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Auteur Sujet: Le Cantique des Cantiques  (Lu 1102 fois)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Le Cantique des Cantiques
« le: 29 mai 2018 à 15:48:43 »
Pourquoi évoquer la Bible dans la section poésie ? Pour la dimension poétique d'un de ses livres. Le Cantique des Cantiques est un livre de  l'Ancien Testament, qui fait figure de long chant d'amour, vraisemblablement écrit entre le Ve et IIIe siècle av. J-C. Nulle mention de Dieu pourtant. Seulement un homme et une femme - Elle et Lui - qui chantent (cf. étymologie canticum) leur amour, saupoudré d'érotisme. Un érotisme profane qui mit l'Église mal à l'aise, et qui s'empressa, pour le légitimer, d'apporter d'autres interprétations : allégoriques, cultuelles, dramatiques, naturalistes. L'une des plus célèbres, et des plus commodes, est la théorie allégorique selon laquelle ce n'est pas l'amour entre un homme et une femme qui est écrit, mais plutôt celui de Dieu et de son peuple, du Christ et de l'Église, ou encore du Christ et l'âme humaine. Mais, finalement, peu importe l'interprétation des exégètes. Ce qu'il y a de certain, c'est l'amour et la poésie que dégage le livre - c'est l'amour la poésie, comme disait l'autre.

(Lui)

Tes deux seins sont comme deux faons,
jumeaux d'une gazelle
qui paissent parmi les lis.
D'ici que le jour respire
et que les ombres soient fuyantes,
je m'en irai au mont emmyrrhé
et à la colline encensée.

Avec moi, du Liban, ô fiancée,
avec moi, du Liban tu viendras :
tu dévaleras du sommet de l'Amana,
du sommet du Senir et de l'Hermon,
des retraites de lions et des montagnes à panthères.
Tu me rends fou, ma soeur, ô fiancée,
tu me rends par une seule de tes oeillades,
par un seul cercle de tes colliers.
Que tes caresses sont belles, ma soeur, ô fiancée !
Que tes caresses sont meilleures que du vin,
et la senteur de tes parfums, que tous les baumes !
Tes lèvres distillent du nectar, ô fiancée ;
du miel et du lait sont sous ta langue ;
et la senteur de tes vêtements
est comme la senteur du Liban.

(Elle)

Viens, mon chéri ; sortons à la campagne ;
passons la nuit au Village ;
et de bonne heure, aux vignes,
allons voir si le cep bourgeonne,
si le bouton s'ouvre,
si les grenadiers fleurissent.
Là je te donnerai mes caresses.

Sur mon lit, au long de la nuit,
je cherche celui que j'aime.
Je le cherche mais ne le rencontre pas.
Il faut que je me lève
et que je fasse le tour de la ville ;
dans les rues et les places,
que je cherche celui que j'aime.
Je le cherche mais ne le rencontre pas.

D'ici que le roi soit à son enclos,
mon nard donne sa senteur.
Mon chéri pour moi est un sachet de myrrhe :
entre mes seins il passe la nuit.
Mon chéri pour moi est un grappe de henné
à la vigne de Font-au-Biquet.

(Lui)

Tu es belle, ma compagne, comme Tirça,
jolie comme Jérusalem,
terrible comme ces choses insignes.
Détourne de moi tes yeux,
car eux m'ensorcellent.

Comme sont beaux tes pieds dans les sandales, fille de noble !
Les contours de tes hanches sont comme des anneaux,
oeuvre de main d'artiste.
Ton nombril est une coupe en demi-lune :
que le mélange ne manque pas !
Ton abdomen est un monceau de blé bordé de lis.
Tes deux seins sont comme deux faons,
jumeaux d'une gazelle.
Ton cou est comme la Tour-d'Ivoire.
Tes yeux sont des étangs à Heshbôn,
près de la porte Populeuse.
Ton nez est comme la Tour-du-Liban,
sentinelle face à Damas.
Ta tête sur ton corps est comme le Carmel,
et ses mèches sont comme la pourpre :
un roi est enchaîné par ces flots.

(Elle)

Mon chéri est clair et rose,
il est insigne plus que dix mille.
Sa tête est un lingot d'or fin.
Ses boucles sont des panicules,
noires comme un corbeau.
Ses yeux sont comme des colombes
sur des bassins à eau,
se lavant dans du lait,
se posant sur des vasques.
Ses joues sont comme un parterre embaumé
produisant des aromates.
Ses lèvres sont de lis
distillant de la myrrhe fluide.
Ses mains sont des bracelets d'or
remplis de topazes.

Son visage est comme le Liban ;
c'est l'élite, comme les cèdres.
Son palais est la douceur même ;
et tout son être est l'objet même du désir



J'ai fait un patchwork, tous ces versets ne se suivent pas et je les ai empruntés à différents chapitres. "Sur mon lit, au long de la nuit, je cherche celui que j'aime" m'a également fait penser à ce qu'écrira Pizarnik plus de deux millénaires plus tard : "la nuit j'écris pour chercher qui me cherche", ce qui prouve bien que l'amour est immuable et que ses tourments sont incurables.
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

 


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