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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Les chants d'Istanbul

Auteur Sujet: Les chants d'Istanbul  (Lu 2081 fois)

Hors ligne Aléa

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Les chants d'Istanbul
« le: 04 Janvier 2018 à 17:11:28 »
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Ici

Un chant résonne
De marbre en marbre court le temple
Désert, rampe le sol ; deux portes en bois massives.
Un chant résonne, je m'approche des marches
Promontoire
– La clarté de la cour filtre à travers le bois ancêtre –
Ciel poreux
Cour vide ; des oiseaux s'envolent
Coursives, colonnes : cadre de pierre
Les oiseaux s'envolent
Je les suis,
Spirale ailée qui dévoile

Aux contrées des montagnes domptées
Deux flèches érigées qui pointent
Là où l'on ne peut qu'admirer
Le temple, profilé face Homme.

Pierres propres
Ciel dense
Pigeons
Faune grise
Vers pic-bloc gris
Sur fond
Gris

Pourtant,
Nuance
Autre sens présent que l'ébahit :

Notes de chants
Résonnent et résonnent
Claires
Jaillissent au ciel
Couleurs aux oreilles,
Les yeux se ferment

Prière





Ailleurs

Topkapi sans lumière.
Sans sa lumière couchante particulée
Socle millénaire curcuma
Mort avec Constantinople marbre
Pris sous une couche de fin d'hiver rouille,
Humide, Passée ; bleus passés
Privée de ce qui la rend vie ;
Derrière l'épaule
Triangle des Balkans
– Sa poursuite, la mienne –
Son armée de brumes des montagnes rustres
Qui attrape et à jamais perd les errants ;

Devant, l'Asie, ses promesses en détroit
Le port, les milliers de mouettes
Le ballet
Au-dessus de la croisette ; des centaines de flashs
Le mondain et à cent mètres,
Les maisons poutres vides
Les quais bloqués de grilles
Criblées de vieux plomb.

« Kapitan », ô Kapitan
Sur les plaques d'un bateau qui mouille
Et cliquent ses chaînes la nuit, fantomatique
Jamais la mer ; le bras tendu au ciel
L'uni.
Brisé – les larmes terre-ciel,
Un petit miracle cerisier défleuri
Où s'accoudent les faiseurs de rêves à la criée ;
Le rose chu, éclats, mare,
Souligne encore plus haut
Le gris le gris le gris
Qui emmitoufle la ville.





Là-bas

Parc aux odeurs de terre retournée
Parc neuf
Parc cerclé de bâtiments factices
D’hôtels de luxe.
Aux limites, les grillagés veillent
Vigiles sans plomb
– Du rouge en silhouette noire –

Des arbres hauts se prennent les pieds dans
Le tapis de mottes bouillies où
Se parsèment quelques fleurs,
Plantées précoces
Elles ne tiendront pas l'hiver,
Tout comme ces touristes pour lesquels
Des jardiniers larmoyant en ont planté l'affront.

Sans même le savoir
Nous surplombons tout un pan de la ville
Visible seulement depuis là-haut,
Dans les arbres
Une petite mélodie ténue s’agite
Là-haut dans les arbres
Je la cherche
– Et des passants lèvent la tête avec moi –
Des oiseaux au plumage inconnu,
Se cachent là-haut dans les arbres,
Bleu vif je les devine
Les imagine aux becs toucans
Amoncelant des brindilles
Seuls libres avec la vue sur tout
Au-delà de l'enclos, qui pour eux n'est pas.

S'envolent – Retentit
Haut-parleur accroché à côté du nid
Aux palmiers
Une voix
               Des voix
    Ces voix
                     Le chant ?
Chantent    chantent     chantent
         Psaumes psalmodies
   Les chants        Harmonie
             Cacophone
Symbiose         Chantent voix
Graves, aiguës ; multiples          Une.
     Unisson             Dizaines
              Centaines
Milliers de chants de voix s'unissent
         Retentissent
Courent la ville les toits les parcs les doigts
Courent courent courent
Déflagration du son
Dans les regards des gens
Retentit s'immisce s'inspire
L'orange des ondes chaleur
D'été d'antan d'aujourd'hui d'instant
    Ici
                      Là-bas
      Partout
Les voix
                         Ces voix
           Cette voix
Ce chant.





Nulle part et partout

Au parvis du temple,
À l’angle d’un banc, j’aperçois
L’origine du chant :
Le puits des échos
Deux cages thoraciques qui tonnent
Deux gorges-langues qui font vibrer les pierres,
Deux jeunes gens aux yeux mi-clos
Face-à-face
Ils chantent
Simplement, ils chantent
Et pendant que l’un chante
L’autre l’admire
Avant de reprendre son souffle
De lui répondre en sons
En quantiques fondamentaux
Sentimentaux
S’entrainant mutuellement à
Emmener plus haut encore
L’échange dual
Jusqu’au vertige de se demander
Comment aller plus loin ?
Et répondre encore pourtant,
Sourire parce que, planant,
On y arrive
On trouve à répondre à l’ami
Aussi fort, aussi puissant
Toujours plus haut que les corps-coquilles
Plus haut que le minaret
Jusqu’à déborder, inonder la ville
Ses rues, toquer aux portes
Non,
Toquer aux yeux des gens qui parcourent ces rues
Oui
Elles ne sont que là les couleurs
Ancestrales d’Istanbul,
Logées dans la chaleur des yeux,
Des voix,
Du creux des mains des gens.






Lorsque j’y repense

Je ne suis jamais allé à Istanbul,
Arrêté à ses portes par ce chant
– Quand je ferme les yeux j'y suis encore. –
– Laissez-moi, laissez-moi que j'y retourne ! –
Je ne sais pas ces chants.
Je ne suis pas d'ici.
Je ne devais pas être là.
Je ne suis jamais allé à Istanbul.
Ne me reste que ses chants
Ce chant...

« Modifié: 07 Janvier 2018 à 16:08:06 par Ben.G »
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
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Hors ligne Claudius

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #1 le: 05 Janvier 2018 à 09:19:38 »
Ben, je t'ai lu hier soir, je te lis ce matin, endormie, réveillée (à peine).

Il est difficile de commenter ce poème, enfin pour moi, pareil à des éclats de ressentis, un chant qui résonne, et qui t'emmène loin. Ce n'est pas désagréable, bien au contraire, il faut juste ne pas essayer d'y trouver un vrai sens, un suivi logique (toujours pour moi hein ?) sauf peut-être suivre ce chant tout au long du récit.

 :mrgreen: :mrgreen:



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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #2 le: 05 Janvier 2018 à 17:13:25 »
Eh bien eh bien, merci Claudius '-'


Pour le suivi logique, c'est peut être juste des scènes, des visions de lieux de la ville un peu onirique, avec oui ce fil rouge, pas beaucoup plus  ^^

content si ca t'as quand même plu (?)


A plus ! ;)
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Hors ligne Claudius

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #3 le: 05 Janvier 2018 à 18:10:05 »
Citer
content si ca t'as quand même plu (?)

Oui j'ai bien aimé je ne sais dire pourquoi, parfois juste une intime impression.

 :mrgreen: :mrgreen:
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Hors ligne Rémi

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #4 le: 05 Janvier 2018 à 20:38:46 »
Salut Ben,

Citer
Prit sous une couche de fin d'hiver rouille,
pris ?

Citer
Le rose chut, éclats, mare,
chu ? (je vois pas la logique du passé simple ici)

Citer
En quantiques fondamentaux
j'aime bien ce quantique des cantiques :)
ça fait sens avec le vertige qui suit



J'ai bien aimé les couleurs et la musique des mots, et cette ambiance chaude et douce.
Quant à la fin, personnellement, j'aime bien ce retour à quelque chose de plus trivial, de plus personnel. Comme une reprise de contact avec la terre après ces moments oniriques.
Certains passages sont vraiment magnifiques (je me régale encore de "Sans sa lumière couchante particulée").

Merci pour la lecture,

Au plaisir,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Aléa

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #5 le: 06 Janvier 2018 à 15:28:28 »
@Jo
Pas grand chose à répondre à une telle éloge et analyse (et j'aimerai mais parfois, les mots..). Je ne connais pas le loustique que tu cites, mais heureux de voir que tout ce que j'ai voulu mettre en place dans ce poème fonctionne et fait de l'effet,  merci à toi  ^^ (et pour l'avenir... on verra !)



Citer
chu ? (je vois pas la logique du passé simple ici)
Effectivement !
Je relis le passage et je me dis que c'est le moins clair, vais le modifier


Citer
j'aime bien ce quantique des cantiques :)
:D Et à la base c'est une bourde, mais je me dis que la bourde est bonne aussi !  ^^



Merci de ta lecture Rémi, content de t'avoir touché (et merci pour la fin, je vais garder comme ça alors)
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Hors ligne Rémi

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #6 le: 06 Janvier 2018 à 20:45:06 »
C'est pas une bourde, c'est inconscient qui fait son job :)
Un magnifique lapsus productif ^^

Citer
Ciel poreux
Cour vide ; des oiseaux s'envolent
Coursives, colonnes : cadre de pierre
Les oiseaux s'envolent
Je les suis,
Spirale ailée qui dévoile
ce que c'est beau ça !  :coeur:
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Léilwën

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #7 le: 06 Janvier 2018 à 22:59:44 »
J'ai eu l'impression de voyager tout au long du poème, emportée par des notes de musique dans les coins et recoins d'Istanbul (je n'y ai jamais été non plus). Et c'est doux, et c'est beau...

Etant chanteuse à mes heures perdues, j'ai particulièrement apprécié la musique des mots, rythmée par des répétitions pertinentes. J'apprécie encore plus le fait que tu aies employé des mots simples, de tous les jours. Aucun mot "étiqueté poésie"... .

Dans "Ailleurs", il y a une coquille je crois : "prit sous une couche" -> priS ?

Un bémol : je suis d'accord avec toi, je ne suis pas sûre de la fin. Enfin, la toute fin,  si. Mais je doute de
Citer
Arrêté à ses portes par ce chant
– Quand je ferme les yeux j'y suis encore. –
– Laissez-moi, laissez-moi que j'y retourne ! –
A mes oreilles, tu pourrais même l'enlever

Sur cette berceuse bien agréable, je vais me coucher :-)

A très vite !

Ashka

  • Invité
Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #8 le: 07 Janvier 2018 à 00:20:44 »
J'ai beaucoup aimé "nulle part et partout":

"Avant de reprendre son souffle
De lui répondre en sons
En quantiques fondamentaux
Sentimentaux
S’entrainant mutuellement à
Emmener plus haut encore
L’échange dual"

c'est beau ça, l'envolée du chant ! :coeur:

et aussi:
"On trouve à répondre à l’ami
Aussi fort, aussi puissant
Toujours plus haut que les corps-coquilles
Plus haut que le minaret
Jusqu’à déborder, inonder la ville
Ses rues, toquer aux portes
Non,
Toquer aux yeux des gens qui parcourent ces rues
Oui
Elles ne sont que là les couleurs
Ancestrales d’Istanbul,
Logées dans la chaleur des yeux,
Des voix,
Du creux des mains des gens."

Toute cette fin, je l'ai trouvée magnifique, c'est très humain. On sent la ville respirer, vivre.  :coeur:




Hors ligne Aléa

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #9 le: 07 Janvier 2018 à 16:45:16 »
Citer
Aucun mot "étiqueté poésie"... .
Ca c'est un truc vital d'éviter ce genre de licence, si tu veux une poésie vivante, faut éviter d'utiliser des mots morts  :mrgreen: (au sens, convenu, trop entendus etc)


Citer
Un bémol : je suis d'accord avec toi, je ne suis pas sûre de la fin. Enfin, la toute fin,  si.
Le arrêté aux portes je veux vraiment le garder, mais du coup ca fait une phrase qui ne commence pas par je et c'est un peu dommage de la laisser seule... Le laissez-moi que j'y retourne est peut être de trop (surtout le point d'exclamation ?) je vais continuer à y réfléchir, merci de ton retour  ^^
(et la vilaine faute est corrigée !)


Merci Leilwen et Ashka  :coeur:


(et content que tu aimes cette partie Ashka, elle m'a été plus retors que les autres huhu)
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- Alain Damasio

Léilwën

  • Invité
Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #10 le: 20 Janvier 2018 à 15:22:03 »
Hey,

Je suis revenue, parce que j'aime toujours bien ce poème... et que j'ai réfléchi à ce qui me gêne exactement à la fin. C'est le :
Citer
– Laissez-moi, laissez-moi que j'y retourne ! –
Parce qu'il dénote avec tout le reste, selon moi.
Mais j'aime bien les tirets longs, on dirait les portes dont tu parles.
Du coup, j'aurais bien vu à la place de "laissez-moi, laissez-moi que j'y retourne !" une phrase musicale à base des mots du poème (du genre : temple, topkapi, parc, yeux, voix, mains - je ne ferai pas de propositions parce que je ne me sens pas d'imiter ton style, je risque de tout casser...)

Et puis, si t'as pas envie et bien je suis désolée de t'avoir dérangé et à l'avenir, je me tairai.  :huhu:

Hors ligne Modybic

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    • L'homme de l'aître
Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #11 le: 07 Février 2018 à 08:59:37 »
Il y avait longtemps que je n'avais pas flâné ici.

Ton texte au hasard ou presque puisque c'est d'un voyage dont j'avais envie.

Et bien tu as réussi. Lire jusqu'au bout un texte aussi long sans me lasser, c'est rare. Tout est résonance et le son et les couleurs.

Oh merci Ben pour ce réveil matin.
Modybic

Hors ligne Aléa

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Re : Les chants d'Istanbul
« Réponse #12 le: 07 Février 2018 à 11:32:23 »
Oh mais je t'avais pas répondu, pardon Leil :-[


Citer
Mais j'aime bien les tirets longs, on dirait les portes dont tu parles.
En un message tu donnes piles les arguments du pourquoi ces vers me plaisent et pourquoi ils me plaisent pas  :mrgreen: J'ai fais aucune corrections encore, je laisse macérer pour l'instant, mais je suis assez d'accord avec toi, ca dénote un poil

Citer
Et puis, si t'as pas envie et bien je suis désolée de t'avoir dérangé et à l'avenir, je me tairai.  :huhu:
Non surtout pas, c'est important pour moi que tu dises ce genre de chose  :huhu:




@modybic

Oui ca faisait longtemps tiens !  ;)

De rien, enchanté de t'avoir réveillé de cette façon  :mafio:

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