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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)

Auteur Sujet: Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)  (Lu 10558 fois)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #15 le: 13 Décembre 2017 à 14:11:27 »
Un nouveau grand merci pour ta lecture, Milla, et tes multiples repérages de maladresses.



D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux.


Je comprends bien ton hic concernant cette phrase. Mais je ne vois pas trop par quoi la remplacer. Si tu as une idée, elle sera la bienvenue.

Ni le bien ni le mal n’y sont pour quelque chose dans tout ce fatras d’inattendus.

Inattendu(s) ? Singulier ou pluriel, j'hésite encore ! J'attends de voir ce que d'autre lecteurs en diront.

Citer
   Sur ces 300 personnes, 33 s’étaient données la mort une fois connu la conclusion des tests, 59 avaient sombré dans une sorte de démence aphasique, perdant presque instantanément toutes leurs capacités cognitives, 101 étaient devenues en moins d’une semaine des Enragés.
hmmm c'est pas rigolo d'apprendre qu'on est stérile et le contexte en rajoute, mais ça me parait gros comme réactions.


Là, j'ai peut-être mis la dose, en effet. J'ai fait un peu mon Stephen King body-buildé !  :) Si, là encore, d'autres lecteurs trouvent cela too much, j'atténuerai, voire je bifferai.

Encore merci pour tes sensibles conseils...

Et bien à toi !

Milla

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #16 le: 13 Décembre 2017 à 14:16:03 »
Citer
D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux.
c'est juste un problème de formulation. un truc genre "J'ai vite compris que Pete avait un caractère relativement gai. Il a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux." (mais tu dois pouvoir faire encore mieux sans doute, je pose ça là en deux secondes sans réfléchir quoi.)

avec plaisir, cool si mes remarques te sont utiles :)

Patamodeler

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #17 le: 13 Décembre 2017 à 15:27:56 »
Salut Kokox,

Dans cette 2ème partie une nouvelle fois je trouve ton sens de la fraternité et de l'entraide.

Ce qui a retenu le plus mon attention c'est la réflexion du sage Pete Tricketts et à fortiori celle de l’Écrivain.

Je te rejoins dans ta philosophie sur l'énigme éternelle qui s'appelle la vie : l'avis de décès est rédigé bien avant la naissance des crétins que nous sommes ; l'homme n'est que poussière et ne fait que singer les configurations du cosmos. Oui, l'homme n'est que poussière d'étoile et semble avoir une fâcheuse tendance à l'oublier.

Et finalement, quand tout va mal et c'est là le prodige, il y a toujours quelque chose pour nous faire apprécier la vie, n'est-ce pas ?  ;)

Merci beaucoup pour cette nouvelle lecture. A bientôt pour la suite.


Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #18 le: 13 Décembre 2017 à 16:59:28 »
Grand merci pour ta fidélité à ce texte, chère Patamodeler.
Sinon, j'adore ce pseudo ! Qu'est-ce que j'ai pu en pétrir dans ma jeunesse de la pâte à modeler !  :)

Bien à toi ! 

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
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    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #19 le: 13 Décembre 2017 à 19:07:16 »
Ah ! Cher kokox, je me suis servi un verre de blanc, et j'ai bouquiné ce passage avec un plaisir certain.

Tu mets l'intrigue en place avec beaucoup d'aisance, sans entrave, et tes deux personnages ont une réelle profondeur. Très honnêtement, c'était pour moi un excellent moment de lecture. La dérive d'une population d'un état vers un autre, l'égarement progressif des personnages et pourtant leur capacité à rebondir face à la fatalité, tout cela me parle et suscite mon intérêt.

C'est un récit solide et qui secoue la lecture.

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #20 le: 14 Décembre 2017 à 08:31:25 »
Miam un récit post apocalyptique en construction,
J'ai été captivé par ton texte, les personnages deviennent attachants.
"Pete Tricketts m’a dit : je te préviens, je rigole pour un rien, cultiver l’absurde est devenu ma raison d’être. Je n’ai pas d’autre choix que de prendre toute cette faillite à la légère ! "
qu'elle bonne idée de faire survivre un optimiste bourré d'humour. Cela exite ma curiosité de voir comment ces deux là vont s'en sortir.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #21 le: 15 Décembre 2017 à 11:38:18 »




Chers Tréard et Fried, je vous remercie pour vos encouragements.  :)
Je suis un tantinet à la peine en ce moment mais, croix de bois croix de fer, j'irai au bout de ces "Chiens", quoi qu'il arrive ! :)


Bien à vous !

Hors ligne Ginsoul

  • Tabellion
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #22 le: 17 Décembre 2017 à 20:57:52 »
Salut,

Merci pour ce partage, je trouve l'ambiance géniale, les personnages attachants, bref, tout est bon, digne d'un très bon livre en devenir.

"Son cœur, martelé d’innombrables coups durs, résonnait bien avant la Date comme un gong, un bouclier de bronze sur lequel le destin ne pouvait que se casser les dents. "
Je voulais juste souligner cette phrase qui m'a beaucoup plu, et qui, à mon sens, décrit le personnage mieux que n'aurait su le faire des paragraphes entier ! Je trouve que l'image qu'elle donne colle très bien au grand costaud irlandais qu'est Pete !

Que dire d'autre, si ce n'est ; vivement la suite !

« Modifié: 17 Décembre 2017 à 20:59:25 par Ginsoul »

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #23 le: 18 Décembre 2017 à 00:14:02 »
Un grand merci pour ta lecture Ginsoul ! :)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
« Réponse #24 le: 21 Décembre 2017 à 17:39:35 »
Voici la troisième partie des "Chiens".
M'étant retrouvé embarqué dans une aventure plus longue que prévue, viendra très prochainement l'ultime partie et dénouement de cette nouvelle.


La faim commençant à nous tenailler, nous avons éteint le feu et entrepris notre quête périlleuse sur les coups de midi. Enveloppées de laine afin de pouvoir marcher sans glisser sur le sol gelé, nos rangers ne faisaient aucun bruit. Malgré nos épaisseurs de pulls, nos parkas, nos gants chauffants, dès les premiers pas dehors, nous nous sommes sentis glacés jusqu’aux os.
   Où que nos regards portaient, ruines et paysages étaient poudrés par les frimas, de givre ruisselant. L’impression serrait le cœur : tout semblait agoniser sous l’accumulation de ces suaires de diamant. Depuis l’assaillement des dernières tempêtes, au navrement sans borne qu’inspirait l’horizon, s’ajoutait la désolation dont rien ne peut donner l’idée. Partout, l’horreur et le sublime s’enchevêtraient, le grandiose et la calamité s’accordaient à ne plus faire qu’un. Seul un peintre un peu fou aurait pu prendre encore pour trace de beauté ce tragique mirage.    
   Cheminant sans parler, aveuglés par la fumée blanche que faisaient nos haleines, c’est presque insensibles que Pete et moi assistions aux derniers soupirs de notre évolution moribonde, qui n’avait pas pu, n’avait pas su, n’en déplaise à son ingéniosité, tendre vers l’excellence.
   À mesure que nous progressions en direction de nos mystérieux cerbères, l’air devenait résistant, palpable, tant il faisait mal. Le blizzard dissipé aussi soudainement qu’il était venu, plus aucun souffle ne s’agitait. L’atmosphère à présent était figée, immobile. Parachevant son inéluctable travail de démolition, elle mordait, traversait, desséchait, tuait les globules du Temps, les promesses de bourgeons, les insectes qu’on pensait increvables. Ce que les bombes, les radiations n’étaient pas parvenues à exterminer de manière chaotique, l’extrême froidure se chargeait dorénavant de le fossiliser graduellement, atome après atome. Tout paraissait devoir expirer, tout, absolument tout, comme si l’Homme et la Terre intimement liés, à égalité d’imputabilité morale de leurs actes passés, qui, sans cesse, avaient combattu la connaissance au profit de jouissances éphémères, devaient payer le prix de leur fatidique mépris spirituel. Bêtes et choses, grains et fibres, frères et sœurs fiancés du hasard, puisque séparément nous n’avions pas compris le sens sacré de la Création dans le temps qui nous était imparti, la sentence nous était tombée dessus sans préavis, laquelle se résumait à ces deux funèbres mots : tant pis !
   En vérité, nos âmes inconséquentes n’avaient su libérer leur substance d’éternité intelligible. Par conséquent, nous étions restés seuls dans les ténèbres. Poussières d’étoiles, oui ! Matière absurde, malavisée, condamnée à plus ou moins brève échéance à se laisser absorber par le premier trou noir venu. En vérité, nous n’étions rien. Il nous avait juste fallu nous anéantir les uns les autres pour le comprendre.
   Somme toute, l’Univers était vaste, les planètes innombrables, et les démiurges impatients de fabriquer à nouveau de la Vie, ici ou ailleurs, impatients d’esquisser tel ou tel autre fantasme de civilisation, frétillant d’avance de pouvoir se tromper, pour mieux tout effacer, et tout recommencer, ad vitam aeternam.
   Marchant d’un bon pas, nous sommes parvenus sur la zone agricole à la tombée de la nuit. Trop tard pour repérer notre trappe, nous avons trouvé refuge dans une grange au toit crevé. Nous avons fait un feu avec le bois pourri ramassé alentour. Puis, nous avons sorti nos hamacs et nos sacs de couchage militaire.
   Par l’éventration des combles, nous avons regardé un long moment la lune, en grillant nos deux dernières cigarettes. À son dernier quartier, elle était penchée sur le côté, toute pâle. Elle paraissait défaillante au milieu de l'espace, et si faible qu'elle ne pouvait plus s'en aller, qu'elle restait là-haut, aussi saisie que nous, paralysée par la rigueur du ciel. Elle répandait une lumière sèche et triste sur le monde, cette lueur blafarde qu'elle nous jette chaque mois, à la fin de sa résurrection.
   - Peut-être notre dernière lune, a dit Pete, juste avant de se mettre à ronfler.
   
À l’aube, c’est un cri bizarre, un cri perdu, un cri errant, qui nous a extirpé de nos rêves en sursaut. Le cri fuyant d’une bête qui nous a semblé dans son decrescendo comme un soupir de l’âme du monde. Pete et moi en avons été sidérés. L’effroi pouvait se lire sur nos visages. Et je crois bien que si nous n’avions pas été deux, l’un ou l’autre sur l’instant aurait déguerpi à toutes jambes.
   Il y eut alors un silence d’environ une minute au bout duquel l’aboi se rapprocha, se changeant en un jappement réitéré, nettement plus lugubre et angoissant. Le doute n’était pas permis : c’était un avertissement de gorge belliqueuse et dramatique qui nous signifiait que nous n’étions pas les bienvenus. 
   Ainsi, quelques chiens indomptables, débrouillards, diablement astucieux, avaient survécu aux fringales carnassières des hommes ? Par quel prodige ? Il était certain que cette résistance représentait une sorte de premier miracle post-apocalyptique.
   Le patibulaire aboiement emplit l’espace une nouvelle fois, avec le même grondement, les mêmes inflexions qu’on aurait dit métronomiques, à l’instar d’une ritournelle d’orgue de Barbarie.
   Nous avaient-ils reniflé ?
   Avaient-il ressenti notre peur ?
   Pensaient-ils que nous venions les achever pour survivre à notre tour un jour de plus, deux jours de plus, au sein de cette sompteuse déliquescence ?
   Après avoir vérifié que nos fusils de chasse étaient correctement chargés, nous avons escaladé l’échelle d’un silo à blé sur une quinzaine de mètres afin d’avoir un panorama idéal sur le champ glacé qui nous entourait. Sur une petite plate-forme en acier ajouré, j’ai sorti mes jumelles de ma sacoche, j’ai tourné la molette de réglage pour ajuster les oculaires à ma vision floue, et j’ai balayé les perspectives de droite à gauche, devant, derrière, en attendant d’apercevoir quelque chose. Disséminés sur l’étendue, se tenaient des bouquets de taillis enneigés, d’où semblait pouvoir surgir à tout instant la bête.
   Sans faire le moindre bruit, nous avons attendu de la sorte une bonne demi-heure, avant qu’elle n’apparaisse enfin plein nord, à une distance d’à peu près cinq mètres de notre perchoir. Ombre noire lancée sur la terre immaculée, elle a fait quelques zigzags qui paraissaient vagabonds, désordonnés. Puis, elle a tourné soudain sa gueule pour venir au final se poster face à nous, et toiser notre indésirable présence, en fouettant le sol de sa queue.
   Au comble de la crainte et de l’excitation, c’est avec les mains un peu tremblantes que je suis parvenu à faire le point sur elle.
   Aussi puissant que robuste, c’était un chien magnifique de type dogue du Tibet. Avant la Date, l’un de mes oncles de Baton Rouge en avait possédé un. Il m’avait dit que cette race était employée naguère par les bergers nomades de l’Himalaya. Do-Khyi était son nom tibétain, ce qui voulait dire littéralement « chien de porte », comme il était courant de les voir servir aussi de gardien traditionnel devant les monastères. Il devait bien faire dans les 180 livres, son poil était luisant et, très curieusement, il ne semblait pas du tout affamé. Comment avait-il pu résister aussi longtemps à la disette, à la pénurie de viande, aux radiations. De quoi s’était-il nourri pour subsister ? C’était là un total mystère. Était-il la sentinelle d’une immense réserve d’aliments pour chien ? Allions-nous tuer cette bête vénérable pour nous emparer, inhumainement, d’un dépôt de croquettes et de pâtées ?
   - Penses-tu qu’il est seul, m’a demandé Pete Tricketts.
   - La note avait l’air de dire qu’ils étaient plusieurs.
   - Il garde la trappe, tu crois ?
   - Oui, certainement.
   - Comment être sûr que les autres ne rappliquent pas si on abat celui-là
   - Pour être sûr d’une chose, il faut l’essayer.
   - Groupés ou séparés ?
   - Je dirais plutôt groupés. S’il en chope un, l’autre pourra toujours l’assommer à la crosse.
   - Et sinon, tendre un piège, avec un collet et une cage ?
   - Tu as vu le morceau ? Il n’est que muscles et vigueur. Il nous faudrait des barreaux en acier. Et d’abord, avec quel appât ?
   - Je ne sais pas.
   - Tu veux qu’on se coupe une main ?
   - Non.
   - Tu sembles avoir la trouille ?
   - Bien sûr, que j’ai la trouille. Tu ne l’as pas, toi ?
   - Tu veux qu’on renonce ?
   - Et toi ?
   - La question qu’on doit se poser : est-ce que notre faim mérite de refroidir cette superbe créature ? Est-ce que notre vie vaut plus que la sienne ?
   - Non !
   - Je partage ton avis !
   - Est-ce qu’il ne serait pas temps d’abandonner la lutte, Stuart ?
   - Je te propose un pile ou face !
   - Un pile ou face ?
   - Oui !
   J’ai ôté la croix en or que je portais à mon cou, laquelle avait appartenu jadis à ma femme. D’un côté, le Christ y était crucifié.  De l’autre, j’avais fait graver son prénom : Arleen. Et j’ai dit à Pete en lui montrant les deux faces :
   - Le Christ nous offre un sursis.
   - Et verso ?
   - Je rejoins Arleen et les enfants.
   - Ça marche !
   J’ai alors envoyé la croix en l’air, mais à cause de mes mains trop engourdies je n’ai pu la rattraper à temps. Elle a rebondi et glissé entre les losanges d’acier de la plate-forme pour chuter quinze mètres plus bas dans la neige.
   Le cœur battant, nous sommes redescendus à terre. Comme la croix était ensevelie, nous avons allumé notre torche et nous nous sommes accroupis, tels deux archéologues, pour la déblayer précautionneusement de sa gangue de glace. Enfin, nous l’avons retrouvée. Nous nous sommes alors dévisagé Pete et moi, avec dans le regard une joie bien amère : le Christ nous avait octroyé une remise de peine !
   À cet instant, un énième aboiement du dogue éveilla un écho sinistre dans la pénombre de l’aube. Le soleil commençait à se lever, froid et menaçant, révélant doucement sur l’étendue le brouillard qui stagnait au ras du sol, et entre les taillis épars.
   Fusil pointé en avant, d’un pas décidé, et non moins suicidaire, nous avons progressé vers la bête aux aguets qui reposait maintenant ventre à terre, les mâchoires entrouvertes, prêtes à défendre sa pitance, et plus encore sa vie. Nos index gelés reposaient sur la gâchette brûlante de froid, parés à toute attaque, déterminés à lui envoyer deux fatales salves croisées de plombs en pleine gueule, si besoin était.
   Encore une trentaine de mètres et nous serions sur elle. Nous pouvions voir à présent que son poitrail se soulevait et s’abaissait régulièrement, aurait-on dit mécaniquement. Le givre raidissait ses poils et le souffle de sa truffe, émaillée de cristaux de glace, projetait des nuages de buée dans l’air piquant. Le sens de l’odorat est extrêmement développé chez le chien. La taille de ses cavités nasales est environ trente fois plus grande que l’homme. Possédant dix fois plus de cellules olfactives et quarante fois plus de neurones consacrés à l’odorat que l’être humain, un chien est capable de distinguer plus de cinq cent mille molécules odorantes. De fait, je me demandais ce qu’il flairait le plus en nous : l’odeur malsaine de notre faim ? Ou notre muet désir d’en finir avec notre parodie d’existence ?
   À environ dix mètres de lui, nous nous sommes arrêtés, avons abaissé nos fusils de chasse, et posé sur lui, teintées de tendresse, nos plus belles prunelles pacifistes.
   - Bon chien, lui a lancé Pete d’une voix apaisante, bon chien ! Nous ne te voulons aucun mal !
   L’espace d’un frêle instant, les poils de son dos nous ont donné l’illusion qu’ils se hérissaient sobrement. Il a alors grogné un peu, mais sans trop y croire, d’une façon presque attendrissante. Ce faisant, il a penché sa gueule sur le côté et ses yeux brillants et noirs nous ont renvoyé, contre toute attente, un regard étrangement bienveillant. On dit de certains hommes qu’ils ont du chien mais, on ne pu le jurer, il nous sembla que notre dogue avait de l’homme au fond de l’oeil. Sa queue fouettait toujours  le sol givré, ou plutôt le caressait, comme s’il n’était pas rétif à faire connaissance.
   - Voici Stuart ! Et moi, je m’appelle Pete, a continué mon ami en s’avançant posément vers lui, en marchant sur des oeufs. Tu ne te rappelles plus, mais tu as été un tout petit chiot autrefois. Et nous aussi, nous avons été des enfants qui adorions les chiens. Ceux qui ne tuent pas les bêtes étant petits, ne les tueront pas davantage en devenant grand. Tu me comprends, le chien ?



« Modifié: 13 Janvier 2018 à 08:33:22 par kokox »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
« Réponse #25 le: 21 Décembre 2017 à 20:59:00 »
Du grand kokox !!

Je me suis complètement laissé happer par l'intrigue, c'était un grand moment de lecture.

Alors là, tu touches quelque chose, c'est vraiment très bien mené.

Une chose peut-être m'a manqué dans le dialogue, cela aurait été un quelque chose qui retranscrive plus l'émotion des personnages qu'un simple "Tu sembles avoir la trouille", je pense que j'aurais mieux aimé trouver l'état intérieur de tes personnages dans les mots qu'ils emploient.

Eh ! Cher ami, j'attends la suite avec impatience !!

Hors ligne kokox

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
« Réponse #26 le: 21 Décembre 2017 à 21:35:04 »
Salut Alan, :)

Voici un encouragement de plus qui fait chaud au coeur et m'aidera certainement à parachever cette nouvelle en faisant fi de mon surmenage, voire de mon alanguissement. Cette année 2017 fut en effet pour moi très chargée en écriture, et je ne te cache pas que je la termine un tantinet sur les rotules, tant au niveau de l'énergie que de l'inspiration.
J'ai bien entendu ce que m'avais dit sur le dialogue entre Stuart et Pete qui te semblait peut-être un peu trop banalisé. Cependant, le texte étant déjà assez chargé en digressions métaphysiques et autres parabases, plus inhérentes à mes propres visions du moment, je ne voulais pas trop en rajouter dans l'échange entre les protagonistes, lesquels, je te le rappelle, sont aussi pétrifiés par le froid que par la peur lorsqu'ils abordent cette petite conversation. Tout autant si tu as des exemples d'idées inspirantes, un rien plus profondes, c'est avec grand plaisir que je les étudierai, à ce titre que je suis grand consommateur des critiques des piliers du MDE afin d'améliorer mes textes.

Bien à toi !

« Modifié: 21 Décembre 2017 à 21:37:44 par kokox »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
« Réponse #27 le: 21 Décembre 2017 à 22:04:30 »
 :\? Mmh... Oui, le dialogue...

Tes personnages font de temps en temps de l'humour (je ne sais plus lequel des deux fait preuve d'un grand cynisme si je ne m'abuse), peut-être qu'une mauvaise blague de l'un et un "Arrête, c'est pas le moment de rigoler" de l'autre, à l'instant de l'action, nous ferait penser qu'il y a une rupture dans leur état d'âme.

Remarque, ma proposition n'est pas forcément la mieux adaptée, c'est un obstacle que je ne saurais surmonter.

Milla

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
« Réponse #28 le: 21 Décembre 2017 à 22:59:56 »
Yop,

partie 3 donc !
Citer
Où que nos regards portaient, ruines et paysages étaient poudrés par les frimas, de givre ruisselant
tu m'as appris un mot  ^^

Citer
L’impression serrait le cœur : tout semblait agonir sous l’accumulation de ces suaires de diamant.
je pense que tu veux dire "agoniser" (être à l'agonie) et non agonir (Agonir quelqu'un d'injures, de sottises, l'en accabler. (dit le larousse))

Citer
Le blizzard reparti aussi soudainement qu’il était venu, plus aucun souffle ne s’agitait.
repartit

Citer
L’atmosphère à présent était figé, immobile.
figée

Citer
  Notre bonne vieille Terre se mourrait.
mourait (sauf si tu veux vraiment un conditionnel ?)

Citer
   Par l’éventration des combles, nous avons regardé un long moment la lune,
Lune

Citer
  - Peut-être notre dernière lune, a dit Pete, juste avant de se mettre à ronfler.
   À l’aube, c’est un cri bizarre, un cri perdu, un cri errant,
c'est du détail, mais un saut de ligne entre les deux serait pas mal je trouve.

Citer
Le cri fuyant d’une bête qui nous a semblé dans son decrescendo comme un soupir de l’âme du monde. Pete et moi en avons été sidérés. L’effroi pouvait se lire sur nos visages. Et je crois bien que si nous n’avions pas été deux, l’un ou l’autre sur l’instant aurait fui à toutes jambes.
répétition

Citer
   Ainsi, quelques chiens indomptables, débrouillards, diablement astucieux, avaient survécu aux fringales carnassières des hommes ? Par quel prodige ? Il était certain que cette résistance représentait une sorte de premier miracle post-apocalyptique.
cool, ça peut leur faire de la bouffe en plus  :mrgreen: (pardon)

Citer
   Après avoir vérifié que nos fusils de chasse étaient correctement chargés, nous avons escaladé l’échelle d’un silo à blé sur une quinzaine de mètres afin d’avoir un panorama idéal sur le vaste champ glacé qui nous entourait.
inutile et alourdissant pour rien je trouve. Parler de champ ça nous donne déjà l'impression du vaste, et tu as déjà pas mal d'adjectifs.

Citer
j’ai sorti mes jumelles de ma sacoche, j’ai tourné sa molette de réglage pour ajuster ses oculaires à ma vision floue,
leur ou la/les, mais jumelles est pluriel

Citer
Disséminés sur l’étendue, se tenaient des bouquets de taillis enneigés, d’où semblait pouvoir se terrer et surgir à tout instant la bête.
hmmm pas fluide. parce qu'on attend "où" pour "se terrer" et "d'où" pour "surgir". Peut-être à reformuler...

Citer
Au comble de la crainte et de l’excitation, c’est avec les mains un peu tremblantes que je suis parvenu à faire le point sur elle.
   Aussi puissant que robuste, c’était un chien magnifique de type dogue du Tibet.
tu reprends la même structure de phrase (une proposition sans verbe qui donne une précision sur la suite, virgule, puis sujet verbe) et je trouve que ça saccade à la lecture (la suivante aussi enchaine sur d’abord une propo sans verbe avant le sujet verbe)

Citer
   J’ai alors envoyé la croix en l’air, mais à cause de mes mains trop engourdies je n’ai pu la rattraper à temps. Elle a rebondi et glissé entre les losanges d’acier de la plate-forme pour chuter quinze mètres plus bas dans la neige.
:D  boulet

**

hop là, tout lu !
c'est pas cool de nous laisser là, ce suspense XD le chien va-t-il devenir leur fidèle allié, ou le manger tout crus ??? :aah:
Sur cette partie, je pense que tu as des longueurs sur le début, quand tu digresses sur le monde post apo. C'est pas inintéressant, mais y a quelques trucs pas mal déjà vu/entendu que tu pourrais passer plus vite, et des fois ça va un peu trop vers le jugement moral alors que ça se fait tout seul avec + de finesse si tu en restes à des constats neutres, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ?
Sinon c'est toujours chouette. À bientôt pour la suite !

Milla

EDIT : rapport à ce que dit Alan, moi je trouve que le ton des persos est fidèle à eux même et que ça colle bien.
« Modifié: 21 Décembre 2017 à 23:04:22 par Milla »

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
« Réponse #29 le: 21 Décembre 2017 à 23:25:36 »
Un nouveau grand merci à toi, chère Milla, pour tes pertinentes corrections et autres propositions d'amélioration que je vais corriger tempo, presto.
Je ne veux pas faire ma pleurnicheuse, mais j'ai toute la structure (prologue et chute) dans la tête depuis un mois au moins, et j'ai un mal de "chien" à la coucher sur papier, d'où mes excuses aux lecteurs d'être si limace à pondre la fin !  :)
5 plombes en moyenne sur une page (j'en suis à une vingtaine - Police Georgia - Taille 16). Il est grand temps pour moi que cette année 2017 se termine !  :)

Bien à toi !
« Modifié: 21 Décembre 2017 à 23:38:51 par kokox »

 


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