Hop 
Petit extrait d'un projet en cours écrit au fur et à mesure dont j'aimerais obtenir quelques avis. La Fantasy n'est pas mon domaine de prédilection mais cette histoire commence à s'étaler pas mal alors avant que je ne m'égare je fais un point. 
Projet d'origine - Roman a épisodes courtsKiara n'avait jamais été aussi angoissée que ce jour-là. C'était un jour spécial, unique, celui qui déciderait de ce qu'elle ferait pour le reste de sa vie.
Il en était ainsi depuis des années dans la cité d'Alkrayan. Tous ceux qui ne souhaitaient ou ne pouvaient pas s'occuper de son ou de ses enfants pouvaient se rendre au château du roi et les confier à son orphelinat. On ne leur demandait rien, et on ne les jugeait pas sur la raison de l'abandon. En échange de la générosité de son accueil, le roi ne demandait qu'une chose : A l'âge de ses 16 ans l'enfant entre à son service dans le personnel de son château, dans l'armée ou dans l'un des innombrables offices que contenait sa cité.
C'était justement là, la raison de l'anxiété de Kiara. Elle vivait aujourd'hui ce fameux jour, celui de ses 16 ans.
Derrière cette grande porte en bois aux ferrures énormes, le conseil de l'orphelinat l'attendait.
Elle avait déjà eu souvent fort à faire avec le maître de l'orphelinat. Un homme de grande stature qui, derrière ses petites lunettes carrées, savait lancer de terribles regards perçants. Elle n'était pas une mauvaise fille, du moins pour elle, elle était juste un peu plus turbulente que les autres. Plus curieuse, plus maligne ou pas assez parfois. Comme quand elle s'était fait prendre à se promener dans les couloirs la nuit. Il y eut aussi les fois où elle avait chapardé un peu dans les cuisines et d'autres bêtises encore. Le maître de l'orphelinat l'avait très souvent sermonnée et punie mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle aimait flirter avec le risque.
Aujourd'hui tout était différent. Le conseil qui siégeait derrière cette porte allait décider de l'endroit où elle serait envoyée pour travailler le restant de sa vie. Il y avait des lieux où elle ne souhaitait vraiment pas être envoyée car les rumeurs allaient bon train à leurs sujets. Kiara ignorait où elle aurait aimé être affectée. Rien ne lui faisait vraiment envie, elle ne trouvait pas réjouissant, par exemple, de travailler comme page au service du château. Elle aurait aimé au moins avoir le choix supplémentaire que les garçons avaient. Pour eux, c'était le château et ses services ou l'armée. A choisir, elle aurait préféré l'armée. Même si le cadre militaire n'était pas vraiment celui qu'elle affectionnait le plus, elle aurait eu la chance de voir plus de choses qu'ailleurs.
Elle était encore en pleine réflexion lorsqu'elle entendit son prénom être appelée. Elle sursauta puis se leva de son banc de bois. Autour d'elle, les autres enfants de l'orphelinat, qui avaient le même âge qu'elle, la regardaient. Ils étaient tous soulagés de ne pas avoir été appelés tout en redoutant le moment où leur tour viendrait. Kiara avança près de la grande porte, cette dernière s'ouvrit et elle vu le visage de l'un des surveillants de l'orphelinat apparaître. Elle le connaissait bien, yeux de fouine et nez crochu, elle l'avait souvent imité pour faire rire ses camarades de chambre.
- Dépêche-toi ! ordonna-t-il avec un regard courroucé. Il y en a d'autres derrière toi.
Kiara accéléra le pas puis franchi la porte. Derrière, il y avait la grande salle du réfectoire, grande, voûtée et faite en pierre d'une couleur presque noire. De la pierre volcanique, lui avait dit un jour un de ses voisins de table. La salle était prête pour le prochain repas mais Kiara savait qu'elle n'y participerait pas. Au bout, à la table d'honneur, où siégeait toujours les surveillant et surveillants en chefs, se trouvait le conseil. Il était composé du maître de l'orphelinat, des deux grands surveillants ainsi que des responsables de chaque endroit où elle pouvait être envoyée.
- Approche, approche Kiara, dit calmement le maître de l'orphelinat. Viens plus près.
Kiara s'exécuta puis s'arrêta à une distance qu'elle jugeait raisonnable.
- Bien, dit le maître de l'orphelinat. Mesdames, Messieurs, je vous écoute.
Pendant un court laps de temps, Kiara cru que personne n'allait parler, puis la dame placée la plus à gauche prit la parole. A la tenue qu'elle portait, et malgré la volonté d'apparat de son uniforme, on devinait aisément qu'il s'agissait de la cuisinière en chef du château.
- Je n'en veux pas, je lis ici qu'elle est indisciplinée et souvent désobéissante. Nous n'avons pas le temps ni la ressource pour la surveiller, il y a bien trop de travail par chez nous.
Kiara souffla un peu. Les cuisines faisaient partie des endroits qu'on lui avait décrits comme vraiment peu agréable. Un homme à la tenue irréprochable prit à son tour la parole, il portait un magnifique costume de cérémonie.
- Le service du protocole ne peut se permettre de prendre une jeune personne aussi turbulente. Le protocole exige de la retenue, de l'obéissance et surtout de l'effacement. Je ne peux accepter sa candidature.
- Bien ! dit le maître de l'orphelinat sans relever la tête de ses papiers, quelqu'un d'autres ne veut pas de cette jeune fille ?
Kiara eut un choc. Presque toutes les personnes présentes avaient levé la main. Elle ressentit une profonde tristesse devant ce rejet massif. Les larmes montèrent au bord des yeux mais elle se garda bien de les laisser couler. Elle tenait au moins à cet honneur. N'entendant pas de réponse, le maître leva le nez et fut aussi surpris que Kiara de voir toutes ces mains levées.
- Êtes-vous tous devenu fou ? J'admets que son dossier n'est pas parmi les meilleurs, mais tout de même !
Kiara remarqua alors qu'une dame, tellement effacé qu'elle semblait disparaître entre les deux personnes qui l'entouraient, n'avait pas levé la main. Kiara sentit une boule au ventre. Son rejet l'avait vraiment attristée et cette étrange dame semblait être son dernier espoir. Le maître venait lui aussi de s'apercevoir de cela et se pencha doucement.
- Madame Tendrak, dit-il, vous ne vous êtes pas prononcé. Puis-je avoir votre avis s'il vous plaît ?
- Eh bien… répondit la dame un bafouillant un peu, c'est que… voyez-vous vous… le travail de lavandière… c'est assez physique et je la trouve un peu chétive pour ça…
- Allons !! Mais qu'est-ce que c'est que cette réponse ?
Le ton du maître venait de monter d'un cran.
- Je suis navré de m'emporter un peu mais il faut tout de même une place à cette jeune personne !
Un homme qui n'avait pas non plus levé la main prit la parole. Kiara savait parfaitement de qui il s'agissait et pourquoi il n'avait pas répondu. Son uniforme et le blason sur sa poitrine en disaient suffisamment long. Il s'agissait de l'un des généraux de l'armée du roi. Il se mit à sourire en disant :
- Je sais qu'en temps normal on envoie les fortes têtes dans nos rangs, mais je ne peux me résoudre à prendre une jeune fille dans l'armée. Ce serait ridicule ! Cela dit, votre refus unanime est très amusant.
- Eh bien moi il ne m'amuse pas du tout ! tempêta le maître. Il faut une place à cette jeune personne ! Que vous soyez d'accord ou non !
- Alors pourquoi pas à mon service ? demanda soudain une étrange voix mélodieuse et douce.
Kiara n'eut pas le temps de voir qui venait de parler que toutes les têtes du conseil s'étaient déjà tournées. Dans un grand fracas, tous avaient reculé leurs chaises et mit un genou à terre pour les hommes, ou fait une révérence pour les femmes. Kiara se tourna vers le coin de la pièce où convergeaient déjà tous les regards. Dans la pénombre, on apercevait une grande silhouette qui dégageait une extraordinaire présence. La silhouette fit deux pas, s'avançant dans la lumière. Kiara ne l'avait jamais vu en vrai mais elle le reconnut tout de suite, c'était le roi en personne. Il était encore plus magnifique que sur les gravures et les statues. Il portait un habit de couleur mauve. Par-dessus, il portait une sorte d'armure légère en argent qui brillait même avec le peu de lumière de la pièce. Il y avait aussi une cape, elle aussi mauve avec une bordure en argent. Son visage était semblable à celui d'une poupée, très blanc avec quelques touches de couleur. Il avait des yeux d'un vert éclatant, d'étranges oreilles qui pouvaient faire penser à celle des elfes des livres de conte de fée. Ses cheveux étaient longs et d'un noir profond comme la nuit, parsemés de quelques mèches, elles aussi brillantes comme l'argent. Il se mit à sourire et dévoila une dentition bien différente de celle de Kiara, ou même d'un homme ordinaire. Malgré cet étrange mélange de charisme et de mystère, le roi dégageait une magnificence et un sentiment de sécurité. Kiara ne fut pas surprise de ne pas avoir peur de lui, elle se sentait bien en sa présence.
- Votre Altesse, commença le maître de l'orphelinat, depuis combien… je veux dire… vous étiez là ?
- Oui, je l'étais. En fait je le suis à chaque fois que vous organisez ce conseil.
- Pourquoi ne pas nous en avoir prévenus, Votre Altesse ? Nous aurions… enfin je veux dire…
- Je n'avais pas à le faire, monsieur le maître de l'orphelinat. Je n'ai pas de raison à donner. Cela dit, c'est la première fois que je me sens obligé de me montrer.
- Vous m'en voyez vraiment navré, Votre Altesse.
- Oui, j'espère. Je n'apprécie guère le jugement sévère que vous portez sur cette jeune fille alors qu'elle n'a même pas eu la chance de faire ses preuves.
- Je me permets de signaler à Son Altesse que je n'étais pas d'accord aussi sur ce point, répondit le maître de l'orphelinat sur un ton doucereux qui occasionna les foudres des regards des autres personnes présentes.
- Il me semble vous avoir dit que j'étais présent, monsieur le maître de l'orphelinat, répondit le roi d'un ton glacial qui fit frissonner Kiara.
- Mille excuses, votre Altesse.
Le roi ne répondit pas. Il toisa le maître du regard puis se tourna vers Kiara. Elle sentit son cœur s'arrêter. C'était bien la première fois qu'une personne prenait sa défense et celle-ci n'était rien de moins que le roi. Tout en continuant à la regarder, il prit la parole :
- Je souhaite prendre cette jeune fille à mon service. Puisque personne ne veut lui donner sa chance c'est moi qui la lui offrirais.
- Votre Altesse, je me dois de vous faire remarquer que les places à votre service sont réservées aux enfants les plus méritants. Nous avons…
Le roi ne se retourna pas et dit sur un ton doux et souriant en regardant Kiara :
- Il me semble avoir été clair. Je veux cette jeune fille à mon service, vous n'avez qu'à lui donner la place d'un autre.
- C'est… Que… Voyez-vous… Enfin Votre Altesse, je me dois d'insister, je ne vois aucun nom sur cette liste que je me sens le cœur de léser. Je veux dire que…
C'est alors que le visage du roi se transforma, son sourire disparu, ses yeux devinrent froids et colériques. Lorsqu'elle le vit ainsi, Kiara senti une terreur l'envahir tellement le roi semblait d'un seul coup dangereux. En un éclair et sans que personne n'ait le temps de bouger, il se jeta sur la table du conseil. Ni Kiara, ni personne n'avait réussi à percevoir le mouvement.
- Faut-il vous rappeler votre place monsieur ?! hurla le roi. Il me semble que votre mémoire vous joue des tours, il serait peut-être temps de vous remplacer !
Il venait de saisir le maître par le col et l'avait soulevé du sol, il le regardait avec toute la puissance de sa colère. Le maître n'osait pas répondre, on lisait la plus grande terreur dans ses yeux.
- J'ai dit que je voulais cette jeune fille à mon service et la seule chose que je veux entendre, c'est "oui Votre Altesse, tout de suite Votre Altesse, désirez-vous autre chose Votre Altesse" . Est-ce clair, monsieur le maître de l'orphelinat ?
Pendant un instant, le silence se fit. Le maître, terrorisé, ne répondait pas. Puis, au moment où Kiara pensait qu'il ne le ferait sûrement pas, elle entendit sa voix toute fluette :
- B…Bien… Votre Altesse, je… je… vous adresse mes plus…
Avant qu'il n'ait le temps de finir sa phrase, le roi le lâcha lourdement sur le sol.
- Je n'ai que faire de vos excuses. Sachez rester à votre place.
Sur cette dernière action, le roi se retourna vers Kiara. Elle eut d'abord un sentiment de peur en imaginant le roi venir en colère vers elle mais, ce ne fut pas le cas. Il avait de nouveau son regard avenant et cette impression de protection émanant de lui. Il s'approcha et lui dit très doucement :
- Je suis sûr que tu vaux bien mieux que ce que cette bande de vieux grincheux ne veut se l'avouer. Je te prends à mon service. Es-tu prête à faire honneur à cela ?
Kiara était fortement intimidée mais, la bienveillance du roi lui faisait très plaisir.
- Oui, Votre Altesse, répondit-elle en faisant une révérence maladroite et en fustigeant du regard les membres du conseil.
- Bien, dit le roi, qu'il en soit ainsi. Mesdames, messieurs, reprenez le cours de vos affaires, j'emmène cette jeune fille avec moi.
Sur ces paroles, le roi tourna le dos à tout le monde et partit en direction de la porte. Après quelques instants de doute, Kiara lui emboîtât le pas.