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27 novembre 2020 à 01:00:55
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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie] Le Contre-Ciel (René Daumal)

Auteur Sujet: [Poésie] Le Contre-Ciel (René Daumal)  (Lu 3301 fois)

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
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[Poésie] Le Contre-Ciel (René Daumal)
« le: 21 septembre 2009 à 18:03:30 »


Je ne crois pas que ce recueil, pas plus que cet auteur, soit très connu. Peut-être dans un corpus de Première ? j'l'ai trouvé à la Fnac, feuilleté vite fait et j'ai bien aimé.
Ce que j'aime dans ces textes, c'est la légèreté qu'il accorde au poème. Ce ne sont pas des comptines, ça traite souvent de sujets graves, la mort revient souvent. Mais l'enchaînement des strophes irrégulières, le vocabulaire employé, la syntaxe simple forment quelque chose qui n'est pas tortueux ou illisible.
J'aime bien cette poésie qui s'efforce de rester claire. Tout en gardant une force imaginative certaine. J'parle surtout de la IIe partie, La Mort et son homme.




LA SEULE


Je connais déjà ta saveur
je connais l’odeur de ta main
maîtresse de la peur,
maîtresse de la fin.

J’ai touché déjà tes os
à travers ta chair sans âge
pétrie d’insectes millénaires
et de calices de fleurs futures.

J’ai dormi depuis les déluges, j’ai dormi
au fond de toi, sur ton épaule, j’ai dormi sans nom
― ta poitrine n’a pas changé
l’air de la vie n’a plus le nerf de m’éveiller ―
ne me nomme jamais, ne me réveille pas,
tes poumons immobiles ont désappris aux miens
à respirer le souffle faible de ce monde,

le mourant ! car il agonise dans les trompettes,
les pluies battantes, et qu’il crève, le géant faible,
monde vieillard qui s’époumone
dans le feu pâle auréolant ta tête.
Cette lueur, ô veilleuse aveugle des morts, pensante
sans sommeil au fond des rêves
loin de l’huile de la vie,
endormeuse, nous avons ensemble ce secret
que je t’ai pris au carrefour martelé de lune ;
souviens-toi, tu étais habillée en petite fille,
tu guettais sur les dalles, la bouche sur ton secret.

Souviens-toi, je t’ai prise aux cheveux,
tu as desserré les dents,
souviens-toi, pour moi seul,
parce que j’avais tout trahi pour toi
- oui, messieurs de la fumée et de l’ombre,
je vous ai trahis tous pour elle :
eau-mère, la vie que tu m’as donnée,
la vie avec la bouche bée,
je l’ai trahie et j’ai trahi le monde pour elle,
pour cette enfant que de vie en vie je retrouve,
l’endormeuse sans sommeil,
la veilleuse de la fin – ô ma mort !

Tu as desserré les dents :
la boule, le feu, l’astre de gorge,
la convulsion folle derrière tes lèvres,
indéfiniment derrière tes dents, ce mur
où tant d’autres se cassent la tête,
et ce que je ne puis dire…

Mais à qui parlerai-je ? Toute oreille, tout œil
sombrent dans le silence et la nuit sans mémoire.
Tu veilles seule, enfant des baumes,
mort du carrefour, bois mon sommeil,
ne laisse rien de moi,
je suis seul à t’avoir vue plus présente qu’elles,
les fumées femelles,
les rôdeuse qu’un vrai regard dissipe,
je t’aime plus loin au fond des rêves,
maitresse de la peur, maitresse de la fin,
ne m’éveille plus,
ne me nomme plus.





 ^^
« Modifié: 08 septembre 2015 à 21:02:54 par Rain »
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul ft. Fennekin)

Bartlebooth

  • Invité
Re : Le Contre-Ciel (René Daumal)
« Réponse #1 le: 08 novembre 2009 à 02:03:34 »
Je ne connaissais pas ce poète. J'apprécie particulièrement ce rapport allégorique entre l'homme et la mort (bien que ça soit un lieu commun). Ce rapport est corporel, ou pour mieux dire sensuel même. Cette partie ne s'intitule t-elle pas « La mort et son homme » comme son compagnon, son amant ? Et puisqu'elle est virtuelle, cette mort, cette fin, cette limite - sitôt que le narrateur l'invoque, l'apostrophe - le poète a le pouvoir de matérialiser -, elle se désintègre, elle s'émousse entre les mots, entre le vide typographique dans lequel elle tombe en empoignant le col du poète.

«  Mais à qui parlerai-je ? Toute oreille, tout œil
sombrent dans le silence et la nuit sans mémoire.
Tu veilles seule, enfant des baumes,
mort du carrefour, bois mon sommeil,
ne laisse rien de moi
»

Merci de m'avoir fait connaître ce poète. René Daumal, c'est noté.

Edit : Ai-je confondu le titre du poème et celui de la section du recueil ? Eh bien, peut-être ai-je déversé des bêtises. Mais bon, il est tard.
« Modifié: 08 novembre 2009 à 02:12:46 par Bartlebooth »

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
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Re : Le Contre-Ciel (René Daumal)
« Réponse #2 le: 08 novembre 2009 à 02:25:53 »

Non non, la partie s'intitule bien "La mort et son homme" ; le recueil, Le Contre-Ciel. Content de te l'avoir fait connaître ^^
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul ft. Fennekin)

 


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