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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Prométhée de papier I

Auteur Sujet: Prométhée de papier I  (Lu 5389 fois)

Hors ligne Fourmisdefeu

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Prométhée de papier I
« le: 27 Avril 2018 à 22:12:07 »
Et si je te clouais sur ses feuilles tel un Prométhée de papier, où chacun des mots que j’inscrirais t’y étais infligé, à deux mots je te transpercerais, à trois je te ferais tourbillonner, rien dans ce texte ne t’épargnerais, chaque point serait un coup et à tout caractère sa faculté. Grave ou aigu chaque accent pèserait sur toi, le pire d’entre eux serait le circonflexe qui tel un boomerang reviendrait sur ta tête aussi tranchant que le silex. Toi mon aîné tu blêmirais et te brûlerais à la noirceur de mes idées. Dans les tâches d’encre tu t'enliserais, les espaces t’écartèleraient. Je te dirais pardonné sans même le penser, en toi vient de naître l’espoir qu’ensuite j’enterre au marqueur noir, la nuit effacerait chaque lettre, tu le vivrais comme ton oubli et la place serait faite pour servir tes prochains mal-être. Tes maux recommenceraient sous les miens au petit matin, tu dégringolerais jusqu’à devenir trois petits points, je te découperais de ratures et hachures au point que l’encre deviendrait bouillie, j’appuierais fort à en graver dix pages et même cela tu le ressentirais. J’écrirais mal, j’écrirais sale, j’écrirais gros, j’écrirais trop et tu serpenterais le long des courbes jusqu’à en perdre la tête.
« Modifié: 02 Mai 2018 à 12:59:11 par Fourmisdefeu »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #1 le: 27 Avril 2018 à 23:04:24 »
Très élégant ! On se croirait en enfer devant le tribunal des gentils qui nous condamne à la peine à perpétuité !!

J'ai beaucoup aimé la dernière phrase qui m'évoque très bien un malaise actuel :

J’écrirais mal, j’écrirais sale, j’écrirais gros, j’écrirais trop et tu serpenterais le long des courbes jusqu’à en perdre la tête.

Tout ce qu'il faut pour isoler un individu affaibli, et pourtant tu laisses un espace au lecteur qui l'encourage à douter, comme pour l'alerter sur certains risques. Je pense que c'est une démarche vertueuse.

Hors ligne Fourmisdefeu

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #2 le: 28 Avril 2018 à 01:36:07 »
Euh... j'avoue ne pas avoir tout compris, mon niveau est limité et cela aussi je le reconnais, visiblement tu y a vu quelque chose que moi même je peine a soupçonner, pourrais tu m'en dire plus STP, j'en suis très curieux. Du coup ce que j'ai bien compris c'est que ce texte semble pouvoir être interprété de bien des manières et j'en suis assez surpris, c'est la troisième fois, je l'avais déjà fait lire a une connaissance avec le même résultat.
Cela m'incite a resté énigmatique sur la nature de ce texte.

mercurielle

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Re : Re : Prométhée de papier.
« Réponse #3 le: 28 Avril 2018 à 09:44:52 »
Bonjour Formisdefeu,

Du coup ce que j'ai bien compris c'est que ce texte semble pouvoir être interprété de bien des manières et j'en suis assez surpris, c'est la troisième fois, je l'avais déjà fait lire a une connaissance avec le même résultat.
Cela m'incite a resté énigmatique sur la nature de ce texte.

J'y vois le malaise de l'écrivain qui se sent obligé/forcé d'écrire par une mystérieuse entité qui n'est sans doute que lui-même. Et qui semble particulièrement effrayé par la ponctuation (lecture au premier degré).Mais derrière la ponctuation, se dresse une bien sombre figure. Assez flippant, en somme. Car nous sommes la nuit... Que resteras-t-il au petit matin ?... 

Et toi-même, comment l'interprètes-tu ?

Hors ligne Rôdeuse

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #4 le: 28 Avril 2018 à 10:21:57 »
C'est pas mal du tout

" J’écrirais mal, j’écrirais sale, j’écrirais gros, j’écrirais trop et tu serpenterais le long des courbes jusqu’à en perdre la tête."
Je suis d'accord avec Alain T., une chute qui claque.

Moi j'y vois un écrivain qui parle de torturer son lecteur!

Hors ligne Olik

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #5 le: 28 Avril 2018 à 11:25:52 »
Moi j'y vois un texte, torturé par son auteur, de ne pas se plier à sa volonté, d'avoir volé le feu de l'inspiration.

Il est donc  condamné à avoir les entrailles (les mots, les phrases,...) rongés par un vautour, pour ce crime contre le créateur (l'auteur).

Même si mon interprétation est fausse, il est puissant et effectivement, la fin 'claque', sadique.
« Modifié: 28 Avril 2018 à 11:30:32 par L_aï_au_lit »
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
Michel Audiard.

“Un artiste, c’est quelqu’un qui se penche par la fenêtre là où on ne le ferait pas, qui doit nous montrer des choses qu’on n’ose pas aller regarder.”
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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #6 le: 28 Avril 2018 à 12:01:55 »
Merci pour vos réponses.

Alan tu as vu juste sur cette idée de malaise actuel, il m'a fallut une nuit pour le comprendre, c'est fou ! Je l'écrit instinctivement, de manière organique et c'est toi qui en définis les contours, ce que tu en a dit est en moi depuis des années, ça sort sous une forme et je ne le vois pas, comment est ce possible ?

Rôdeuse j'avais moi aussi imaginé que l'auteur veuille tourmenter son lecteur, il y a peut être un fond de ça aussi, peut être comme lui même la peut être vécu. ;D


Mention ++ à mercurielle. Tu as vu juste au sujet de cette mystérieuse entité qui n'est sans doute que lui même, l'écrivain qui se sent forcé ( je le soulève d'ailleurs en partie dans mon message de présentation ) et au sujet de cette peur de la ponctuation ( qui est justement un de mes obstacles lorsque j'écris ), il y donc aussi une lecture analytique visiblement.

L'indication la plus importante est dans cette phrase : " Toi mon aîné tu vas blêmir et te brûler à la noirceur de mes idées.".
Ce texte est un exutoire, une vengeance symbolique ou la cible, " le Prométhée de papier " s’avérant être l’aîné, est a la merci de l'auteur, il est les mots, devient leurs définitions, vit et subit ce qui y est raconté ( " à deux mots te voilà transpercé, à trois je te ferais tourbillonner " ), il souffre de l'intention même du texte, des courbes de chaque lettre,  ressent la pression du stylo, la coupure des espaces,  etc...

Il y a une autre partie avant ce texte et encore une après celui-ci, je n'ai pas voulu tout mettre de suite pour une raison obscure, elle se lise bien aussi séparément mais prennent un autre sens ensemble


Hors ligne Alan Tréard

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #7 le: 28 Avril 2018 à 13:03:56 »
L'écrit peut être utilisé pour isoler les lecteurs, c'est ce qui arrive notamment lorsque de dangereuses organisations politiques se mettent en tête de créer une propagande de déstabilisation.

En revanche, je pense qu'il est important que tu prennes en compte que, puisque certains lecteurs peuvent « croire à l'illusion », tu prennes conscience que le geste de la publication a des conséquences, et qu'en tant qu'auteur cette mise en scène a des conséquences et agit sur son environnement.

Hors ligne Olik

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Re : Re : Prométhée de papier.
« Réponse #8 le: 28 Avril 2018 à 13:47:53 »

En revanche, je pense qu'il est important que tu prennes en compte que, puisque certains lecteurs peuvent « croire à l'illusion », tu prennes conscience que le geste de la publication a des conséquences, et qu'en tant qu'auteur cette mise en scène a des conséquences et agit sur son environnement.

L'illusion du lecteur est la sienne, pourquoi l'auteur devrait-il en tenir compte ? Surtout s'il écrit pour lui-même ? Qui définit l’illusion ?
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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #9 le: 28 Avril 2018 à 14:33:17 »
 :o
« Modifié: 28 Avril 2018 à 14:38:09 par Fourmisdefeu »

Hors ligne Fourmisdefeu

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Re : Re : Prométhée de papier.
« Réponse #10 le: 28 Avril 2018 à 14:34:02 »
Comment faites vous pour citer quelqu’un, lorsque j'essais cela ne prend pas la phrase que je souhaite, #pasdoué.


D'accord avec toi " L_aï_au_lit ", de plus peut être bien  que l'illusion et le prisme se mélange parfois ( ou est ce la même chose !? Allez savoir ! ), nous avons du recul sur les autres par défaut, ce n'est donc pas, la plupart du temps, compliqué de percevoir leurs illusions, parfois dans l'échange, d'autres fois par l'observation, par contre être capable d'identifier ses propres illusions c'est plus dur et souvent pénible, surement partiel et incessant, le faire sans cesse serait une erreur, jamais, aussi.
« Modifié: 28 Avril 2018 à 14:39:01 par Fourmisdefeu »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #11 le: 28 Avril 2018 à 16:42:47 »
Hé Bien, la propagande a vocation à nourrir des illusions populaires à des fins politiques, faire la distinction entre « innocente littérature » et propagande politique est difficile à faire, disons que ce n'est peut-être pas lieu d'en discuter.

J'ai pour aspiration que la littérature qui encourage à garder un esprit critique sur ses lectures (ceci est une fiction et reste avant tout une fiction, malgré le propos véhiculé) est un élément essentiel de la littérature. Encourager l'esprit critique à s'exprimer est essentiel.

Je ne sais pas si ce lien entre propagande de la haine d'un côté et ton texte ci-dessus qui encourage au contraire à douter et à se questionner te paraît plus clair vis à vis de mon précédent commentaire. Je trouve que ton témoignage apporte un espace de réflexion (contrairement à la propagande de la haine qui véhicule l'asservissement, cf. propagande djihadiste ;) ).
« Modifié: 28 Avril 2018 à 16:47:04 par Alan Tréard »

Hors ligne Olik

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Re : Re : Prométhée de papier.
« Réponse #12 le: 28 Avril 2018 à 17:15:36 »
Hé Bien, la propagande a vocation à nourrir des illusions populaires à des fins politiques, faire la distinction entre « innocente littérature » et propagande politique est difficile à faire, disons que ce n'est peut-être pas lieu d'en discuter.

La propagande, fut-elle démagogique est un mode d'expression, mensonge pour l'un, vérité pour l'autre.
C'est quoi, l’innocence littéraire, l'auteur a les intentions qu'il veut.

Citer
Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
 « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Cela comprend aussi toute tentative de peser sur la personne par une contrainte sociale qui tendrait à le rendre coupable et responsable des pensées des autres.

L'incitation aux différentes haines étant du ressort de la justice.
« Modifié: 28 Avril 2018 à 17:39:44 par L_aï_au_lit »
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
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Re : Prométhée de papier.
« Réponse #13 le: 28 Avril 2018 à 17:47:06 »
Excuse-moi L_aï_au_lit, je ne comprends plus rien du tout à ce que tu dis. On peut toujours ouvrir un fil sur la propagande si ça te donne envie ; pour ma part, je ne m'attendais pas à ce que mon propre commentaire génère autant de réactions (mais bon, disons quand on publie ça peut arriver).

J'espère que tu ne m'en voudras pas, L_aï_au_lit, bien sûr que je trouve ton avis très important, et j'espère que tu ne m'en voudras pas de ne pas savoir t'apporter de réponse appropriée. Voilà, je t'apporte juste cette réponse pour ne pas te laisser dans situation inconfortable, et j'espère que tu sauras être plus explicite si tu attends quelque chose de particulier venant de moi.

Hors ligne Olik

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Re : Re : Prométhée de papier.
« Réponse #14 le: 28 Avril 2018 à 18:28:12 »
Excuse-moi L_aï_au_lit, je ne comprends plus rien du tout à ce que tu dis. On peut toujours ouvrir un fil sur la propagande si ça te donne envie ; pour ma part, je ne m'attendais pas à ce que mon propre commentaire génère autant de réactions (mais bon, disons quand on publie ça peut arriver).

J'espère que tu ne m'en voudras pas, L_aï_au_lit, bien sûr que je trouve ton avis très important, et j'espère que tu ne m'en voudras pas de ne pas savoir t'apporter de réponse appropriée. Voilà, je t'apporte juste cette réponse pour ne pas te laisser dans situation inconfortable, et j'espère que tu sauras être plus explicite si tu attends quelque chose de particulier venant de moi.

Ma réponse au sujet que tu as lancé n'est pas sur la propagande, mais sur la liberté d'expression, en espérant que mon expression maladroite soit ainsi mieux comprise. Liberté indispensable à un auteur.
« Modifié: 28 Avril 2018 à 18:32:46 par L_aï_au_lit »
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
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