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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Marquise (défi tictac 08/04/2018)

Auteur Sujet: Marquise (défi tictac 08/04/2018)  (Lu 1279 fois)

Hors ligne barnacle

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Marquise (défi tictac 08/04/2018)
« le: 08 avril 2018 à 22:06:18 »
Coucou tictacteurs ^^
Je pense pas que ça soit très bon (c'est un euphémisme), mais allons-y, postons.



   Le troisième jour de la rébellion, elle s’autoproclama marquise de la Poussière. Son annonce, répercutée crépitante par la radio, parcourut toute la station sans provoquer de réaction notable. Elle n’était qu’une opératrice subalterne, surtout connu comme la concubine d’un des mutinés les plus bruyants. Ça devait être une blague, ou une coquetterie.
   – Tu évites toujours de t’adresser directement à moi. Tu n’aimes pas mon nom ?
   On ne pouvait pas savoir que sa déclaration, très brève, très de facto, avait été lancée les pieds dans le sang de trois de ses compagnons.
   – Je pense l’avoir méritée, non ? Je suis ta souveraine, honore-moi de mon nom prononcée.
   J’étais moi-même dans ma cabine avec trois camarades attentistes comme moi. La mutinerie ne m’intéressait pas beaucoup plus que la belote que nous utilisions à tuer le temps : nos deux capitaines précédents étaient déjà issus de deux mutineries passées. La mascarade ennuyait plus qu’autre chose ceux d’entre nous qui n’étaient pas devenu fous : on évitait les quartiers les plus propres du vaisseau en attendant la fin de l’averse. Un capitaine de moins, c’était quelques rations de plus, le droit d’entretenir un peu plus l’illusion que nous orbiterions bien un jour l’astre visé par notre voyage absurde.
   – Tu me parleras, avec le temps. D’ici à ce qu’on arrive, tu me parleras.
   Notre épopée en lieu clos n’en était pas à une déclaration fantaisiste de plus, non. La marquise de la poussière m’arracha un sourire, toutefois. Poussière céleste, poussière vanité. Approprié.
   – Tu me construiras un beau manoir, là-bas. Deux étages, de longues rangées de fenêtres pour laisser le soleil illuminer les pièces.
   Je me sentais intelligent du rapprochement, mais me retenais de communiquer cette petite fierté à mes compagnons de jeu : la règle générale était de ne pas mentionner plus que de raison le pourquoi absurde de notre raison ici, ou le vaste vide que notre vaisseau traversait péniblement.
   – J’ai envie de te couper des choses, c’est pour ça que je me retiens. Je te couperai bien un pied sinon.
   Le temps d’avoir cette idée et de la garder pour moi, une gorge de plus était tranchée dans la salle de communication et un sabre récupéré sur un cadavre. Avec cette arme de cérémonie, la marquise courut vers le poste de commandement. Le vol de sa chemise tachée de sang, mais alors encore blanche, ne manqua pas d’évoquer à ceux qu’elle croisa les peintures révolutionnaires du XIXe siècle français.
   – Tu regardes rarement par les vitres. Je suis tentée d’en faire un décret.
   Quiconque portait une insigne ne pût pas profiter longtemps de la comparaison. Bientôt, à elle seule, elle s’était débarrassée de la moitié de nos hiérarchiques. L’autre moitié les rejoignirent assez vite, certains tués en boucherie pour les nouveaux convertis, la plupart emprisonnés le temps de les réunir, puis exécutés en visio général.
   – Regarde dehors. Est-ce que tu y vois ce que j’y vois ?
   Son règne avait commencé.
   – Les étoiles sont plus proches de nous qu’avant.
   Les rations ne poseraient plus de problème avant quelques temps et nos âmes affaiblies par le voyage ne trouvaient pas la force de protester contre la violence de cette autocratie. La longue liste des nouvelles lois du vaisseau furent accueillis dans l’apathie générale.
   – Notre astre sera comme elles. Il faut s’habituer à la lumière.
   La marquise ne devait être adressée ou mentionnée qu’avec son titre complet, « marquise de la poussière ».
   – À retrouver la lumière d’un soleil.
   La chemise sanglante qui avait vu naître son règne, suspendue dans la cantine, devait être embrassée chaque matin.
   – Le jour et la nuit.
   Elle avait le libre droit de nous infliger des coupures de son sabre ; toute personne n’en ayant pas reçu pendant plus de cinq jours devait venir en réclamer une à genoux.
   – Le soir et le matin.
   Et d’autres sur le même thème. Toutes les obligations tournaient autour d’elle – rien n’était précisé en dehors. Pendant les jours qui suivirent, la vie sur le vaisseau fut étonnamment libre : désœuvré.
   – Nos ombres sur le sol.
   Elle-même dut s’ennuyer. Le massacre reprit. Sans cérémonie, sans méthode. Le dernier survivant aurait pu être quelqu’un d’autre. Elle me laissa en vie à la dernière seconde – son sabre pointait déjà mon estomac et je m’étais vidé de mes dernières urines – peut-être par caprice, peut-être par peur de la solitude.
   – Tu te feras à moi.
   Elle me laissa me redresser et m’enfuir.
   – Il n’y a pas trop le choix.
   Je courus à l’autre bout du vaisseau et m’y séquestrais pendant deux jours. Elle aurait pu me retrouver sans difficulté, mais le bruit réconfortant de mon petit cœur battant, de ma vie continuée, et la peur de le perdre à nouveau, m’avait fait perdre toute raison.
   – Et le soleil aidera.
   Le troisième jour, je repris courage et démontai une étagère pour m’en faire une arme mal commode.
   – Il calme.
   Je passais de salle en salle, remontant vers la pièce où je l’avais vu pour la dernière fois. Ma propre chambre. Elle n’y était pas.
   – Il chauffe.
   Je passais dans la cantine, elle n’y était pas. Je me vêtis de sa chemise et m’armai de son sabre.
   – Ton apathie y redeviendra amour.
   Son corps était dans son ancienne chambre. Elle s’était tuée en se cognant, avec insistance, la tête contre le sol.
   – Compassion.
   Il est tentant d’en faire de même.

Hors ligne Rémi

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Re : Marquise (défi tictac 08/04/2018)
« Réponse #1 le: 08 avril 2018 à 22:43:12 »
Ouch !

Bon, ben c'est gore... J'aime pas mal la fin :)

La mise en place est chouette, les phrases balancées en italiques sont un peu perturbantes au début mais elles donnent du relief au texte.

Citer
Je pense pas que ça soit très bon (c'est un euphémisme), mais allons-y, postons.
:D
Ouais, pas le meilleur de toi-même, mais c'est déjà bien chouette.

A+
Rémi

En ligne Ariane

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Re : Marquise (défi tictac 08/04/2018)
« Réponse #2 le: 08 avril 2018 à 22:48:47 »
Il y a pas mal d'idées que j'ai bien aimées dans ce texte. Le contexte du vaisseau qui vit mutinerie sur mutinerie... Le narrateur blasé au début qui joue à la belote... La "folie" (?) de la marquise de la poussière... Les phrases en italique, la manière dont ça alterne avec les énoncés des lois, le carnage qui reprend, et puis la fin.

Certaines choses m'ont gênée malgré tout :
- Au début le narrateur s'en fiche un peu, croit à une blague, en entendant la marquise de la poussière => j'aurais aimé voir avancer son cheminement... quand réalise-t-il que ce n'est pas une blague ? Je n'ai pas perçu la transition.
- Je crois pas du tout que ce soit physiquement possible de se claquer la tête jusqu'à en mourir.
- J'aurais aimé percevoir un peu + l'évolution des émotions du narrateur, sa place dans tout ça etc, entre la belote et la fuite finale. (ça rejoint un peu le premier point en fait).

Merci pour ce partage :) .

Hors ligne Claudius

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Re : Marquise (défi tictac 08/04/2018)
« Réponse #3 le: 08 avril 2018 à 22:53:56 »

Et s'il n'en restait qu'un...

C'est pas mon truc, trop sanglant à mon goût, mais après tout il fallait y penser !

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Hors ligne LeMargoulin

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Re : Marquise (défi tictac 08/04/2018)
« Réponse #4 le: 08 avril 2018 à 22:54:48 »
Comme Rémi, j'aime la fin, délicieusement triste.
Quant au reste, il est difficile d'entrer dans l'histoire au début, même si le manque de contexte pousse à continuer par curiosité. Les phrases en italiques me gênent plus qu'elles ne m'intriguent (mais c'est seulement mon ressenti).
La deuxième moitié du texte est, je trouve, bien meilleure.
J'aurais aimé me lancer dans la flibuste mais ma couardise m'a poussé vers les lettres.

 


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