Bonjour à tous!
Je vous présente un texte du recueil "Tranches de vie". Tranches de vie, c'est avant tout des personnages que l'on croise et qui, l'espace d'un instant, nous laisse entrer dans leurs univers, nous parlent de leurs vies, de leurs ressentis sans y mettre de filtre. Avec l'incisif du scalpel ils nous offrent des tranches de leurs vies. Parfois cynique, parfois drôle, parfois émouvant. Tout le temps tranchant...
Head Shot
Je me traîne dans les rayons. Je ne sais plus ce que je suis venue acheter. Je n’ai pas vraiment la gueule de bois mais pas franchement les idées claires. En fait je crois que je n’ai pas encore vraiment décuvée.
Je balance un paquet de mini saucisson et un club sandwich jambon emmental dans mon panier. J’ai besoin de manger salé quand j’ai picolé.
J’ai envie de nouilles chinoises aussi, j’en prends un paquet. Quinze en fait, on ne sait jamais. Ça sert toujours les nouilles chinoises. C’est pratique, c’est rapide, ça coûte pas cher, et puis c’est limite addictif. Être en rupture de nouilles chinoise c’est comme être en rupture de coca ou de clopes ; ça fout les nerfs.
J’ai besoin de boire du jus de fruit bien frais. C’est fou comme on a besoin de sentir du frais passer dans sa gorge quand on est vaseux. Mais là par contre pas un verre de coca bien frais. Quelques chose de plus sain. Pour se donner bonne conscience peut être. Je bloque devant l’étalage. Depuis cinq bonnes minutes je crois. J’arrive pas trop à me décider mais j’y réfléchi pas trop non plus. Je veux du multi vitaminé. Pas pour le nom, pour le goût. Ou du multi fruits je m’en fou, de toute façon j’ai jamais compris la différence entre les deux. Je m’empare d’une brique de multi vitaminé 100% pur jus parce que c’est meilleur pour le corps. C’est un peu du foutage de gueule après ce que je lui ai fait ingurgiter hier soir le pauvre mais bon, peut être que ça rattrapera un peu le truc. Je boirai sûrement les deux litres.
Je me dirige vers la sortie et dit bonjour à la caissière. Elle ne me répond pas ; trop occupée à parler avec celle de derrière. Elle commence à passer mes articles toujours à demi retourné et en faisant des pauses régulières, un paquet de nouilles chinoise à la main, histoire de mieux taper la discute avec l'autre. Elle finit par me regarder et me lâche un bonjour. Sans sourire. Sans même réellement me regarder. Je hais les caissières. Je suis sure que si elles étaient payées au rendement, il n'y aurai plus jamais de problème de file d'attente trop bondée aux caisses des supermarchés. Alors que là, elle prend son temps, elle veut pas que je lui serve un café non plus.
Le gars derrière moi doit trouver aussi le temps long d'ailleurs parce que je le sens se rapprocher de moi de plus en plus. Il ne me touche pas mais je sens son corps tout près du mien. J'ai toujours détesté les files d'attente. Cette promiscuité avec des inconnues me dérange au plus au point. Surtout ceux qui comme lui ne voit pas le problème de se trouver à moins de cinquante centimètre de ton dos. Ou pire. Celle qui t'effleure régulièrement avec son sacs à main. Ça me crispe.
J'implore ma caissière du regard de passer la seconde pour que ce supplice s'arrete mais elle ne doit pas parler le langage des yeux parce que les bips continuent à raisonner avec une rythmique aussi alarmante que l'électrocardiogramme d'un patient de réa plongé dans le coma. Parfois on loupe un bip. Attention le cœur déraille. Va falloir sortir l'appareil à déchoc.
« Attention on le perd ! Vite 5 cc d'épinéphrine ! On recule, je choc ! »
Je souris. Ça y est, l'inactivité me fait fabuler. Elle me regarde et se met à sourire en retour, elle doit croire que c'est pour elle. Si ça peut lui faire accélérer le mouvement, je veux bien sourire jusqu'à lui montrer mes molaires.
« 26 euros et 18 centimes s'il vous plaît ». Enfin le cauchemar va prendre fin.
Au moment de taper mon code de carte bleue, par réflexe, je lève mes yeux vers mon frotteur de supermarché. Merde je le connais. Heureusement il ne m'a pas vu. S'entame alors toute une stratégie pour n'avoir en aucun cas à dire bonjour et à faire la fille poli. Réveil difficile oblige.
Règle numéro 1 : ne surtout pas parler pour ne pas risquer de se faire démasquer au son de sa voix
Règle numéro 2 : ne jamais établir de contact visuel et si possible rester au maximum de trois quart
Règle numéro 3 : Faire la fille pressée, dans l'hypothèse où il me reconnaîtrait. Qui a envie de déranger quelqu'un de pressée, surtout au moment de partir ?
Ça y est, je pars. Je suis quasiment aux portes automatique de l'entrée. Je me sens comme un soldat durant la seconde guerre mondiale qui serai quasiment à l'abri derrière les barricades de la plage de Omaha beach après avoir parcouru des centaines de mètres à découvert.
J'arrive tant bien que mal à passer au travers des demandes de dons des hôpitaux de France malgré leur stratagèmes dédié clairement à me ralentir. Plus que 15 mètres.
Je passe devant le vigile. Plus que 10 mètres.
Je sens l'air conditionné qui souffle des bouches situées au dessus des portes. Plus que 5 mètres.
« Oh Caro ! Salut ! »
Tir à bout portant. Victoire de l'ennemi.