Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » De la mémoire

Auteur Sujet: De la mémoire  (Lu 2660 fois)

Hors ligne Nacas

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De la mémoire
« le: 05 Octobre 2017 à 23:23:49 »
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   En dressant un doigt au-dessus de ma tête, et en me saisissant du micro de l’autre, je prononçai ces paroles. Ces quelques volées de paroles que d’autres avaient dû dire avant moi, que d’autres, meilleurs que moi, plus fins que moi, avaient dû prononcer ici, où je me tiens là, avec plus de cœur que moi. Je prononçais ces paroles et mes yeux coulaient, de rage, de fierté, de larmes. Mes yeux coulaient, et mes lunettes glissaient sur de la sueur fraîche. Je ne voyais plus, mais j’étais trop empli, trop empli ; trop submergé de moi-même, de rage, et de pleurs, pour savoir l’importance que cela revêtait. Je n’entendis plus. Je dressai mon doigt.

Je dressais mon index et mon bras le porta vers l’audience. Je ressenti de la chaleur, une grande chaleur, et mes vêtements devinrent humides. Ça y était, j’y étais : je flambais. Et le monde se réchauffait et je ne le voyais plus. Et le monde se brisait et je ne l’entendais plus. Mes bras tremblaient, et ils ne me servaient plus. Je parlais. Je parlais et ma voix gonflait. Je parlais et ma voix enflait, de rage, de fierté ; et de pleurs, effrénés. Je parlais, et mes paroles étaient la flamme du monde, et le calcinaient. Ma gorge tremblait. Mes mots coulaient. De lave.

Mes lunettes glissèrent en fuite, tombèrent, et j’oubliai ces paroles. Lorsque je m’éveillai j’étais nu comme un ver, et je regardais l’intérieur d’une petite pièce. Mes épaules étaient ramenées ; un de mes pieds pointait le lit, l’autre se tournait vers la porte, et mes deux genoux étaient au sol. Le lit était fait, et il avait semblé m’attendre. La porte était fermée, et de cela naissait une immense sécurité. Régnait le sombre, dans une lueur inégale, disparate.
Vivait le silence, dans une chambre scellée. Que rien ne pouvait briser.
Je m’étais tu.
   J’étais resté longtemps à genoux, ce soir-là. Longtemps ; j’avais regardé les draps immobiles, interdit. J’avais laissé la porte fermée ; comme un éclat d’apathie, réfléchi dans les paupières.


   Je devais me réveiller le lendemain matin ; prenant mon appui sur le lit je me levai, j’allais à la fenêtre et je l’ouvris. Je regardais dehors, et ce que je voyais créa comme un étrange vide en mon cœur. Je n’arrivai à me souvenir, je ne me rappelai aucune chose. Aucun paysage de mes jours ne décrivit ces maisons, cette rue et ce carrefour, ces pavés de pierre qui paraissaient encore si blancs à l’orée de la nuit.
Quelqu’un me salua.

« Bonjour. »

Il était plus grand que moi, il me regardait, il avait encore l’air jeune, pourtant, il me regardait comme un vieil ancêtre et je me sentis un petit peu gêné, dans ses yeux pâles. Il les ferma, il sourit ; ses cheveux, châtains, tiraient vers le blond, et retombaient en longues mèches sous son front. J’eus envie de fermer mes yeux à mon tour, mais je ne pus sourire ; je ne pus que les rouvrir, le regarder, confus, et lui demander :

« Où sommes-nous ?
– Tout dépend : je suis sur mon lit, tu es à ma fenêtre, choisis. Généralement, je suis chez moi. Et maintenant toi aussi.
– …Pourquoi ? »
Un temps, puis :

« Cela en revanche, c’est toi qui me montreras. Tu devrais te dépêcher de trouver de nouveaux vêtements : aujourd’hui, je m’en vais. »

   Et avant même de remarquer ma nudité je me mis à chercher un habit, j’ouvrai un grand meuble. Il y en avait de toutes les tailles, des costumes, de tous les genres, alignés sur des cintres, bigarrés, grotesques, hautains, délicieusement chaleureux, serviables ; ils attendaient tous patiemment je choisisse l’un. Par leur foule, ou par le regard que je pressentis sur mon dos, je me sentis pressé. Je passai précipitamment ma main dans un tissu, sans réfléchir, tout un bras, qui le tirait vers moi. Je l’enfilai en entier dans une hâte étourdie, plongeai mes membres dans le noir resserré en fermant les yeux, boutonnai les petits boutons durs et froids avec application, opprimé.
J’eus fini et je retins un soupir d’angoisse et de soulagement mêlés.
Il parut satisfait.

« Bien ! Je me présente : Gerron. Si tu le souhaites, tu n’as qu’à m’accompagner. »

Et sa voix vibra dans ma poitrine. Je me sentis bien. Pour la première fois, peut-être pour la première fois, ce matin je me sentis à ma place. Je suivis l’homme, lui emboîtai le pas et une satisfaction diffuse m’envahissait, sur la peau, à travers le tissu serré, les fibres, des veines, par capillarité.


   Je le suivis, nous descendîmes un escalier étroit en colimaçon, et nous débouchâmes sur une place. Une cour immense, toute ouverte vers le ciel, comme un gigantesque creuset, dont les pierres des façades, la blancheur des pavés, me comprimaient au sol ; droits, impitoyables. J’étais intimidé. De longues arches perçaient les murs en leur centre comme de gigantesques trous de souricières démesurées qu’une foule de carrioles, d’enfants, d’adultes, de marchands et de bêtes de trait traversaient. Des gens criaient, tous à la fois, l’un d’abord puis les autres s’alliaient pour crier encore plus fort, et tout ce monde se mélangeait dans un brouhaha énorme, qui résonnait dans la place… Je crois que c’était une grande fête qui se déroulait là ; cela m’échappait, je ne parvenais pas à comprendre comment tant de gens pouvaient exister, et tous se réunir au même endroit, coexister. J’appris que c’était le marché permanent de Mane. Mane, la capitale du pays. Soudain j’eus comme des poings sur le cœur. J’étais pétri d’une pression supplémentaire, je serrai les mâchoires, compulsivement, j’étais pris d’une grande honte. J’étais perdu, je bredouillais, et je ne voulus surtout pas que quiconque ne puisse remarquer mon accent rustre. Je me retrouvais à « Mane », je ne savais comment, et toute la foule me terrifiait. Mane, écrit sur le fronton d’une mairie.

Gerron ressorti, derrière moi, d’une petite écurie. Il s’amusa de me surprendre et il me tendit un animal. Il me le présenta il était petit, sourit, pencha le visage et il vint à moi. C’était une situation irréelle, une immense bête me regardait, une explosion de si longs poils fauves dont le bout de la noblesse m’arrivait en-dessous de la tête, d’un regard barbare si digne, qu’on racontait exister dans ces plaines ces montagnes, ces forêts, au Nord-Est. Je me sentis écrasé. Il me dit de grimper dessus, mais ni selle ni étriers. En fait, leur seule pensée aurait été si curieuse, si incongrue, si impossible sur la fourrure farouche, hérissée, que je ne sus plus un instant, ce que je pensais. Ses doigts remuèrent – comme s’ils raclaient leur paume, – il m’intima de la chevaucher. Alors j’écartai les bras, je projetai ma jambe au-dessus de son échine ramassée. Je me cramponnai des deux coudes du mieux que je pus à sa vigueur, j’avais peur, je craignais qu’il se retourne, et de ses si larges griffes, il aurait bien pu de décharner. Je crus tomber, dans un réflexe j’agrippai à pleines mains deux touffes de poils. J’étais couché contre son corps. Immobile, fermant les yeux, la tête enfoncée dans un creux entre ses oreilles. Comme si cela aurait pu l’arrêter ; je me voyais déjà mort, dévoré.

Il se reprit encore une fois, pour se stabiliser, puis je ressentis chacune de ses secousses. À plat ventre, je n’osai plus bouger. Son cou sentait le sang, la mort, la bestialité.

Il fallut que Gerron se mette en route ; il s’avança, il s’éloigna de moi. Je le vis s’enfuir en fuite au travers de la toison, et sa bête encore plus digne qui le suivait, qui s’enfonçait dans la masse grouillante… S’il était le sien, je n’en savais rien, il flottait autour de lui cette impression étrange, qu’il aurait pu tout emprunter. Tout apprivoiser. Mais lorsque je les vis partir, côtes-à-côtes, en rythme ; lorsque je n’eus plus entendu qu’un seul pas, lorsque la patte et la plante, qui frappaient le sol se confondirent, ne firent plus qu’un seul son, je crus comprendre quelque chose.
Je compris deux choses.

Ce jour-là, je ne pus me rappeler de ce que je compris. Je me souvins avec précision de la pointe ; la pointe du pieu de l’anxiété qui avait empalé mes entrailles face à ce dos qui me quittait qui m’échappait qui s’éloignait et qui s’embuait dans le flou de mon cœur en œil en fur et en mesure qu’il emportait ses cheveux si loin, si loin, si loin de tout. Je me souviens de la pointe, c’était une douleur panique. Une souffrance subite, instinctive, qui empala ma poitrine. J’eus un mouvement d’épouvante : s’il s’éloignait, comment aurais-je pu le protéger ? Comment aurais-je pu le suivre le défendre le lover contre ma poitrine à quoi, aurais-je pu plus jamais servir ? Je m’agitai et je me relevai brusquement. Je cognai des deux pieds des cuisses des jambes les deux flancs de l’animal. La monture, indulgente, compréhensive et complaisante, puissante, dressée et agile, me ramena tout aussi naturellement à la hauteur de son compagnon.

Je faillis pleurer de soulagement, remercier la terre, les cieux, me déverser en remerciements muets, au hurledent qui me portait, au destin qui l’avait fait m’écouter, mais je ne fis rien. Je cherchai un soupir en moi, long, mesuré. Qui ne s’épanouit pas dans l’air frais de la matinée.

Il se retourna. Il enfourcha le crin. Il se pencha. Il murmura. J’aurais pu sourire.
Du dédain.
« Modifié: 25 Juillet 2018 à 04:52:10 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Nocte

  • Invité
Re : De la mémoire
« Réponse #1 le: 05 Octobre 2017 à 23:52:52 »
Les manga c'est bien, les light novel c'est mieux, les visual novel c'est eeeeeencore miiiiiiieux !!!!*


   Et en dressant un doigt au-dessus de ma tête, et en me saisissant de la carafe de l’autre, quelque chose se déchirait et je prononçai ces paroles. Ces quelques volées de mots que d’autres avaient dû dire avant moi, que d’autres, meilleurs que moi, plus fins que moi, avaient dû prononcer ici, où je me tenais là, avec plus de cœur que moi. Je prononçais ces paroles et mes yeux coulaient, de fierté, de fièvre. Mon visage coulait, et mes lunettes glissaient sur de la sueur fraîche. Je ne me voyais plus, mais j’étais trop empli, trop empli ; trop submergé de moi-même, de rage, et de pleurs, pour savoir l’importance que cela revêtait. Je n’entendis plus. Je dressai mon doigt. Je dressais mon index et mon bras le porta vers l’audience. Je ressenti la chaleur, et mes vêtements devinrent humides. Ça y était, j’y étais : je flambais. Et le monde se réchauffait et je ne le voyais plus. Le monde pouvait se briser mais je ne l’entendais plus. Mes bras tremblaient, ils ne servaient plus. Je parlais. Je parlais et ma voix gonflait. Je parlais et ma voix enflait, de douleur, effrénée, de plainte, éperdue. Je parlais, et mes paroles étaient la flamme du monde, et elles le rôtissaient. Ma gorge tremblait. Mes mots s’écoulaient, de lave.
C'est bien construit, franchement. On comprend peu à peu ce qui se passe, et de l'incompréhension qui suinte des premières phrases on passe à de l'effroi en mode "ah merde ok".

Mes lunettes glissèrent en fuite, glissèrent, et j’oubliai ces paroles. Lorsque je m’éveillai j’étais nu comme un ver, et je regardais l’intérieur d’une petite pièce. Mes épaules étaient ramenées ; un de mes pieds pointait le lit, l’autre se tournait vers la porte, et mes deux genoux étaient au sol. Le lit était fait, et il avait semblé m’attendre. La porte était fermée, et ainsi naissait comme une immense sécurité. Régnait le sombre, dans une lueur inégale, disparate.
Vivait le silence, dans une chambre scellée.
Le rythme est irréprochable ET au service de l'atmosphère.
Généralement avec tes textes je me plains de l'hermétisme couard et factice mais là c'est top, yep.

   Je devais me réveiller le lendemain matin ; prenant mon appui sur le lit je me levai, j’allais à la fenêtre et je l’ouvris. Je regardais dehors, et ce que je voyais créait comme un étrange vide en mon cœur. Je n’arrivai à me souvenir, je ne me rappelai d’aucune chose. Aucun paysage de mes jours ne décrivit ces maisons, cette rue et ce carrefour, ces pavés de pierre qui paraissaient encore si blancs à l’orée de la nuit.
Quelqu'un me salua.
Pourquoi "je devais me réveiller" et pas "je me réveillais" ?

   Et sans que je ne susse pourquoi je me mis à chercher un habit, je remarquai que j’étais nu et j’ouvrai un grand meuble.
Susse ? Meh...


Le reste est chouette, juste ce qu'il faut. Du coup si j'ai bien compris le narrateur en suivant Gerron quitte la sécurité de sa chambre (dans un coin paumé du pays ?) et se retrouve à Mane la capitale. C'est ça ?






* avis personnel complètement subjectif non remboursable et non échangeable et non modifiable et cela dans aucun magasin de notre chaîne même celui planqué sur Jupiter. Wesh.

Hors ligne vinksdarkso

  • Troubadour
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  • Porte un masque pour mieux s'exhiber l'âme
    • Les chroniques d'Evkins Darkso
Re : De la mémoire
« Réponse #2 le: 06 Octobre 2017 à 10:34:11 »
Salut Nacas,

Alors honnêtement je n'ai rien pigé à l'histoire, j'ai failli détester mais j'ai adoré. Je viens de critiquer un autre texte dont la forme était trop hermétique pour saisir le fond, et j'aurais pu détester ton texte si la forme n'était pas si soignée. Il y'a suffisamment de choses compréhensibles sur le fond pour en apprécier la forme, sans qu'on puisse totalement saisir l’intérêt ou le sens profond de l'histoire. J'ai trouvé ça très abstrait, à l'image d'un rêve, suffisamment pour trouver ça beau. Le vocabulaire, la mélodie et la syntaxe m'ont suffit. Peut être que ça parle d'une rupture, peut être d'un rêve, peut être de totalement autre chose, qu'importe...

Bravo à toi parce que c'est pas évident de faire aimer un texte à quelqu'un qui ne pige pas grand chose à ce que tu veux dire, ça m'est arrivé sur quelques œuvres d'art contemporain, quelques films, des chansons souvent, plus rarement sur des textes... Va pour une suite mais compte pas sur moi pour te promettre quoi que ce soit ^-
« Modifié: 06 Octobre 2017 à 10:41:30 par vinksdarkso »
"La fiction, c’est la part de vérité qu’il existe en chaque mensonge." Stephen King

Hors ligne Nacas

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  • Dragon d'encre
Re : De la mémoire
« Réponse #3 le: 08 Octobre 2017 à 08:35:55 »
Hahahaha ! WEG !

Je t'ai toujours apprécié, mais j'admets que je n'aurais pas juré qu'on s'entende un jour ! 'w'

Citer
Pourquoi "je devais me réveiller" et pas "je me réveillais" ?
C'est un peu subtil, et pour le moment ce n'est pas assez clair, mais ce 'devait' est assez important pour moi.
Le susse, par contre, il n'est qu'un reliquat du couard factice ; il s'est glissé tard, et je m'assure qu'il repart tôt.

Ton explication n'est qu'à-demi précise, mais ce n'est certainement pas dans un espace commentaire que je m'appliquerai à expliciter tout ça ! C'est un pilote, il faut bien quelques interrogations, j'imagine.

Tu me fais sincèrement plaisir, WEG.
C'est toi qui est chouette.



Vinks, enchanté ! Heureux de te rencontrer ici pour la première fois, cela est chouette, aussi.

Je n'ai pas grand chose à ajouter, les compliments sont dangereux, tu le sais, alors je prends toutes mes précautions pour les manipuler.
Je te remercie. Merci à toi.

Bien sûr, une suite ne suivra pas comme ça, et même : si l'on tarde trop longtemps elle ne suivra plus jamais, elle se sera dérobée.



Haha à nouveau ! Moi qui pensais vouloir la lecture du Kox ou du Kett, je me trouve candidement honoré de la vôtre.

Mais j'aime cela.
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Nexwall

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Re : De la mémoire - pilote
« Réponse #4 le: 17 Octobre 2017 à 14:21:40 »
Citer
et si vous le voulez bien, alors seulement j'écrirai.

On oublie les conditionnels ?

Salut Nacas !

Citer
Je ressenti la chaleur

C'est un mépris envers les 's' que tu composes ?

Citer
Lorsque je m’éveillai j’étais nu comme un ver,

La succession des verbes me gêne à l'écrit, force m'est d'admettre.

Citer
prenant mon appui sur le lit je me levai, j’allais à la fenêtre et je l’ouvris

J'aime bien factoriser les sujets pour éviter les répétitions, j'l'aurais fait ici.

Citer
Il était plus grand que moi, il me regardait, il avait encore l’air jeune, pourtant, il me regardait

Pareil. ' il me regardait' se veut (je crois) particulier et insistant, comme ce 'il' est utilisé partout, pour moi, il perd sa force et ce caractère particulier.
'Il était plus grand que moi et me regardait, avait l'air jeune, pourtant, il me regardait. ' (Gageons que le fait qu'être jeune ait une incidence sur le regard des gens, aussi, sinon je n'ai pas du tout compris cette phrase.)

Citer
Et sans que je ne sus pourquoi

Susse*
Remercions la langue française.

Citer
et j’ouvrai un grand meuble.

Ouvrais*
Décidément, dans ce texte, je trouve tes répétitions de sujets dommageables car omniprésentes.

Citer
ma main dans un tissu, et sans réfléchir le tirai vers moi.

J'aurais mis : "ma main dans un tissu et, sans réfléchir, le tirai vers moi."

Citer
Je le suivis, il descendit un escalier étroit en colimaçon,

Pour moi, la ponctuation ne convient pas.

Citer
toute ouverte

Tout* (car voyelle derrière)

Citer
e de carioles

Carrioles*

Citer
Gerron ressorti,

Ressortit*

Citer
Je cru tomber

Crus*

Citer
« Ne meurs pas, et je vivrai sans cesse. »

Vivrais*


Si tout tes textes me sont plus ou moins inaccessibles, celui-ci me gêne sur le style. Tu as toujours de bon mots, mais es pris d'une fièvre compulsif de vouloir nous faire vivre à travers ton personnage, de pleuvoir des sujets et d'user à l'abondance de leur insistance. Pour moi, dans ce texte, c'est à son détriment, et c'est dommage.
"Le futur aussi. Le futur arrive sans cesse. Il est là sinueux, plein de possibilités et pourtant si limité ! Le présent le déstructure, le détruit petit à petit, puis il l’avale et le recrache en passé. "

N'hésitez pas !
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36823.msg584100#msg584100

Hors ligne Nacas

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  • Dragon d'encre
Re : De la mémoire - pilote
« Réponse #5 le: 19 Octobre 2017 à 20:14:57 »
Nexwall !

Hahah ! Je ne pensais pas plaire à WEG, et je suis tout juste surpris que cela ne te plaise pas !
Comme quoi, y'a parfois des trucs qui se retournent.

Il est qu'on a déjà un peu discuté en MP (comme de sympathiques sectaires), alors je redéveloppe pas tout. (Pour les voyeurs intéressés, en gros je revenais sur le fait que je ne savais plus comment écrire).
J'veux bien reprendre cette phrase, par contre.

Citer
Il était plus grand que moi, il me regardait, il avait encore l’air jeune, pourtant, il me regardait
Alors, déjà sur la musique : les deux "il me regardait" sont à-part, et "Il avait encore l'air jeune, pourtant" est une proposition compacte.
Forcément, je ne prononce pas le texte, donc cela ne peut s'entendre, me dirais-tu. Que nenni, je répondrais-je !
Comme tu dis, et à raison, comme tu entends cette phrase elle ne fait pas sens. Prononcée, elle en fait déjà plus. (d'après mon non-humble avis)
D'après moi, le sens, c'est comme l'orthographe : c'est un outil de décodage, et ne pas le respecter c'est tricher ouvertement, mentir, escroquer ! Promis, je vous escroque quasiment jamais, et je vous jure que vous ne vous en apercevrez jamais (pour de bon cette fois).
Ici, de deux sens une répétition.
Citer
Il était plus grand que moi, il me regardait, il avait encore l’air jeune, pourtant, il me regardait
Première proposition : la répétition du "il me regardait" fonctionne comme un arrière-plan. Pépoune le répète, parce que le regard perdure pendant qu'il pense à sa description de Gerron, et que ce regard l'interrompt dans ses pensées, le gène (comme dit ensuite), l'empêche de se détourner et de se faire aussi invisible qu'il le veut.
Je trouve que ça donne au contraire du poids aux yeux du 'il', justement. (toujours le même partial avis)
Note que si on retire la première occurrence de ce "il me regardait"  au semblant si fâcheux (ou plutôt si on remet à sa place la proposition suivante), la proposition fait sens comme elle devrait. ("Il était plus grand que moi, il avait l'air jeune, pourtant."
Citer
Il était plus grand que moi, il me regardait, il avait encore l’air jeune, pourtant, il me regardait
Seconde proposition : Ce regard l'interrompt, l'empêche de penser correctement, mais surtout, ce regard énerve Pépoune. Il l'énerve vraiment. Pourquoi ? Parce qu'il est quelqu'un d'intelligent, qu'il l'a plutôt bien vécu, mais qu'il vit avec bien plus de mal la bêtise de ses confrères. Ainsi Pépoune s'attache d'un difficilement crottable, édifiant complexe de supériorité.
Gerron est plus grand que lui : Gerron le regarde de haut. Injustice, jalousie : il n'a même pas l'air beaucoup plus vieux que lui (il a "l'air jeune" pour Pépoune, et Pépoune n'a pas encore l'âge de dissocier son âge de la conception de la jeunesse). Gerron le regarde de haut, comprendre : pas de bas, sans même avoir l'excuse d'être plus vieux, sans même respecter l'aura de prodige qui a toujours nimbé Pépoune... et cela, cela blesse beaucoup plus fort l'ego de Pépoune que ce dernier ne veut bien l'admettre, même à lui-même.
Heureusement Pépoune admire les valeurs des Trois Mousquetaires, et sa colère d'enfant gâté frustré se transforme en gêne avant qu'il n'ait pu même la ressentir. Ainsi, cette colère ne transparaît pas en point de vue interne que par cette répétition, inconsciente, dérangeante.
On est sur du format long, je me permets de prendre mon temps pour déployer mes personnages, tout de même.


D'ailleurs la suite arrive entre aujourd'hui et demain ; si personne ne me coupe d'ici là, j'essaierai peut-être de marquer chaque entrée de suite d'un double post.


À tout à l'heure,
Nacas.
« Modifié: 19 Octobre 2017 à 20:18:06 par Nacas »
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Hors ligne Nacas

  • Prophète
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  • Dragon d'encre
De la mémoire - Arrêt
« Réponse #6 le: 20 Octobre 2017 à 01:38:37 »
Travaux en cours, Imaginez une sorte de mauvaise boue pas jolie, avec quelques reflets attrayants ; je m'applique à garder les reflets, et à laver la boue.
« Modifié: 10 Janvier 2018 à 00:52:52 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Nocte

  • Invité
Re : De la mémoire - Arrêt
« Réponse #7 le: 22 Octobre 2017 à 22:49:49 »
   À l’aube il me réveilla en passant une main dans mes cheveux.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


   J’aimais bien le matin, la fraîcheur pas encore ensoleillée, mais je crois que j’aimais mieux dormir. Sentir mon corps engourdi, mes paupières avachies sur mes joues…
Arrivé à ce niveau de la lecture je me demande encore ce qui se passe et le narrateur ne fait aucun effort à nous l'expliquer lui-même. Jouer sur la confusion le temps de deux ou trois paragraphes ça peut passer mais là tu tire un peu trop sur le fil. Genre, vraiment, qui est-il et qu'est-ce qui lui arrive ? Tu peux régler ça en une ligne.

j’étais myope de naissance, et j’avais perdu mes lunettes. Ainsi je me trouvais en haut d’une très haute falaise, et surplombais un grand, très grand ravin de roche tout vaguement gris. Et regardant à gauche puis à droite je regardais la forêt se finir, et les bois se trancher, fendus par l’arrêt brutal de la terre. Le vent régnait.
Nous étions dans le ciel.
Je vais faire mon Kanimp mais j'ai quand même besoin de me situer un minimum spatialement, pour moi ils séjournaient toujours dans la capitale ?

Me retournant d’un pas je me précipitais sur Gerron, pressai ma joue contre son torse, l’entrain comme une éponge. Pris presque au dépourvu il manquait de trébucher mais il passa la main à nouveau dans mes cheveux. Il sentait vraiment bon.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


   Gerron savait des choses de plus que les autres. C’était ainsi et il n’y avait pas d’explication, simplement un secret professionnel. Sa profession, c’était l’éclairage. Il éclairait les cartes ; mais il ne remplaçait pas les ocres incertains par des tracés noir, non. Il éclairait d’autres sortes de cartes : celles qui changent tout le temps, qu’on ne peut pas voir dans les tracés. Régulièrement, tous les deux jours environ, il revenait voir la Commandante, pour l’éclairer.

La Commandante menait une troupe de charrettes et de chevaux, elle ne le faisait que sur les routes qui étaient assez larges, et beaucoup de gens un peu comme elle vivaient dans ces charrettes. Moi, je trouvais qu’elle était étrangement possessive, plutôt méchante, plutôt faible et très ingrate quoi qu’on lui donnât, je la méprisais pas mal ; Gerron, lui, s’en fichait. Généralement ceux qui dormaient sous les toiles et sur les roues s’étaient groupés en famille, mais il y en avait aussi qui semblaient plutôt tout seuls. Tous, sauf un peut-être, paraissaient ou très désespérés ou très antipathiques, et bien peu heureux en tout cas. Généralement je ne les aimais pas trop.

Ces gens étaient des « nomades » : des transporteurs. Gerron m’avait dit qu’il m’expliquerait un jour.
Le contexte arrive un peu tard, mais au moins on devine un peu mieux ce qui se passe (la remarque sur le narrateur tiens toujours par contre).

Dès qu’on arrivât la Commandante nous reçut. Elle avait des yeux bizarres, on aurait dit qu’elle y avait mélangé comme une sorte de terreur, et ils me paraissaient plus noirs que d’habitude. Je me dis que je ne me souvenais pas de comment ils étaient d’habitude. Elle dit un gros tas de chose rapidement avec un air sérieux et grave, et je la trouvais malfaisante. Gerron opinait, disait « Oui. » en fermant les yeux et en pensant à autre chose comme « acquiescer du menton obscurément ».
Comme disait Vink ce qui portait la première partie c'était le rythme au poil et le fait que le fond soit juste assez compréhensible pour qu'on s'y intéresse. Ici la forme est quelconque et le fond complètement éclaté. J'ai vraiment l'impression d'une écriture toute en paresse qui se contente du minimum. T'as raison de ne pas être satisfait.

et qu’alors elle peut se regarder dans le noir.
Ça accroche.

je doutai qu’elle ne soit en train de s’inspirer d’aucune odeur particulière.
C'est à dire ?

À ma question elle rit un petit peu mais sans joie, elle me prenait pour un béta, je crois. Ce n’était pas plus mal. Généralement, c’est ce que je m’efforce d’être : le jeune homme un peu idiot qui pose des questions d’enfant, qui s’étonne d’un peu tout. C’est un statut très pratique, il permet de se moquer environ de tout le monde, de susciter l’empathie, de faire tomber quelques barrières de méfiance… Parfois, mes interlocuteurs se décident même à répondre à mes questions trop sérieuses, avec un amusement en demi-teinte de changement de régime de réflexion. J’ai appris un peu tard mais très rapidement que les gens ordinaires cultivaient une sorte d’intérêt fasciné vis-à-vis de ceux qu’ils appellent « les gens intelligents ». L’intelligence comme don inné, « voyez-vous », comme un cadeau de maman naissance fait à certain et pas à d’autres. J’ai pu remarquer qu’il y avait de la jalousie, dans cet intérêt, mais pas seulement, parce qu’il y a aussi une sorte de véritable blessure, un imposant couteau dans une plaie béante et coagulée d’ego blessé. Aussi quand Léa me regarda un peu de haut, qu’elle pouffa une seconde puis repris son sérieux, pour me dire d’un ton preste et faux « quand c’était qu’on mourrait », je me sentis puissamment odieux à son égard. Je savais qu’on avait dû lui dire, depuis toute petite, depuis l’âge où l’âme est encore un morceau de fer blanc, qu’elle n’était « pas spéciale », qu’elle deviendrait… Non. Non, en fait, on n’avait rien dû lui dire de spécial. On avait dû lui dire qu’elle était une princesse, elle aussi, on avait dû lui dire que « ce jeu n’est pas pour toi, tu es trop jeune, ma puce » ; on avait dû lui dire que « toi aussi, tu pourras choisir ce que tu voudras être plus tard, regarde, voici une liste. ». Mais en fait, je m’en fichais, des paroles avec lesquelles on avait bien pu la bercer. Moi, je faisais le béta, c’était plus facile et je n’avais pas à m’agacer.
Il est cool ce passage.

J’hésitai à affirmer, à aller au bout de l’idée, mais je redoutais qu’elle me tienne des discours malencontreusement affligeants, très longs, alors je me retins un peu. Je fis mine d’ignorer qu’une seule personne était morte, qu’elle avait utilisé le pluriel pour le pur lieu commun de l’assertion, sans réfléchir. Je ne lui répondis pas que cela n’avait aucune importance à mes yeux, que si des gens étaient morts cela ne me regardait ni ne m’émouvait aucunement, qu’ils n’étaient pas de ma famille et que même s’ils l’étaient j’aurais bien du mal à me sentir émotionnellement concerné. Je redoutais aussi un peu de me trouver maladroit et de faire preuve d’une verve mal placée. J’optai pour le bon enfant un peu retardé. Toujours les mêmes vraies questions, que tout le monde ignorait. Quand j’eus fini, j’eus un peu peur d’avoir dérapé.
Tu vois c'est dans ce genre de situation que ta plume se libère, là tu tiens un truc. Avant Léa tout était trop vaporeux, pas assez "inspiré".


La fin se décante bien, il manque vraiment juste un petit bloc entre le premier et le second chapitre où l'on comprends que le narrateur a rejoins des nomades et qu'il est en plein voyage. Prendre le temps de poser l'univers quoi, quelques personnages aussi (Léa atterrit un peu trop brusquement alors qu'il semble la connaître déjà). Bref, je ne pense pas qu'il faille se presser, des bases solides pour mieux construire, sinon ça s'écroule très vite.

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Re : De la mémoire - Deux
« Réponse #8 le: 22 Octobre 2017 à 23:03:57 »
La bonne nouvelle, c'est que je peux avoir confiance en toi, WEG ! ^^
Je me hâte de supprimer tout ça : ça ne va pas du tout. Je ne pose plus de rythme de parution, mais je vais essayer de m'en tenir à deux semaines ou à peu près cela.
Je ne sais pas trop ce que je vais faire exactement avec ce morceau. Très probablement : une petite mise en contexte solide, et un décapage meurtrier sur l'écriture.
Je ne mets pas le texte sous spoiler, j'en discuterai méta dans le prochaine volet.
Edit : Paragraphe de contexte ajouté, première passe de décapage entamée, jusqu'au décès du vieux.
Edit2 : Vraissemblablement, c'est la mort :
De ce format
De Pépoune
De Gerron
Oh Ma Wéh

Si Alpi tu passes par là, cesse de te dérober, ne lis pas forcément le second machin et viens discuter.
Merci à toi, WEGOUNET, j'aurais probablement eu un peu mal au cul si le second machin était passé
« Modifié: 23 Octobre 2017 à 00:20:29 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

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Re : De la mémoire
« Réponse #9 le: 30 Août 2020 à 05:53:03 »
roh Nacas :3
je suis pas allé plus loin que la première ligne de ton spoiler, presque aussi, par défaut...
moi aussi je nous méprise
c'est très aimable à toi
je lirai une autre fois
ceci m'a suffi !

edit : j'étais là c'est drôle que le premier clic sur l'easter-egg me mena zici
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=370.msg559965#msg559965
« Modifié: 30 Août 2020 à 05:55:34 par Dot Quote »
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