Un vieux torchon bien sagement
Usé, dormait près d'une assiette.
A ses côtés une serviette
Le héla sans ménagement.
Eh ! Monsieur qui fainéantez !
Mettez-vous donc à votre ouvrage
Voyez ! Ce verre est un outrage
Il a des traces, constatez !
Qui me cause et crie aussi fort ?
Le torchon sorti du sommeil
Dévisagea cette importune
Montrant d'un de ses coins la lune
Répondit "demain au réveil !".
Demain ? Rétorqua la plaignante
Croyez-vous cela très sérieux ?
Quand votre travail est miteux
Remettre à demain ! Quelle honte !
Et la serviette hurla plus fort
Quand de séant notre maîtresse
Au matin viendra vérifier
Découvrira votre forfait
Elle punira la faiblesse.
Mais le sire las de laver,
de nettoyer, sécher sans cesse
Qui depuis tant d'années professe
lui répondit sans hésiter.
Lui montrant qu'il n'est point d'accord
Toi, belle et moqueuse pauvrette
Sais-tu ce qu'est le dur labeur
D'un torchon prêt à toutes heures
Pour absorber les gouttelettes ?
Quand toi tu ne sers chaque jour
Qu'à tamponner avec tendresse
La bouche de l'archiduchesse
Qui te replie avec amour.
Et sur ces mots ils se rendort
Mais au matin, quand vint Maxime
Le majordome du château
Il remarqua sur le plateau
Le verre mal séché, quel crime !
Il se dit qu'il était bien temps
De remiser à la retraite
Torchon brodé que l'on ne jette
On fait honneur au nom des Grands !
Le torchon, heureux se rendort.
Il prit la serviette à la place
Essuya le verre mouillé
Fin fil tissé était parfait
Pour ne laisser aucune trace !
Morale :
Il n'est pas bon de critiquer,
joli torchon bien fatigué
Car il n'est point de sot métier.
Envoi :
Notre joli torchon, malgré ses rhumatismes
Tous les soirs au grenier, en fin conteur s'anime
Il raconte joyeux des histoire d'antan
quand on chantait l'amour, à Dame de séant.
Alentour on le sait, les gens ont grande estime
Le torchon est le roi, des contes et des rimes.