Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Chapart, Claudius) » vengeance

Auteur Sujet: vengeance  (Lu 817 fois)

Hors ligne camdailclot

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vengeance
« le: 06 octobre 2009 à 17:52:49 »
Je n'ai jamais aimé les rideaux ni les secrets de famille
Alors il fallait bien que ça sorte comme une vengeance

DERRIERE LE RIDEAU

   La vengeance

   C'était un soir d'automne, le soleil venait de disparaître derrière la haie de charmilles qui clôturait le jardin. Paul marchait de long en large dans le grand bureau au bout de l'aile ouest du manoir paternel. Il était fébrile mais résolu. Il s'arrêta un long moment pour regarder les lourds rideaux de toile olivâtre  qui encadraient la porte fenêtre. Rien n'avait changé depuis ce funeste été où il avait fêté ses quatorze ans. Il ferma les yeux pour se remémorer cette journée de cauchemar. il avait besoin d'abreuver sa haine, il ne voulait pas fléchir.
   Cet été là il avait connu ses premiers émois amoureux. Une jeune servante venait d'être embauchée par sa mère pour l'aider à recevoir les membres de la famille qui venaient chaque année profiter du « bon air de la campagne »  dans la demeure ancestrale. Dès qu'il l'avait aperçue il avait ressenti cette chaleur étrange qui envahit le corps. C'était nouveau pour lui et d'autant plus troublant qu'il n'avait pas eu la moindre éducation qui lui permette de comprendre ce qui se passait.
   Depuis ce premier jour il ne cessait de l'épier. Il inventait mille subterfuges pour la croiser. Il n'osait lui adresser la parole, et les rares fois où il était obligé de le faire il sentait ses joues s'enflammer. Elle lui souriait dès qu'elle croisait son regard, et ce sourire là était plus précieux pour lui que tout au monde. Un jour, sa mère lui demanda d'accompagner la jeune fille chez le fermier pour aller chercher des œufs du lait et de la crème.
   Ce fut un des plus beaux jour de sa vie. Très vite il s'enhardit à engager la conversation. Elle était vive et spontanée, il perdit rapidement sa timidité. Ils arrivèrent bien en retard pour rapporter les commissions, mais sa mère trop préoccupée par le bon ordonnancement du dîner, ne leur fit aucune remarque. Depuis cette date ils s'arrangèrent pour faire les courses ensemble. Parfois ils s'arrêtaient pour s'asseoir dans la mousse sous un des grands arbres qui bordaient le chemin. Un après midi leur mains, sans qu'ils en eurent l'intention, se frôlèrent, puis après s'être cherchées s'unirent doucement. Paul eut l'impression qu'il allait mourir tant son cœur battait la chamade. Cela se prolongea quelques jours plus tard par un baiser. Le premier pour tous les deux.
   Personne dans le manoir ne comprit ce qui se nouait entre eux. Les adultes étaient trop préoccupés à débattre de politique et à cette époque les enfants n'avaient jamais le droit de participer aux conversations. Alors on les ignorait. Et qui aurait, dans la famille, pu imaginer qu'un de leur descendant puisse tomber amoureux d'une petite paysanne sans éducation.
   Ce jour là Paul était entré en cachette dans le bureau de son père pour y dérober quelques feuilles d'un beau papier à lettre. Il se sentait une âme de poète et voulait écrire un billet doux pour son amoureuse. Et pour cela il voulait ce qu'il y avait de mieux. Lorsqu'il entendit les pas de son père résonner sur les dalles du couloir il paniqua et courut se cacher derrière le rideau.
   Peu de temps après que son père se fut installé derrière le lourd meuble de chêne on frappa à la porte. Son père fit entrer la jeune servante. Il l'avait convoquée dans le but de la réprimander, elle avait en effet cassé par mégarde une coupe à champagne décorée à l'or fin.
Ce qui se passa ensuite, Paul aurait donné sa vie pour que ça ne soit jamais arrivé.  Il entendit des pleurs, puis des supplications puis des cris vite étouffés par une main de fer et des halètements obscènes. Lorsqu'il eut le courage d'écarter légèrement le rideau il fut horrifié par la scène qui se déroulait devant ses yeux. Son père était de dos, le pantalon sur les talons, il était penché sur la jeune fille qui pétrifiée de terreur et de douleur n'avait plus la force de se défendre. Le sang qui coulait, les fesses blanches de son père qui s'agitaient, il reçut ces images comme un coup de poignard, pour ne pas hurler il se mordit le poignet jusqu'au sang. Il vit la jeune fille mourir étouffée par la main de son violeur. Il était paralysé par la terreur, il laissa retomber le pan de rideau.
   C'était l'heure de la sieste, tout le monde dormait dans les chambres qui s'étageaient dans l'aile opposée de ce grand bâtiment. Personne ne se rendit compte de rien. On retrouva le corps de la jeune fille broyé par les aubes de la grande roue du moulin, au bout du bief, non loin du parc. Tout le monde conclut à un regrettable accident. Personne n'aurait osé soupçonner le plus notable des habitants de la commune. Il n'y eut même pas d'autopsie. La famille de la jeune fille se tût après avoir touché une belle somme d'argent.
   Paul n'avait pas eu le courage d'intervenir, cette lâcheté le hantait autant que le crime lui même. Son père n'eut aucun mal à comprendre que son fils était au courant de ce qui s'était passé. Il se regardaient avec une haine froide. Il s'arrangea pour envoyer l'enfant dans un pensionnat sévère très éloigné de la famille. Et dès que la loi l'y autorisa et grâce à la faveur d'un de ses amis, il engagea l'adolescent dans un régiment en nouvelle Calédonie. Les pleurs de sa femme ne purent rien y faire. Elle était comme une morte vivante bafouée par son mari et séparée de son fils.
   Paul aurait du rester dix ans dans son casernement, il n'avait pas de quoi se payer le voyage du retour. C'était sans compter sans la force que sa haine avait décuplée au fil des ans. Son corps chétif d'adolescent était devenu fort et adulte, il avait trouvé les ressources nécessaires pour monnayer son retour et il était là, aujourd'hui dans ce lieu qui avait hanté ses pensées jour et nuit. Il avait aussi durci son âme et ses sentiments au contact de la brutalité de ses compagnons de régiment et de l'exercice de son métier de soldat.
   Paul entendit les pas de son père résonner dans le couloir, la démarche lui semblait moins assurée qu'avant. Il se retourna vers lui lorsque la porte s'ouvrit et qu'il entra dans la pièce.
- Comment as tu fait pour revenir aussi vite ?
- Bonsoir monsieur mon père ! Tu aurais pu au moins prendre le temps de me saluer !
- Ça suffit ! Qu'est ce que tu es venu faire ici ?
- Je suis venu réparer ma lâcheté.
- J'ai toujours su que tu avais deviné.
- C'est pire ! J'étais présent ! Là ! Derrière le rideau.

Paul observait son père. Le vieil homme arborait un rictus plein de mépris. Il s'approcha de lui.

- Tu aurais dû signaler ta présence on aurait pu partager.
- Ordure !
- Attends .. ne me dis pas que tu étais amoureux ... Mais oui ! C'est ça tu t'étais amouraché de cette petite paysanne. C'est pathé...

   Il ne put achever le dernier mot, le couteau de Paul venait de lui perforer l'abdomen.

- Là où je t'ai frappé il n'y a aucun organe vital, tu vas mettre des heures à crever. Tu vas sentir la douleur monter sans rien pouvoir faire, puis tu vas trembler de froid et supplier la mort de venir te délivrer. En attendant pense à elle, pense à ce que tu lui a fait subir, pense qu'elle ne méritait pas de mourir à quatorze ans. Pense que tu ne vas pas souffrir le dixième de ce que tu lui as fait endurer.
- Paul ! Je t'en supplie, appelle les secours, j'ai mal ! Merde ! Fais quelque chose, je suis ton père.
- Tu ne l'est plus depuis cette après midi là. Tu vois, maintenant je suis soulagé. Je vais partir en Afrique, je sais que je ne pourrai sans doute jamais plus trouver le repos, mais j'ai moins honte de moi ! C'est déjà ça de gagné.
- Paul je t'en supplie !
- Tu veux que je te rappelle comment elle te suppliait quand tu te vautrais sur elle ! Hein ! Tu veux que je te le rappelle !
- Paul merde ! Je souffre à en crever  ! Appelle les secours !
- Essaye de te souvenir comment tu bâillonnais sa bouche ! Tu crois qu'elle ne souffrait pas Dis moi ! Dis le moi en face !
- Paul ... Paul je t'en supplie...
- Tu me dégoûtes ! Ta suffisance et ta lâcheté m'ont toujours dégouté.

   Paul quitta définitivement le manoir familial, il laissa une lettre pour sa mère où il racontait tout. Il consacra le reste de sa vie au service d'une association d'aide à l'enfance maltraitée. Il ne put jamais trouver le bonheur dans un quelconque rapport amoureux, mais parfois lorsqu'il avait un peu bu, en fermant les yeux il revivait le premier baiser qu'il avait goûté au cœur de ce funeste été, et il pleurait seul et en silence.
   Son père s'en tira avec dix huit points de suture. Paul l'avait frappé avec précision dans la partie grasse de la ceinture abdominale.
   Sa mère resta cloîtrée dans sa chambre, elle ne sortait plus que pour aller à l'église.
« Modifié: 08 octobre 2009 à 06:02:08 par camdailclot »
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Hors ligne Milora

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Re : vengeance
« Réponse #1 le: 06 octobre 2009 à 18:06:04 »
Hum, désolée d'insister mais c'est mon boulot. Pense à signaler ton texte dans l'Index quand tu le postes... sinon on va bloquer les réponses de tes textes jusqu'à ce que tu régularises leur situation de sans papiers, et en gage on va te demander de faire le tour du forum à cloche pieds en louchant et en portant un haut-de-forme vert fluo !  :P
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Kathya

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Re : vengeance
« Réponse #2 le: 07 octobre 2009 à 14:41:25 »
il avait ressenti cette chaleur étrange qui envahit le corps.
Détail, mais "lui envahir le corps" aurait été plus fluide.

Citer
C'était nouveau pour lui et d'autant plus troublant qu'il n'avait pas eu la moindre éducation qui lui permette de comprendre ce qui se passait.
Il doit surtout avoir oublié de côtoyer les gens de son âge.  ::)

Citer
Depuis ce premier jour il ne cessait de l'épier.
L'imparfait sonne bizarre. "Cessa ?"

Citer
Elle était vive et spontanée
La fille ou la conversation ?

Citer
Il se regardaient avec une haine froide.

Citer
Paul aurait du rester

L'apanage du dialogue étant de s'offrir le luxe des tirets, guillemets et lignes gaspillées, je trouve dommage de le livrer en bloc indigeste.

Pour ce qui est de l'histoire en elle-même, autant j'ai bien aimé le début, autant je ne suis pas fan des histoires de viol. Je sais bien que le monde est pas rose et que de telles horreurs existent, je n'aime juste pas la tournure que tout cela prend dans l'imaginaire collectif. Bref, pas fan pour un sou du gros pervers stéréotypé qui s'imagine être dans son bon droit et s'envoie en l'air en toute discrétion... au milieu de l'après-midi dans son bureau...  ><

Les circonstances du drame me paraissent d'autant plus surprenantes que le père ne prend aucune précaution. Je parle pas du rideau, mais que Paul soit entré juste avant est bien la preuve qu'il ferme jamais son bureau.

Mais bon, ce genre de récit n'étant pas ma tasse de thé, mon avis est forcément biaisé.
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne camdailclot

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Re : vengeance
« Réponse #3 le: 08 octobre 2009 à 05:59:45 »
"Il doit surtout avoir oublié de côtoyer les gens de son âge.  "
Question de génération et de caractère. Il était une époque où personne ne parlait de ces sujets, ni les enfants entre eux, ni les parents avec leurs enfants. Le récit se situe dans l'avant guerre.
A cette époque la vie d'un domestique avait peu d'importance dans les milieux de la grande bourgeoisie.
Une pulsion peut arriver à un moment où rien n'est prémédité et où les précautions ne sont pas forcément prises. Les "précautions" sont prises après l'acte, il n'y avait pas eu de préméditation.
Désolé pour la mise en page du texte c'est vrai que c'est pénible à lire, je ne m'en suis apperçu que trop tard, la mise en forme originale n'a pas passé le "copier coller" je vais essayer d'y remédier.
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