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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » ~ Se résigner ou se révolter ? ~

Auteur Sujet: ~ Se résigner ou se révolter ? ~  (Lu 1036 fois)

Hors ligne Moonight

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~ Se résigner ou se révolter ? ~
« le: 10 Juin 2017 à 13:55:02 »

    Assise dans son fauteuil de velours, la comtesse fixa l'azur resplendissant qui jetait
de sa lumière bleutée à travers la fenêtre. Aucun nuage ne venait troubler cet
aplat parfait dans le ciel, annonce d'une journée formidable.

    Enfin, elle détacha son regard de la grande fenêtre au cadre doré et sculpté, qui avec quatre autres
ouvertures permettait une vue imprenable sur l'extérieur. La comtesse, d'un air indolent, le
promena ensuite dans la pièce où elle se trouvait. Son fauteuil, entouré par cinq
autres fauteuils rouges identiques, aux accoudoirs brodés de feuilles et de fleurs
entremêlées, faisaient face à une immense cheminée en briques brunes. Derrière les
fauteuils se dressait une table oblongue, couverte d'une nappe en dentelle, et sur
laquelle des assiettes en porcelaine délicate scintillaient d'un séduisant éclat.
Des couverts en argent apportaient de leur somptuosité, à côté de serviettes en tissu
vert d'eau que l'on avait soigneusement enroulées dans des ronds de serviette
incrustés de petites émeraudes.

    La table était découpée en deux parties par une bande gris foncé qui avait été déroulée
sur toute sa longueur. Des corbeilles en faïence, ajourées et ornées de volutes
en relief et de fleurs peintes avec minutie, figuraient sur cette bande centrale. Elles
contenaient divers fruits charnus et colorés, présage d'un repas de bonne chère.
Le reste de la pièce était meublé de commodes, de consoles, et de chaises fabriquées dans un
bois foncé sans un seul noeud, dont les pieds étaient toujours sculptés dans un souci de luxe. Des
tapisseries aux couleurs sobres mais richement damassées couvraient la plupart du temps ces consoles et commodes.
Ces dernières reposaient elles-mêmes sur des tapis épais dans des tons chauds assez travaillés. Que dire des
murs marron café, au toucher velouté, qui de leurs broderies emplissaient le salon
d'une atmosphère un peu trop opulente ?

    La comtesse soupira. Ce luxe recelait une terrible solitude. Dans les vapeurs d'abord agréables de la richesse, il existait une
espèce d'ennui qui les rendait alors plutôt suffocantes. Depuis sa tendre enfance, Amélie d'Escantour baignait dans
l'insouciance d'une vie où tous ses désirs seraient exaucés. Une insouciance inhérente à l'argent. Il n'y aurait pas
un seul moment où une quelconque contrainte l'empêcherait de profiter entièrement de sa vie oisive.
Cependant, la comtesse venait de se rendre compte qu'elle se fourvoyait complètement. Cette vie voguant paisiblement
dans les eaux du faste, dans des eaux qu'elle croyait pourvues de mille trésors pour assurer sa félicité, la menait
droit aux torrents de la tristesse et de la contrariété.

    En fait, elle n'était pas heureuse devant l'opportunité de porter une multitude de robes de créateur, fabriquées
sur-mesure pour qu'elles lui conviennent à la perfection. Elle n'était pas heureuse d'avoir accès à une nourriture raffinée
et onéreuse, aux saveurs gourmandes qui enchantaient le palais. Elle n'était pas heureuse non plus de recevoir des
invités et d'user de son talent d'éloquence et d'actrice pour que les invités sortent de chez elle en se disant qu'ils
venaient de converser avec la plus ravissante et la plus rayonnante comtesse, comblée par le bonheur. Façonner sa
réputation par crainte d'une décadence sociale était pour elle une hantise morale, avant de se convertir en une
exaspération de devoir arborer à tout moment une perfection artificieuse.
Son mari l'abandonnait dans cette immense demeure vide de joie, se livrant aux plaisirs dont les hommes étaient les
privilégiés. Elle se sentait enfermée dans le carcan du luxe, qui l'empêchait de s'évader et de découvrir les
agréables surprises de la vie qui lui étaient interdits à cause des conventions et règles sociales. Ces surprises
ne demeuraient pas cachées sous son lit à baldaquin, ni dans aucun autre endroit du château insupportable où elle et son âme
s'étaient enlisées. Elles existaient dans un monde où l'on peut libérer ses envies les plus refoulées, laisser jaillir ses
désirs sans risquer le blâme public, l'humiliation médiatique, un affront mondain redoutable.
Amélie avait compris que ses envies allaient dans le sens contraire à sa vie actuelle. Une effusion presque sauvage
de liberté débordait de son cœur. Il y avait toujours une espèce de néant dans chacune de ses actions quotidiennes ; il
s'agissait d'un abîme qui, faute d'être comblé de réjouissances, lui donnait l'impression de gâcher chaque jour de sa vie.
Elle ne sentait pas épanouie, et seul un pas traître mais discret en direction d'un monde plus modeste pourrait enfin
lui permettre de se dérober, ne serait-ce qu'un instant, à l'oppression de la noblesse.

    Il l'attendait. Allongé dans son lit modeste et grinçant, il l'attendait patiemment. Une chaleur inéluctable monta
jusqu'à ses joues quand elle pensa à leur rencontre, lors d'une impressionnante réception chez un duc. Il l'avait regardée
avec insistance, les yeux luisant de sensualité, dans son costume blanc et noir de serveur. Asservi par des nobles le
réduisant à un homme insignifiant, il dégageait malgré ce statut une espèce de force attirante que rien, même le mépris
des plus haut placés, ne pouvait affaiblir. Amélia ne connaissait rien de lui, mais il a suffi d'un regard tacite pour
qu'elle ressente le besoin impérieux... de l'approcher. Le duc dont il était le serveur avait invité Amélia et son mari à plusieurs reprises, ce qui constituait autant d'occasions de pouvoir mieux le connaître. Un jour, le duc l'avait licencié pour une raison inconnue, et il ne s'était pas fait prier pour informer discrètement la comtesse de l'adresse de sa nouveau domicile, perdu dans des quartiers misérables de la ville. Rien de sérieux ne s'était encore passé entre eux deux, mais braver voluptueusement les interdits
en se rendant chez cet homme serait l'avènement d'une existence différente... maculée de parjures à l'égard de ses devoirs mais illuminée d'un bonheur tant convoité. La comtesse, perdue dans les méandres de ses réflexions, lesquelles étaient débridées par la passion qui enflait son cœur, finit par se lever brutalement. Pressée de fuir un quotidien régulé par le code d'une conduite auquel elle ne voulait plus se soumettre, elle conclut sa réflexion par un murmure décisif : "
La vie est trop courte".

Hors ligne Leroca

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : ~ Se résigner ou se révolter ? ~
« Réponse #1 le: 11 Juin 2017 à 03:40:48 »
Tout d'abord bonjour Moonight.
Citer
Aucun nuage ne venait troubler cet
aplat parfait dans le ciel, annonce d'une journée formidable.
J'aime beaucoup le fait que tu aies utiliser le mot "aplat' pour décrire la scène, cependant je pense que la suite est à améliorer. La rupture syntaxique n'apporte pas grand chose au sens et ressemble plus à un oubli de certains mots qu'à une volonté première.

Citer
Son fauteuil, entouré par cinq
autres fauteuils rouges identiques, aux accoudoirs brodés de feuilles et de fleurs
entremêlées, faisaient face à une immense cheminée en briques brunes. Derrière les
fauteuils
Trop de fauteuil tue le fauteuil comme on dit...

Citer
  La table était découpée en deux parties par une bande gris foncé qui avait été déroulée
sur toute sa longueur. Des corbeilles en faïence, ajourées et ornées de volutes
en relief et de fleurs peintes avec minutie, figuraient sur cette bande centrale. Elles
contenaient divers fruits charnus et colorés, présage d'un repas de bonne chère.
Le reste de la pièce était meublé de commodes, de consoles, et de chaises fabriquées dans un
bois foncé sans un seul noeud, dont les pieds étaient toujours sculptés dans un souci de luxe. Des
tapisseries aux couleurs sobres mais richement damassées couvraient la plupart du temps ces consoles et commodes.
Ces dernières reposaient elles-mêmes sur des tapis épais dans des tons chauds assez travaillés. Que dire des
murs marron café, au toucher velouté, qui de leurs broderies emplissaient le salon
d'une atmosphère un peu trop opulente ?
Belle description, avec l'abondance d'éléments le tableau se peint au fur et à mesure des mots. Attention tout de même à la répétition qui vient nous en sortir..

Citer
Dans les vapeurs d'abord agréables de la richesse
Je pense que le "d'abord" serait mieux apprécié au début ou à la fin de la proposition.

Citer
il existait une
espèce d'ennui qui les rendait alors plutôt suffocantes
Petit hic sur ces deux mots à la suite..J'aurai supprimé "alors" ou je l'aurai mis après le verbe exister.

Citer
Amélie d'Escantour baignait dans
l'insouciance d'une vie où tous ses désirs seraient exaucés. Une insouciance inhérente à l'argent.
Là par contre la répétition est bien amenée ! Elle crée une insistance sur ce mot et le met donc en valeur.

Citer
Cette vie voguant paisiblement
dans les eaux du faste, dans des eaux qu'elle croyait pourvues de mille trésors pour assurer sa félicité, la menait
droit aux torrents de la tristesse et de la contrariété.
Ces deux mots se font échos et résonnent ensemble, c'est beau...et les allitérations de la premières phrases le sont aussi !

Citer
En fait, elle n'était pas heureuse devant l'opportunité [...] Elle n'était pas heureuse d'avoir accès [...] Elle n'était pas heureuse non plus de recevoir [...]
Un rythme ternaire bien amené.

Dans l'ensemble, j'apprécie beaucoup ton écriture (j’adore les virgules...), elle est assez fluide et vivante malgré quelques coquilles. On ressent dans cet écrit toute l'isotopie cette richesse ostentatoire et le champ lexical de la couleur est très approprié. On se laisse finalement entraîner dans les pensées de cette comtesse et le dernier paragraphe m'a particulièrement plu ^^
"Les gens apprécient les autres pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils pourraient être."

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 423
    • BEOCIEN
Re : ~ Se résigner ou se révolter ? ~
« Réponse #2 le: 11 Juin 2017 à 11:38:53 »
Bonjour

Un texte pas desagreable mais tes cesures de phrases m ont un peu perturbe...........

Je leur ai cherche un sens en vain ! ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Moonight

  • Scribe
  • Messages: 65
Re : ~ Se résigner ou se révolter ? ~
« Réponse #3 le: 11 Juin 2017 à 19:37:47 »
Merci de ton commentaire Leroca.  :)

Merci Txuku. Oui, j'ai un rythme dans mes phrases assez... particulier, qui ne plaît pas à tout le monde, mais bon. ;)

 


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