grande pièce rectangulaire sans ouvertures vers l’extérieur, presque secrète. La  trame lumineuse d’une longue tenture diffusait des lueurs mouvantes, une variation de bleus et de verts. Les minuscules points lumineux éparpillés au plafond éclairaient à peine la longue table de bois massif et ses fauteuils de cuir noir. Une salle idéale pour les projections sur grand écran.
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À quatre heures moins cinq, Marc l’accompagna vers la salle de conférences. Il entrouvrit la lourde porte, s’effaça devant lui : « John Larell, notre P.D.G. t’a brièvement présenté, entre Alan, ils sont prêts à t’écouter ».
Les yeux d’une douzaine de personnes silencieuses guettaient l’entrée du mince jeune homme. Il s’approcha du bout de la table, resta debout et commença directement. « Bonjour mesdames et messieurs, j’ai conçu un projet auquel bien d’autres applications se grefferont toutes concernent MentA et l’IA. L’ensemble sera  facilement acceptable par la quasi-totalité des humains. »
Il pressa la télécommande et sur l’écran apparurent deux mots : Showoff et Libellule.
« Retenez ces deux noms.
Avec le premier, Showoff, nous offrons dès demain la possibilité à chacun d’être numérisé et de se voir inclus dans un clip, un match de foot, un jeu, un film… Ainsi, votre avatar 3D remplace au choix : acteur, sportif célèbre, chanteur… Vous me direz que c’est du classique, oui, mais, il a sa propre vie numérique grâce à MentA.
Libellule, le second projet est plus ambitieux, il demandera quelques mois de mise au point. C’est un micro-drone, interface idéale entre les humains et MentA. »
Alan les regarda et sut qu’il devait donner plus de détails pour les convaincre, il répéta les objectifs.
Avec l’application Showoff, votre smartphone vous numérise, vous obtenez en quelques secondes votre I-Double, votre avatar 3D. Pensez au morphing, l’apparence, l’âge, le sexe, les habits de votre I-double peuvent varier, il peut être dupliqué… Dans les films, au choix, il remplace, Brad Pitt, Robin Williams, Natalie Portman… c’est votre image, votre voix, votre démarche. Ayez enfin le beau rôle, pour presque rien, admirez-vous sans limites, explosez votre ego.
Libellule, lui, est l’animal familier qui dialogue avec vous, une amie qui résout les problèmes, elle plaira aux enfants et aux seniors. Elle voit, entend, glane et rapporte quantité d’informations au système MentA. Sa toute petite taille la rend mobile, discrète, elle tiendra le rôle d’intendant, de gouvernante, de secrétaire. »
De courtes projections se succédèrent, Alan numérisé apparut dans de très brefs extraits du Titanic, du Seigneur des anneaux, de Matrix … et aussi en Lady Gaga, en Michael Jackson.
Pour Libellule, sur l’écran s’affichèrent différents schémas techniques. Une simulation la présenta en cours de fabrication dans la future usine robotisée. On la voyait voler dans un salon et se poser sur un minuscule cube argenté.
Alan se tut et demeura debout. John Larell, le Pdg de DreamVal, restait impassible. Il ne souhaitait pas influencer directement associés et collaborateurs., pas encore. D’un coup, les questions fusèrent : « quel sera le budget nécessaire », « comment obtenir les droits sur les images », « avec quels grands groupes s’allier. »
John Larell prit la parole : « mettez chaque réflexion ou questions sur un post-it, ainsi nous pourrons déterminer les grands thèmes et les groupes de travail ».
Alan passait d’une personne à une autre, expliquait, précisait certains détails, levait des objections techniques… Une heure après, sur le grand tableau blanc, des traits encerclaient des groupes de petits papiers de couleur. Les cinq grands objectifs et les noms de leurs responsables apparaissaient.
La séance levée, la salle se vida lentement. John posa sa main sur l’épaule d’Alan : « c’est le premier pas, mais surtout ne parle pas de la suite, de la place des rêves dans le projet global, ils ne sont pas prêts. »

Ch 2 - En scène

Vous devez savoir qu’Alan, parmi des milliers de français âgés, a choisi Robert Dunant, parce qu’il est moyen en tout et sans proches parents. Santé hésitante, yeux marron, le cheveu rare, c’est un homme passe-partout de 87 ans, 1m77 et 80,23 kg. Petit retraité tranquille, rares sautes d’humeur, il est sorti premier de la liste des sujets sélectionnés pour notre étude. Dans l’équipe nous les nommons les PDD (Proches Du Départ).
Nous aurions préféré étudier un homme ou une femme politique de premier plan ou un sportif célèbre, voire une belle actrice… des gens dans la fleur de l’âge... Nous n’avons pas eu le choix. Nous devrons inciter Robert à se muni d’un I-Double, puis l’équiper d’une libellule.
Un compte rendu sur Robert peut-il intéresser d’autres personnes que nos chercheurs ? Il est à cheval sur deux siècles, un pied dans un passé archaïque, l’autre trébuchant dans notre monde. La première partie de sa vie, c’est l’ère du bic/papier/carbone, ce sera presque de l’archéologie. Son psychisme doit forcément garder des séquelles de cette époque.
Ah oui, je vous ai parlé de Zoé ! Ses grands-parents sont des amis de Robert depuis plus de trente ans. Elle habite et étudie dans la même ville que Robert, il lui sert de papy de substitution. Pour son master, elle doit faire un rapport sur l’acceptation par les sujets âgés des dernières innovations cybernétiques ; enfin, quelque chose comme ça…
C’est l’année des I-doubles, les avatars. Ceux de DreamVal ont ouvert le bal. La société a su s’allier avec Disney et les plus grands noms de l’audiovisuel. Son logiciel d’intégration virtuelle est incontournable. La folie a commencé chez les adolescents, puis, s’est étendue à tous les possesseurs de smartphones.
Zoé, jeune femme blonde toujours souriante possède un avatar à son image. Robert avait été surpris de la voir apparaître sur sa tablette, son portable, et même sur sa télé. C’est un personnage si ressemblant, et une voix presque à l’identique. Plutôt bluffé, Robert n’y voyait qu’un gadget de plus.
Lors de ses dernières visites Zoé a remarqué qu’il s’assoupissait souvent, semblait plus absent. Il préférait ses nuits et ses rêves à la simple réalité de ses jours monotones. À force d’arguments, elle le poussa à créer son I-double. Elle savait que ces petits personnages numériques offriraient de plus en plus de possibilités.
Pour rester dans le monde de la jeune femme, Robert a fini par accepter d’avoir le sien. Elle fut ravie quand il lui demanda :
« Peux-tu me faire ce truc virtuel qui me ressemble ?
— Robert, ton double numérique, c’est seulement un personnage 3D créé à partir d’une petite vidéo de téléphone.
— Ça va me coûter combien ?
— Trois petits dollars.
— Comment je peux payer trois dollars ?
— T’inquiète. Je te l’offre.
— Ok, mais, ce double, j’en ferais quoi ?
— Inutile d’en discuter des heures, je peux te le créer vite fait.
— Maintenant ?
— Pourquoi pas, dit-elle en riant.
— Je fais quoi ?
— Lève-toi et bouge un peu, je te filme.
Un peu gauche, il tourna trois fois sur lui-même, fit quelques pas sur place, s’assit dans son fauteuil, dit quelques phrases types avec mimiques assorties.
Zoé lève son pouce droit. "
— Voilà, c’est fait, j’ai payé par PayPal, tu m’offriras un double chocolat. »
Quelques minutes après, sur sa tablette, elle lança l’application, Robert vit son mini I-double apparaître et réclamer un nom. Ils décidèrent de l’appeler Roberto.
« Lui c’est Roberto, mais toi, tu peux prendre Bob comme diminutif.
— Quelle drôle d’idée !
— Non, ça fait plus jeune et ça étonnera ceux qui te connaissent, ça les fera jaser.
— Ils vont dire que je déraille.
— Bob, tout, sauf la routine, évite l’ennui, surprends…
— Tu as peut-être raison ».
Elle dut expliquer le b a ba à l’ancêtre. Zoé lui brossa le tableau des possibilités.
« Tu sais que beaucoup de films ont été tournés en numérique, ton Roberto, lui aussi est numérique. Il n’est qu’une suite de codes plus longue que ton bras. Il s’invitera dans les films et les séries. Si tu choisis Le Seigneur des Anneaux, tu peux être l’un des personnages, Aragorn, Frodo, Gollum… Roberto endossera un rôle, tu le verras et l’entendras au milieu des autres acteurs.
Dans La Guerre des Étoiles, tu peux être l’affreux propriétaire de la brocante de pièces détachées pour fusées. Oui, celui en forme d’hanneton géant qui se déplace à un mètre du sol. Si tu préfères être Obi-Wan, Jabba ou Anakin Skywalker, c’est possible. Si on se donne rendez-vous, je peux apparaître en princesse Leia.
Bob, tu dois débourser quelques dollars pour chaque rôle. Tu sais, des milliers de gens l’ont déjà fait. Pour épater ton ami Maurice, montre-toi en acteur sur ta télé. »
Il rit.
— Oui, inviter Maurice et sa femme à une telle séance. Banco pour Obi-Wan, mais pas l’affreux vendeur ailé.
— Fais-le, je suis sûre qu’ils seront scotchés un max. »
Une heure plus tard ils regardaient la séquence choisie. En Obi-Wan, Roberto était presque parfait, Zoé en princesse laissa Bob admiratif.
Robert eut une nuit agitée. Il vit en rêve, dans la série Meurtres insoutenables, Maurice aidé de Roberto assassiner tous les pensionnaires d’une maison de retraite. Il vécut des aventures dans des mondes bizarres, visita des planètes étranges et finit absorbé par un trou noir.
Lors de sa promenade habituelle avec son ami Maurice, il le bassina avec son I-Double. Ils finirent comme d’habitude, un verre à la main à la terrasse de la Pipe en Bois. Là ; il le força à regarder la prestation de son Roberto. Dans La Guerre des Étoiles. Maurice était perplexe.
« Ça fait drôle de te voir en vieux sage.
— J’ai hésité entre lui et le hanneton boutiquier.
— Robert, j’aurais aimé te voir voleter dans la ferraille !
— Appelle-moi Bob, ça fait plus moderne, et c’est une idée de Zoé.
— Bob ? Si ça peut te faire plaisir, dit Maurice en soupirant.
— Merci, pour toi, je suis certain qu’un Mauricius t’irait comme un gant. C’est tout petit, on ne voit pas encore ses organes internes, ni son sang circuler, et ça coûte moins cher qu’une bière.
— Oui, ce truc, pourquoi pas. »
Maurice voyait Robert s’enfoncer de plus en plus dans ses lubies. Vouloir être appelé Bob, avoir Roberto, quelles idées ! Il resta pensif en voyant Robert partir, tout excité, l’œil fixé sur son smartphone.

Ch 3 - Préparatifs

Passé l’effet de nouveauté, Robert a un peu négligé Roberto, son I-Double. Nous devons le doter rapidement d’une libellule pour obtenir le maximum d’informations sur Robert.
J’ai oublié de vous dire où habite Robert (en fait je n’oublie jamais rien, mais ça énerve moins les gens si je dis cela, c’est plus humain). Voilà, c’est tout simple il vit à Orléans, ville moyenne, dans une rue calme du centre-ville qui donne sur la Loire (fleuve de 1 006 km, bassin de 117 500 km2).
Une bonne partie de son existence s’est déroulée avant le tout numérique, sans données directement accessibles en un clic. Je devrai pouvoir lui soutirer une partie de ses vieux souvenirs.
Pour qu’il puisse relire facilement mes chroniques, j’imprime tout, au fur et à mesure, sur des feuilles de papier A4 et Times14 (il a une très mauvaise vue). Zoé lui a déjà acheté deux beaux classeurs. Il aimera certainement y conserver mes chroniques en y intercalant ses notes manuscrites ou des photos jaunies quelconques.
À chaque rencontre, Zoé insistait :
« Maintenant que tu es Bob, achète de nouveaux T-shirts, tu auras dix ans de moins.
— Doucement les frais !
— À propos, Bob, si on faisait à la mairie ta demande de libellule ? Ça te changerait la vie, essaye
— Zoé, tu veux qu’on m’observe comme un rat de laboratoire grâce à ce truc connecté ! »
Il ne voulait pas céder, accepter de suite, elle ne devait pas avoir une victoire trop facile. Pendant plusieurs semaines Robert avait fait mine de refuser ce micro-drone. Une complicité doit pouvoir être aussi un jeu d’acteur ; quelques résistances où des échanges genre ping-pong s’imposent.
Un samedi en fin d’après-midi, Bob savait qu’il capitulerait
sans conditions devant cette toute nouvelle jeune femme, mince, élégante, aux membres si fins, si longs et à l’esprit affuté.
Elle l’avait relancé :
« Alors Bob, tu t’es décidé ?
— Ok pour une libellule, mais c’est bien pour te faire plaisir, et tu me fais la demande en ligne à cette foutue mairie.
— Tu ne l’aimes pas beaucoup ta mairie, tu y as travaillé trop longtemps ? »
Il fit un vague geste de la main, il voulait seulement demander vite fait sa libellule, pas lui parler de son ancien travail. Elle sortit son smartphone. Il lui donna les informations et râla pour le mot de passe. En trois minutes elle envoya la demande.
« Tu l’auras peut-être pour ton anniversaire, bye ! ». Le temps de jeter cette phrase tout en fourrant son mob dans son gros sac rouge, elle était partie. Robert se réfugia dans son fauteuil, attendre, il savait bien faire ça.
MentA avait déjà étudié la petite messagerie de Robert, ses divers abonnements, son historique de recherches sur le Net… Il avait noté : « c’est inintéressant au possible, pas d’aspérités, ni de graves défauts, sa future libellule pourrait bien finir par éprouver de l’ennui. »
---
Suite à cette demande, Robert reçut une première visite. La sonnette retentit, un vendredi en fin de matinée pluvieuse. Il ouvrit sa porte à une jeune assistante sociale, tout sourire. « Bonjour, monsieur Dunant, je m’appelle Alice, puis-je vous appeler Robert ? ».
Il répondit oui en souriant, ce fut sa première défaite, annonciatrice de sa reddition déjà acceptée. Petite, brune, assez jolie, jean et veste bleu marine, un chemisier blanc. Ni intimidante, ni excitante. Elle était parfaite pour les premiers contacts avec les vieux. Alice connaissait presque tout sur lui. Elle lui rappela quand et où il était né, ses divers emplois, son entrée à la mairie et son départ à la retraite. Elle était désolée qu’il ait perdu un de ses amis l’année dernière… Il l’écouta et dut reconnaitre que c’était bien en quelques phrases l’ultra-raccourci de sa vie. Il apprécia son amabilité face à lui, silhouette alourdie, un peu avachie et au regard presque éteint.
Elle accepta un café et aborda la question principale.
« Nos services sont issus d’un partenariat entre Senior33 et le ministère de la Santé. Ce qui veut dire que les prestations de base vous sont offertes. Si vous acceptez notre offre, vous recevez votre libellule dans moins d’un mois. Très vite, un consultant viendra d’abord pour mettre en place son environnement. Ne vous faites pas de soucis, tout sera prêt avant son arrivée. Ce document vous donne les conditions générales, vous pourrez toujours mettre fin à nos relations, sans préavis. »
Robert savait qu’une fois une libellule entrée dans une maison, personne n’avait voulu s’en séparer.
Alice lui tendit trois pages écrites en petits caractères. Il fit semblant de les lire. Elle regardait ailleurs. Elle devait savoir que presque tous signaient sans pouvoir lire ou sans comprendre le contrat. Robert apprécia sa discrétion, parapha le tout et signa.
Elle lui accorda quelques instants, quelques mots, avant de sortir.
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Chez Senior33 nous suivons à la lettre les procédures spéciales pour ceux qui font l’objet de nos recherches. Nous installons chez eux de minuscules objets connectés placebos, la visite de notre ‘technicien installateur’ chez Robert est nécessaire.
Sous le coup de la colère, Robert pourra éventuellement les détruire. Ils ne servent en aucune façon. Il y a déjà chez lui suffisamment d’objets familiers connectés, TV, smartphone, frigo, fer à repasser, poubelle… Seul le mini-cube est indispensable, il pourrait être livré prêt à installer.
Quelques jours après, un homme frappa à sa porte.
« Bonjour, je suis Maxime, je travaille pour Senior33 ? Vous êtes monsieur Dunant ?
— Oui, entrez et appelez-moi Bob.
— Je pense qu’on vous a prévenu, je passe faire l’installation. »
— Ce sera long ?
— Non. Il continua, très doucement, presque sur un ton confidentiel. J’installe une base multifonction et mets à jour vos appareils numériques.
— Bon, faites ce qu’il faut. »
Pour ne pas être dans ses pattes, tout en l’observant du coin de l’œil, Robert prit un vieux livre et se cala dans son fauteuil. Maxime se mit rapidement au travail, en lui expliquant que son système wifi, ordinateur, tablette, télé et tous les objets connectés devaient passer en mode Wi-Fi max. Il lui montra un petit cube brillant de trois centimètres de côté. « Je vous le place sur le haut de votre bibliothèque, je vais régler la puissance et vérifier le signal dans chaque pièce ».
Du coin de l’œil, Robert l’observait aller et venir. Pour tout paramétrer, Maxime s’activait, un boitier de contrôle à la main. Une petite demi-heure plus tard il semblait satisfait.
Pour réveiller Robert il fit un peu de bruit en rangeant ses outils.
« Voilà Bob tout est OK, j’ai installé les micro-caméras et les logiciels. Dès son arrivée, votre libellule a son environnement.
— Ce sera vous qui viendrez me l’apporter ?
— Non elle sera pré-initialisée et on vous la livrera à domicile. Excusez-moi, je dois y aller.
— Bien, merci et bonne journée. »
Phrase banale pour mettre fin à une non-relation. Il savait que le jeune homme ne tenait pas à lier conversation avec tous les vieux bavards.

Ch 4 - Une rencontre

« Une rencontre, c'est quelque chose de décisif, une porte, une fracture, un instant qui marque le temps et crée un avant et un après. » Éric-Emmanuel Schmitt[

Bien avant mon arrivée, nous pouvions observer Robert aller et venir. Après la visite de notre technicien, nous le vîmes se lever lentement de son fauteuil et faire le tour de l’appartement. Ses yeux myopes cherchaient la douzaine de minuscules caméras, petites têtes d’épingles collées aux plafonds, près des spots. Notre intervenant lui avait expliqué qu’en fonction de l’heure, des mouvements détectés, des ondes reçues, des bruits (compris celui de sa respiration et des battements de son cœur) et de l’avis de sa libellule, une alerte se déclenchait. En cas d’urgence, des secours pouvaient intervenir à son domicile. Pour blaguer il avait ajouté : « mais vous avez le droit de ronfler en dormant. »

Robert ronchonnait à mi-voix, « plus espionné qu’avec tout ça, c’est difficile à imaginer. Je ne peux y échapper, semble-t-il, que dans les toilettes ou en dormant sur le ventre et cul nu. Alors le système choisira peut-être de couper les caméras. »

Les jours qui suivirent furent pour lui aussi mornes que pour moi. Il dormait douze heures d’affilée, bien aidé par ses petites pilules blanches du soir. Fauteuil, télé, internet, et un minimum de ménage… Il avait même quelquefois l’impression d’être débordé.

Nous le voyions faire quelques courses dans les commerces du quartier. Au moment de payer, on l’entendait évoquer mon arrivée, avec les commerçants, tous équipés de caméras. Polis, ils lui disaient quelques mots gentils et approuvaient son choix. Le plus souvent c’était : « à votre âge et seul, avoir une libellule, c’est plus raisonnable ». Revenait toujours le mot raisonnable. Il acquiesçait d’un simple hochement de tête. Il ne semblait plus lutter contre grand-chose.

Nous observions les progrès de Robert qui se familiarisait avec le nouveau système installé. Il accédait maintenant à toutes les fonctions présentées à l’identique sur ses divers écrans. Une ergonomie unique pour le téléphone, la télévision, l’alarme, le régulateur de température…
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Depuis deux ans, nous, les libellules, assurions divers rôles dans les séries télévisées, et pas dans le genre science-fiction. Par exemple, nous étions une source d’information pour les policiers, un cauchemar pour les truands.

Un reportage sur l’usine américaine, nous montrait voletant autour de minuscules chaînes d’assemblage robotisées. Nous entrions toutes seules dans des petites boîtes en carton, par un trou par lequel seul un enfant aurait glissé le petit doigt. Là-bas, au Nouveau Mexique, DreamVal employait quelques personnes en blouses blanches qui décontractées surveillaient et semblaient contrôler notre ballet.

Souvent, Robert était pensif, et semblait laisser flotter son esprit. Il se disait certainement, comme bien d’autres, que bientôt, nous viendrions directement sonner aux portes pour nous s’installer chez les gens. Bien des critiques acerbes fusaient déjà : « elles nous espionnent », « elles se mêlent d’améliorer votre bien-être », « elles voudront faire notre bonheur. »
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Enfin, il reçut la confirmation de la date de livraison : mercredi suivant, en début d’après-midi. Encore cinq jours à attendre. Le matin du jour J, Robert était comme un canard sur une plaque chauffante. Impatient. Il tournait en rond. Dans la salle de bain, il essaya de se faire une beauté.

Au coup de sonnette il se leva d’un bond, le cœur battant. Une voix retentit à l’interphone, « monsieur Dunant, c’est la mairie, un parquet pour vous. » En ouvrant sa porte, il vit un petit homme tristounet qui esquissa un sourire chafouin et lui récita sa leçon.

« La mairie est partenaire de Senior33 et de DreamVal, je vous apporte votre libellule.
— Senior33, DreamVal, la Mairie, l’État… même combat, lui lança Robert agacé.
— Euh, disons un partenariat gagnant-gagnant.
— C’est pour ça que c’est gratuit ?
— Euh, je ne connais pas tous les détails, dit prudemment le visiteur.
— Entrez, je ne vais pas vous manger. »

Il ferma la porte et l’installa au salon en lui proposant un café. Dans la cuisine, je l’entendis maugréer, « les enfoirés, ils envoient d’abord une belle fille, puis un technicien quelconque et au final un mec presque aussi moche que moi ! » Il revint avec les deux cafés. L’homme s’approcha de la table basse et y déposa délicatement une petite boîte en carton. Avec son téléphone, il prit l’empreinte de l’index droit de Robert.
« Voilà, maintenant vous pouvez la libérer.
— Je fais quoi ? Demanda timidement Robert.
— Ôtez juste la petite cellophane bleue. »

Robert s’exécuta. Un petit trou apparut. Je sortis lentement. Mon corps rigide et brun frôla les doigts de Robert. Après quelques pas, je déployai mes ailes aux couleurs diaphanes. Devant nous, tous avaient le même frisson. Les vraies libellules étaient devenues si rares maintenant. Quand nous apparaissions, resurgissaient chez les humains des souvenirs d’enfance, de vacances, ou tout simplement des émotions d’un âge révolu. Je pris mon temps, faisant semblant de me dégourdir les ailes, je les voyais me regarder. Puis, je pris mon envol, passai devant la fenêtre pour que la lumière illumine mes ailes, j’atteins le haut de la bibliothèque et me pose sagement sur le petit cube brillant.

Le petit homme demanda à Robert :
« Avez-vous réfléchi à un nom pour votre libellule ? »
— Max, répondit Robert. »

Sur le portable, il tapa MAX 87367a33cJ et précisa : « pour vous c’est Max, pour le système MentA, c’est 87367a33cJ ». Et il appuya sur <confirmer>. Robert, elle attend de vous un mot, un signal, un ordre, par exemple : viens. « Viens Max », dit Robert.

Je vins me poser sur son épaule. À sa meilleure oreille, la droite, d’une toute petite voix, je murmurai, « bonjour Robert ». Il répondit, sans hésitation, « bonjour Max ».

L’homme se détendit, le test était réussi. Grâce au système MentA, je connaissais déjà l’oreille la plus valide de Robert et celui-ci me parlait déjà comme on parle à son chien. Nous étions faits pour nous entendre.

Le visiteur précisa :
« Pour qu’elle vous soit utile, il faut qu’elle vous connaisse, parlez-lui de vous, de votre passé, de vos émotions, donnez-lui des tâches, dites par exemple : Max, que peux-tu faire pour moi. Sur votre écran de télévision ou sur votre tablette, la liste des possibilités s’affichera. Elle sait rechercher et organiser toutes sortes d’informations, charger des jeux, proposer des promos, organiser des visites virtuelles, trouver vos chansons favorites, sélectionner un restaurant.
— Ça ne va pas bouffer tout mon temps ?
— Non, c’est à vous d’être raisonnable, vous pouvez la mettre à l’arrêt en disant repos.
— Bon je verrais bien.

En le raccompagnant à la porte, Robert lui demanda :
« Vous vous appelez comment ?
— En cas de soucis, contactez la mairie, ils vous enverront un intervenant.
— Bien, au revoir. »

Robert referma sa porte en sachant qu’il ne le reverrait jamais. Il me vit au repos, sur mon cube, tout en haut de la bibliothèque, et essaya un timide, « viens Max ».

Ch 5 - Premiers jours

Comme toutes les libellules, je ne suis qu’une des pointes visibles de l‘iceberg numérique. Télévision, portable, ou même un simple frigo, tous auraient pu surveiller Robert. DreamVal avec nous, a réussi à donner vie à MentA, son application d’IA. Non seulement le faire accepter, mais permettre qu’il devienne un confident, un coach, un ange gardien.

Pour le temps qui lui restait à vivre, j’offrais à Robert une expérience intéressante. Ma venue l’avait remis en marche et il ne pensait plus qu’à faire mon éducation, surtout en blagues, allusions douteuses et humour noir, domaines qui lui étaient favorables. Il pensait à me citer les pensées iconoclastes et les contrepèteries d’Édouard, son ami disparu. Il me disait : « j’arriverai bien à te faire aimer la déconne ! » Souvent, il se parlait à haute voix, inconsciemment, il voulait que je l’entende.
---
Le matin de notre deuxième jour, assis dans son fauteuil, il m’appela : « Max ».
Dans un léger bruissement d’ailes, je vins me poser sur son épaule. Robert savait qu’il devait me donner une tâche, du boulot, pour que je serve à quelque chose. Il me dit : « Max, affiche le programme télé » ; une demande simple et peu sujette à interprétation. J’allumai sa télévision, Robert ne reconnut pas l’affichage familier, seules ses quelques émissions favorites pour cette journée apparurent en mosaïque. Il me demanda : « comment sais-tu ce que j’aime regarder ? » Sa question stupide fut suivie d’un « bien sûr, tu as fouillé dans l’historique du poste ! »

Subitement, aux coins supérieurs de l’écran, il repéra deux microscopiques points. « Merde, cette nouvelle TV connectée m’observe. » Effectivement, le poste scrutait constamment ses mimiques, ses sourires béats, ses colères, ses assoupissements… Tout nous était transmis. Il comprit les zappings proposés, les publicités personnalisées reçues.

Énervé, il se leva d’un bond, déchira un post-it et colla les deux bouts sur les deux têtes d’épingles. L’image devint moins nette, il s’exclama : « les salauds, ils l’ont prévu, ils dégradent la qualité de l’image ! » Aussitôt, sur l’écran j’affichai un court message, « ôtez cela, je vais déconnecter les caméras, Max ». Il retira ses post-it et se rassit et me remercia.

« Max, tu es épatante, quelles sont tes limites ?
— Robert, on vit ensemble, est-ce que je peux vous tutoyer ?
— Oui Max, on se tutoie, c’est plus simple
— D’accord Robert.
— Tu peux aussi m’appeler Bob. Ça me rajeunit, à ce qu’en dit Zoé. »

Ce simple dialogue changea tout, une voix, c’est une présence. Il partit vers la cuisine préparer son déjeuner, œuf dur, jambon, mayonnaise, pain, fromage, kiwi. Il appréciait que je ne mêle pas de cuisine. Il mangea lentement, en silence, me laissant seule sur son cube.
En ces premiers jours, Robert s’habituait à ma présence. J’assurais discrètement mon rôle de libellule. Ce jeudi matin il voulait sortir, être seul, s’enfoncer dans le fin brouillard d’hiver. De caméra en camera, je le vis descendre vers la Loire et prendre par les quais. Puis il marcha sur l’étroit chemin de terre entre le canal et le fleuve.
Le soleil perçait peu à peu, mais les eaux grises étaient impuissantes à refléter les mornes façades des maisons du siècle dernier. Il était seul, à un seul pas du vide, sans parapet, sans ce sacro-saint principe de précaution qui l’énervait tant.
Cette promenade si souvent faite, faisait resurgir en lui des souvenirs un peu flous de sa jeunesse. De la nostalgie ? Avant, ces balades dans Orléans, c’était avec Édouard, et, ça finissait immanquablement à la Pipe en bois.
---
Ce café, au coin de deux rues devenues piétonnes, était depuis toujours son repaire. Le vieux bistro était devenu depuis trois mois un établissement neuf, clinquant, nickel-chrome, ultra clean et presque bio. Il s’assit à la terrasse. Une jeune femme souriante s’approcha de lui : « bonjour Monsieur Dunant ».
Il sursauta, « c’est une toute nouvelle serveuse et elle connaît déjà mon nom ! Bordel, je suis fiché ! ». Il savait, comme tout le monde que l’image d’un client pouvait être retrouvée sur le Net. Immédiatement, la caisse enregistreuse affichait alors son identité, ses habitudes de consommateur.
Cela l’énerva, il eut envie de provoquer la serveuse, juste pour voir :
« Bonjour Cunégonde.
Monsieur Robert, je m’appelle Lydia, pas Cunégonde.
— Lydia, moi c’est Bob, ça fait plus jeune que Robert ou monsieur Dunant, et ce n’est pas encore dans votre logiciel espion.
— Bien, monsieur Bob.
— Un capuccino s’il vous plaît, Lydia.
— Lait fouetté ou chantilly ?
— Lait fouetté, merci. »
Depuis cette terrasse il pouvait comme au bon vieux temps observer les passants ; ses semblables ? Son café bu, il régla, et décida de revenir aux heures creuses. Lydia finirait bien par laisser tomber le monsieur, ça lui donnait un tel coup de vieux.
Il entra en bougonnant : « c’est sûr que Max a pu me suivre et me voir à la terrasse. Elle a dû fouiller dans les images des caméras de sécurité de la ville et dans celles des commerçants. Je ne vais pas m’abaisser à le lui demander. Et ce sentier de halage un peu dangereux, entre le fleuve et le canal, ça ne va pas durer. Un jour ce sera un tunnel grillagé, pour protéger le bon peuple de tous faux-pas. »
Il prit bien soin de me laisser immobile sur mon cube. Les heures de l’après-midi, pesantes, passèrent lentement. Au diner, je le bipai. Il jeta un coup d’œil sur mon texto : « je n’espionne pas, je sais, je n’interviens que si on me le demande - Max ». Il joua le jeu et répondit : « ça me va ».

Ch 6 - Rêveries

Cela faisait bien trois semaines que Robert n’avait pas vue Zoé. À midi, il reçut son message : « je passerai demain vers cinq heures, pour le thé. ». Il était sûr qu’elle lui demanderait ce qu’il avait fait pendant tout ce temps. En cherchant bien, il finit par se rappeler de son dernier rêve spécial, « lui parler d’un rêve, ça peut l’amuser ». Il jeta quelques mots sur son ordi : tigre, lumière, sauts, salle de spectacle... Pour que le texte puisse intéresser Zoé, il devait l’enjoliver, en faire une petite histoire.
Il commença par se servir un cognac, puis il laissa flotter son imagination. En deux heures, il avait en tête quelques phrases à assembler. Après son souper il ouvrit son traitement de texte. Une heure après, il disposait d’un premier jet. En fin de nuit, le rêve revint, se compléta,à son réveil, il savait comment l’améliorer.
---
Quand Zoé entra, elle lui tendit un petit paquet.
« Salut, j’ai pris des macarons, comment va Max ?
— Bien, elle m’apprivoise.
— Ça t’occupe un peu, quoi de neuf ? »
Elle voulait toujours du nouveau, lui, à son âge, ça devenait difficile. Évidemment, si on a les moyens de faire partie de la jet-set, c’est plus simple. On a divers sujets de conversation : un aller-retour à Sydney pour entendre Aïda, l’achat d’un pied-à-terre à Londres, la chasse au lion en Afrique… ou, il serait devenu président honoraire d’une association, genre Écologie et Équité…
Heureusement que Robert avait bossé son histoire de tigre, il put se lancer :
« J’ai fait un rêve.
— Comme Martin Luther King ?
— Non, comme un gamin, j’ai pris le temps de l’écrire.
— C’est nouveau ?
— Rêver, non ; en faire une petite histoire, oui.
— C’est sur quoi ?
— J’ai rêvé d’un tigre volant, dans une salle de spectacle, je l’ai appelé Leon.
— Je peux le lire ?
— Euh, il y a certainement des trucs à améliorer.
— Max t’a aidé ?
— Pas du tout. »
Elle parcourut le texte, tout en sirotant son thé.
---
Léon le Tigre
Le vieux théâtre finissait de se remplir. Le présentateur, tout en marchant devant le rideau rouge de la scène, répétait inlassablement le texte affiché à l’entrée.
« Première partie inoubliable, depuis le haut de la salle, Léon le Tigre bondira sur des spectateurs. Vous ne risquez rien, arrivé sur vous il pèsera moins qu’un petit chat, qu’une peluche, qu’une plume. Il doit arriver dans vos bras. N’ayez pas peur, restez confiant ».
Les spectateurs s’installaient en hésitant : être près des allées pour fuir en cas d’urgence, ou au milieu de la foule… stratégie, stratégie. Sceptiques, ils ne croyaient pas que Léon pût passer d’un coup de son poids de grand fauve à celui d’un chaton. Les enfants, impatients, escaladaient les genoux de leurs parents. Ils le voulaient sur eux pour le caresser. Les mères inquiètes tentaient vainement de les mettre fermement à l’abri dans leurs bras.
L’attente fut interminable. Puis, d’un seul coup, les lumières s’éteignirent, prenant la salle par surprise. Le brouhaha devint un chuchotement ténu, teinté d’inquiétude. Comme au cirque, un fort roulement de tambour, et, dans un cercle de lumière blanche, Léon apparut. Magnifique. Il déambula en se déhanchant, roulant des épaules sur l’air de la Panthère rose.
Puis, une musique forte, rythmée, bien en cadence, il fit quelques bonds sur place, rugit de façon effrayante. À à la vitesse de l’éclair il parcourut en tous sens la salle. C’était un numéro bien rodé, une chorégraphie associant parfaitement lumière, sons, gestuelle.
Ce tigre en totale liberté liquéfiait les spectateurs. Léon savait bien jouer avec les nerfs de ses clients. Il rugit à la figure de quelques-uns, leur donna des coups de patte dans le vide, leur fit de gros clins d’œil. Il choisissait avec soin ses partenaires d’un soir. Un vieux monsieur adipeux succédait à une jeune fille magnifique, un mec tatoué à un couple de petits retraités. Il devenait complice et câlin ou bruyant et agressif…
Puis l’artiste devint sérieux. Il se figea quelques secondes pour être parfait sur le grand écran et permettre à chacun de prendre d’excellentes photos. Il réussit aussi à faire sentir son haleine à nombre de spectateurs. C’était un animal féroce, effrayant et aussi un gros chat qui ronronnait et faisait des cabrioles.
Il devint sérieux. Léon chauffeur de salle, laissa la place à l’artiste. Tout en haut, dans son rond de lumière, lentement il s’accroupit, caché à la vue de la plupart des spectateurs. D’un coup, en diagonale, dans un arc coloré, il fit un bond de plus de vingt mètres et atterrit sur un couple de petits vieux impassibles. Dans leurs bras, sur le dos, il quémanda des caresses sous le menton, avant de leur donner un gros coup de langue. Souriant, il les quitta nonchalamment. La foule debout applaudit. D’une démarche tout en souplesse il regagna le haut du théâtre.
La lumière le poursuivit lors de sa deuxième performance. Il fit un genre de looping et plana une fraction de seconde, sur le dos, toutes pattes écartées, pour arriver sur les genoux de trois jeunes enfants ravis. La salle lui fut tout acquise, dans les ovations, il continua pitreries et cabotinages. Idole des enfants, il faisait de moins en moins peur.
Le troisième bond, fut incroyable, tout en tournoyant et rugissant, il visa une femme qui se serrait contre un homme en costume jaune. Le couple affolé se jeta à terre dans l’allée et Léon s’écrasa sur leurs fauteuils.
Un bruit sourd et étouffé de grosse caisse retentit. Tous comprirent de suite que le fait de ne pas avoir été accueilli lui avait laissé tout son poids. La foule en ébullition siffla, hua le couple qui dut s’éclipser.
Léon sortit lentement, en boitant, les bras appuyés sur les épaules de deux malabars. Tournant la tête, il fit des petits signes de la patte, des sourires à ses fans. Le présentateur, réussit vite à reprendre la foule en main et annonça le spectacle principal.
Dans les coulisses, l’imprésario de Léon le félicita.
« Bravo, avec la sono parfaitement synchro, même moi j’ai cru que tu pesais une tonne.
— Ne parle pas de malheur, heureusement que je suis léger comme une plume, sinon comment faire de tels bonds.
— C’était bien ce soir, mais on doit varier le final…
— Je pourrais tomber sur une côte de bœuf placée sur le devant de la scène … dit Léon.
— Ou faire semblant de me dévorer, plaisanta l’imprésario.
— Pourquoi pas, c’est très plausible, après tout je suis légèrement féroce. »
---
Elle l’encouragea :
    « C’est bien, c’est original.
— Ça m’a bien occupé, je fais souvent des rêves sympas.
— Écris les et demande à Max de vérifier ton français.
— J’ai aussi lu le Maître des rêves de Roger Zelazny, un jour on y arrivera.
— À quoi, Bob.
— À créer, assembler, stocker, utiliser les rêves. Peut-être comme dans ce livre, à les faire vivre à une autre personne… »
Elle resta muette, comme nous elle connaissait ce livre.
Bob venait d’affleurer le projet RêveStock.

« Modifié: 25 Juillet 2018 à 23:31:09 par andre48 »
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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #1 le: 27 Juin 2018 à 21:38:13 »
André,

je suis fan de SF, et je viens de trouver en tes textes une mine à explorer.

Je ne me permettrais pas de critiques littéraires, je ne suis pas un exemple.
J'ai une simple question : y-a-t'il du vécu derrière tout cela ?

A moins que ce ne soit qu'une rêve comme tu le dit dans ta présentation.
Auquel cas tu es chanceux.

La tête reposée, je ferai une autre lecture attentive, je n'ai remarqué que quelques point (des vrais ...) qui s'immiscent par ci par là.

Vu le nombre de textes que tu as eu la gentillesse de partager, j'ai de la lecture en vue.

Merci pour ce partage.
Bernard
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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #2 le: 29 Juin 2018 à 08:24:58 »
Bonjour B.DIDAULT
Ce texte est le début de chroniques, plutôt de proche-fiction que de science-fiction.
La moitié de mes textes sont issus de rêves, mais pas celui-là.
C’est une réflexion sur les interfaces possibles entre les humains et les prochaines vraies futures applications de l’IA.
Merci d’avoir lu mon texte.
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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #3 le: 29 Juin 2018 à 10:04:11 »
Bonjour André (si ton pseudo inclut ton prénom, le mien est bien Bernard),

j'aime bien ton Proche-Fiction, en l’occurrence le terme inclut d'autres volets que celui de la science, ce que, avec les IA nous voyons poindre. J'ai un beau-frère qui fut plongé dans les systèmes experts, ancêtre de la notion d'IA, dont, au début, le moteur d'inférence n'alimentait que très partiellement les différentes bases de données (règles, etc.).

Et maintenant j'ai un fils qui se dirige sur les nouvelles technologies du son.
Une info qui peut sans doute te servir. Il a assister à une conférence sur la Réalité-Virtuelle  et toutes ses variantes. Il a appris que la VR avait mis en évidence un perte de repères cérébraux, d'où vertige, etc. Le remède actuel est d'avoir un Son spacialisé qui permet au cerveau de se raccrocher à des repère dont il a l'habitude de ne pas avoir fixes.

Désolé si je ne suis pas clair, mais je ne maîtrise pas.

Donc pour obtenir un ShowOff il suffit de miniaturisé un scanner qui serait plus simple que nos machine actuelle puisque seule l'enveloppe corporelle est nécessaire (au début).

Un petit détail d'écriture :
Citer
vous obtenez en quelques secondes votre I-Double, votre avatar 3D, votre I-double.
La répétition de I-Double est-elle volontaire ?
Si c'est pour insister sur l'idée, ne serait-il pas plus efficace de le montrer en ajoutant des points de suspension après 3D, et un point d'exclamation à la place du point ?

Une petite requête que tu n'est pas obligé de satisfaire :
Pourrais-tu créer une Page Perso, ce serait plus facile pour retrouver tes textes dans l'ordre de ton choix ?

Ah ! j'oubliais : Ton style me rappelle deux auteurs dont je suis fan (je n'aime pas le terme, mais il est significatif) : Isaac Azimov et Jimmy Guieu (que j'ai un peu côtoyé). Je place ton style entre les deux.
Bernard
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Les Chroniques de MentA - 2 - En scène
« Réponse #4 le: 13 Juillet 2018 à 12:09:43 »
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« Modifié: 25 Juillet 2018 à 23:16:12 par andre48 »
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Re : Les Chroniques de MentA - 2 - En scène
« Réponse #5 le: 13 Juillet 2018 à 19:48:46 »
Bon, déjà, l'histoire est plutôt bien, c'est très intéressant.

En revanche, il y a des fautes d'orthographes, mais en faite, plus de fautes d'accord.
Aussi, je trouve qu'il n'y a pas assez de précisions et  même pas du tout de descriptions de personnages. Car quand on lit une histoire et qu'on a un descriptif, on peut s'imaginer dans sa tête l'action..et c'est ça la magie du livre. De plus, je trouve qu'on rentre tout de suite dans le vif du sujet et que tes éléments sont pas assez précis.

C'est bien tout de même et relâches rien :)
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J'aime la science fiction, thriller
je veux travailler dans des scénarios de cinéma ou dans la réal

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Re : Les Chroniques de MentA - 2 - En scène
« Réponse #6 le: 13 Juillet 2018 à 23:52:33 »
Bonjour Zazounette.
J'ai corrigé quelques fautes. C'est sympa de signaler les fautes par l'option "citer".
Ces chroniques sont une suite de courtes histoires, les personnages s'y incarnent par petites touches, c'est un peu différent d'un roman.
Merci d'avoir lu et commenté ce texte.
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Re : Les Chroniques de MentA - 2 - En scène
« Réponse #7 le: 14 Juillet 2018 à 08:53:25 »
Bonjour André,

Je ne regarde aucune faute (j'en ferais certainement plus que toi en essayant), cette suite est à la fois alléchante et j'ai comme un petit manque, pour moi ce ne sont pas vraiment des descriptions, du moins pas celles des personnages, mais plutôt des évènements, je veux parler du contexte. Peut-être cette sensation est-elle due à ce rythme d'évènements court qui s'enchaîne vite.
Ce rythme rapide est-il voulu ?

Quelques détails :
Citer
Pour son master, elle doit faire un rapport
Il me semble que pour un master un doit réaliser une Mémoire !

Vu le chapitre 1 je pensais  que le projet Libellule n'était pas encore abouti.
Citer
puis l’équiper d’une libellule.

Mais, prudent...  j'attends la suite avec impatience !

Merci André
Bernard
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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #8 le: 14 Juillet 2018 à 09:56:36 »
Bonjour,

Comme il s'agit d'une suite, j'ai fusionné tes fils, aussi pour des raisons de clarté. Merci, à l'avenir, de poster les chapitres suivants ici.

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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #9 le: 14 Juillet 2018 à 11:29:32 »
Bonjour Miromensil, peux-tu me préciser ce que tu indique par ICI.
Merci
« Modifié: 16 Juillet 2018 à 01:50:46 par andre48 »
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Re : Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule
« Réponse #10 le: 14 Juillet 2018 à 11:37:30 »
Le fil dans lequel nous postons actuellement, "Chroniques de MentA - 1 - Le projet Libellule"

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Chroniques de MentA - 3 - Préparatifs...3
« Réponse #11 le: 16 Juillet 2018 à 02:22:26 »
sans objet
« Modifié: 25 Juillet 2018 à 23:17:30 par andre48 »
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Re : Chroniques de MentA - ch 1...2...3
« Réponse #12 le: 16 Juillet 2018 à 09:49:35 »
Bonjour André,

Que dire, à part... j'adore toujours l'histoire, peut-être même plus, mais là, je manque de vocabulaire.

Et dire que je n'ai pas de Smartphone.
Je suis un homme de Cro-Magnon perdu dans ce monde (trop) connecté.
J'aime beaucoup l'idée de cette Proche-Fiction (dixit toi), en fait c'est notre monde actuel en un peu moins fourbe puisque la "surveillance" de Bob se fait avec son assentiment.

Crois-tu que notre civilisation arrivera à ce degré d'honnêteté ?

Mathématiques littéraire :
Texte facile à lire + histoire prenante = impatience de lire la suite !
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Les Chroniques de MentA 4, 5, 6
« Réponse #13 le: 25 Juillet 2018 à 08:08:01 »
sans objet
« Modifié: 25 Juillet 2018 à 23:32:52 par andre48 »
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Re : Chroniques de MentA - ch 1...2...3
« Réponse #14 le: 25 Juillet 2018 à 13:35:51 »
Bonjour,

Comme il s'agit d'une suite, j'ai fusionné tes fils, aussi pour des raisons de clarté. Merci, à l'avenir, de poster les chapitres suivants ici, soit le fil intitulé "Chroniques de MentA - ch 1...2...3".
« Modifié: 25 Juillet 2018 à 13:38:53 par Miromensil »

 


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