Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 janvier 2023 à 01:26:31
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [défi] Révolution

Auteur Sujet: [défi] Révolution  (Lu 2855 fois)

Hors ligne Niitza

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[défi] Révolution
« le: 16 septembre 2009 à 17:46:06 »
Mince alors, c'est que ça inspire, un défi.  :mrgreen:
Ledit défi était donc de Krapoutchniek (désolée Mil, tu vas devoir encore attendre, nyah, nyah, nyah, vengeance) :

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Niitza, je te défie d'écrire un texte écrit au futur, en casant les mots "lycanthrope", "fenouil", "tartiflette", "haquet" et "pandémie", le tout sans utiliser deux fois le même mot(quand je dis ça, je parle de tous les mots du texte, pas seulement ceux-là, à l'exception des mots "le", "du", et ce genre de mots(pareil pour les verbes "être", "avoir" et compagnie)).

Ce qui a fait particulièrement travailler ma petite tête, surtout pendant un certain quart d'heure où je tentais de faire une sieste pour rattraper quelques maigres instants de sommeils d'une nuit foireuse et où des morceaux de texte se sont mis à jouer à saute-mouton avec mes synapses, insistant pour que je les écrive au plus vite avant de les oublier.
Vous imaginez bien que j'ai perdu la guerre, ma sieste a été avortée, et mon ordi allumé...
J'ai essayé de suivre les règles et ai fait la chasse aux mots en double, sans pour autant être tout à fait sûre de n'en avoir répété aucun (en dehors de ceux autorisés). C'est pour ça que le texte est assez court, c'est plus facile de ne pas revenir sur les mêmes termes.  :P
J'espère que la logique de ce machin n'est pas trop branlante...

Ensuite, à Krapoutchniek de juger si j'ai bien fait mon boulot ou pas. D'ailleurs, si tu veux que j'édite pour mettre en gras les mots obligatoires, je le ferai. J'ai juste eu la flemme, en me disant que des mots pareils, on les repère, non ?

-------------------------

Révolution.

Ce soir, tout sera différent.
Enfin.
Tu comprendras l’essence de ma vie face à toi, sa vérité profonde, car le rapport de force sera inversé, les charges changeront de porteur, ma volonté s’exprimera, et la tienne devra se taire. Tu verras combien j’ai attendu ce moment. Celui où ce sera à moi de tout faire, de tout diriger.

Pour une fois, je m’affirmerai, je serai la tête pensante qui organisera cette fin de journée. Oui, moi. Pas toi. Tu auras beau secouer des éternelles boucles sombres en ce geste d’incompréhension et de surprise enfantine dont tu ne te déferas jamais, je ne céderai pas. Tu pourras bien me fixer longuement de tes yeux noisette aux reflets d’ambre, de ce regard que tu maintiendras sur moi à la manière d’un lycanthrope dissimulé considérant sa prochaine proie, je ne vacillerai pas. Libre à toi de poser tes mains sur tes hanches, de froncer les sourcils d’un air sévère, ignorant que l’effet est brisé par ta petite taille et tes formes rondelettes, je n’hésiterai pas. Tu emploieras ta voix grésillante pour contester, pour me remettre à ma place discrète et soumise ? Je demeurerai inflexible.

Tu devineras sans doute tout de suite mon intention lorsque tu rentreras et que tu apercevras cette immonde lampe servant de plafonnier, éteinte. Tu réaliseras que tout sera terminé, je ne jouerai pas le jeu, je refuserai de contraindre mes prunelles à supporter cette lumière crue et trop vive émise par ce concentré de laideur, véritable torture esthétique que tu adores. Seule à éclairer sera cette chétive ampoule cachée par cet abat-jour, juste derrière le canapé, et peut-être quelques bougies. Je n’aurai pas besoin d’un éclat digne du soleil pour ce que je ferai alors.

Je choisirai les plats pour le dîner. Pas de tes recettes alambiquées que tu auras pris des heures à préparer en papillonnant dans la cuisine. Pas de ce fenouil insipide que tu apprécieras toujours autant malgré les années, sans te soucier de mon dégoût profond face à ce légume soi-disant raffiné mais dont la simple allure ne m’inspirera jamais confiance. Pas de ce gruau innommable qu’encore demain tu appelleras tartiflette, indifférente au sacrilège que tu commettras en rapprochant ta tambouille de cette divine spécialité des hautes montagnes. Tu sauras tout de suite qu’à ce point de notre existence, ce ne sera plus toi qui décideras, mais moi. J’imposerai mon souhait, un autre met que tu n’auras jamais vu, jamais goûté, enfermée dans ton maigre quotidien tartiné de banalité, que tu prendras pour du poison, peut-être.

Il n’y aura pas de télévision, d’ailleurs, pas de documentaire obscur expliquant en long, en large et en travers les divers usages d’un engin aussi utile et antique qu’un haquet, pas de journal catastrophiste sur la pandémie grippale ou les meurtres d’enfants, pas de film mièvre entrecoupé de pages publicitaires, rien de ces programmes ineptes, insultes à la culture et à l’intelligence. Ce sera ce que moi je voudrai. Il n’y aura ni ce monde cacophonique et bavard, ni ces gens en mouvement perpétuel, tous tellement plus riches que nous. Nous serons isolés dans notre misère, minuscule cellule de calme au creux de l’ouragan, nous les oublierons, nous effacerons tout pour un intense instant. Aucun mot sur ton travail, aucune plainte n’aura le loisir de quitter tes lèvres, je ne le permettrai pas. Pas de machine en dehors de mon vieux tourne-disque que je cesserai de donner en pâture à la poussière, pas de bruit autre que la mélodie de mes anciens vinyles avec leurs chansons datées.

Aujourd’hui, ce sera à toi de passer devant mon tribunal, d’accepter mes règles, tu seras obligée de t’incliner, de courber ta nuque fière et autoritaire, de me laisser le contrôle.
Lorsque ta clef tournera dans la serrure, tout commencera.
...

Léger claquement de la porte s’ouvrant puis se refermant, murmure de quelques pas sur la moquette.
«Bonsoir, chér...»
Silence. Puis, discret, presque inaudible :
«Ah.»
Immobilité, et soudain, embrouillé de larmes inattendues, un frêle sourire.
«Oh, mon amour, il ne fallait pas...»

Je te conduirai vers la table comme je t’ai menée à l’autel, il y a si longtemps. Fie-toi à moi, tu n’auras à t’occuper de rien, tu pourras mettre de côté ton courage auquel tu t’accroches, tes efforts sur lesquels tu insistes et ta fatigue qui te ronge. Tu auras le droit de t’appuyer sur moi pour te reposer, te détendre, juste un peu, juste pour un temps.
Et cette nuit, tout sera parfait pour notre anniversaire de mariage.
Und meine Seele spannte
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Hors ligne Kathya

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #1 le: 16 septembre 2009 à 18:08:59 »
Bravo, il y a vraiment un rythme surprenant et précipité dans ce texte ! ^^ Je n'ai pas vérifié pour les mots potentiellement en double, mais pour ce qui est des mots imposés tu as su les glisser dans le texte avec élégance ! C'est sûr on les voit, surtout quand on les connait mais à aucun moment une phrase ne fait mine de n'être là "que pour ça."

J'ai apprécié la chute aussi, moi qui m'attendais à un règlement de compte avec vaisselle qui vole !  :D
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Krapoutchniek

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #2 le: 16 septembre 2009 à 18:19:30 »
Pareil, je m'attendais à voir de la cervelle éparpillée un peu partout  :-¬?

Bon, le défi est réussi. Il n'y a pas deux fois le même mot et ceux que j'ai imposés y sont(et dans l'ordre tel que je les ai donnés en plus)  ;)

J'aime bien le décallage entre le texte et la chute même s'il n'est pas logique. Ou alors le mari s'est résigné au dernier moment et remet ça au lendemain. Ben oui, faut pas gâcher l'anniversaire de mariage tout de même  ^^

Du coup, sa révolution est un peu ratée, non ?
It will reveal its meaning when it lives in victory...

Hors ligne Milora

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #3 le: 17 septembre 2009 à 09:53:40 »
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Pas de machine en dehors de mon vieux tourne-disque que je cesserai de donner en pâture à la poussière
:coeur:

Sympathique petit texte ! Ça m'a fait penser à la chanson dont je ne sais plus ni le titre ni l'interprête (Brel ?), et où le chanteur arrête pas de dire à sa femme qu'il arrêtra de lui obérit - et qu'il le fait jamais ("T'as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon, t'as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul", etc.).

Bref, c'est vrai que la fin colle moyennement au ton, mais au moins elle est surprenante :). Sympa !  ;)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

pehache

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #4 le: 17 septembre 2009 à 11:18:13 »
2 mais, deux jamais,
7 sur  s sur, 9 en, 4 dans…  Comment faire autrement ? Mais : 3 juste.

Non, c'est bien joué.

Hors ligne Niitza

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #5 le: 18 septembre 2009 à 12:21:04 »
Dis, Pehache, tu as un compteur de mot intégré ? O_o Pour le juste, je n'avais pas remarqué, mais je me disais que les adverbes les plus fréquents et les moins longs ne rentraient pas dans la catégorie prohibée...

Contente d'avoir réussi à relever ce défi (ouf !) et contente que ça vous ait plu.

Pour ce qui est de la fin, eh bien... Comment dire...
Au départ, j'avais l'intention de faire en effet une tentative avortée de révolution, avec la soumission ultime du comploteur dès qu'il se retrouvait face à sa chère et tendre.
Puis ce personnage de la chère et tendre a pris un peu plus corps dans ma tête, et j'ai été prise de l'envie de faire au contraire un couple qui marchait un peu mieux.
J'explique donc : pour moi, il fait bel et bien sa révolution, en cela que pour un soir il décide qu'il empêchera sa femme de s'occuper de tout et la laissera se reposer. Parce que ladite femme est une maniaque, à toujours vouloir tout contrôler et à courir dans tous les sens, entre son travail, le repas, et le journal télé qui lui raconte à quel point le monde est un coin pas fréquentable. Il veut l'obliger à faire une petite pause, voyez-vous.
Mais avec ce que vous me dites, j'ai peur d'en avoir trop fait côté "je m'impose" et pas assez du côté "indices pour montrer ce qui selon lui ne va pas chez sa femme et qu'il veut désamorcer pour un soir" (qu'elle ne sait pas s'arrêter).
Mh. Désolée. ^^"
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pehache

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #6 le: 19 septembre 2009 à 11:42:56 »
En fait, tu as un paquet de "sera". C'est gratiné, cet exo, je m'y essaye en ce moment...

pehache

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #7 le: 19 septembre 2009 à 11:54:52 »
Niitza, je te défie d'écrire un texte écrit au futur, en casant les mots "lycanthrope", "fenouil", "tartiflette", "haquet" et "pandémie", le tout sans utiliser deux fois le même mot(quand je dis ça, je parle de tous les mots du texte, pas seulement ceux-là, à l'exception des mots "le", "du", et ce genre de mots(pareil pour les verbes "être", "avoir" et compagnie)).
2 mais, deux jamais,
7 sur  s sur, 9 en, 4 dans…  Comment faire autrement ? Mais : 3 juste.

Tu ne te souviendras de rien. Un écho, tout au plus, peut-être un sentiment de déjà-vu, troubleront parfois la surface trop lisse de ta conscience. Il pourra bien passer, le haquet du passé, ses tonneaux seront vides et percés. Mon pauvre amour.
Et même de notre dernier soir, tu ne sauveras rien. A moins, qui sait ?, que des détails, des odeurs, des saveurs n’échappent à l’arasement, à l’oubli, au néant. Une impression d’étrangeté te saisira-t-elle au hasard d’un repas, d’une tartiflette ? Un doute t’envahira-t-il quand l’arôme du fenouil chatouillera tes narines ?
J’en pleurerais ! Car tout s’effacera en toi, je le sais. Toute trace de moi s’abolira, à jamais.
Le temps passera, vain, vide, presque vulgaire, sans toi. Les media baveront leurs nouvelles : accidents, catastrophes, tsunamis, pandémies… Les jours, les ans, les siècles s’écouleront…
Tout ce que je ferai, cette nuit, mon trésor, mon unique, ce sera pour toi. Ce repas… Toutes ces drogues que tu avaleras, sans te douter de rien… Le reblochon, le vin blanc, les herbes, camoufleront mes philtres, mes décoctions.
Nous nous étreindrons plus sauvagement, plus tendrement que jamais ; puis tu t’endormiras, doucement, dans mes bras.
Demain, tu te réveilleras, en te rasant, tu t’étonneras de cette petite marque sur ton cou, tu te sentiras faible, exténué, et tu ne sauras rien de celle qui t’aura quitté emportant pour l’éternité le bouquet de ton sang pour habiller son âme.
Moi, je continuerai ma route, solitaire, mon chemin sanglant de lycanthrope… Jusqu’à ma prochaine passion.

Verasoie

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #8 le: 23 septembre 2009 à 10:49:08 »
Eh ben, c'est impressionnant ! Je le trouve long pour une telle contrainte... et puis la chute est marrante xD on s'y attend pas du tout. C'est mignon en fait. En plus je pense que si on n'a pas lu le défi, les mots imposés passent tout à fait naturellement :P.

Mil : la chanson dont tu parles c'est Vesoul, et elle est bien de Brel ^ ^

Hors ligne camdailclot

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #9 le: 23 septembre 2009 à 10:59:21 »
Texte très intéressant bien commencé, bien achevé, un peu de lourdeur au milieu ( pas dans le sens  et l'intention mais dans la rédaction des phrases.)
C'est vif et enjoué, réaliste et ancré dans un quotidien crédible
Beaucoup de plaisir à le lire ne tous les cas
Pour ce qui est du défi "il n'y a pas de libertés sans contraintes"
Ce sont les "contraintes" qui stimulent la créativité
Bravo !!!!!
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musicien de jazz, voyageur, aquarelliste
théâtreux par moments
aime la vie
timide et imaginatif
très (trop) sensible

Hors ligne ernya

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Re : [défi] Révolution
« Réponse #10 le: 07 septembre 2010 à 12:42:54 »
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Je choisirai les plats pour le dîner. Pas de tes recettes alambiquées que tu auras pris des heures à préparer en papillonnant dans la cuisine.
j'aurais mis "pas ces recettes alambiquées..." pour que ce soit moins lourd et idem pour la suite" pas de ce" c'est hyper lourd


j'ai bien aimé... jusqu'à la fin. Que j'ai pas du tout aimée, XD. Je voulais de la violence là où il n'a plus qu'un amour mielleux.
Ah et j'ai lu après ton explication, personnellement je voyais pas le texte comme ça. Enfin pas dans le sens" il va la laisser se reposer un peu", parce que dans ce cas c'est plus tellement une révolution...
Enfin voilà, je suis mitigée, à la fois j'ai bien aimé certains passages et en même temps je trouve le texte un peu bancal.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

 


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