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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un théâtre dans l'embrasure d'une fenêre. Description ludique à deux vitesses.

Auteur Sujet: Un théâtre dans l'embrasure d'une fenêre. Description ludique à deux vitesses.  (Lu 809 fois)

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
  • Messages: 339
La salle d'art est comble d'objets. L'établi, humble dans sa tonalité brunâtre, issu d'une écorce solide et sans noblesse, soutien un plateau lisse et blanc. Une plaque, réfléchissant le jeu d'une fenêtre partagée en carreaux rectangulaires, aux montants jaune pâle, devient une scène lumineuse où le regard, en vol, saisit une parade d'objets conçus et ouvragés par les artistes. Objets dans la danse, pétrifiée par l'instantané d'un regard. La parade immobile et bigarrée, cousue, taillée, découpée, assemblée se laisse saisir par la voix.

- Attention ! Dans l'ordre de gauche à droite : une alternance de mauves et d'orange. Le mauve sur des feuilles carrées, planantes, déformées par le passage d'une invisible brise - figée elle aussi le temps du cliché. Clic ! La couleur orange habille une étonnante brochette de sphères au volume dégressif : mandarine, orange, melon... On pourrait y démontrer aux enfants la relativité des volumes dans l'univers. Clic ! La mandarine est une petite planète dont l'écorce crépite des feux du soleil-melon pansu. Clic ! L'une des sphères darde sa rondeur dans l'axe de mon regard et me prend au piège à mon tour. A lieu alors la métamorphose du soleil pansu en globe oculaire brûlant d'un feu doux et m'implorant de le récompenser d'un baiser, de le relever de son numéro d'équilibriste, lui qui plane à l'extrémité d'une baguette où il est piqué pour, immobile, flotter dans l'ilot d'apesanteur qui le suspend au-delà du bord de l'établi. Clic ! A l'opposé une demi-lune d'un pâle orangé repose contre la vitre. Une large feuille ovale est divisée en deux parties par un trait figurant une ligne d'arêtes. L'ensemble, reposant sur un plateau fin et jaune comme un citron, suggère une pièce comestible.

Attention ! Les descriptions s'effectuent selon diverses vitesses ou tempos : celle-ci, peur d'être prise au piège de la montre, accélère dans l'urgence de passer à temps la ligne d'arrivée. Triangle vert en trois D, soit une pyramide, cube bleu nuit où sautent aux yeux des pois jaunes, cylindres bagués de décalcomanies drolatiques... Stop ! A votre droite !  Au-delà on se casse la figure de l'établi. Cette parade instantanée, posant pour la postérité, est survolée par un funambule acrobate d'une matière plastique translucide... Stop ! Le tout évoque une nature morte futuriste. Stop ! Encore vivante, diraient les anglais, les allemands. Stop !... Stop !... Stop !... 

Objets humbles et éphémères, d'un théâtre passager, je vous aime ! Libres...
« Modifié: 16 Avril 2017 à 18:57:57 par Le nuage goéland »

Hors ligne Miromensil

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 557
  • Mon nu mental
    • Mimerions
Bonjour,

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Objets dans la danse, pétrifiés par l'instantané d'un regard.
il me semble que pétrifiés s’accorderait mieux avec danse qu’objet… parce que les objets sont déjà pétrifiés en soi, donc l’appliquer à la danse serait plus fort me semble

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Attention ! Dans l'ordre de gauche à droite : une alternance de mauves et d'orange. Le mauve sur des feuilles carrées, planantes, déformées par le passage d'une invisible brise - figée elle aussi le temps du cliché.
Je visualise pas du tout de quoi tu parles ? il y a des feuilles mauves, c’est ça ? comment une brise peut déformer du papier ?

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Clic ! La mandarine est une petite planète dont l'écorce crépite des feux du soleil-melon pansu.
Ca je visualise déjà beaucoup mieux !

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Stop ! A votre droite ! ( Au-delà on se casse la figure de l'établi).
La parenthèse a des soucis de typo je pense, et est incongrue placée à cet endroit (entre un « ! » et un point)

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Objets humbles et éphémères, d'un théâtre passager, je vous aime ! Libres...
Je les vois pas trop libre perso, vu que tu dis qu’ils sont pétrifiés

Faut aimer les descriptions pour apprécier ^^ Je devinais que tu peignais une nature morte, donc je n'ai pas été surprise de voir cette dénomination à la fois. Par contre, j'ai eu du mal parfois à visualier ladite nature morte, tant tu fais parfois le choix de tournures poétiques davantage qu'à la simplicité du concret. Donc ça n'est pas très visuel pour moi, j'ai eu du mal à en voir une image d'ensemble. Disons que ce que j'en retiens, à la fin du texte, c'est qu'il y a un établi sous une fenêtre, avec des objets sphériques oranges de différentes tailles, et au-dessus un petit automate funambule.

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 774
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Très amusant ! Ce texte est fait d'une grande ivresse et d'une certaine désorientation.

Je n'ai pas particulièrement d'idée pour lui apporter un petit plus, la lecture est agréable.

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
  • Messages: 339
Miromesnil merci de ton passage. J'ai réfléchi à tes remarques et elles me semblent en effet judicieuses. C'est bien la danse qui est " pétrifiée " dans ce texte. C'est mieux ainsi. J'ai choisi le titre après avoir écrit ce texte et il m'a semblé qu'il était possible de jouer avec l'idée d'une nature morte à décrire dans des mots, à vrai dire une nature morte quelque peu dadaïste puisqu'il s'agissait d'objets dans une salle artistique où l'on pratique, entre autres peinture et sculpture. La nature mort était donc un " work in progress " qui évoluait à partir des matériaux bruts jusqu'à l'émergence des objets eux mêmes, souvent des volumes géométriques revêtus de couleurs pures. Comme la contrainte d'écriture était la description il a fallu jouer le jeu de mettre des mots sur de l'informe. Deux solutions : soit je contextualise un minimum et j'englobe les objets dans une description où ils commencent à avoir une fonction et j'aboutis à un texte possédant plus de repères de type narratif facilitant la lecture. Soit, ce que j'ai fait, je laisse glisser le regard de la gauche vers la droite et je prends des libertés poétiques dans le jeu de ces identifications d'objets en devenir. D'où l'idée ( je ne sais jusqu à quel point elle est heureuse) d' imaginer, en voyant une feuille de couleur creusée et déformée, que la brise avait pu passer dessus.

Merci de ton passage également Alan, le texte conserve bien en effet, je l'espère, un aspect réellement ludique d'où deux ajouts : les clics qui suggèrent des photographies possibles au cours de ces glissements de regards, et l'accélération de la vitesse de la description vers la fin du texte.

Ps à Miromesnil : le texte s'étant laissé écrire avec une intention orale j'ai voulu faire imaginer aux lecteurs des possibilités de varier la tonalité dans la prononciation des mots : cela explique cette parenthèse effectivement défectueuse par beaucoup d'aspects ! Je crois qu'il y aurait possibilité et avantage à l' ôter et mettre de l'italique pour tenter de préserver l'effet voulu au départ. Pour le cadre général, d'après ta lecture, oui tu l"as bien identifié.
« Modifié: 16 Avril 2017 à 19:18:07 par Le nuage goéland »

 


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