Rosalie regardait par la fenêtre du train dont les petites secousses la ballotaient dans tous les sens.
Bercée par ces soubresauts, elle s'assoupissait tandis que défilaient sous ses yeux de plus en plus clos, les champs, prairies et fermes. Des vaches broutaient à leur aise et là, au milieu de ces bovidés, parut quelque chose.
Le sang de Rosalie ne fit qu'un tour. Cette vision l'avait immédiatement extirpée de sa torpeur et elle sentait alors ce battement dans ses tempes qui accompagnait la montée d'adrénaline.
"Non, ce n'est pas possible, se raisonna-t-elle. Ils ne peuvent pas m'avoir trouvée. C'est une coïncidence, rien de plus qu'un hasard."
Puis elle repensa à l'état de somnolence dans lequel elle se trouvait quelques secondes plus tôt et se retint de rire. C'était surement un rêve!
Elle l'espérait en tout cas.
C'était il y a cinq ans la dernière fois. Et elle n'avait jamais baissé la garde depuis.
Ce genre de choses qu'elle ne voulait pas voir arriver de nouveau n'apportait principalement que malheur.
Elle avait seulement 15 ans quand elle avait décidé de s'en éloigner, et il lui avait fallu une année entière pour réussir.
Et voilà qu'aujourd'hui...
"Rien de plus qu'un hasard" se répéta-t-elle.
Pourtant elle descendit à l'arrêt suivant, bien avant celui prévu.
Par où commencer?
Elle ne pouvait pas interroger les habitants en en décrivant un. A coup sûr, on la prendrait pour une folle. On croirait, au mieux, à une plaisanterie.
Rosalie retourna dans les environs où elle avait vu - où elle avait cru voir - une de ces choses.
Elle jeta un coup d'œil à sa montre à gousset, vieillerie héritée et teintée de souvenirs. Il était presque midi.
Rosalie accéléra le pas.
Une simple rêverie pile à la bonne heure?
Les champs se ressemblaient tous mais un seul avait une vache étendue et sanguinolente.
Rosalie jura.
Elle s'approcha pendant que le fuilteach se repaissait des entrailles du défunt animal tout en exerçant le charme qui calmait les autres vaches pour n'alerter personne.
Par précaution, Rosalie gardait toujours sa dague sur elle quand elle le pouvait. Elle la saisit et interpela le fuilteach.
La surprise sur le morbide visage du monstre lui fit comprendre qu'elle avait elle-même trahi son secret. Il ne la cherchait pas, ne s'attendait pas à la voir. Ce n'était qu'une coïncidence.
Quand il serait mort, ils sauraient.
Les dangers de son passé étaient de retour.