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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Bouteille à la mer

Auteur Sujet: Bouteille à la mer  (Lu 1089 fois)

Perry

  • Invité
Bouteille à la mer
« le: 21 Mai 2018 à 15:00:18 »
Voici un texte que j'ai écrit à la demande de mon professeur de français pour un concours dont le thème était les quatre éléments. Bon, ce n'est pas le texte dont je suis le plus fière, mais j'y ai inclus un message qui me tient à cœur !


L’adolescence, c’est un peu comme une mer immense. Cela peut être calme ou agitée, voir même très agitée. Les vagues sont les problèmes, d’intensités et d’hauteurs diverses. Puis, il y a moi, dans mon petit bateau qui tangue, j’essaye de survivre comme je peux. Je vais être honnête avec vous, je pense qu’il y a un trou béant dans la coque. L’eau s’engouffre et moi ? Je coule.

14.04.2017

Il n’y avait rien et pourtant, il y avait tout. Le bruit léger de l’eau dans la piscine. Il n’y avait pas de vent, pas même une légère brise. La chaleur brûlante de la journée s’était adoucie et nous enveloppait. Sur le dos, on observait la nuit. A moins que ce ne soit-elle qui nous observait ? Le bruit de la fête était comme étouffé par la nature. Elle nous gardait dans un cocon. Les étoiles brillantes semblaient nous éclairer.

Je sens sa présence à mes côtés.

Une respiration.

Il va parler.

Le temps s’arrête, plus un bruit, ni l’eau, ni la fête.

« Je t’aime. »

Ma respiration que j’avais retenue jusque-là se débloque.

Ce fut le début d’un rêve ou d’un cauchemar, je n’ai pas encore décidé. Nous étions très amoureux, il y avait ce feu ardent que l’on apparente à l’amour qui brûlait au creux de mon ventre. C’est beau l’amour, seulement quand c’est vrai.

20.05.2017

Il pleut. Pas simplement quelques gouttes, non des torrents d’eau se déversent sur la ville. Je suis trempée jusqu’aux os alors que je cours vers ma destination.
 
Toc, toc, toc.

Mes cheveux sont plaqués sur mon visage.

Un éclair. Le tonnerre.

Sourcils froncés.

Toc, toc, toc.

Rien.

Juste la pluie, qui me trempe un peu plus à chaque seconde.

Un coup d’œil à ma montre, 23h00. Trop tard pour rentrer.

Je m’abrite comme je peux sous le porche. Personne ne vient.

Vous savez, j’ai essayé de vous prévenir plusieurs fois. Je vous ai dit que ça n’allait pas, que je n’avais envie de ne plus rien faire. Vous m’avez répondu : « C’est l’adolescence, motive-toi un peu ! ». Alors, je vous ai cru, j’ai pensé que c’était de ma faute. Cependant même en me motivant, c’était impossible. J’étais malade. Pas une maladie visible à l’œil nu, elle était dans ma tête. C’est compliqué de se battre tous les jours contre quelque chose d’invisible. Chaque matin, je menais une guerre complète pour simplement avoir la force de sortir de mon lit.

01.06.2017

« Je ne peux plus, on doit arrêter là. Tu pleures constamment, tu as peur de tout ! »

Une larme, deux, trois. Je ne dis rien. Je comprends, évidemment que je comprends qui pourrait aimer une fille si peu sûre d’elle ?

Je ne lui en veux pas.

Je repense à la fois où il m’a laissée dehors une nuit entière sous la pluie, à la fois où il a hurlé car j’avais regardé ses messages, à la fois où j’ai découvert ses mensonges, à la fois où j’ai découvert cette autre fille.

Je ne lui en veux pas.

Il me regarde et je sais que c’est la dernière fois où je peux me perdre dans ses yeux que j’ai tant aimé.

Il dépose un bisou sur mon front. Il part.

Je pleure, je goûte mes larmes par la même occasion. Je suis tellement triste que la seule chose qui me passe par la tête c’est que peut-être les océans et les mers sont faits de larmes vu que l’eau y est salée.

Je suis en train de regarder par la fenêtre, il y a beaucoup de vent. Une bourrasque vient d’arracher un bout de tôle à l’abri du jardin. Je le vois tourbillonner et aller s’écraser sur le sol un peu plus loin. Je sais que c’est bête de parler d’un morceau de tôle en ce moment, mais j’ai l’impression d’être dans le même cas. Je suis face à ce vent violent et j’essaye d’avancer. Avez-vous déjà essayé de marcher contre un élément naturel ? Je veux dire, un élément naturel de la taille d’un ouragan. Souvent, on en sort pas indemne.

11.07.2017

Il y avait ce garçon aux yeux bleu.

Agréable, charmant.

Son sourire aurait pu déplacer des montagnes.

Il m’a embrassée.

Moi ?

Je me suis laissé faire, j’étais tellement triste. Je voulais oublier, oublier.

Parfois, j’oublie que certaines personnes n’ont pas nécessairement le cœur rempli de bonnes intentions.

Je bois. Un verre, deux, puis trois. Je ne sais pas jusqu’à combien on peut aller.

Tout est flou. La maison tangue.

On monte. Je rigole à gorge déployée, ça faisait longtemps… Depuis… Stop. Je ne dois plus penser à lui.

Un matelas, un lit. Je vais dormir.

Je sens une main. Non. Elle descend. Non. Ma robe est soulevée. Non.

« Stop… »

On me plaque une main sur la bouche. Pas de force, je ne sais pas me débattre. Cela semble durer une éternité.

Je ne ris plus.

J’aime bien les garçons. Il y en a qui me font penser au feu avec leur caractère impulsif et leur envie de tout détruire sur un coup de tête. Quand on les touche, on se brûle. Il y a ceux qui ressemblent plus à l’eau, ils peuvent être violent et doux à la fois. J’ai toujours préféré l’eau de toute façon. Il faut faire attention aux garçons, avec leurs yeux et leur sourire, on tombe vite dans le piège.

17.08.2017

Police. Médecins. Psychologues. Psychiatres.

« Avez-vous eu une attitude de séduction envers votre violeur ? »

Pardon ? Ce serait de ma faute donc ?

« Il faut le comprendre. C’est vrai qu’il y a des femmes qui jouent, elles disent non, mais au fond, elles ont envie. »

Si oui veut dire oui et que non veut dire oui, comment suis-je censée dire non ?

« C’est pas si grave que ça, faut tourner la page dans la vie, il y a pire. »

Ces gens sont censés m’aider, me défendre. Je suis seule.

C’est assez spécial la solitude. Je veux dire, on est jamais vraiment seul. Les vers de terre sont dans la terre, sous nos pieds. Les poissons sont dans l’eau. Qui me dit que le feu qui brûle dans la cheminée à côté de moi n’a pas sa propre âme ? Peut-être partage-t-il ma douleur en ce moment sans que je le sache.

01.09.2017

Je les vois me fixer.

Je le vois me fixer.

Première fois que je le vois depuis notre rupture.

Il a bronzé, il est beau.

Moi, je suis sale.

Je détourne les yeux et je continue mon chemin dans les couloirs.

Personne ne sait, personne ne sait, personne ne sait. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est imprimé au fer rouge sur mon front.

Je rentre en classe.

Horreur.

Une photo de moi et de mon agresseur. On nous a pris en photo.

Quelques-uns rigolent, une fille arrache rageusement le cliché et hurle aux autres d’arrêter de rire.

Je ne sais plus respirer et je pars en courant.

Je cours. Je sors de l’école. Je cours. Je traverse la rue. Je cours. Je passe devant mon café préféré. Je cours. Je ne m’arrête pas.

J’arrive au pont. J’enjambe la rambarde. Je lâche mon sac.

Le temps s’arrête, je ferme les yeux.

Le bruit de l’eau en contrebas me berce comment quand j’étais petite et que je me baladais le long de ce cours d’eau. Il y a du vent, beaucoup de vent. Je sens mes cheveux fouetter mon visage. 

Et là, c’est la chute.

C’est assez court, je m’attendais à plus long. Mon corps rentre violemment en contact avec la surface de l’eau. Si violemment que je n’ai pas le temps de sentir la douceur des gouttes. Quand je vous dis que l’eau peut-être violente et douce à la fois, comme les garçons.

Maman, papa, je vous aime. Peut-être que vous ne lirez jamais cette lettre, cependant je préfère l’écrire. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Inutile de vous en vouloir (je sais que mes paroles sont vaines, mais tout de même), vous n’y êtes pour rien. Je vous aime, je vous aime.

Lors de mon enterrement, je vais retourner à la terre. Comme avec le feu, je ne serais pas seule. J’aime me dire que l’âme de la terre va rester avec moi lors de ce-dernier voyage. Et quand des torrents d’eau tomberont sur la ville, elle s’infiltrera jusqu’à moi pour me tenir compagnie, comme une vieille amie que je connais depuis longtemps.

Beaucoup de gens vont pleurer ma mort. Je sais que peu de larmes seront vraies. Dans la tête de certains, je vais être traitée de lâche. Je comprends. Les Chrétiens pensent que seul Dieu peut décider de la vie ou de la mort d’une personne. Désolé, j’ai décidé moi-même. Alors oui, je suis peut-être une lâche, mais je préfère ça à vivre enfermée dans mon corps avec cette voix qui me répète que je suis faible. J’ai cherché quelqu’un pour me sauver, mais personne ne se sentait héroïque.

Faites attention aux gens autour de vous. Je ne sais pas où je suis au moment où vous lisez cette lettre, j’espère que le plus de personnes possibles la liront. J’ai souffert mais je n’en veux à personne. 

Faites attention aux personnes qui souffrent autour de vous. Je n’ai pas pu être sauvée mais ce n’est pas pour ça qu’il est trop tard pour d’autres.

Prenez tous soin de vous.

Votre,

Naïa




Hors ligne Loïc

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Re : Bouteille à la mer
« Réponse #1 le: 22 Mai 2018 à 23:34:23 »
Salut salut !
Comme on se connait pas, je te préviens que je peux avoir le commentaire dur, mais que ce n'est en général pas méchant, pas contre toi en tant que personne et éminemment subjectif. Tu peux n'être pas d'accord et on peut même en discuter.

Citer
Les vagues sont les problèmes, d’intensités et d’hauteurs diverses

Filer la métaphore, pourquoi pas ; mais là tu inverses le cheminement et ça donne un ton très explicatif, un peu artificiel.

Citer
Puis, il y a moi, dans mon petit bateau qui tangue, j’essaye de survivre comme je peux.

Le "Puis, il y a" peut être supprimé je pense. Ça adoucit ta phrase, donne une ambiance plus mélancolique et allège le tout.

Citer
Je vais être honnête avec vous, je pense qu’il y a un trou béant dans la coque. L’eau s’engouffre et moi ? Je coule.
J'aime beaucoup la première phrase. Pour la seconde, j'ai un doute sur le "et moi ?" ; surtout sur le "?" d'ailleurs.

Citer
Il n’y avait rien et pourtant, il y avait tout.

Virgule de trop

Citer
Le bruit léger de l’eau dans la piscine.

Manque un verbe conjugué dans cette phrase ; en l'état je sais pas d'où ça sort ni ce que tu veux dire par là

Citer
A moins que ce ne soit-elle qui nous observait ?

L'imparfait me gêne. Un petit subjonctif ? (observât)

Sur l'ensemble de ce paragraphe : c'est rude ; toutes les phrases sont sur le même modèle et du coup l'ensemble est monotone, ça tranche beaucoup avec le premier passage en italique, qui était doux et filait. Là c'est haché sans raison. Faut un peu plus de ruptures, de jeux de rythme, etc.

Citer
Le temps s’arrête, plus un bruit, ni l’eau, ni la fête.

"ni de l'eau, ni de la fête" ?

La répétition de respiration n'est pas heureuse
(Idem pour la répétition d'amour dans le paragraphe en italique)

Citer
Pas simplement quelques gouttes, non des torrents d’eau se déversent sur la ville.

Proposition de ponctuation alternative :
"Pas simplement quelques gouttes, non : des torrents d'eau se déversent sur la ville"

"Vers ma destination" n'est ouf ; je pense que tu peux préciser ce dont tu parles. Ça permet d'entrer dans l'histoire plutôt que rester dans le vague.

Citer
que je n’avais envie de ne plus rien faire.

"que je n'avais plus envie de rien faire" ?

Citer
Alors, je vous ai cru

le alors peut être supprimé je pense
crus dans tous les cas

Citer
Cependant même en me motivant, c’était impossible.

ça mériterait d'être reformulé je pense

Citer
Pas une maladie visible à l’œil nu, elle était dans ma tête.

pas d'une (on est malade de quelque chose)
la deuxième partie de  phrase pourrait être retravaillée en jouant sur le lien avec la première

Citer
Je comprends, évidemment que je comprends qui pourrait aimer une fille si peu sûre d’elle ?

Un ou deux points au deuxième comprends ? (ou même un point virgule ; en tout cas il faut ne rupture à mon sens)

Citer

Je repense à la fois où il m’a laissée dehors une nuit entière sous la pluie, à la fois où il a hurlé car j’avais regardé ses messages, à la fois où j’ai découvert ses mensonges, à la fois où j’ai découvert cette autre fille.

L'anaphore de "à la fois" ne fonctionne pas trop à mon sens parce que ça donne un ton hyper explicatif et très... extérieur à ce que tu racontes ; alors que ça pourrait être du genre "je repense à cette nuit entière dehors sous la pluie, à ses hurlements quand j'avais regardé ses messages, au jour où j'ai découvert ses mensonges, à cette autre fille"
(C'est sorti comme ça, pas à reprendre tel quel je pense, mais pour te donner un exemple de ce qui me semblerait mieux.)

Citer
Il me regarde et je sais que c’est la dernière fois où je peux me perdre dans ses yeux que j’ai tant aimé.

la dernière fois que
aimés

Citer
Il dépose un bisou sur mon front. Il part.

baiser plutôt que bisou ?

Citer
Je pleure, je goûte mes larmes par la même occasion.

ça peut être mieux dit. "par la même occasion", c'est plutôt lourd

Citer
Je suis tellement triste que la seule chose qui me passe par la tête c’est que peut-être les océans et les mers sont faits de larmes vu que l’eau y est salée.

L'idée est intéressante, mais c'est très très lourd (seule choque qui me passe par la tête ; c'est que peut-être ; vu que). Cette phrase mériterait d'être plus travaillée en esquivant que ça lui passe par la tête : on sait, on est à la 1e personne

Citer
Je suis en train de regarder par la fenêtre, il y a beaucoup de vent.

Idem : "je regarde par la fenêtre" => on est dans l'histoire, pas en train de regarder l'histoire.
Le vent il peut être exprimé par ses effets  : que voit-elle qui montre qu'il y a du vent ?

Citer
Avez-vous déjà essayé de marcher contre un élément naturel ? Je veux dire, un élément naturel de la taille d’un ouragan. Souvent, on en sort pas indemne.

Pas mal. Moins fan du reste du paragraphe pour la raison du dessus

Citer
Parfois, j’oublie que certaines personnes n’ont pas nécessairement le cœur rempli de bonnes intentions.

Je ne crois pas que ce passage soit nécessaire : la suite peut nous montrer ce que ça dit, d'autant plus que ce qui précède le laisse préjuger

Citer
Je rigole à gorge déployée

"je ris" ?

Citer
Je sens une main. Non. Elle descend. Non. Ma robe est soulevée. Non.

"Elle soulève ma robe" ? ça permet de motrer que la robe ne se soulève pas toute seule et d'éviter de toute façon le passif qui est lourd

Citer
On me plaque une main sur la bouche. Pas de force, je ne sais pas me débattre. Cela semble durer une éternité.

Je ne ris plus.

dubitatif sur le "je ne ris plus". Il est possible que "Cela semble durer une éternité" ("ça" ? voire même virer le semble) suffise et soit même plus efficace.

Citer
, ils peuvent être violent

violents

Citer
Il faut faire attention aux garçons, avec leurs yeux et leur sourire, on tombe vite dans le piège.

"dans un piège" ?

J'aime beaucoup le paragraphe du 17 aout (dur de dire ça quand on sait de quoi ça parle ; mais c'est bien réalisé quoi). Juste les parties su le feu qui pourraient être mieux réalisées à mon avis.

Citer
Je cours. Je sors de l’école. Je cours. Je traverse la rue. Je cours. Je passe devant mon café préféré. Je cours. Je ne m’arrête pas.

La dernière phrase peut sauter je pense.

Citer
Le bruit de l’eau en contrebas me berce comment quand j’étais petite et que je me baladais le long de ce cours d’eau.

"le long de ce cours d'eau" est long et produit une répétition. Ptet moyen de trouver une autre formulation/organisation de la phrase ?

Citer
C’est assez court, je m’attendais à plus long. Mon corps rentre violemment en contact avec la surface de l’eau. Si violemment que je n’ai pas le temps de sentir la douceur des gouttes. Quand je vous dis que l’eau peut-être violente et douce à la fois, comme les garçons.

Ce paragraphe est-il vraiment nécessaire ?

Citer
mais personne ne se sentait héroïque.

Un peu lourd aussi

J'ai plutôt bien aimé. Tu arrives à mettre l'ambiance qu'il faut dans ce texte de sorte que la fin arrive logiquement mais sans faire trop vite vue, malgré l'avertissement en milieu de texte.
Attention avec les sauts de ligne qui peuvent paraitre artificiels. Il y en a peut-être un peu trop par moment.

Au plaisir.

« Modifié: 22 Mai 2018 à 23:37:00 par Loïc »
"We think you're dumb and we hate you too"
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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