L’amour, l’amour, l’amour
Tandis que dans la nuit s’envole un Canadair,
je contemple ta gorge où brille un pendentif,
un pendule lascif. La perle du récif
semble un écho pâli de ta beauté solaire.
La lune se dévoile, étrange, solitaire,
les nuages s’enfuient, au loin, lourds et massifs,
je t’invite d’un mot : prenons l’apéritif !
Ton sourire demeure un absolu mystère.
Je te prends par la main, il me pousse des ailes,
le ciel est à portée, l’amour pour courte échelle.
Il est là, tends la main, il est juste à deux pas.
Tu prends nos mains unies pour en faire un compas
mesurant l’infini que les sentiments moulent
ainsi que va la vague, ainsi que va la houle.
Métempsychose
Je suis seul et j’attends que vienne un Canadair.
Le feu qui gagne l’île agace le récif.
J’ai couru vers chez moi sauver un pendentif
du feu, un talisman unique en son mystère.
Une branche est tombée, une flèche solaire,
m’a brisé le fémur tel un tamioc massif,
alors que je pêchais pour mon apéritif
sur cet ilot perdu où je vis solitaire.
C’est fini maintenant. L’oiseau n’a plus qu’une aile.
Le feu va m’achever, il n’y a pas d’échelle.
Charlemagne est trop vieux, le secours ne vient pas.
Le pilote là-haut a cassé son compas
Et moi j’entends j’entends battre mon sang la houle.
Je reviendrai ici sous forme d’une moule.
Pour Miro (qui m'aime tant)
Brûlant et passionné, au point qu’un Canadair
Lui-même ne serait, au feu, qu’apéritif,
J’attire le mépris, global, total, massif,
A tel point qu’en ce lieu me trouve solitaire.
On accorde, parfois, un adjectif : solaire
A mes vers se brisant souvent sur des récifs.
Ces bibelots d’un sou, talismans, pendentifs,
Ne poseraient au fond que ce banal mystère :
Tant de méchanceté peut-elle avoir des ailes ?
Sa densité de haine explose toute échelle,
Capricieux et borné, il n’a pour tout compas
Que le mot de mesure ! Il crie qu’il n’aime pas
Ce qui dérogerait à son sinistre moule.
je sens monter en moi des sirènes des houles.