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Auteur Sujet: La Maison dans laquelle (Maryam Petrossian)  (Lu 6660 fois)

Hors ligne Pan

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La Maison dans laquelle (Maryam Petrossian)
« le: 28 Juillet 2017 à 15:09:00 »
C'est une maison grise entourée par la ville. On y trouve tous les enfants qui boitent- du cœur, de l'âme ou des guibolles. Tous les enfants qui ont eu la chance d'y aboutir, de s'y crasher comme sur une lune étrangère.
Dedans, c'est un tout un monde tissé par les phrases qui s'entremêlent aux murs, par les peurs et les rêves qui s'entrechoquent et communiquent entre eux. Un univers si dense qu'il se suffit à lui même, qu'il se passe de "l'Extérieur", vaste, indifférent, où tous les symboles, toutes la mythologie de la Maison n'ont plus cours- vaste néant du monde adulte.

C'est une manière d'ébaucher ce livre fascinant, mais il y a tant à dire. La Maison dans laquelle est à tous points de vue un livre-monde, un livre-refuge, un livre-geôle. Par sa longueur tout d'abord, puisqu'il compte presque mille pages... Mais aussi par l'épaisseur de ses personnages et de son (ses?) histoire(s). Il n'y a pas de fil directif, simplement des personnages qui parlent d'eux, des autres, et leur vie au sein de la Maison-mère-ogre, jusqu'à l'inéluctable départ. Enfance, adolescence, et la peur qui l'accompagne, les passions, les délires et les croyances qui peuplent ces périodes.
Ce livre peut être lu comme un roman fantastique, car on y parle de l'Envers, un lieu outrepassant le temps et l'espace, n'existant qu'entre les murs de la Maison, ou comme une métaphore du passage à l'âge adulte et de ses renoncements, des peurs qui l'accompagnent... Ou alors lu de n'importe quelle autre manière qui vous convienne, car il est assez riche pour laisser libre court aux interprétations.
C'est un livre qui se fait désirer, qui distille les réponses aux questions qu'il pose à travers ses innombrables pages, sans se presser, parce-qu'on a tout le temps de la lecture pour parvenir aux éclaircissements. Il ne s'offre pas aisément, il demande un effort, de la mémoire. Mais presque tout est là : il ne perdure que quelques énigmes à la fin, quelques questions qui gagnent, tout compte fait, à rester sans réponse.
C'est un livre qui développe un univers énigmatique et captivant, un livre qui étrangement, m'a semblé intime. Comme si je retrouvais au fil des pages des choses connues, secrètes. Je me suis sentis accueillis chaleureusement, quand bien même on évolue désorienté au sein de cet univers. C'était comme trouver un chez-soi, un refuge. C'est un livre qui m'a fait du bien et qui m'a serré le cœur ; qui m'a fait rire à haute voix comme ça me ne m'était quasiment jamais arrivé avant ces pages là, ces zèbres là. Et j'ai aimé chaque personnage, singulier et tordu. Je suis passé par toutes les émotions, j'ai voyagé, et j'ai pourtant trouvé comme un cocon infiniment confortable entre les pages de ce livre. Je ne pourrais pas le dire autrement : il m'a bercé. Presque mille pages ? J'en aurais lu le double, le triple. J'aurai pu continuer de voguer dans cet océan de mots pendant encore très, très longtemps. J'ai rarement ressentis cette absence totale de lassitude, j'ai rarement posé un livre, même adoré, en me disant "si seulement ce n'était pas finis", en sachant que, réellement, j'aurais pu en lire plus sans éprouver d’écœurement au final.
C'est un livre bariolé. Parfois violent, parfois mélancolique. La prose en est légère, poétique... Ça foisonne de références aux histoires pour enfants.
Et putain c'est beau. Que dire de plus au fond ? Ce livre est beau. Les personnages en sont  si attachants, l'univers si insidieusement captivant, qu'il m'a intensément marqué, comme peu d'autres l'ont fait. C'est à dire durablement, profondément.
La Maison dans laquelle est une expérience à vivre. Et je vous enjoins à la tenter, car on y vit, dans cette Maison, des moments merveilleux. On s'y perd, on s'y questionne, on y ressent surtout. C'est un livre emplis d'une certaine douceur, remarquablement bien construit, qui vous happe. Et pourtant, quand on le lit, puis quand on le termine, on a la sensation qu'il a ouvert d'autres chemins.
Et au fond, je n'ai rien dit sur le sujet. Car comme on l'écrit si bien dans le livre lui même : "La Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. "
"Nous n'avons pas peur que la nuit vienne... nous n'avons pas peur..."

 


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