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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les voix lointaines.

Auteur Sujet: Les voix lointaines.  (Lu 1149 fois)

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
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Les voix lointaines.
« le: 05 Juin 2017 à 00:45:14 »
Le petit texte qui va suivre est une improvisation issue d'un atelier d'écriture où l'on s'interrogeait sur les différents types de voix de l'existence et ce qu'elles représentent pour chacun d'entre nous. Ici il s'agit tout spécialement des voix lointaines.

Les voix lointaines sont très apaisantes. De loin, elles ne peuvent vous agresser. Ce seraient plutôt des bribes de complaintes fantastiques et élégiaques. Eh ! Oui... Les voix lointaines, par définition, ne peuvent venir que de loin ! Autant dire que ce sont les voix de la destinée, souvent des chansons. Pourquoi pas ? La destinée nous revient par des tempos tristes et langoureux. Ils chantent la fatalité et le courage. Comme les bardes irlandais chantaient les voyages initiatiques sur la mer capricieuse... Oui ! Je serai toujours dans la passion. Avec un zeste de fatalité qui donne son aura dramatique à nos opéras humains. Les voix sont en même temps plus fortes et plus lointaines encore ! Ah ! Les musiques dont je me saoulais dans mon enfance solitaire, perdu dans mon HLM comme l'aède dans sa cécité. Un synthé, une guitare, une mélodie traînante et beaucoup d'amour ingénu qui surgissait au terme de tout cela.

Mais alors, excusez moi, je me voyais avançant d'un pas qui se serait voulu léger, sur la route de la vie. Grâce à mes parents, j'avais encore l'âme en apesanteur. Mais déjà les mécaniques ronflantes de l'existence sociale m'appelaient et je n'étais malheureusement plus ce que j'avais rêvé d'être : c'est à dire l'homme "aux semelles de vent", comme disait Mallarmé.

Non. Les semelles commençaient à adhérer au sol. Mais des voix lointaines, retentissant dans des chansons et dans mon imagination, me disaient qu'il fallait continuer à lever les yeux vers le ciel, les cimes feuillues des arbres, les toits de la ville et les étoiles, vers tout ce qui voulait s'arracher à la pesanteur, les sommets de la vie comme des bouchons de champagne qui sauteront un jour ou l'autre.

Et ainsi je rattrapais cette vérité tendre et inexprimable où les nuages blancs viennent former des édredons blancs sous nos têtes, où les lunes viennent se poser sur nos joues, où la nuit devient claire. Voix lointaines, vives clartés, je vous aime... Ne me laissez jamais ! Ne m'abandonnez jamais !
« Modifié: 05 Juin 2017 à 00:46:52 par Le nuage goéland »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Les voix lointaines.
« Réponse #1 le: 05 Juin 2017 à 11:16:57 »
Bonjour Le nuage goéland,

J'ai trouvé une certaine contradiction dans ton texte.

Mais alors, excusez moi, je me voyais avançant d'un pas qui se serait voulu léger, sur la route de la vie. Grâce à mes parents, j'avais encore l'âme en apesanteur. Mais déjà les mécaniques ronflantes de l'existence sociale m'appelaient et je n'étais malheureusement plus ce que j'avais rêvé d'être : c'est à dire l'homme "aux semelles de vent", comme disait Mallarmé.
Non. Les semelles commençaient à adhérer au sol. Mais des voix lointaines, retentissant dans des chansons et dans mon imagination, me disaient qu'il fallait continuer à lever les yeux vers le ciel, les cimes feuillues des arbres, les toits de la ville et les étoiles, vers tout ce qui voulait s'arracher à la pesanteur, les sommets de la vie comme des bouchons de champagne qui sauteront un jour ou l'autre.

D'abord tu rêves de semelles de vent, te référant à Mallarmé, et ensuite tu préfères le champagne, métaphore absolue de la réussite matérielle.

Bien sûr, ça arrive à tout le monde de changer d'avis, donc ce texte parle éventuellement de quelqu'un qui aurait changé de vie.

Du coup, cela évoque deux aspirations assez solitaires. Est-ce qu'aujourd'hui tu aurais encore changé d'avis ?

Ou alors peux-être vois-tu la vie comme un jeu de hasard, une sorte de loterie dans laquelle on se promènerait sans inquiétude à la recherche du grand rien, et où l'on trouverait soudainement le paradis ? Ou au contraire, penses-tu que tout est écrit, la fatalité, et qu'aspirer à quelque vie que ce soit est absolument insignifiant dans cette grande spirale qu'est l'invraisemblance ?

Voire tu n'y as pas pensé du tout, et tu ne comptes pas réfléchir aujourd'hui...

Je te remercie de m'éclairer.

Eveil

  • Invité
Re : Les voix lointaines.
« Réponse #2 le: 05 Juin 2017 à 11:40:47 »
Citer
c'est à dire l'homme "aux semelles de vent", comme disait Mallarmé
Verlaine ?

(à moins d'une erreur volontaire, c'était un rêve après tout)

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
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Re : Les voix lointaines.
« Réponse #3 le: 09 Juin 2017 à 14:26:27 »
Merci de vos passages. Pour Alan Tréard, quand j'évoque la bouteille de champagne je pense à quelque chose de plus général et de plus partagé par l'être humain, qu'un certain type de réussite sociale, effectivement. Mais la bouteille de champagne, symbole ou pas de réussite, reste pour la plupart des gens un symbole ludique. Je pensais donc d'avantage à ce que  suggère le dynamisme de l'objet par lui-même. Le pétillement, la montée, la couleur dorée, la joie, la pression victorieuse du liquide vers ce qui lui fait obstacle. Naturellement ce n'est qu'un rêve et une métaphore.

" L'homme aux semelles de vent" me semble bien de Mallarmé et cela, à vrai dire, est bien dans sa manière. Maintenant, j'ai pu commettre une erreur. Il me semble également que Mallarmé parle de "passant considérable" pour Rimbaud, mais du coup j'ai un doute et je me demande s'il n'évoque pas Verlaine lui-même, mais je doute. Autant de vérifications à effectuer pour s'assurer. De toute façon, ces trois hommes étaient proches dans les positions qu'ils occupaient en leur temps, puisque Verlaine est le premier passeur de la mémoire de Mallarmé et Rimbaud, dans sa première édition des Poètes maudits, à qui il faut ajouter Tristan Corbière, malheureusement et sans doute injustement, moins populaire que les deux autres.

De toutes manière, je le redis, ce petit texte n'était qu'une improvisation, avec sa part de rêve... En effet.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Les voix lointaines.
« Réponse #4 le: 10 Juin 2017 à 21:30:50 »
 :\? mmh, et quelle improvisation !

Eveil

  • Invité
Re : Les voix lointaines.
« Réponse #5 le: 11 Juin 2017 à 12:39:56 »
Passant considérable c'est Mallarmé, oui ! Le reste c'est Verlaine, qui surnommait Rimbaud ainsi, un rapide coup d'oeil sur le net t'en donnera confirmation. Une précision qui ne vaut pas pour le texte - onirique, j'ai bien compris - mais pour la culture personnelle.

Il y a un fil sur Tristan Corbière ici même, si l'envie te dit de partager tes poèmes préférés ou juste de parler de lui.

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
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Re : Les voix lointaines.
« Réponse #6 le: 12 Juin 2017 à 14:10:25 »
Merci de ces précisions.

 


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