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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]

Auteur Sujet: La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]  (Lu 1334 fois)

Hors ligne derrierelemiroir

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La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]
« le: 17 septembre 2017 à 22:40:04 »
Des disparitions. Des visages qu’on retrouvait roulant sur le pavés, l’image de leur dernière frayeur à tout jamais gravée dans la rétine. Une violence dissimulée qui de partout nous tombait à la figure. Des fais attention, ne sors pas trop longtemps, appelle-moi quand t’arrives, depuis mon enfance répétés. Sous le joug de la terreur, les villes s’étaient peu à peu distancées, les relations détendues, la méfiance incarnée. Nous vivions tous comme si nos pas étaient comptés. Je ne savais pas encore, pendant cette époque révulsante, que la lourdeur de mon estomac n’était pas chose normale. Je me levais quand il fallait, mangeais le peu que ma mère m’offrait, quittais la maison en saluant mes parents pour la dernière fois, la gorge entravée, les paroles manquantes. On s’habitue à tout, sauf à l’aléatoire.

On n’était ni en période de guerre ouverte contre un ennemi connu, ni en révolte populaire. L’ennemi n’avait pas de visage, il frappait à tout moment, n’importe qui et de mille côtés à la fois. Mon frère avait été retrouvé les membres distendus, la nuque tordue, à la sortie de son bureau. Mon oncle n’était jamais retourné de son congé à la mer. On parlait d’espions, on regardait tout le monde de travers, comme pour détecter un rictus révélateur, mais l’invisibilité de nos bourreaux était à toute épreuve. Je ne comptais plus les larmes de ma mère ni les tremblements de mon père. J’avais tant bien que mal érigé une façade protectrice autour de mes récepteurs nerveux. J’attendais. J’écoutais.

Avec le peu d’études que j’avais réussi à accumuler, j’avais appris que la vie était plus forte que le chaos. À contre-courant de l’entropie. L’histoire était emplie de périodes bouleversées, de guerres horripilantes, de populations réduites en brindilles, et pourtant, toujours, l’ordre avait repris le dessus parce qu'il était inhérent à toute vie. Je cherchais autour de moi, parmi ces morts que j’avais appris à intégrer comme n’importe quelle autre donnée, une logique, un schéma. Si l’ennemi était humain, c’est qu’il avait une suite de pensées cohérente. Cet aléatoire qui partout m’encerclait n’était peut-être que ce que mes yeux n’arrivaient pas à voir. Une subtilité m’échappait, j’en étais certaine. Je savais aussi qu’il était hors de question de m’en ouvrir à qui que ce soit. Je longeais les couloirs de mon quotidien, tête baissée, épaules rentrées, comme si en réduisant la surface de ma présence, je pouvais diminuer mes chances de mourir.

Et puis un jour, je l’aperçus. Son être entier était en dissonance complète avec le monde que je connaissais. Déjà, il souriait. Ma bouche avait depuis longtemps oublié les contorsions de cette mimique. En plus d’avoir l’air heureux, il marchait dans la rue tout redressé, et envoyait à qui ne le regardait pas l’éclat de ses dents blanches. Abasourdie par tant d’outrecuidance, je m’arrêtai net et pour une fois, levai les yeux sur un inconnu. Il n’était pas vieux, il devait avoir mon âge. Il me regarda aussi, et comme s’il sortait d’un conte, me demanda le chemin le plus rapide pour quitter la ville. Je bégayai, baragouinai quelques mots, me retenant pendant tout ce temps de détaler. Et si c’était lui la source de tous nos maux ? Etait-ce la mort qui finalement me pointait du doigt ?

- Tu viens avec moi ? dit-il simplement, en entamant la route que je lui avais indiquée.

Je ne comprends toujours pas, même après les années qui se sont écoulées depuis, pourquoi je l’ai suivi. Peut-être que la peur de mourir avait fini par s’estomper tout à fait. Peut-être que j’avais compris qu’il fallait luter contre l’aléatoire en utilisant les mêmes outils.
- Tu n’es pas très causante, roucoula-t-il chemin faisant. Et il parla. De sa mère qui lui tricotait des pulls, de son travail au magasin de son père qu’il trouvait désolant. D’une jolie fille qu’il avait entrevue dans le métro. J’avais l’impression de lire le livre d’une autre vie.

- Tu n’as pas peur ? je finis par lui demander.

- De quoi ?

- De…mais de…mais merde, de tout ça! Cette désolation qui nous entoure, ces morts qui tombent plus vite que la pluie…ce chaos qui m’empêche de respirer.

- La peur, si elle ne t’aide pas à survivre, elle sert à rien.

- ...c’est pas un simple vêtement que j’ai choisi de porter.

- Ah bon ?

- Et ces gens qui disparaissent, mon frère que j’ai revu en deux morceaux ? Tu veux que je fasse comment, quand encore tant de personnes que j’aime pourraient crever ?

- Ils mourront malgré ta peur.

Nous avions laissés les derniers bâtiments croulants de la banlieue derrière nous. Devant, les arbres s’étendaient plus loin que ma vue.

- Et maintenant ? demandai-je.

- Maintenant, on va dans la forêt.

- Et puis après ?

- On va vivre sans aucun calcul, sans rien décider, si on ne sait pas où on va, la mort ne saura pas nous trouver.

Un début de réponse: la déstructure, pour luter à armes égales.

« Modifié: 18 septembre 2017 à 21:19:53 par derrierelemiroir »
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne elodie janssens

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Re : La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]
« Réponse #1 le: 17 septembre 2017 à 23:24:02 »
ben mon vieux, il t'a inspiré ce défi !  ;)
je ne m'y attendais pas. j'avoue être un peu tombée comme un cheveux dans la soupe. on ne sait pas trop d'où on vient. il y a une bête? un tueur en série? c'est très flou. peut-être un peu trop. j'ai du mal à saisir où tu voulais aller tout au long du texte.
c'est peut-être à cause du gros pavé du début. une découpe en paragraphe aurait aidé ma compréhension fatiguée à 23h .
en tout cas, tu as bcp d'imagination. bravo ! l'idée est intéressante


Des fais attention, ne sors pas trop longtemps, appelle-moi quand t’arrives, depuis mon enfance répétés.
->   Je trouve la tournure de phrase un peu bancale.
ni on révolte populaire
->   en ?
Je me levais quand il fallait, mangeais le peu que ma mère m’offrait, quittais la maison en saluant mes parents pour la dernière fois, la gorge entravée, les paroles manquantes.
Mon frère avait été retrouvé les membres distendus, la nuque tordue, à la sortie de son bureau.
L’histoire était emplie de périodes bouleversées, de guerres horripilantes, de populations réduites en brindilles, d’humains asservis, et pourtant, toujours, l’ordre avait repris le dessus, cet ordre inhérent à la vie.
->   Ce genre de phrase est assez répétitive par sa construction : sujet et action, qualificatifs, qualificatifs, qualificatifs, lieux…  Tu gagnerais en force en modifiant.
c’est qu’il avait une suite de pensée cohérente, un but.
->   penséeS
Ma bouche avait depuis longtemps oublié les contorsions de cette mimique.
->   Bien trouvé
tous nos maux ? était-ce la mort qui finalement me pointait du doigt ?
->   Majuscule
de lire un livre d’une autre vie.
->   le (?) livre d’une autre vie
elle sert à rien
->   ne sert
Mais merde, et ces gens qui disparaissent, mon frère que j’ai revu en deux morceaux, tu veux que je fasse comment, quand encore tant de gens que j’aime pourraient mourir ?
->   Mais merde ! Ces gens qui disparaissent, mon frère que j’ai revu en deux morceaux, … Tu veux que je fasse comment, quand encore tant de gens que j’aime pourraient mourir ?
je demandai, incertaine de la suite.
->   Son incertitude est évidente, précision inutile. Un simple « dis-je » suffira
On va vivre sans aucun calcul, sans rien décider, si on ne sait pas où on va, la mort ne saura pas nous trouver.

Un début de réponse, la déstructure, pour luter à armes égales.
->    Le manque de ponctuation dénature et atténue la force du texte.
On va vivre sans aucun calcul, sans rien décider. Si on ne sait pas où on va, la mort ne saura pas nous trouver.

Un début de réponse : la déstructure, pour luter à armes égales.

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Re : Re : La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]
« Réponse #2 le: 18 septembre 2017 à 10:13:54 »
Salut elodie,


ben mon vieux, il t'a inspiré ce défi !  ;)
plutôt ma vieille ^^, bah l'inspiration, elle vient, elle part, c'est surtout ce qu'on en fait qui compte..

je ne m'y attendais pas. j'avoue être un peu tombée comme un cheveux dans la soupe. on ne sait pas trop d'où on vient. il y a une bête? un tueur en série? c'est très flou. peut-être un peu trop. j'ai du mal à saisir où tu voulais aller tout au long du texte.
Mmh je vois. J'ai voulu créer ce flou exprès, mais peut-être que c'était trop puisque tu n'as pas compris. L'idée c'est que c'est le chaos, personne ne sait quoi faire, comment vivre, parce que personne ne sait d'où vienne ces morts. Quand on ne peut pas mettre de visage sur le danger, quand il nous tombe dessus à l'improviste, ça crée une confusion énorme et ne donne aucune chance de résistance.

c'est peut-être à cause du gros pavé du début. une découpe en paragraphe aurait aidé ma compréhension fatiguée à 23h .
en tout cas, tu as bcp d'imagination. bravo ! l'idée est intéressante
Ouais ça je comprends, je l'ai changé après la première mise en ligne. Je venais de finir d'écrire et j'ai publié pour être dans les temps ^^ j'espère que ça se lit mieux maintenant

->   Ce genre de phrase est assez répétitive par sa construction : sujet et action, qualificatifs, qualificatifs, qualificatifs, lieux…  Tu gagnerais en force en modifiant.
arf ouais t'as raison, j'ai une grooooosse tendance à faire ça, et normalement je reprends après et essaie de modifier. Si je ne faisais pas attention, je n'écrirais qu'une longue énumération de faits ^^

Merci pour les corrections et les comms en tout cas, c'était bien sympa  :D
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  Nicolas Bouvier

Hors ligne elodie janssens

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Re : La subtilité des barbares [défi tic-tac 17.09.2017]
« Réponse #3 le: 18 septembre 2017 à 10:44:47 »
Ah oui, en paragraphes c'est tout de suite mieux  ;)
C'était sympa aussi
A+

 


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