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Auteur Sujet: La machine à écrire, part 1 et 2  (Lu 3344 fois)

Hors ligne marrailla

  • Tabellion
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La machine à écrire, part 1 et 2
« le: 14 Avril 2018 à 08:16:46 »
Bonjour, c'est la première fois que je publie un de mes écrits sur un site comme celui-ci. En réalité, personne en dehors de ma soeur et moi-même, n'a jamais lu ce que j'écrivais. Je suis donc terrorisée par vos retours éventuels mais aussi impatiente de lire vos critiques qui seront certainement plus objectives que ce que ma soeur a pu me dire jusqu'à présent. Cette courte nouvelle est en deux parties, je publierai la seconde dans un petit moment ou je supprimerai mon compte et ne parlerai plus jamais d'écriture, je n'ai pas encore bien décidé.
Bonne lecture à tous. 


La machine à écrire
Première partie

Le bus tourna à gauche dans une ruelle étroite où deux véhicules ne peuvent se croiser. Dehors la pluie semblait tomber toujours plus forte. La route comme les trottoirs étaient recouvertes d'immense flaque d'eau. Un enfant portant un anorak rouge et des bottes en caoutchouc assortis sautait de flaque en flaque malgré les remontrances de sa mère. Plus loin, un homme d'une soixantaine d'années essayait de retenir son parapluie, qui emporté par la vent ne cessait de se retourner.
Le bus poursuivait son chemin, les essuie-glaces battant la mesure de la chanson qui passait à la radio, un classique des années 80. Au fond du bus, un jeune homme, âgé de 20 ans à peine, capuche baissé et écouteurs vissé dans les oreilles, dormait la tête penché contre la vitre. Il était le dernier occupant, le bus était désormais aussi désert que la ruelle qu'il continuait de remonter. Dans la rue, les boutiques se faisaient de plus en plus rares, la plupart indiquaient fermé ou à vendre. Le chauffeur lui-même, un homme chauve et barbu, ne semblait pas avoir remarqué la présence de son dernier passager. Il fredonnait et sifflotait, parfois tapotait le volant au rythme de la musique, dont le volume avait légèrement augmenté. Soudain, le bus passa sur un nid de poule, ce qui secoua le dormeur et le réveilla. Il se frotta les yeux et regarda tout autour de lui. Puis, il jeta un coup d’œil dehors, il se leva d'un bond et se précipita à l'avant du bus.
-Monsieur, j'ai raté mon arrêt, on est où exactement ? Demanda-t-il encore mal réveillé.
Le chauffeur détailla le jeune homme avant de répondre.   
-Rue Victor Hugo. Le terminus de la ligne est dans 100m à peine, je peux pas vous arrêter avant.
-Merci, marmonna le jeune homme.
Il descendit donc au terminus et alla se réfugier sous l’abri bus, tout en regardant le plan de la ville et des lignes de bus qui y était affiché. Il avait dormi plus longtemps qu'il ne le pensait, il aurait du descendre six arrêts plus tôt et aucune autre ligne de bus ne passerait par ici avant une bonne demie heure. Dépité, il s'assit sur le banc mais se releva presque aussitôt, il était trempé. De mieux en mieux, alors en plus de devoir attendre une demie heure dans le froid, éclaboussé de pluie, il allait devoir rester debout. Il sautilla de son pied gauche à son pied droit dans l'espoir de se réchauffer. Il arrêta cette petite danse ridicule quand il aperçut de la lumière. De toute la rue Victor Hugo, la seule boutique où l'on voyait de la lumière était juste en face de l'abri bus. Cette coïncidence fit sourire le jeune homme. Il rabattit un peu plus sa capuche sur le devant de son visage et traversa la rue.

Une petite clochette sonna quand il ouvrit la porte mais personne, ni vendeur, ni clients ne se montrèrent. Le jeune homme découvrit sa tête, passa une main dans ses cheveux aussi noirs que les plumes d'un corbeau, pour les recoiffer et hasarda un bonjour mais il n'eut comme réponse que le cliquetis des horloges accrochés en mur. Elles seules brisaient le silence oppressant de cette étrange boutique. Car c'est bien le mot qu'il aurait choisi parmi tous ceux qu'il connaissait pour définir le lieu dans lequel il se trouvait. Il lui était impossible de dénombrer combien d'objets différents on vendait dans cette boutique, tellement elle en regorgeait. D'immenses étagères s'élevaient du sol au plafond et elles étaient toutes pleines à craquées, et comme si cela ne suffisait pas certaines babioles étaient suspendu au plafond avec du fil de pêche. La boutique était certes encombré mais elle restait ordonné, chaque chose semblait y avoir sa place. Malgré la présence de néons qui se balançaient au dessus de sa tête, l'endroit demeurait dans une sorte de pénombre qui faisait penser un peu à une bibliothèque. D'ailleurs un pan de mur entier, celui à gauche de la porte était rempli de livres. Les couvertures des livres étaient usés, les pages jaunis et parfois ondulés. Le jeune homme tendit la main prêt à un saisir un mais leur aspect si misérable lui fit craindre de les abîmer encore davantage. Il s'écarta donc des livres et s'enfonça dans la boutique, le rayonnage suivant était consacré à toutes sortes de petites fioles et de sachets contenant des épices et de la poudre. Les étiquettes étaient si vieilles et usés qu'il était impossible de déchiffrer ce qu'il y avait d'écrit dessus. Le jeune homme continua alors son chemin. Il vit de vieux vêtements qu'il se refuserait à porter en public à moins qu'on ne le paye cher pour ça. Il vit de nombreuses cartes de divers endroits, de la ville, du pays et même de bois environnants. Il y avait aussi des bijoux, des boîtes à musiques, des miroirs, des chaussures si usés qu'il se demanda comment quelqu'un avait pu décider de les mettre en vente et non de les jeter à la poubelle. Il vit encore des dizaines de choses étranges, des objets qui n'avaient rien à faire dans une boutique et d'autres qui valaient sûrement très cher. Alors qu'il avait quasiment fini de faire le tour de la boutique, il jeta un coup d’œil à son téléphone. Cela faisait vingt minutes qu'il arpentait les rayonnages de cette boutique et il n'avait encore vu aucun vendeur. Décidément cet endroit était peu commun. Il rangea son téléphone dans la poche avant de jean et porta les mains à sa capuche. Mais il s'arrêta dans son geste, les deux bras en l'air, le regard fixé sur quelque chose qu'il n'avait pas encore vu. Il reposa ses bras et s'approcha à pas rapide de l'objet qui attirait tant son attention. Il s'agissait d'une machine à écrire. Elle était posé sur une table à hauteur de hanche. Malgré son ancienneté, elle semblait en bonne état. Le jeune homme à la recherche d'un prix ou d'une quelconque malfaçon, scruta la machine sous tous les angles, allant jusqu'à tourner autour de la petite table. Mais rien, il n'y avait rien. Aucun prix, aucun détails, ni même de bosses ou de rayures. Il approcha sa main pour la toucher quand une voix le fit sursauter.
-Bonsoir monsieur, dit une voix grinçante.
-Bon...bonsoir, bégaya le jeune homme une fois remis de son choc.
Le vendeur était un homme grand, très grand et aussi très mince, avec un nez crochus, des cheveux gris tiré en arrière et des lunettes qui pendaient au bout d'une corde autour de son cou. Il s'approcha doucement, sans faire le moindre bruit comme s'il ne marchait pas mais flottait au dessus du sol.
-C'est un objet magnifique, dit-il de sa voix grinçante.
-Oh oui, répondit le visiteur.
Il se sentait idiot d'avoir répondu cela mais il avait été incapable de trouver autre chose à dire. Le silence qui s'ensuivit était si insupportable, qu'il du réfléchir très vite à quoi ajouter pour le briser.
-Est-ce qu'elle fonctionne encore ?
Il sut à cet instant qu'il avait commis une erreur. Le vendeur se tourna vers lui, l’œil sévère, les sourcils froncés.
-Évidemment qu'elle fonctionne ! Vous n'insinueriez pas jeune homme que je vend des objets défectueux !
-Non, non bien sûr que non.
-Elle marche comme au premier jour et je vous la laisse pour un prix très abordable.
Acheter une machine à écrire à l'époque où les ordinateurs étaient devenus aussi familiers que de se servir de couverts. Cela lui paru si ridicule, qu'il faillit bien se mettre à rire. Mais plus il regardait cette machine à écrire, si ancienne, si élégante et plus il se voyait écrire avec. Il avait toujours rêvé d'être un grand auteur, un écrivain célèbre et dont le talent serait admiré dans le monde entier. Il s'imaginait, attablé derrière cette machine à écrire, tapant son premier roman. C'est sûrement cette vision, qui lui fit prononcer ces mots sans qu'il n'y pense vraiment.
-Combien ?   
Il voulu se rétracter sur le champ. Quel achat idiot ! Lui qui avait déjà des difficultés à payer son minuscule appartement étudiant et devait travailler tous les week-end dans une station service pour subvenir à ses besoins, il n'avait pas les moyens d'acheter un attrape poussière, une antiquité.
-15 euros, répondit le vendeur tout sourire.
-15 euros ? Répéta-t-il bêtement. 
Le vendeur hocha la tête, prit la machine à écrire et alla la poser devant la caisse enregistreuse. Il fouilla dans un tiroir du bas et en ressortis un carton.
-Ce sera plus facile pour la transporter. Au fait, comment vous appelez-vous ?
-Lucas, Lucas Rousseau, répondit le jeune homme intrigué.
-C'est pour le livre de comptes, se justifia le vendeur.
Le jeune homme hocha la tête, encore abasourdi par son futur achat. Il s'avança et sortit de son sac à dos, son porte-feuille qui par chance contenait un billet de 20 euros. Le vendeur lui rendit cinq euros de monnaie et un ticket de caisse.
-Bonne soirée monsieur Rousseau.
-Merci, bonne soirée à vous aussi, répondit-il en prenant sous le bras le carton qui contenait son nouvel achat.
Il quitta la boutique, pour la rue déserte, froide et humide.

Il était si épuisé quand il franchi le seuil de son appartement, qu'il posa le carton par terre dans un coin et ne s'y intéressa plus de toute la soirée. Les quatre étages, chargé comme il l'était, avait eu raison de ses piètres compétences sportives. C'est ainsi, que le jeune étudiant qu'il était alla s'étaler sur son canapé-lit et erra une bonne partie de la nuit dans les contrés lointaines d'internet. 


Le lendemain matin

La pluie avait laissé place à un timide soleil qui était quasiment imperceptible caché derrière d'épais nuages gris. Un bus s'engagea à toute allure dans la rue de l'Université et plusieurs piétons durent se précipiter sur les trottoirs. Certains furent même éclaboussé quand le bus passant à leur niveau roula dans une flaque d'eau de la veille. Lucas était debout, il se tenait à la barre du milieu difficilement, se cramponnant pour ne pas tomber et s'étaler devant tout le monde dans les virages, les accélérations, et les coups de frein. La grand-mère à qui il avait laissé sa place, n'arrêtait pas de lui parler. De tous et de rien, de choses sans grands intérêts mais le jeune homme était trop poli pour faire semblant de ne pas l'entendre. C'est donc avec un intérêt mitigé qu'il écoutait ses histoires de petits-enfants, de chats, de médicaments et de voisins bruyants.
-Vous voyez, ils font la fête toutes les semaines, je suis pas contre, ils sont jeunes c'est normal. Mais quand même la musique à minuit ! C'est un peu exagéré, jamais on aurait fais ça à mon époque. Mais il reste quand même des jeunes gens bien serviable, dit-elle avec un sourire.
Lucas hocha la tête et sourit à son tour. Heureusement son arrêt approchait, il s'avança vers la porte, essayant tant bien que mal de cacher son soulagement.
-A vous descendez là, alors bonne journée jeune homme, étudiez bien.
-Merci, bonne journée à vous aussi, répondit Lucas en passant les portes.
Il suivit le flot d'étudiants qui se dirigeaient vers les grosses portes rouges de l'Université. Quand il arriva dans la cours de forme circulaire, la première chose qu'il regarda était l'emplacement des vélos, devant un massif de buissons en piteux état. Jérôme, son ami d'enfance, était en train d'y attacher son vélo.
-Salut, lança Lucas en arrivant dans le dos de son ami.
Celui-ci s'attarda un instant sur les cheveux noirs hirsutes de son ami, visiblement amusé. Il repassa une main sur ses cheveux blond impeccablement coiffé malgré la ballade en vélo avant de répondre.
-Salut, alors prêt pour la séance de torture qui nous attend ?
-Non, répondit-il dépité. Deux heures... ajouta-t-il.
-Deux heures de pure horreur, allez vient avant que la pluie ne revienne.
Les deux étudiants s'engouffrèrent dans la première porte à leur droite et gravirent deux étages avant d'entrer dans une salle dont les tables étaient placées en U. Ils échangèrent un regard avant d'aller s'installer.

Les deux heures s'étirèrent en longueur et parurent en durée quatre. Puis, il y eu un autre cours, qui cette fois-ci était bien plus captivant. Le midi, les deux étudiants mangèrent ensemble au restaurant universitaire et l'après-midi, Lucas alla seul étudier à la bibliothèque. Il ne pensa pas un seul instant dans toute cette journée à la machine à écrire de la veille. Pour l'heure, seul comptait les pages des livres qu'il était en train de lire et les notes prisent à la hâte pendant quelques heures de cours. Il resta jusque tard en fin d'après-midi et quand il sortit de la bibliothèque, il faisait nuit dehors. En courant un peu, il réussi à attraper un bus pour le ramener chez lui. Il tapa le code, poussa la porte, entra dans la cour recouverte de mousse et de mauvaises herbes et commença l’ascension des quatre étages qui le mèneraient à son appartement. Les escaliers étaient extérieurs, en bois et inégales. Quand il entra dans le minuscule logement étudiant, il jeta sa veste sur le porte manteau et envoya volé ses chaussures à travers la pièce en les enlevant. L'une de ses baskets heurta le carton posé dans un coin. Une demie seconde, c'est le temps qu'il lui fallut pour se rappeler ce qu'il faisait là et ce qu'il contenait. Il s'en approcha et en sorti l'objet qu'il contenait. Il alla le poser sur la table de la cuisine qui lui servait aussi de bureau. La table ronde en bois, devait sa stabilité au petit morceau de papier glissé sous l'un de ses pieds. Il s'assit à l'une des quatre chaises qu'il possédait, elles étaient d'ailleurs toutes dépareillées. Il posa ses mains sur les lettres de la machine à écrire. Comme s'il attendait que l'inspiration telle la foudre le frappe au milieu de cette pièce. Il resta quelques minutes assit de la sorte, baissant et relevant les bras par intermittence mais rien, absolument rien ne lui vient. Enfin, rien qu'y lui semblait digne d'intérêt. Soudain, d'un bon il se leva, attrapa la machine à écrire et alla la ranger dans son carton.
-C'est ridicule, jamais je ne serrai écrivain !
Il donna un coup de pied dans le carton dans l'idée de le pousser contre le mur, pour qu'il ne gêne plus le passage. Mais au moment où son pied toucha le carton, une douleur fulgurante lui parcouru le petit orteil. Une grimace de douleur déforma les traits de son visage et un juron mourut sur ses lèvres, silencieux. Il attrapa la lanière de son sac à dos, boita jusqu'au canapé-lit et sortit son ordinateur portable. Il avait suffisamment travaillé pour aujourd'hui, il pouvait bien s'accorder une petite pause détente.

Quelques heures plus tard, dans la nuit.

Le voyant de la live box indiquait 3h37 quand d'un bon Lucas se réveilla. Encore désorienté par son rêve, il mit quelques secondes à se dépêtrer de ses draps. Il était en nage et avait le souffle court. Il grogna de mécontentement quand il s'aperçut de l'heure tardive qu'il était. Il essaya pendant de longues minutes de se rendormir, se tournant dans un sens puis dans l'autre. Se mettant tantôt sur le dos et tantôt sur le ventre. Après vingt minutes de veine tentative, il se rendit à l'évidence que le sommeil l'avait quitté. Désemparé, il se leva et se dirigea dans la pénombre jusqu'au frigo, se servant de ses bras tendus afin d'éviter de se cogner. Il l'ouvrit, regarda son contenu et le referma violemment. Il ne trouverait pas le sommeil là-dedans ! Son regard se porta soudain sur une étrange masse sombre prêt de sa porte d'entrée. Intrigué, Lucas se rapprocha du dit objet avant de se souvenir de quoi il s'agissait.

Il porta la machine à écrire jusqu'à la table de la cuisine comme il l'avait fait quelques heures auparavant. Sauf que maintenant l'inspiration lui semblait si proche, qu'il pouvait presque la voir grandir dans l'appartement telle une plante géante et vivace. Il s'assit bien droit sur sa chaise, tendit ses mains au-dessus des lettres et commença à écrire. Il écrivit beaucoup cette nuit-là et très vite. Et quand son réveil sonna, il était toujours là, à écrire. Le temps avait filé à une vitesse impressionnante, comme s'il avait passé le reste de sa nuit dans une bulle hermétique au défilement du temps. Mais la sonnerie retentit une seconde fois, le ramenant à la dure réalité de l'existence d'étudiant. Il rangea la machine à écrire, avec les feuilles jadis blanches dans le carton prêt de la porte et se prépara à aller en cours. Mais à chaque fois, que son esprit n'était pas occupé, il retournait vers cet objet, l'envie d'écrire était passé en une nuit, d'un loisir occasionnel, un doux rêve, à un besoin impératif, presque une addiction. Il réussit néanmoins à se raisonner et quand il sortit dans la rue, il marcha vite comme si la distance qu'il placerait entre cette machine à écrire et lui, finirait par diminuer cette envie d'écrire.
C'est une fois dans le bus que la fatigue le submergea. Épuisé, il se laissa envahir et s'endormit la tête penchée sur le côté, heurtant légèrement la vitre à chaque virage.

-Tu verrais la tête que tu tires ! S'exclama Jérôme dès qu'il aperçut Lucas.
-Bonjour à toi aussi, bouda-t-il.
-Incroyable mais vrai, tu es encore moins bien coiffé que d'habitude, se moqua son ami.
-J'ai pas beaucoup dormit la nuit dernière.
Jérôme leva un sourcil intrigué.
-J'ai fais un cauchemar et j'ai pas réussi à me rendormir.
-Un cauchemar ? Parlait de quoi ?
-Je ne me souviens plus trop, il y avait une fille je crois...
-Une fille ? Il y a en a toujours une.
Les deux étudiants rentrèrent dans l'amphithéâtre, pour n'en ressortir que deux heures plus tard.

-Ce cours est juste gé-ni-al ! Cria Jérôme en passa la porte qui les menait dans la cours.
-Tout le monde nous regarde, répondit Lucas sans décoller le nez de son téléphone.
Jérôme ignora cette remarque et engagea la discussion dans une autre direction.
-Je meurs de faim !
-Mais il est 10h, rigola Lucas.
-On n'a pas cours cet après-midi avant 14h, on pourrait aller en ville manger un morceau.
Lucas eu envie de décliner, il avait encore tant de travail à faire et il n'avait pas beaucoup dormi la veille mais l'idée d'un bon hamburger lui remonta le moral.
-Ça marche.
-Super, dit Jérôme en sautant en l'air.     
-Fais gaffe, tu vas te décoiffer, ironisa Lucas.
-Ah ah, très drôle. N'empêche que pour être aussi mal coiffé que toi, faut forcément le faire exprès.
Il s'engagèrent dans la Grande Rue celle qui menait au meilleur Fast Food de toute la ville, de leur point de vue en tout cas. Alors qu'ils avançaient côte à côte, slalomant entre les passants, Lucas bailla à s'en décrocher la mâchoire.
-Tu mentais pas quand tu disais être crevé, observa Jérôme.
-Oui et j'ai passé une bonne partie de la nuit à écrire aussi.
-Oh non, me dis pas que tu bosses même la nuit, maintenant.
-Non, comme j'arrivais pas à dormir, j'ai pris la machine à écrire et j'ai écris quelques trucs, des conneries, quoi.
-Attend, depuis quand tu as une machine à écrire ?
-Je les acheté avant hier, dans une boutique rue Victor Hugo. 
-Une machine à écrire, dit Jérôme incrédule.
-C'était sur un coup de tête, se justifia Lucas.
-Tu fais bien ce que tu veux de ton argent, répondit-il en levant les mains devant lui.

Le restaurant, s'appelait Mon Petit Burger, d'extérieur, il ressemblait à un boui-boui et n'était pas très engageant. Les deux amis avaient découverts cet endroit pendant leur première année à l'Université. Ils habitaient en ville depuis deux semaines et étaient à la recherche, d'une deuxième maison où ils pourraient manger pour par cher et n'auraient pas de corvée de vaisselle. Depuis, ils y allaient régulièrement, avaient leur carte fidélité toujours sur eux et connaissaient le menue par cœur.
-Salut les gars, leur lança le patron en les voyant franchir le seuil.
-Bonjour, répondirent-ils d'une même voix.
-Un peu tôt pour un burger ? Sourit-il.
-Jamais pour les votre, répondit Jérôme avec ce sourire séducteur qu'il usait quand il voulait quelque chose.
-On va prendre quelque chose à boire avant, ajouta Lucas.
-Je vous laisse vous servir, vous êtes ici chez vous.
Les deux étudiants, prirent un coca chacun dans le frigo qui se situait à côté de l'affiche des menues et allèrent s'installer à une table du fond, qu'ils s'étaient approprié comme la leur. Ils ouvrirent et commencèrent à boire leur coca en silence. 
-Alors tu veux toujours devenir écrivain ? Demanda Jérôme au bout d'un moment.
-Non … c'est juste un passe temps idiot. Ce que j'écris est nul de toute façon …
-Ah ça je peux pas dire, tu ne m'as jamais laissé lire, pour un ami d'enfance comme moi, c'est limite vexant.
-Depuis quand tu te vexes pour si peu ?
Ils éclatèrent de rire et eurent de grandes difficultés à se calmer. Depuis la fin des examens, ils n'avaient pas eu l'occasion de rire beaucoup, chacun étant persuadé d'avoir raté les siens. C'est depuis ce moment que Lucas passait autant de temps à étudier à la bibliothèque universitaire. Il cherchait désespérément à rattraper des résultats qu'il pensait catastrophiques alors qu'il n'avait pas encore vu ses notes et ne les verraient pas avant plusieurs semaines.     

Après s'être rempli le ventre avec de la nourriture bien grasse et calorique, ils reprirent le chemin de l'université. Ils leur restaient un cours et ils auraient fini leur journée. Du moins, pour Jérôme car Lucas se forcerait à rester à la BU encore quelques heures avant de se décider à rentrer chez lui.
En ce début d'après-midi, la Grand Rue était pratiquement impraticable, il y avait des piétons partout. Ils durent se faufiler, slalomer et parfois s'excuser pour avoir percuter telle ou telle personne. Lucas cherchait Jérôme du regard quand il heurta de plein fouet quelqu'un. Il n'eut pas le temps de s'excuser, ni même de voir son visage qu'elle était partit. Tous ce qu'il vit était une longue chevelure couleur de feu. Il resta un instant immobile, les bras le long du corps, gênant le passage.
-Qu'est-ce qu'il te prend ? On dirait que tu as vu un fantôme, dit Jérôme en le dévisageant.
-Tu l'as vu ?
-Qui ?
-La fille, celle aux cheveux roux.
-Non, répondit-il en haussant les épaules. Pourquoi elle était belle ?
-Je sais pas, j'ai pas vu son visage...
-Tu es vraiment bizarre parfois, allé viens on va être en retard.
Lucas ne savait pas pourquoi il réagissait comme ça. C'est comme s'il avait eu un sentiment de déjà vu mais puissance mille. Il était sûr d'avoir déjà vu cette fille, de la connaître. Mais il lui était impossible de se rappeler quand et comment. Plusieurs personnes le bousculèrent en passant trop prêt de lui mais il n'y fit pas attention. Son cerveau tournait à plein régime et pourtant rien, absolument rien ne lui revenait en mémoire. Il était si frustré qu'il aurait voulu crier, là, au milieu de cette rue pleine de passants. Il serait d'ailleurs resté là tout l'après-midi, si impatient Jérôme, n'était pas venu le chercher. Il empoigna son ami par le bras et le fit traverser la foule sans ménagement.


Quelques heures plus tard, à la bibliothèque

Il faisait nuit dehors, la bibliothèque était presque vide à cette heure-ci. Les deux réceptionnistes discutaient à voix basse, en jetant régulièrement des coups d’œil à l'horloge murale. Ils leur restaient un petit quart d'heure avant de mettre les étudiants retardataires dehors.
Lucas n'avait pas regarder l'heure depuis de longues minutes. Il était le seul à occuper une table d'au moins 4m de long. Le nez collé aux pages des livres qu'il étudiait, il ne distinguait rien d'autre. Et surtout, pas les étudiants de moins en moins nombreux autour de lui. Il n'était plus qu'une poignée encore présent à cette heure, la plupart était en train de ranger leurs affaires. Un étudiant qui mesurait au moins 15cm de plus que Lucas, percuta sa chaise en allant ranger des livres dans l'étagère derrière lui. Leur regard se croisèrent :
-Désolé, ah et ça va bientôt fermer.
Lucas jeta un bref coup d’œil circulaire et constata que le géant n'avait pas tort. Il remit ses cahiers et son ordinateur pêle-mêle dans son sac à dos, et partis ranger les trois livres qu'il était en train de lire. La partie de la bibliothèque concernant l'Histoire était à l'autre bout, il du tout traverser dans un silence pesant. En passant devant les allés, il regardait si d'autres, comme lui n'avait pas vu le temps passer. Mais il n'y avait plus personne. Il marchait de plus en plus vite quand il s'arrêta brusquement. Il avait vu quelque chose, il en était sûr. Il fit demi tour et courut dans les rayonnages destinés à la Psychologie. Une chevelure rousse, il était persuadé de l'avoir vu. Mais il n'y avait plus personne, excepté lui qui courait dans tout les sens à la recherche d'une rousse imaginaire. Il se décida enfin à aller ranger les livres, regardant tout autour de lui, comme s'il s'attendait à la voir surgir à tout moment.
Il quitta la bibliothèque avec une sorte d'appréhension, un sentiment gênant et oppressant d'être observé. Il marchait vite et se retournait sans cesse.
-Tu es parano, se murmura-t-il. Complètement parano.
Ce n'est qu'en  montant enfin dans le bus après une attente de seulement 5 minutes mais qui lui en parurent le triple qu'il se détendit un peu. Il sortit son téléphone de sa poche, alla dans la rubrique message, le nom de Jérôme s'afficha en gros, ainsi qu'une photo de lui et leurs anciens SMS échangés. Ses doigts se promenèrent sur le clavier tactile écrivant ceci : « J'ai revu le fille, celle aux cheveux roux. Comme dans mon rêve, je crois que je deviens fou. » Son pouce resta une demie seconde en l'air au-dessus du bouton envoyé avant de tout effacer. Lucas regarda le paysage défilé, les immeubles et les magasins se succéder dans un tourbillon de gris clair et de gris foncé. Il n'avait jamais remarqué à quel point cette ville pouvait être grise et sinistre.
-Je peux m'asseoir ? Demanda une voix grave.
Trop absorbé par la contemplation de la ville nocturne, Lucas n'avait pas vu cet homme approché et sursauta. Il était grand et massif, ses cheveux bruns grisonnaient sur les temps, ses sourcils épais, cachaient en partie son regard gris acier. Il arborait un large sourire qui lui remplissait une grande partie de son visage carré.
-Oui, bien sûr, répondit Lucas en se redressant, une fois les battements de son cœur ralenti.
-Je vous ai effrayé on dirait, dit l'homme.
-J'étais perdu dans mes pensées, se justifia-t-il.
Lucas se tourna vers l'inconnu et leurs regards se croisèrent. Il y avait quelque chose de familier chez cet homme mais il n'arrivait pas à savoir quoi. L'avait-il déjà vu quelque part ? Ils s'étaient sûrement déjà croisé en ville ou dans le bus. Il était toujours en train de le dévisager quand il fut interrompu dans ses réflexions. 
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'homme en souriant. J'ai de la salade entre les dents ?
-Non, non, excusez-moi, c'est que … enfin je croyais …
Devant le regard insistant que lui lançait l'homme il se sentit obligé de continuer.
-J'ai l'impression de vous avoir déjà vu mais si vous prenez le même bus que moi il n'y a rien d'étonnant.
-En réalité, c'est la première fois que je prends le bus, il y a toujours autant de monde ?
-Ça dépend des heures.   
-Je suppose qu'il y a beaucoup d'autres endroits où vous auriez pu me voir, dit l'homme.
Lucas se tourna à nouveau vers la vitre mais l'inconnu était d'humeur loquace.
-Étudiant ? Demanda-t-il en fixant le sac à dos au pied de Lucas.
-Oui, en Histoire. 
-Quelle année ?
-Troisième.
Il émit un sifflement de félicitations et inclina sa tête en avant. Lucas appuya sur le bouton pour signifier au chauffeur qu'il descendait au prochain arrêt.
-Vous descendez ? Demanda l'homme en se levant.
Lucas attrapa son sac à doc et se dirigea vers la porte et prenant garde à ne pas chuter au premier coup de frein. Les portes s'ouvrirent, il s'y engagea quand une voix derrière lui, attira son attention.
-A bientôt l'étudiant, je suis sûr que nous nous reverrons très vite, dit l'homme en souriant de toutes ses dents.
Lucas fit un signe de tête et descendit du bus. Est-ce qu'un jour, je vais pouvoir prendre le bus tranquille ? Se demanda-t-il à lui-même. Dehors la température était glaciale, il ferma son manteau, remonta son écharpe au dessus de son nez, enfouie ses mains dans ses poches tout en marchant en direction de chez lui. Le bureau de tabac au dessus duquel il habitait était fermé. Il monta les marches qui le mènerait dans son appartement quatre à quatre, trop impatient de se mettre à l'abri de ce froid.

Le miroir de la salle de bain était recouvert de buée. D'un revers de main il l'essuya. Son reflet faisait peine à voir, son cheveux noirs, détrempés lui tombaient sur le front, ses yeux sombres étaient rétrécie par la fatigue et étaient soulignés par d'immenses cernes. Il se frictionna avec sa serviette de bain et l'enroula autour de sa taille. Il sortit de la salle de bain et se dirigea vers son armoire. Il laissa tomber la serviette par terre et enfila, un caleçon, un vieux tee-shirt troué par les mites et un pantalon de pyjama trop court qui lui arrivait aux chevilles. Il se baissa pour ramasser la serviette mais laissa son geste en suspens. Il resta immobile, le dos voûté, la main en l'air. Une paire de chaussure  noire et impeccablement cirée dépassait de sous la porte de l'armoire encore ouverte. Lucas avait arrêté de respirer, son cœur battait si fort, qu'il lui faisait mal. Il n'osait bouger, il n'osait se redresser mais surtout, il n'osait regarder qui se cachait derrière cette porte et portait des chaussures si élégantes. Il ferma les yeux et les rouvrant espérait que la paire de chaussure aurait disparu mais elle se trouvait toujours là. Elle était si immobile, qu'il crut un instant qu'elle lui appartenait et qu'il les avait posé là. Mais jamais de toute sa vie, il n'avait porté de pareilles chaussures. Le temps semblait s'étirer en longueur tel un élastique. Lucas approcha une main tremblante vers la porte mais ses doigts ne la touchèrent jamais. Aussi soudainement que le tonnerre fait trembler la terre, la porte se referma avec brutalité, manquant de coincé les doigts du jeune homme. Là devant lui se dressait de toute sa hauteur, un homme au visage carré, aux cheveux grisonnant, aux sourcils épais et au regard aussi froid que l'acier. Un homme qu'il avait déjà vu. Un homme qui s'était assis à côté de lui dans le bus. Un homme qu'il était persuadé d'avoir déjà rencontré avant ce soir. Et un homme qui se trouvait désormais dans son appartement. Lucas se redressa aussi vite qu'il le put et recula de plusieurs pas.
-Mais... vous...
Les mots restèrent coincés dans sa gorge. Tout son corps tremblait mais le froid n'en était pas la cause. Une goutte de sueur coula le long de sa colonne vertébrale. Son cœur battait beaucoup trop vite.
-Re bonsoir Lucas, dit l'homme de sa voix rauque.
Il souriait mais son sourire n'avait rien de chaleureux ou de bienveillant, il était aussi froid et dépourvu de sympathie que ses yeux.
-Comment … Qu'est-ce que …
Les questions se bousculaient dans la tête de Lucas mais aucunes d'elles n'arrivaient à franchir ses lèvres.
-Tu veux dire, comment savez-vous comment je m'appelle et qu'est-ce que vous faites chez moi, j'imagine.
Lucas hocha la tête de haut en bas et recula de trois pas supplémentaires. S'il continuait ainsi, il allait bientôt atteindre le mur et se retrouverait coincé. 
-Tu as dis que mon visage t'étais familier, tu ne sais pas encore à quel point, sourit-il de toutes ses dents.
-Est-ce que je vous ai fais du tort ? Demanda Lucas d'une petite voix.
-Oh, comme tu es mignon, s'exclama l'homme.
Mais venant de sa bouche, cela ne ressemblait guère à un compliment.
-Non, tu ne m'as rien fais. Du moins pas encore et je suis venu m'assurer que ça n'arrive jamais.
-Je...je comprend pas.
-Oui, je sais. Tu as l'air assez … lent. 
L'homme fouilla dans la poche intérieur de son long manteau et en sortit un pistolet. Cette fois-ci Lucas recula tant, qu'il heurta le mur.
-Inutile d'avoir peur, ça ne fais pas mal. Enfin, j'imagine, je ne suis jamais mort.
Il leva le bras et pointa son arme sur le jeune homme. Les larmes montèrent aux yeux de Lucas. Il aurait voulu supplier, se mettre à genoux et lui demander de l'épargner. Mais quelque chose au fond de lui le convaincu que cela ne servirait à rien. Il déglutit avec difficulté et se colla encore davantage contre le mur. Ses yeux étaient rempli de larmes, l'homme lui paraissait de plus en plus flou et indistinct. Désespéré et résigné, il ferma les yeux. Peut-être qu'en les rouvrant, il se rendrait compte que tout ceci n'était qu'un cauchemar.
Soudain, un bruit sourd le fit sursauter. Puis, des bruits de bagarres et de voix mais la peur le rendit aussi sourd que aveugle. Lucas se laissa glisser le long du mur et se retrouva assis par terre. Ses yeux étaient toujours hermétiquement fermés. Le vacarme continua encore plusieurs minutes. Puis, le silence revint, il était lourd et pesant. Lucas était toujours accroupi, tremblant. Une main, douce et délicate de posa sur son épaule. Il releva la tête et ses yeux croisèrent ceux d'une jeune fille aux cheveux couleur de feu. Elle avait des pommettes hautes recouvertes de tâches de rousseur et ses yeux avaient la couleur de la mousse.
-Il faut partir, il va revenir.
-Mais...
-On n'a pas le temps pour les mais, dit-il d'une voix douce.
Elle l'aida à se relever et pris sa main dans la sienne. Elle avança mais Lucas s'arrêta net.
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
-Lucas, on n'a pas le temps ! Le ton s'était durci.
-Je ne partirai pas d'ici sans savoir qui tu es, qui il est et ce que vous me voulez ! Cria Lucas.
La jeune fille poussa un soupir.
-Tu ne te souviens pas ?
-Non.
Elle piétinait sur place, ouvrit et referma plusieurs fois la bouche.
-Je ne sais pas comment te dire ça.
Elle se rapprocha de Lucas et planta ses yeux dans ceux du jeune homme.
-Je suis Valentine.
Valentine, ce nom lui fit l'effet d'une claque en plein visage. Il se revit hier soir, tapant à la machine à écrire, il se revit écrire un prénom, un prénom de fille, un prénom commençant par un V. Il se revis comme on se remémore un film. Ses souvenirs lui revenaient progressivement, comme si le courant les ramenait du large. Une jeune fille aux cheveux couleur de feu, il l'avait écrit, il s'en souvenait maintenant. Et aussi un homme, un tueur au regard glacial.
-Ce n'est pas possible, murmura Lucas plus pour lui que pour Valentine.           
-C'est la machine à écrire, elle est spéciale, murmura-t-elle tout bas comme on confie un secret.
« Modifié: 21 Avril 2018 à 19:38:47 par marrailla »
«Il n’y a pas de réussite facile ni d’échec définitif.» Marcel Proust

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : La machine à écrire
« Réponse #1 le: 14 Avril 2018 à 17:47:19 »
Bonjour Marine, je te souhaite la bienvenue par ici.
J'ai lu ton texte et j'aimerai lire la suite.
par rapport à ton prologue, keep cool  :P
un texte c'est pas blanc ou noir, et ici, même les plus rodés viennent les améliorer après les suggestions des lecteurs.
j'ai donc aimé cette histoire. J'ai vu des erreurs sur des accords participe passé / infinitifs et fautes à corriger.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

je ne suis pas du tout sur d'avoir tout relevé, utilise un correcteur (scribens en ligne est pas mal)
Pour le fond de l'histoire j'ai été surpris de l'attitude du personnage (le tueur) pourquoi est il agressif ? il faudrait quelques explications quand Lucas écrit le texte.
« Modifié: 14 Avril 2018 à 17:49:09 par Fried »

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 423
    • BEOCIEN
Re : La machine à écrire
« Réponse #2 le: 14 Avril 2018 à 21:16:37 »
Bonjour

Un recit palpitant qui m a tenu en haleine....... :)


J ai un peu parcouru le spoiler de Fried - mais celma me fatigue les yeux ! :-[

J ai releve quelques fautes d inattention ou de clavier :

Citer
elles étaient toutes pleines à craquées
a craquer

Citer
certaines babioles étaient suspendu au plafond
suspendues

Citer
La boutique était certes encombré mais elle restait ordonné,
encombree    ordonnee

Citer
tendit la main prêt à un saisir un
a en saisir

Citer
Les étiquettes étaient si vieilles et usés
usees

Citer
Les deux heures s'étirèrent en longueur et parurent en durée quatre
durer

Citer
et envoya volé ses chaussures
voler

Citer
Après vingt minutes de veine tentative
vaines tentatives

Citer
dans le carton prêt de la porte
pres

Citer
l'affiche des menues
menus

Citer
en passant trop prêt de lui
pres

Citer
Lucas n'avait pas regarder l'heure depuis
regarde

Citer
Une chevelure rousse, il était persuadé de l'avoir vu
vue

Citer
J'ai revu le fille, celle aux cheveux roux
la fille

Citer
du bouton envoyé avant de tout effacer. Lucas regarda le paysage défilé
envoyer   defiler

Citer
Lucas n'avait pas vu cet homme approché
approcher

Citer
ses cheveux bruns grisonnaient sur les temps
tempes

Citer
manquant de coincé les doigts
coincer

Citer
au fond de lui le convaincu
le convainquit

Citer
la peur le rendit aussi sourd que aveugle
qu aveugle

Citer
-On n'a pas le temps pour les mais, dit-il d'une voix douce.
dit-elle
ouf !!!  :(


Et des expressions qui me genent :
Citer
Les escaliers étaient extérieurs, en bois et inégales
les marches ?

Citer
Il faisait nuit dehors
dehors bien sur !

Une phrase toute faite
Citer
bailla à s'en décrocher la mâchoire

Et j ai des doutes ici :
Citer
seul comptait les pages des livres
J aurais ecrit seules comptaient les pages des livres ?

Cela me parait un peu lourd
Citer
comme si la distance qu'il placerait entre cette machine à écrire et lui, finirait par diminuer cette envie d'écrire.
plutot ferait diminuer cette envie d'écrire. ?


J arrete la le pinaillage et comme Fried j attend une suite ! ;D



Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Claudius

  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 12 099
  • Miss green Mamie grenouille
Re : La machine à écrire
« Réponse #3 le: 14 Avril 2018 à 22:21:06 »


J'aime bien cette histoire, on se doute que la machine est spéciale, mais tu amènes bien le sujet.

Le seul regret que je pourrais avoir est l'orthographe, il te faut absolument corriger et faire attention. Un bon correcteur pour commencer, ensuite bien te relire.

J'attends également la suite.

 :mrgreen: :mrgreen:
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

O.deJavel

  • Invité
Re : La machine à écrire
« Réponse #4 le: 14 Avril 2018 à 23:24:00 »
Bonjour marrailla,

Ton histoire est très intéressante ! J’y suis resté rive du début à la fin.

La boutique mystérieuse avec son vendeur tout aussi particulier.  La machine à écrire qui semble enchantée! Tu construits un univers  coloré et envoûtant.

L’action s’installe à bonne vitesse.  Le mystère monte par accumulation d’événements inexplicables. C’est très bien.  Nous débouchons rapidement sur le premier obstacle, soit celui à partir duquel il n’y a plus de retour arrière possible. 

Donc, je ne serais pas le seul à te confirmer que c’est très bien ! Bravo !

Voici quelques éléments à améliorer :

- Il y a peut-être parfois des références  spatiales qui ne sont pas tout à faite claires : 1) le bus entre dans une rue ? Ou dans une ruelles ? On n’est pas certain.
- Il faudrait mentionner “il entra dans la boutique”
-Il y a trop de détails par rapport à la gestuelle.  On peut suivre ton personnage sans toute ces descriptions, comme “il a levé les bras”, il est resté les bras en l’air, etc... élaguer ferais du bien.  Mais je comprends qu’il s’agit d’un premier jet (un très bon premier jet )
- En principe chaque phrase devrait être utile... à quoi sert de dire que le bus arrive en trombe et que tout le monde doit s’écarter... est-ce utile ? Si oui, il faut garder la séquence évidemment.... si non, ben... “ce matin-là, il prit le bus.” :)

J’ai hâte de lire la suite.  Je veux connaître cette jeune femme aux cheveux de flammes !  Et ce méchant assassin !   Hé hé !

Au plaisir de te relire !
« Modifié: 14 Avril 2018 à 23:28:48 par O.deJavel »

Hors ligne Dieter

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 2 771
  • Orthographe réformée = Histoire déformée
    • Dieter
Re : La machine à écrire
« Réponse #5 le: 16 Avril 2018 à 00:21:25 »
Bonjour marrailla,
Cette courte nouvelle est en deux parties, je publierai la seconde dans un petit moment ou je supprimerai mon compte et ne parlerai plus jamais d'écriture, je n'ai pas encore bien décidé.
Non mais attends, tu ne vas quand même pas nous laisser en plan sans nous faire profiter de la suite ! Et ce serait une très grosse erreur de laisser tomber l'écriture. Parce que tu es douée.
Bon, comme tout le monde, j'ai relevé de nombreuses erreurs d'orthographe, de grammaire, de conjugaison, etc... Et généralement, dans ce genre de cas, je n'ai pas le courage de tout lire. Mais tu as le don de savoir captiver et d'emmener le lecteur dans le fil de l'histoire. Tu as le sens de l'intrigue et du fantastique, et j'ai l'impression que ton imagination déborde de sujets. Alors continue, sinon, tu vas gâcher ton talent.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 423
    • BEOCIEN
Re : La machine à écrire
« Réponse #6 le: 16 Avril 2018 à 12:57:47 »
Bonjour

et

 :meeting: Dieter
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Hors ligne marrailla

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : La machine à écrire
« Réponse #7 le: 16 Avril 2018 à 16:00:40 »
Merci à tous pour vos retours et vos précieux conseils, j'en prends bonne note. 
Je publierai la suite dans quelques jours, le temps de corriger le maximum de fautes dans la deuxième partie.
Je ne m'attendais pas à autant de critiques positives et cela me fait chaud au coeur. J'ai encore du mal à y croire !

A très bientôt :)
«Il n’y a pas de réussite facile ni d’échec définitif.» Marcel Proust

Hors ligne marrailla

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : La machine à écrire
« Réponse #8 le: 21 Avril 2018 à 19:37:20 »
Deuxième partie

-Tu n'es pas réelle, tu n'existes pas, tu n'es pas réelle, tu n'existes pas, répétait Lucas, les yeux clos. 
-Je sais que c'est bizarre, et même carrément flippant, mais si je suis réelle, dit Valentine d'une voix douce.
-Tu n'es pas réelle, tu n'existes pas... 
Une douleur fulgurante lui fit rouvrir les yeux instantanément. Il porta une main à sa joue endolori et rougis.
-Tu m'as giflée, s'indigna-t-il. 
-Je suis désolée. Tu vois maintenant que je suis bien réelle.
-Mais... 
-On n'a pas le temps pour ça, où est la machine à écrire et les feuilles sur lesquelles tu as écrit notre histoire à Prevost et à moi ? 
-Dans l'entrée, dans un carton. Pourquoi ? 
-C'est cette machine à écrire qui nous a donné la vie, avec toi bien sûr, donc c'est aussi vous deux qui pourrez nous faire redevenir ce que nous aurions toujours du être, des personnages de fictions. 
Sans était trop pour Lucas, le jeune homme n'arrivait toujours pas à y croire, malgré la gifle et tout le reste. Était-il en train de devenir fou ? Si oui, la folie paraissait-elle toujours aussi réelle ? Il éprouva un profond sentiment d'empathie à l'égard de tous ceux, qu'on appelait fous. 
-Lucas, je ne la trouve pas. 
Sa gorge se serra et son cœur s'emballa de nouveau. Valentine avait raison, il n'y avait rien dans l'entrée. Plus aucune trace du carton et de son contenu. 
-C'est Prevost ! S'emporta la jeune fille. Je trouvais ça bizarre qu'il se soit enfuit aussi facilement, je comprends mieux pourquoi maintenant. Sans la machine et les écrits, nous ne pourrons jamais nous débarrasser de lui.
Elle se tourna vers Lucas. 
-Je suis désolée, j'ignore si je pourrai te protéger de lui très longtemps. 
-Mais maintenant qu'il a la machine, je ne risque plus rien, hasarda Lucas. 
-Si tu penses être en sécurité, tu te trompes, dit-elle en se rapprochant de lui. C'est un tueur, un assassin, il ne sait faire que cela et pire encore, il aime ça. 
-Mais... 
-Il a peut-être déjà tué, enfin, je veux dire pour de vrai, ici dans cette ville. 
-Quoi ?!
-Nous devons l'empêcher de nuire. 
-Je n'ai jamais voulu faire de mal à quiconque, gémit Lucas. 
-Oui, je sais et il n'est peut-être pas trop tard. La boutique où tu as acheté la machine, le vendeur pourra sûrement nous aider, dit-elle les yeux écarquillés. 
-Comment sais-tu où j'ai acheté la machine à écrire ? Demanda Lucas en s'écartant d'elle.
-C'est ton imagination qui nous a donné vie, nous sommes reliés à toi, d'une certaine manière. 
Lucas hocha la tête, cette explication était loin d'être convaincante, mais il ferait avec, du moins pour le moment. 
-Habille-toi vite, il faut aller à cette boutique. 
-Maintenant ? 
-Oui, maintenant !

Lucas s'habilla aussi vite que possible, il enfila un jean et un pull bleu nuit en laine. Dans les escaliers et dans la rue, Valentine avait toujours au moins un mètre d'avance sur lui. Parfois, même elle s'arrêtait pour lui laisser le temps de la rattraper. Elle n'était pas essoufflée et elle ne semblait pas craindre le froid qui était pourtant saisissant. Elle alla directement à l'arrêt du bus comme si elle avait parcouru ce chemin tous les jours depuis deux ans et demie. Ce n'est qu'une fois dans le bus que Lucas put reprendre son souffle. 
-Tu marches toujours aussi vite, demanda-t-il, la respiration difficile. 
-Je crois, oui, n'oublie pas que j'existe depuis moins de 24h. 
-C'est une histoire de fous, dit-il en se laissant glisser au fond du siège. Tu m'as suivi toute la journée ? 
Elle hocha la tête. 
-Tu as attendu qu'il s'en prenne à moi, pour me protéger ? 
Elle hocha la tête à nouveau. 
-Je savais qu'il finirait par venir te trouver, je te l'ai dit, nous sommes reliés à toi en quelque sorte. 
Cette fois-ci, c'est Lucas qui hocha la tête. 
-Je suis désolée, d'être arrivée si tard. Quelques secondes de plus et… 
-Tu m'as sauvé la vie, inutile de t'excuser. 
Leurs regards se croisèrent et ils restèrent un instant comme ceci. Elle est vraiment belle, pensa soudain Lucas. Il se détourna d'elle aussitôt comme pour chasser cette pensée. 
Le bus s'arrêta, au loin des lumières bleu se répercutaient sur les murs et sur la route. Le chauffeur baissa sa vitre, un policier s'avança et lui dit quelque chose que Valentine et Lucas ne purent entendre. Le chauffeur se tourna vers ses deux derniers passagers. 
-Le bus s'arrête ici, je ne peux pas aller plus loin. 
Valentine se leva et alla à l'avant du bus. 
-Pourquoi, qui a-t-il ? Demanda-t-elle. 
-Il s'est passé quelque chose, les flics ont bloqué la route. 
Elle se tourna vers Lucas, elle ne parla pas, elle n'en avait pas besoin. D'un simple regard, ils s'étaient compris. Prevost, le redoutable assassin, à qui il avait donné vie, venait de faire sa première victime. La culpabilité, tel un tsunami le submergea. Il se serait sûrement noyé si Valentine, n'était pas accouru vers lui et ne l'avait saisi par les épaules. 
-Ce n'est pas ta faute, tu n'y es pour rien, murmura-t-elle avec autorité. 

-Il faut que vous descendiez, rappela le chauffeur. 
-Oui, tout de suite, répondit Valentine en entraînant Lucas dehors. 
-Il est mort à cause de moi, c'est comme si je l'avais tué moi-même, dit Lucas la voix tremblante. 
-Je ne veux plus jamais d'entendre dire une chose pareille, s'emporta Valentine. 
Au loin, quelques policiers les regardaient. 
-C'est d'accord ? Demanda-t-elle plus doucement. 
Lucas hocha la tête. 
-Non, je veux te l'entendre dire. 
-Je ne le dirai plus. 
Elle se tourna vers la boutique, il y avait des policiers et des gendarmes partout. Il était impossible d'y rentrer pour le moment. Prevost avait sûrement détruit ou emporté avec lui tout ce qui aurait pu leur servir. Ils devaient le retrouver, c'était la seule solution. 
-Viens, ça ne sert à rien de rester là, dit-elle.
Ils partirent à pieds de la rue Victor Hugo dans un silence totale. Ils croisèrent quelques noctambules, mais la plupart du temps, les rues qu'ils traversèrent étaient désertes. La culpabilité rongeait Lucas comme un poison et ne pas en parler ne le rendait pas moins douloureux, loin de là. 
-On va le retrouver, dit-il. 
Ils s’arrêtèrent de marcher, Valentine se tourna vers lui.
-Prevost, on va le retrouver. Il a tué une personne, mais il n'en tuera pas une seconde.
Le ton de sa voix était dur et déterminé. Jamais il n'avait éprouvé une telle haine envers personne. Haïr Prevost était facile, plus facile que de penser à la part de responsabilité qu'il avait dans ce drame. Il n'avait peut-être pas de remède au poison qui se propageait dans son corps, mais il avait trouvé un anti-douleur plutôt efficace.   

    Quelques minutes plus tard, devant un immeuble, Grande Rue. 

-Qu'est-ce qu'on fait ici ? Demanda Valentine. 
Lucas ne répondit pas et appuya sur l'interphone. 
-Je te l'ai dit, je veux arrêter Prevost. 
Il appuya une seconde fois, mais cette fois-ci, il maintint son doigt plus longtemps sur le bouton. 
-Et tu crois qu'il est chez ton ami ? 
-Oui, répondit brusquement Lucas. 
Il allait appuyer de nouveau sur l'interphone quand une voix entrecoupée de grésillements lui répondit. 
-Ouais ? 
-Jérôme, c'est moi, ouvre, c'est urgent. 
-Mais t'as vu l'heure ! S'emporta Jérôme. 
-Quelqu'un veut me tuer et tu es peut-être en danger alors magne toi de nous ouvrir ! 
La voix de Lucas se propagea en écho dans la rue déserte. La porte s'ouvrit dans un grincement et ils montèrent plusieurs volés de marches. Jérôme les attendait sur le pallier, il portait un tee-shirt de sport et un caleçon.
-C'est qui ? Demanda-t-il gêné. 
Lucas se tourna vers Valentine. Il réfléchit un instant à la manière de la présenter à son ami. 
-Je t'expliquerai tout à l'intérieur. 
Ils rentrèrent tous dans l'appartement et Lucas verrouilla la porte derrière eux. 
-C'est quoi ces conneries, demanda Jérôme en enfila un jean qui traînait sur un meuble. 
-C'est très sérieux, répondit Lucas. 
Il était en train de faire le tour de l'appartement, vérifier chaque recoin, chaque cachette potentielle. 
-Lucas ! 
Ce n'était pas Jérôme, mais Valentine. 
-Il n'est pas là, tu peux respirer. 
-De qui elle parle et qui elle est au juste ? 
Lucas se plaça juste devant son ami. 
-Écoute... c'est pas facile à expliquer. 
Lucas leva la tête au plafond, il ouvrit et referma plusieurs la bouche. Mais comment expliquer l'inexplicable, se demanda-t-il. 
-Tu te souviens de la machine à écrire que j'ai acheté ? 
-Ouais. 
-Et de mon cauchemar. 
-Ouais, répondit Jérôme en fronçant les sourcils. Mais je ne vois pas... 
-L'histoire que j'ai écrite avec cette fichue machine à écrire est devenue réelle. Mes personnages sont vivants, l'un d'eux essaye de me tuer et l'autre est ici, dit-il en indiquant Valentine. 
Elle fit un petit geste de la main à l'attention de Jérôme. Celui-ci les dévisagea chacun leur tour, puis éclata de rire. Il riait tant que des larmes perlèrent au coin de ses yeux, il se tenait le ventre en se balançant d'avant en arrière. 
-Ce n'est pas une blague, intervint Lucas. C'est très sérieux ! 
Mais Jérôme ne semblait pas l'entendre, il était toujours en train de rire. Valentine quitta la pièce comme une furie. Lucas les bras ballants ne savait pas quoi faire. 
-Jérôme, arrête de rire, ordonna le jeune homme sans conviction. 
-Alors tu crois qu'on plaisante ! Dit froidement Valentine en revenant dans le salon. Regarde ça ! 
Elle dévoila aux yeux de tout le couteau qu'elle cachait dans son dos. Elle attendit que les deux garçons la regardèrent les yeux ronds, horrifiés et retourna l'arme contre elle. Ils se précipitèrent dans sa direction, hurlant, les bras tendus, mais il était trop tard. Le couteau était enfoncé dans son ventre. 
-Pourquoi tu as fait ça ? Cria Lucas. 
Valentine ressortit le couteau de son ventre, il n'y avait aucune trace de sang ou de blessure. On aurait dit que le couteau l'avait juste traversé, comme l'aurait fait un fantôme. 
-Tu crois toujours qu'on plaisante, dit-elle à Jérôme en lui remettant le couteau dans les mains. 
Le jeune homme, remua la tête de droite à gauche. Lui qui était d'ordinaire si bavard, était anormalement silencieux. Lucas était muet lui aussi, il n'avait pas quitté le ventre de Valentine des yeux. Les battements de son cœur s'étaient accélérés à la vue du couteau et n'arrivaient pas à ralentir. L'espace d'un instant, il avait cru, il avait pensé qu'elle allait mourir. Cette pensée lui était si douloureuse, qu'il pensa que c'était lui qui avait reçu un coup de couteau en plein abdomen. 
-Quoi ? S'énerva-t-elle. Je suis un personnage de roman, je ne peux pas mourir, sauf si tu l'écris. C'est pour ça qu'il faut qu'on retrouve cette machine à écrire, pour qu'on puisse être débarrassé de Prevost avant qu'il ne tue à nouveau. 
-À nouveau ? S'exclama Jérôme d'une voix aiguë. 
-Il a tué le proprio de la boutique, lui appris Lucas. 
Jérôme tira une chaise et s'affaissa dessus. 
-Et il va venir me tuer ? Demanda-t-il dans un murmure. 
Lucas ouvrit la bouche pour répondre, mais Valentine fut plus rapide. 
-C'est une possibilité. 
-Génial, chuchota-t-il. 
Lucas lança un regard de désapprobation à la jeune fille, celle-ci se contenta de lever les yeux au ciel. 
-On a pensé, qu'il pourrait se servir de toi pour m'atteindre, expliqua Lucas. 
-Pourquoi moi ?
-Parce que tu es mon plus proche ami et que tu es sur place. 
-Et tes parents ? Tu ne crois pas qu'il pourrait s'en prendre à eux ? 
Le visage de Lucas blêmit tout à coup. Il était tellement persuadé que c'est chez Jérôme que Prevost se rendrait, qu'il n'avait même pas pensé à ses parents. Il sortit son téléphone de la poche avant de son jean et commença à taper le numéro du téléphone fixe. Ses mains tremblaient et il dû recommencer plusieurs fois. L'attente entre chaque sonnerie était interminable. 
-Allô ? Demanda une voix endormie.
-Maman, répondit Lucas dans un soupir de soulagement. 
-Lucas ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu es blessé ? On t'a agressé ? 
Sa mère paraissait tout à fait réveillée maintenant. Elle parlait vite, le souffle court. 
-Non, non, je vais bien. 
-Pourquoi tu appelles alors ? 
La peur avait laissé place à l'agacement dans sa voix. Lucas réfléchit vite à l'excuse qu'il allait lui donner. Dans sa panique, il n'avait pas pris le temps d'y réfléchir. Ses yeux se posèrent sur Jérôme, toujours affalé sur sa chaise. 
-C'est Jérôme, il.... 
Le concerné se leva d'un bon. Il secouait la tête en tous sens et on pouvait clairement lire « non » sur ses lèvres silencieuses. 
-Cet idiot m'a fait une mauvaise blague. 
-Quoi ! Non mais t'as vu l'heure ! 
Cette fois-ci, il n'y avait plus aucune trace de peur, ni même d'agacement dans sa voix. Il n'y avait plus que de la colère, une colère qui lui vrillait les tympans, menaçant de le rendre sourd. 
-Je vais raccrocher, dit Lucas précipitamment. 
-Vous avez quel âge tous les deux, appeler en plein milieu de la nuit. Ton père et moi, on travaille demain, on se lève de bonne heure. 
-Je suis désolé maman, je raccroche... 
-J'ai eu la peur de ma vie, ne me fais plus jamais ça..., le coupa sa mère. 
-Bonne nuit maman, cria Lucas par-dessus la voix de sa mère. 
Il se tourna vers Jérôme et Valentine. 
-Il n'est pas chez moi. 
-On s'en doutait, tu aurais pu éviter de dire que si tu l'avais réveillé au milieu de la nuit, c'était de ma faute ! S'exclama Jérôme. 
-C'est une bonne nouvelle, mais comment on trouve Prevost maintenant, intervint Valentine, ignorant la remarque de Jérôme. 
Sa question resta en suspens. Le silence était tombé plus soudainement que tombe la nuit. Personne ne semblait avoir de réponse à donner. Lucas réfléchissait aussi vite que lui permettaient ses cellules grises fatiguées. Aucune question d'examens ne lui avait jamais parut aussi difficile. Il avait sincèrement pensé que Prevost se trouverait chez Jérôme, puis chez ses parents, mais il n'y était pas. Il s'était trompé deux fois et peut-être qu'à cet instant précis, quelqu'un de plus était mort en ville à cause de lui. Il chassa cette pensée, culpabiliser ne l'aidera pas à retrouver le meurtrier qu'il avait créé. Qu'il avait créé, ces mots résonnèrent comme une évidence dans sa tête. Il était l'auteur de l'histoire de Valentine et de Prevost, il avait créé ces personnages, leur apparence physique, leurs caractères, leurs motivations, etc. Tout avait surgi de son imaginaire, il lui avait suffi ensuite de le coucher sur papier. Comment pensait Prevost ? Il lui fallait penser comme lui, se mettre dans sa tête, enfiler ses chaussures cirées et son long manteau noir. Prevost était une part de lui, ils étaient liés, Valentine l'affirmait. Ses yeux s'écarquillèrent tout d'un coup : 
-Je sais où il est ! Dit-t-il brusquement. 
Tous les regards se tournèrent vers lui. Lucas déglutit, priant intérieurement pour ne pas se tromper. 
-Il est avec la machine à écrire, chez moi, il dit ceci comme une évidence. 
-Mais elle n'était plus dans l'entrée après qu'il se soit enfui, rappela Valentine. 
Jérôme observait cette joute verbale, toujours silencieux. 
-Est-ce que tu l'as vu prendre le carton ? Et tu as dit qu'il était parti rapidement ? La machine à écrire est lourde, il aurait été ralenti. 
-Oui, mais... 
-Pas de, mais, sourit-il. 
-Il était dans mon appartement, il a dû attendre que je finisse de prendre ma douche et il en a profité pour changer la machine à écrire de place. 
Valentine fronça les sourcils. 
-En ne voyant pas la machine à écrire là où je l'avais laissé, il savait très bien qu'on penserait qu'il serait parti avec.
-Si c'est vraiment ça, c'était une idée de génie. 
-Maintenant, on sait où il est, mais il doit certainement nous attendre, si on arrive chez moi comme ça, il va nous tomber dessus. 
Valentine acquiesça, elle faisait les cent pas. Son visage était crispé, marqué par une intense concentration, mais cela n'affectait en rien la beauté de ses traits, pensa furtivement Lucas. Il pensait qu'en apprenant où se trouvait Prevost et la machine à écrire, il se sentirait plus léger, mais il ressentait tout le contraire. Jamais, il ne s'était senti aussi impuissant. Il savait que quoi qu'ils décident, quel que soit leur plan d'attaque, ils tomberaient dans un piège. Imaginer le visage satisfait de Prevost, tranquillement assis à sa table bancale ou sur son canapé-lit, le mis hors de lui. Cependant, il n'en laissait rien paraître. Il devait garder la tête froide comme on dit, se précipiter sans réfléchir et ils étaient tous condamnés. 
-Je n'ai qu'à faire diversion, proposa soudainement Jérôme en se levant. 
Devant la mine circonspecte de Valentine et Lucas, il continua. 
-C'est vous qu'il attend, pas moi ! Il ne sait pas que je sais pour lui, Valentine et la machine à écrire. Je n'aurai qu'à faire comme si je venais te voir. 
-À 1 heure du matin ? Releva la jeune fille, visiblement pas convaincue. 
-Je ferai semblait d'être ivre, s'il ne veut pas attirer l'attention, il sera obligé de m'ouvrir avant que je ne réveille toute la rue. 
Jérôme parlait vite et fort, tenant difficilement en place. Il se déplaçait tout en parlant, ne se posait jamais. Il regardait l'un, puis l'autre, observait si ses arguments les avaient convaincus. Le visage de Valentine était plus détendu comme si elle venait de trouver la solution à un problème de maths particulièrement retors. Elle ouvrit la bouche, prête à certifier son accord quand Lucas la coupa. 
-Hors, de question, c'est beaucoup trop dangereux ! Si on est venu ici, s'était pour s'assurer que tu étais en sécurité pas pour t'envoyer faire diversion auprès d'un tueur psychopathe. 
-Je te rappelle que c'est ton tueur psychopathe à la base, s'énerva Jérôme. 
-Justement et je ne me pardonnerai jamais s'il t'arrivait quelque chose cette nuit ! Cria Lucas d'une voix aiguë. 
Le silence retomba comme un soufflé. L'atmosphère était lourde et pesante, personne n'osait parler, bouger. Valentine se mit en retrait. Les deux amis refusaient de se regarder, chacun boudant dans son coin. Cela dura de longues secondes. Lucas essuya une larme qui avait réussi à s'échapper de ses yeux humides avant qu'elle ne roule sur sa joue. Il fit ça discrètement, pensant ne pas avoir été vu. Mais du fond de la pièce, Valentine l'observait et rien de la scène ne lui échappa. Le plan de Jérôme était le seul viable, elle le savait et Lucas aussi, elle en était persuadé, sinon jamais il ne se serait mis dans un état pareil. Elle sortit de la zone de neutralité dans laquelle elle s'était retranchée. 
-Lucas, murmura-t-elle tout bas. 
Il se tourna vers elle, le regard noir. Il savait ce qu'elle allait lui dire et il lui en voulait pour ça. 
-Je sais, se contenta-t-il de répondre. 
Il n'avait pas envie qu'on lui énumère pourquoi ils devaient agir ainsi et en quoi ce plan était génial. 

Jérôme attrapa ses clefs de voiture et son manteau. Lucas et Valentine le suivirent jusqu'au parking, seul le bruit de leurs pas sur le sol brisait le silence pesant qui s'était installé. Ils montèrent en voiture, Jérôme mis le contact, passa la première, et ils partirent. La petite voiture se faufila à travers les ruelles étroites du centre-ville avant de rejoindre la grande route. Le chemin, facilité par le manque de circulation et les feux continuellement verts, fut rapide et dura à peine dix petites minutes. Ils étaient garés sur le trottoir, sur une place handicapé, la seule disponible. Lucas se détacha et avança sa main vers la poignée de la voiture. 
-Attends, l'interrompit Jérôme. 
Il se retourna pour faire face à Valentine. 
-Tu peux nous laisser une minute, s'il te plaît ? 
Elle hocha la tête et sortit du véhicule sans un mot. 


-C'est une fille bien, après tout ça, quand l'autre guignol sera redevenu juste des mots sur du papier de mauvaise qualité, tu pourrais... Peut-être que... 
-Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? 
-Que toi et la belle rousse qui nous attend dehors, vous êtes fais l'un pour l'autre idiot. Alors on va se débarrasser de ce Prevost et vous pourrez vivre heureux jusqu'à la fin des temps, avoir pleins d'enfants dont je serai le parrain, bien évidemment, et tu pourras avec ta fichue machine à écrire, nous offrir une fin heureuse à tous. 
Il ne laissa pas à Lucas le temps de répondre et sortit de la voiture. Lucas inspira profondément et le suivit. Son appartement ne possédait que deux fenêtres et elles donnaient toutes deux sur le cours intérieur, au moins Prevost ne les verrait pas tous les trois au pied de l'interphone. Jérôme s'approcha de l'interphone, il leva sa main quand Lucas arrêta son geste.
-Merci, dit-il. Tu es ... tu es un vrai ami. 
Jérôme se contenta de hocher la tête et de sourire. Lucas se tourna ensuite vers Valentine. 
-Je ne sais pas si nous allons réussir ou tous mourir alors au cas où... 
Il laissa la fin de sa phrase en suspens et approcha ses lèvres de celles de Valentine. Il l'embrassa tendrement et elle lui rendit son baiser. Puis, il s'écarta précipitamment d'elle, ses joues étaient aussi rouges qu'un champ de coquelicots. 
-Je suis... je, bégaya-t-il. 
Elle posa un doigt sur ses lèvres. 
-Non, ne dis rien. 
Ils se tournèrent vers Jérôme, qui comprit ce qu'il lui restait à faire. Il appuya sur l'interphone et pendant que celui-ci sonnait, s'éclaircit la gorge. 
-Hey ! Saluuut Luluuuu, tu me laisses rentreerrr ! 
Valentine et Lucas, lui firent des signes d'encouragement. Il parlait d'une voix forte et traînante, tout à fait convaincante, du point de vue de Lucas. Aucune réponse. 
-Luuucaaas ! Appela-t-il plus fort encore. 
Un grincement sonore se fit entendre et ils s'engouffrèrent tous les trois dans l'ouverture de la porte. Jérôme se retourna une dernière fois, il affichait un large sourire pour cacher son angoisse. Ils montèrent les marches de l'escalier en bois, grimaçant à chaque grincement. La respiration de Lucas se fit plus difficile, ses mains étaient moites, les battements de son cœur plus rapide quand il aperçut la porte. Sa porte d'entrée. Comment pouvait-il avoir si peur face à ce simple morceau de bois pivotant ? Puis, il se souvint de ce qui les attendait derrière ce morceau de bois. Il revit l'homme, tout en hauteur, dans son long manteau, ses chaussures neuves et surtout, il revit son regard glacial, plus tranchant que n'importe quelle lame. Jérôme frappa à la porte. Valentine et Lucas s'écartèrent sur le côté pour ne pas être vu à travers le judas. La poignée s'abaissa avec une lenteur à peine soutenable, puis la porte s'ouvrit tout aussi doucement et une ombre menaçante se détacha de l'obscurité. Valentine tira Jérôme en arrière avec force, il perdit l'équilibre et chuta sur le sol comme une tortue coincé sur sa carapace. La jeune fille se jeta à l'intérieur de l'appartement, suivit par Lucas. Elle et Prevost étaient en train de se battre, leur ombre se détachant sur le sol et sur le mur, grâce à la lumière de la lune qui filtrait à travers les fenêtres. Lucas se jeta sur les placards de la cuisine, il les fouillait bruyamment, retournant leur contenu, le sortant sur le sol, brisant de la vaisselle au passage. Rien. Il se précipita ensuite sur son armoire, jetant tout ses vêtements sur le sol. Rien. Une boule s'était logée dans sa gorge, lui rendant la respiration de plus en plus difficile. À l'autre bout de la pièce, Valentine était en mauvaise posture. Sa résistance face aux coups qu'elle recevait l'impressionna, puis il se souvint qu'elle ne ressentait pas la douleur physique.
-Lucas, l'appela Jérôme. 
Il se tourna vers son ami dont le bras levé désignait un carton près de la fenêtre. La machine à écrire. Ils se précipitèrent en courant dans cette direction, mais Prevost plus rapide dégaina son pistolet et tira plusieurs coups de feu dans leur direction. Lucas eu juste le temps de se cacher derrière le canapé-lit. Il chercha Jérôme du regard. Quand il le vit, son cœur s'arrêta un instant. Il était par terre, du sang coulait d'une plait que Lucas n'arrivait pas à localiser. La peur et la douleur se mêlaient dans son esprit, il n'arrivait plus à réfléchir. Son ami était en train de se vider de son
sang sur le carrelage. Il se sentait si impuissant, si vulnérable et faible. Cela le rendait fou de rage, il sera les poings, sa mâchoire se crispa. 
-Sors de là, ordonna Prevost. 
Lucas se releva aussitôt et se dirigea vers Jérôme. 
-Non, viens ici. 
Le pistolet était désormais braqué sur Lucas. Il sortit du carton la machine à écrire et la posa sur la table basse avec du papier vierge. 
-Assis toi. 
Lucas ne le quittait pas des yeux. Il suffit à Prevost de deux enjambés pour rejoindre Jérôme, il le souleva sans ménagement et le portant, traînant à moitié, le laissa tomber lourdement sur le canapé-lit. Jérôme grimaça de douleur, mais ne dit rien. 
-Maintenant, tu vas écrire ce que je veux ou je colle une balle dans la tête de ton ami.
Il parlait calmement, sans hausser le ton, comme s'il lui avait seulement demandé de changer de chaîne à la télé. Jérôme était aussi pâle que s'il était déjà mort, son visage était recouvert de sueur et une tâche sombre ne cessait de s'agrandir sur son pull beige. Lucas se tourna vers Valentine, son regard était énigmatique, impossible de savoir ce qu'elle pensait. 
-Débarrasse-moi de cette salope. 
Le ton de sa voix avait changé, il était moins contrôlé, plus impulsif. Lucas leva les mains au-dessus de la machine, faisant danser ses doigts au-dessus des lettres. Il hésita une seconde. Une hésitation qui n'avait pas échappé à Prevost, il délaissa Jérôme et attrapa une poignée de cheveux à Lucas. 
-Écris ! Cette fois-ci, il criait. 
Son regard croisa à nouveau celui de Valentine. Elle ne dit aucun mot, elle ne hocha pas la tête, mais il la comprit. Il pouvait lire dans ses yeux comme dans un livre, il pouvait entendre sa voix lui murmurer dans sa tête, « allé, vas-y ». C'est ce moment que choisi Jérôme pour sauter sur Prevost par-derrière. La table basse se brisa sous leur poids et la machine à écrire, ainsi que Lucas furent projeter au sol. Jérôme épuisé, était étendu, à la limite de l'inconscience sur le sol. Valentine, plus rapide et forte que jamais avait réussi à reprendre le dessus. Lucas rampa jusqu'à la machine à écrire. 
-Lucas, appela la voix de Valentine. 
Prevost pointait son arme sur la tête de Jérôme, celui-ci était translucide et ses yeux étaient désormais clos. 
-Tu vas écrire ce que je te demande, ordonna Prevost. 
Lucas se releva, la machine à écrire dans les mains. Valentine ne le quittait pas des yeux. 
-Va te faire voir Prevost !
Et avec toute la force dont il était capable, il jeta la machine à écrire à travers fenêtre. La vitre se fracassa en centaines de petits morceaux de verre, dont certains griffèrent les mains et le visage de Lucas. La machine à écrire s'écrasa sur le sol dans un vacarme assourdissant. Prevost traversa la pièce, se jeta sur Lucas et colla le canon de son pistolet sur son front. 
-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ! Hurlait-il. Pourquoi tu as fait ça ? 
-Pour que mon proprio remplace enfin ces fichues fenêtres par du double vitrage connard. 
Le coup fut si rapide qu'il n'eut pas le temps de s'écarter. Du sang coulait abondamment de son nez, la douleur était indescriptible. Un second coup encore plus puissant s'abattit sur son visage, lui meurtrissant la pommette droite. Il allait recevoir un troisième coup, il le savait, quand Valentine s'interposa, elle reçut le coup à sa place, mais il lui fit moins d'effet qu'une pichenette. 
-Aide moi, cria-t-elle. 
Il se releva, le sang et la douleur brouillait un peu son champ de vision. Ils se battirent à deux contre un, jusqu'à ce que leur adversaire éprouve enfin des difficultés à faire face. Il se retrouva plaqué contre le mur, le visage où se trouvait auparavant la fenêtre, désormais brisés. Il agrippait fermement les rebords de ses mains pour ne pas basculer. Valentine et Lucas échangèrent un regard, ils se précipitèrent sur ses mains, les tordant en tous sens pour lui faire lâcher prise. Il finit par perdre l'équilibre et chuta. Il tomba, tomba et finit par atterrir lourdement sur le sol. Valentine et Lucas étaient penchés à travers ce qu'il restait de la fenêtre, observant la scène. 
-Il est mort ? Demanda Lucas plein d'espoir. 
Comme s'il avait entendu la question, Prevost choisit ce moment pour se relever. Il ne pouvait pas voir ses yeux avec la distance, mais Lucas était persuadé qu'ils étaient posés sur eux. 
-Merde, jura Lucas. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? 
Valentine redressa le carton renversé, à l'intérieur les pages de son histoire étaient toujours là. Elle les tendit à Lucas. 
-Déchire-les ! 
-Quoi !
-Déchire-les et on disparaîtra. 
-Tous les deux ? 
Valentine baissa la tête, prenant soin d'éviter le regard de Lucas. 
-Hors de question ! 
-Écoute, dit-elle en prenant ses mains dans les siennes. Si je pouvais le faire, je le ferai, mais seul toi en a le pouvoir. 
-C'est trop dur, je ne peux pas te tuer, je ne veux pas. 
Une boule s'était formé dans la gorge de Lucas, lui coupant pratiquement la respiration. Ses yeux s'embuèrent de larmes, le visage de Valentine devenait de plus en plus flou. 
-Mais tu ne peux pas me tuer, je ne suis pas humaine, je ne l'ai jamais été. Je n'ai pas besoin de boire ou de manger, je n'ai jamais froid, je ne connais pas la fatigue, ni la douleur, tout ce qui fait qu'un être est humain m'est inconnu. Je ne suis pas faite de chair et de sang, ma peau est en papier et mon sang est d'encre. 
-J'avais espéré, qu'après cette nuit, que toi et moi, on aurait pu... 
Lucas ne finit jamais sa phrase. Un flot de larmes coulaient sur son visage, ses mains se crispaient autour des feuilles en papier. Jamais papier n'avait été aussi difficile à déchirer. Il avait l'impression qu'elle lui demandait de faire quelque chose relevant d'une force et d'un courage incroyable comme soulever une voiture ou entrer dans un immeuble en flammes, il aurait préféré. Au lieu de ça, il devait réduire en morceaux l'histoire qu'il avait écrite, ainsi que Valentine. Elle lui tenait les mains, sa peau n'était ni chaude, ni froide, elle était tout simplement. Il se frotta les yeux, chassant les larmes qui lui brouillait la vision. Il la regarda droit dans les yeux, enregistrant chaque détail de son visage, il voulait être sûr de ne jamais l'oublier. Il jeta un coup d’œil à Jérôme, il avait repris connaissance, il le regardait avec des yeux presque éteint, suppliant. Dans les escaliers un bruit de pas se rapprochait de plus en plus. Lucas renifla et essuya ses dernières larmes d'un revers de main. 
-Tu es mon plus beau personnage, murmura-t-il. 

Valentine ne répondit rien, elle se contenta de sourire. Prevost venait d'atteindre le quatrième étage. D'une main tremblante, Lucas déchira les feuilles en deux. Le meurtrier ne franchit jamais le seuil de l'appartement, la porte d'entrée s'ouvrit violemment, mais déjà, il avait disparu. Valentine disparu au même moment, son corps s'évanouit en fumée, comme si elle n'avait jamais été là. Lucas se laissa tomber lourdement sur le sol, à genoux, ses mains renfermant toujours les précieuses feuilles en papier. C'est comme s'il avait lâché la bouée qui le maintenait à flots, il coulait à présent. Tout son corps, tout son être s'enfonçait dans une douleur abyssale. Plus rien ne le retenait au-dessus de la surface. Le chagrin pénétrait chaque partie de son corps, son cerveau, son cœur, ses poumons tous se remplirent avec l'eau de la perte et du deuil. 
Puis, il tourna la tête dans la direction de son ami agonisant, couvert de sang, il rampa jusqu'à lui et pris sa tête entre ses mains, lui murmurant des mots réconfortants. Ces mots qu'il répétait, n'étaient pas seulement pour son ami, en les répétant suffisamment peut-être finirait-il jamais par y croire à son tour ? 

Le voisinage quelques instants auparavant si silencieux, produisait à présent un brouhaha de plus en plus fort. Plusieurs entrèrent chez Lucas par la porte laissée ouverte. Au loin, une alarme prévenant de l'arrivée des secours brisait le silence nocturne de la ville. Dans la cour de l'immeuble, plusieurs voisins curieux s'étaient rassemblés. Il formait un cercle imparfait et biscornu, en son centre, les débris de la machine à écrire et de la fenêtre brisée. La machine à écrire était en morceaux, mais on pouvait toujours voir écrit sur le côté en lettres d'argent un nom. Le nom de son propriétaire, le nom de la seule personne à pouvoir se servir de son pouvoir, Lucas ROUSSEAU.    
«Il n’y a pas de réussite facile ni d’échec définitif.» Marcel Proust

Hors ligne Dieter

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Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #9 le: 21 Avril 2018 à 22:08:37 »
Bonsoir Marine,

Bien, le courage me manque ce soir, parce que le chapitre est vraiment long, mais demain je me pencherai sur les quelques fautes que j'ai relevé. Par contre, juste une petite remarque : je n'ai pas très bien compris comment le méchant a tué le patron de la boutique s'il n'est pas sorti de chez Lucas.

Sinon, une question : qu'est-ce qui t'a donné l'idée de ce texte ? Parce que ça me rappelle un vieux film des années 80 où deux jeunes créent une femme avec un ordinateur.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne Claudius

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Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #10 le: 21 Avril 2018 à 22:37:30 »


Ouah ! c'est suspens garanti ! Je te relirai aussi demain, j'ai relevé quelques fautes, mais c'est vraiment une chouette histoire et tu sais maintenir la pression tout le long;

 :mrgreen: :mrgreen:
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

O.deJavel

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Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #11 le: 23 Avril 2018 à 23:46:05 »
Alors là ! Oui, pour du suspense, c’est du suspense !

De l’action, du mouvement, de l’imaginaire survolté !

Je n’ai pas pu décoller de ce texte une fois commencé. J’ai même laissé passer un bus ! Bravo ! La finale a dépassé le premier Chapitre - Le rythme était soutenu et l’action bien définie, avec une variété d’émotion autour de l’amitié et de l’amour.
Note pour moi-même: Il faudrait que je remette un ruban dans cette bonne vieille machine à écrire... il me semble bien avoir reconnu le vendeur !
« Modifié: 24 Avril 2018 à 13:46:34 par O.deJavel »

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Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #12 le: 29 Avril 2018 à 09:35:22 »
Merci beaucoup pour vos commentaires, ils m'encouragent à continuer à écrire :)

Dieter, Prévost ne reste pas dans l'appartement, il se rend à la boutique et revient tout de suite après, c'est la machine à écrire qui a juste été déplacé dans l'appartement pour faire croire qu'il l'avait emmené avec lui. Et pour le film, cela ne me dit rien mais je serai curieuse de le voir, est-ce que tu te rappelles du titre ?
«Il n’y a pas de réussite facile ni d’échec définitif.» Marcel Proust

Hors ligne Dieter

  • Palimpseste Astral
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    • Dieter
Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #13 le: 29 Avril 2018 à 13:52:11 »
Mince, je t'avais zappée, Marine. Désolé.

Alors pour commencer, la correction dont je t'avais parlé :

Citer
ce que nous aurions toujours du être
-> dû

Citer
comme si elle avait parcouru ce chemin tous les jours depuis deux ans et demie
-> demi

Citer
Elle attendit que les deux garçons la regardèrent les yeux ronds
-> regardent

Citer
On s'en doutait, tu aurais pu éviter de dire que si tu l'avais réveillé au milieu de la nuit, c'était de ma faute ! S'exclama Jérôme.
Dans un dialogue, si le personnage prononce deux phrases et qu'il y a une ponctuation (sauf virgule et point-virgule), la seconde phrase commence par une majuscule. Mais s'il s'agit d'une incise (verbe qui explique la façon de parler, comme "dit-il", "cria-t-il", 's'exclama-t-il", etc), on ne met jamais de majuscule. Donc ici, il faut écrire "s'exclama Jérôme" (sans majuscule).

Citer
Aucune question d'examens ne lui avait jamais parut
-> parue

Citer
Je sais où il est ! Dit-t-il brusquement
-> dit-il (incise)

Citer
Pas de, mais, sourit-il
-> supprimer la virgule après "de"

Citer
À 1 heure du matin ? Releva la jeune fille
-> releva (incise)

Citer
je ne me pardonnerai jamais s'il t'arrivait quelque chose cette nuit ! Cria Lucas
-> cria (incise)

Citer
elle en était persuadé
-> persuadée

Citer
vous êtes fais l'un pour l'autre idiot
-> faits

Citer
jetant tout ses vêtements
-> tous

Citer
Assis toi.
-> assieds-toi

Citer
Écris ! Cette fois-ci, il criait
-> cria-t-il cette fois-ci

Citer
allé, vas-y
-> Allez

Citer
la machine à écrire, ainsi que Lucas furent projeter au sol
-> projetés

Citer
Aide moi, cria-t-elle
-> Aide-moi

Citer
Une boule s'était formé dans la gorge de Lucas
-> formée

En ce qui concerne le film, c'est Une créature de rêve (1985) ; une série a été adaptée à partir de ce film en 1994 : Code Lisa.

Bon, ce ne sont pas des chefs-d’œuvre, et les effets spéciaux sont ce qu'ils étaient à cette époque, mais c'est pile dans l'esprit de ton histoire. Donc si ça peut te donner des idées...
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne txuku

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Re : La machine à écrire, part 1 et 2
« Réponse #14 le: 29 Avril 2018 à 18:35:19 »
Bonjour

Merci pour cette fin

L histoire est bien ficelee et reste logique. :)

Pour completer les quelques fautes que releve Dieter :
Citer
ils montèrent plusieurs volés de marches
volees

Citer
il savait très bien qu'on penserait qu'il serait parti avec
qu il etait parti

Citer
Il devait garder la tête froide comme on dit
le comme on dit est en trop ! ??? :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

 


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