Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

29 novembre 2020 à 12:05:20
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)

Auteur Sujet: Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)  (Lu 1412 fois)

Hors ligne Chapart

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 707
Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)
« le: 19 octobre 2017 à 22:01:49 »
- Oh, je m'en souviens bien, de la petite Claudine ! Tu avais menti sur ton âge.

- Que dis-tu donc ! Jamais je n'aurais fait une chose pareille.

- Mais si souviens-toi, alors qu'elle venait d'emménager au village dans cet immeuble, cette espèce de verrue qu'ils venaient de construire entre les trois fermes, celle des Golliard, celle du maire et celle de la mère Jolliac, et que tu allais leur porter le lait, elle avait engagé la conversation avec toi et t'avait demandé ton âge. Je crois qu'elle t'avait demandé un coup de main pour déplacer une étagère, et tout timide que tu étais tu n'avais pas osé lui parler ! C'est elle qui avait pris les devant.

- Tout ça est très flou, il me semble que tu deviens gâteux !

Les deux mains sur sa canne, il observe la fenêtre d'un air agacé. Même s'il s'agit du seul carré de lumière dans la pièce plongée dans la pénombre, il se trouve pourtant bien généreux d'offrir à la lumière du jour une telle opportunité de venir l'accabler. Il n'aime pas ce qui se passe dans la rue. Il a bien suspendu ce rideau crocheté à la main, dont les années ont remplacé le blanc d'origine par quelque chose d'aussi crasseux que le gris qui stagne dans la pièce, mais malgré cela, le jour de parvient tout de même à venir l'oppresser une heure ou deux tous les jours.

- Je me rappelle l'avoir aidée à déplacer cette étagère, c'est vrai.

- Oui ! Et lorsqu'elle t'avait demandé si tu avais le même âge qu'elle, tu lui avais répondu que ça, ça dépendait de son âge. Le petit malin !

- Arrête, je crois que tu confonds. Tu dois confondre avec quelqu'un d'autre. C'était sans doute le Jeannot qui faisait ça ! Oui, je vois bien le Jeannot raconter une histoire pareille.

- Mais non, je te vois encore, tu n'as pas osé lui dire que tu avais trente-quatre ans quand elle t'a dit qu'elle en avait vingt. Tu savais bien que jamais elle ne voudrait faire des choses avec un vieux comme toi et...

Il se tait. Un silence laisse le bruit de la vieille horloge transpercer l'odeur de la pièce, cette odeur de vieux qu'il ne remarque même plus.

- La petite Claudine, elle était quand même bien jolie !

- Oui, mais elle n'avait pas été dupe de ton petit cinéma. Vingt-quatre ans ! Tu lui avais dit que tu avais vingt-quatre ans. Si c'est pas drôle ! Elles venaient habiter au village, très vite tout le monde les connaîtrait, et toi tout naïf que tu étais, tu croyais qu'elle allait gober ça la Claudine !

- Tu deviens gâteux, la petite Claudine elle m'a toujours fait confiance et dès la première fois que je l'ai vue, j'ai su qu'il ne fallait pas jouer avec elle. Tu confonds avec Hortense ! C'était à Hortense que j'ai menti sur mon âge. Claudine, je l'ai bien aidée à déplacer cette étagère, et j'ai essayé plusieurs fois de l'inviter à faire une promenade avec moi dans la campagne, mais très vite elle a fréquenté ce...

- Attends Hortense, c'était laquelle déjà. La petite Parisienne qui rendait visite à sa grand-mère chaque été ?

Il se lève pour regagner la fenêtre. Trois jeunes discutent dans la rue. Comme l'appartement se situe au rez-de-chaussée et que la rue légèrement en pente arrive au niveau de la fenêtre, on ne voit que leurs jeans. La discussion résonne dans la petite pièce.

- Je vais faire installer une vitre ! Samedi matin, j'ai retrouvé deux verres de bière sur le rebord de la fenêtre. Les jeunes, et l'alcool !

- Oh mais tu te rappelles de ce qu'on buvait quand on était jeunes ? La bière, on n'en avait pas, mais on se rattrapait autrement ! La gourde d'eau-de-vie, quand on allait aux champs. On avait toujours une gourde d'eau-de-vie sur nous. On prenait une gorgée par-ci, une autre par-là, on commençait tôt le matin. Sur une journée ce devaient être bien dix, vingt gorgées de gnôle qu'on sifflait.

- Vingt gorgées de gnôle ? Non, ça ne devait pas être autant. Je me souviens bien avoir embarqué une gourde une fois ou l'autre en disait à Papa qu'elle était remplie d'eau, mais... Et puis, j'ai arrêté de boire de l'alcool en 69 ! Aujourd'hui, tu vois des gens de tous âges alcoolisés à toutes les terrasses de Paris. Tiens, l'autre matin, en sortant acheter du café, voilà que j'ai croisé un homme ivre qui descendait la rue Lacépède, juste là dehors, à dix heures du matin.

- Ils ne sont pas tous comme ça, n'exagère pas.

Les jeunes s'en vont. Il regarde rapidement la petite partie de la rue que la fenêtre laisse entrevoir. Une femme sort de la laverie, en face. Il retourne s'asseoir péniblement.

- Hortense, n'empêche qu'avec la petite Hortense, j'en ai fait des choses !

- Oui, mais tu avais aussi un peu triché sur ton âge. Tu disais toujours qu'il y a trois choses sur lesquelles tu n'avais aucun scrupule à mentir. Ton âge, ton nom, et ton grade à l'armée.

- Je n'ai jamais menti sur mon nom. Ni sur mon grade à l'armée. Enfin, je ne m'en souviens pas. 

- La petite Hortense, tu lui avais fait croire que tu étais caporal. Et puis... à moins que ce ne soit Claudine aussi. Ou peut-être que je me trompe, peut-être que tu as raison, j'ai tout inventé, je ne sais plus si tu as vraiment menti et...

- Peu importe, un petit mensonge pour la bonne cause, ça n'a jamais tué personne ! La petite Hortense, j'aimais lui raconter les exercices que je faisais au service militaire lorsqu'on m'avait envoyé en Corse, et je veux bien admettre qu'une ou deux fois j'ai un peu romancé l'histoire. Ah, les heures qu'on a passées à l'orée de la forêt, à conter fleurette. C'était pénible de la voir partir pour une année à la fin de l'été et...

La sonnerie le fait sursauter. Plus grand chose ne le fait sursauter. Mais la sonnerie, si. Oh, avec les années il n'entend plus si bien, ce n'est pas tant le bruit strident qui le perturbe, mais plutôt la surprise que cela provoque lorsque, une, deux fois par mois au maximum, quelqu'un sonne, quelqu'un entre comme par effraction dans sa caverne. Surtout qu'aujourd'hui, il n'attend personne. Mis à part l'infirmière, Jean, et Thomas, jamais personne n'entre dans cet appartement. Il leur a d'ailleurs bien fait comprendre à tous les trois qu'il n'aimait pas les visites à l'improviste, ça lui rappelle trop de mauvais souvenirs ! Qui se permet donc d'outrepasser cette règle sur laquelle il pensait avoir été clair ?

Il s'approche de la porte, dépose sa main tremblotante sur le bouton de l'interphone.

- Thomas.

Il lâche le bouton, puis appuie une nouvelle fois dessus.

- Ah, Thomas ! Entre donc !

Il ouvre la porte de l'appartement et attend, le jeune homme n'ayant que quelques mètres à franchir depuis la porte de l'immeuble pour se retrouver face à lui. Sec et droit, souriant, il lui sert la main.

- Bonjour, Marc ! J'ai fait l'aller et retour de Lyon aujourd'hui parce qu'il y avait un cours au Collège de France qui m'intéressait. J'ai pensé que ça vous ferait plaisir que je passe ! Je vous ai apporté quelques livres qui pourraient vous intéresser.

- Entrez donc, jeune homme !

Il se retourne et s'apprête à regagner le salon. Mais le jeune homme reste sur le pas de la porte.

- Non, j'ai entendu que vous n'étiez pas tout seul, je n'aimerais pas vous déranger, d'autant que je n'ai pas beaucoup de temps. 

- Que je n'étais pas tout seul ? Demande-t-il en fronçant les sourcils.

- Oui, il m'a semblé vous entendre parler depuis l'extérieur. Vous parliez d'une Hortense, je crois...

L'air méfiant et mal à l'aise qui s'était insinué sur le visage du vieux suite au sursaut de la sonnerie disparaît subitement pour laisser place à un sourire comme il n'en a pas esquissé depuis plusieurs semaines.

- Tu sais, Thomas, à mon âge, parler de temps en temps tout seul, ce n'est plus si grave !
« Modifié: 19 octobre 2017 à 22:38:38 par Chapart »

Hors ligne elodie janssens

  • Prophète
  • Messages: 646
  • Barbouilleuse de papiers
Re : Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)
« Réponse #1 le: 19 octobre 2017 à 22:17:16 »
cette espèce de verrue
 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

- Je n'ai jamais menti sur mon nom. Ni sur mon grade à l'armée. Enfin, je ne m'en souviens pas. 
je ris !!!

 le jeune homme n'ayant que quelques mètres à franchir depuis la porte de l'immeuble pour de retrouver face à lui.
se retrouver

je n'ai pas vu venir la chute. excellent ! merci d'avoir participé, en tout cas. je suis bien contente d'avoir lu ton texte, il est très drôle
 ;)

Hors ligne Chapart

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 707
Re : Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)
« Réponse #2 le: 19 octobre 2017 à 22:18:17 »
Merci à toi ! c'était fun  :mrgreen: :mrgreen:

Hors ligne Pieublow

  • Plumelette
  • Messages: 17
Re : Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)
« Réponse #3 le: 19 octobre 2017 à 22:23:45 »

Ah la fameuse Claudine  ;)

Eh bien, vous avez placé la barre haute.

J'espère être à la hauteur et bravo pour ton récit.

P.S désolé d'avoir publié deux fois mon histoires je comprenais pas trop comment ça fonctionnait.

Hors ligne elodie janssens

  • Prophète
  • Messages: 646
  • Barbouilleuse de papiers
Re : Re : Les monologues du menteur (défi tic-tac 19/10/2017)
« Réponse #4 le: 19 octobre 2017 à 22:31:17 »
J'espère être à la hauteur et bravo pour ton récit.
mais oui mais oui !

P.S désolé d'avoir publié deux fois mon histoires je comprenais pas trop comment ça fonctionnait.
mais non mais non !

 :-¬? allez bonne nuit les gars. faudra qu'on remette ça ;)

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.025 secondes avec 23 requêtes.