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12 Juin 2026 à 09:05:41
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Lettres à No Nymes (9 parties / Récit Complet) -- merci de votre aide

Auteur Sujet: Lettres à No Nymes (9 parties / Récit Complet) -- merci de votre aide  (Lu 8383 fois)

Hors ligne PaulCahin

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ça devient illisible.
virez tout : je vais poster l'ensemble de la nouvelle en texte long meme si je n'aime pas trop cette sections au regard du peu de lecteurs/retours.
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Paul Cahin de Troyes

Hors ligne Miromensil

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Non, il y a moyen de faire en sorte que ce ne soit pas illisible. En prenant comme exemple ce fil, tu pourrais éditer ton premier poste en mettant des liens vers les différentes parties. De cette façon, tout le monde saura s'y retrouver.

D'autre part, tu dis toi-même que ton texte est une nouvelle, donc à moins qu'elle ne fasse plus de 10.000 mots, elle n'aura pas sa place en textes longs. Si elle en fait plus que 10 000 et qu'elle y a effectivement sa place, mais que tu trouves que les lecteurs y sont peu nombreux parce qu'en effet c'est plus long à lire, je peux te suggérer de trouver un binôme de lecture grâce à ce fil.

Voilà, à toi de voir.

Hors ligne PaulCahin

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Parution de la 3eme partie : Lettres à No Nymes (Suite 2)
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Paul Cahin de Troyes

Hors ligne PaulCahin

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Non, il y a moyen de faire en sorte que ce ne soit pas illisible. En prenant comme exemple ce fil, tu pourrais éditer ton premier poste en mettant des liens vers les différentes parties. De cette façon, tout le monde saura s'y retrouver.

Merci Miro.
Solution adoptée mais up necessaire sans quoi direct en page 2
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Paul Cahin de Troyes

Hors ligne PaulCahin

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Toujours dans la cadre de ce projet, suite de l'épisode précédent : Lettres à No Nymes (Suite 2)

Rappel des épisodes précédents :
Noémie à trouvé dans sa boite aux lettres un courrier destiné à une certaine Francine Mourot, portant au dos son nom rédigé de son écriture. Le courrier porte un cachet postal daté du lendemain et figurent à l'intérieur des signes énigmatiques. Un courrier que jamais elle n'a écrit.
Faisant des recherches internet sur sa mystérieuse destinataire, Noémie tombe sur le compte Facebook de son sosie, née le même jour qu'elle, et dont les amis semblent tous faire partie d'un groupe ou forum obscur : Ishtar.
Ayant reçu l'adresse du forum, Noémie tente de se connecter mais est à chaque fois déboutée. C'est alors qu'elle tente de contacter sa nouvelle amie Facebook lui ayant communiquer l'adresse d'Ishtar que son pc s'éteint brutalement. Une fois reconnectée, le réseau social lui dit le compte de Francine Mourot désactivé et la page de connection Ishtar a disparu.

Le lendemain matin, Noémie trouve une nouvelle lettre, que son concierge dit avoir été déposée à 6h00 par.... elle. Noémie s'invente alors une soeur jumelle pour couper court à la conversation, mais sort ébranlée par ces affirmations. Et toujours un courrier daté du lendemain, une destinataire inconnue (Anne Thory), son nom au dos, son écriture et... des signes énigmatiques tracés sur les faces internes de l'enveloppe. D'autres signes, rien d'autre :


ᐠ ᐟ ╵ ---- sur le verso, 
----  ⊃ sur le recto.


------------------------------------------------------------------------------------

J'y reconnaissais certains des signes de la précédente lettre. Juste quelques uns. Et des nouveaux. Mentalement j'essayai d'associer les deux "bandeaux", comme hier, sans grand espoir. Et à ma surprise, ça marcha. Un peu. "VIE S", ça donnait "VIE" suivi d'un blanc et d'un "S", comme hier. Le résultat était effarant mais ne me donnait rien de plus. Autant "SOU" était énigmatique, autant "VIE S" était... bizarre. Et pourtant c'était sans équivoque : il y avait bien un espace entre le "E" et le "S".

"VIE" : devais-je considérer seul ce terme ? S'agissait-il d'une suite, d'une... phrase ? "SOU VIE S" ? Un anagramme ?  Voussie ? Ca voulait dire quelque chose, ça, "voussie" ? Et..., et s'il s'agissait d'une phrase, d'un "code, était-il "complet" ? Ou allais-je "recevoir" de nouveaux courriers, "m'adresser" de nouveaux signes ?  Une idée et une réflexion qui me décidèrent instantanément, sans hésitation : puisqu'il semblait que ce soit moi qui me déposait ces courriers, j'attendrai demain pour en avoir le cœur net. Demain, 6h. Restait à trouver le lieu dans lequel je me cacherai, à l'insu de mon facteur, en cachette de ma postière, et ailleurs que dans la loge d'Hector-le-pervers. Un samedi matin, dans la loge d'Hector, avec Hector, de quoi faire jaser tout l'immeuble ! Beurk !

Je n'attendais pas midi pour lancer mes recherches. Au diable mon boulot, au diable mon patron, ma vie était ballotée par des vents bien trop importants pour en reporter le mouillage. Sans parler des rochers. Manteau, café, bonjours, je me précipitais sur mon ordi. Un coup d’œil au bureau de mon boss, et heureuse de le constater déjà en réunion, je fonçais sur ma page Facebook.

Francine était toujours absente, je n'osais pas aller sur ishtar.gov. Mais je lançais toutefois une recherche de patronyme dans Facebook. Trois, j'eus droit à trois réponse, dont une que de suite j'écartais : THORI Anne, alors que ma demande était claire : THORY, avec un "Y". M'en restait deux. Mais même s'il m'en était resté vingt, la sélection aurait été aisée, connaissant maintenant les informations à chercher : photos, dates, Ishtar. Dans cet ordre.

Pas de photo, ce coup ci. Pas de photo des profils mais quelques photos sur les comptes, dont une qui retint mon attention. Une grande bâtisse sur le fonds, deux personnes sur le devant. Des adolescentes, apparemment. Une grande mulâtre à la peaux d'ébène et... une... moi. Ou Francine. Ou ma jumelle. Sauf qu'elle était blonde quand je suis brune, les yeux foncés alors que les miens sont clairs, et les cheveux roux alors que je suis châtain. Une moi... différente, ou une Francine travestie. Mais ce qui me décida fut ailleurs, plus loin sur la photo, un bout d'un panneau indicateur, de bourgade ou lieu, je ne savais pas trop, mais dont les lettres visibles étaient comme une confirmation, un adoubement : "VIE S".
J'avais trouvé mon second sosie, ma seconde jumelle. J'avais trouvé Anne THORY, à qui j'avais adressé cette lettre... demain.

Anne THORY ne répondit jamais à ma demande d'ami. Ni à mes messages. Un compte qui s'il n'était pas désactivé avait toutes les caractéristiques d'un compte abandonné. Aucune date de naissance n'avait confirmé mes soupçons, et Anne semblait n'avoir aucun ami. Ou n'avait jamais répondu. Aucune référence à Ishtar non plus. Mais j'étais sûre que c'était la bonne, et avant qu'elle ne disparaisse vu ce qui s'était passé la veille, j'imprimais la photo sitôt rentrée chez moi. En couleur. Et enregistrais une copie dans mes fichiers personnels : qui sait si avec les logiciels adéquats je n'arriverai pas à trouver le lieu en question, à l'aide des maigres indices dont je disposais - la maison, le panneau tronqué, "VIE S". Un faible espoir mais un espoir tout de même.

Je tentais une incursion sur Ishtar.gov mais tombait encore sur un 404. En gros caractères. Toutefois, il me sembla que quelque chose avait changé, quelque chose sur quoi je n'arrivais pas à mettre la main. Les couleurs ? Non, toujours ce bleu nuit, une comparaison avec mes lettres l'attestant. Bleu nuit ! J'y étais : les 404 sont des messages qui ont leur propres couleurs, non pas des messages texte qui se superposent aux sites puisqu'ils n'existent pas mais des pages en tant que telles : blanches. J'aurais dû le voir, dès la veille, mais trop obnubilée par la disparition du compte de Francine Mourot, je n'avais pas alors fait attention, pas assez.

Ça n'était pas un 404, pas un vrai, mais un 404 "maquillé" destiné à éconduire les importuns. Se cacher. Du coup, il me fut assez facile de trouver "l'entrée", ce qui permet de passer outre et qui bien souvent est codé. Le plus dur n'a pas été le code, le plus dur n'a pas été la clé, mais la porte. C'est dans le "0" que se cachait l’accès, en plein milieu des seuls caractères affichés à l’écran, et en plein centre de ce milieu. La souris ne réagissait pas, qui de pointeur restait pointeur, sans souligner de lien. Mais une fois cliqué le centre du "0", s'ouvrit une seconde fenêtre, en pop-up, avec ce simple mot : "code ?".

Sans hésiter je saisi le seul qui me vint à l'esprit, celui que me semblait le plus naturel dans cette histoire des moins naturelles : "SOU VIE S". Et alors apparu la fenêtre de connection la même que la veille, sur laquelle je m'étais acharnée quatre fois et qui bizarrement avait éteint mon ordinateur.
Je ne voulais pas rejouer la scène, je ne voulais pas courir le risque d'endommager mon pc, et perdre mon contact, si peu volubile qu'elle soit.  Alors j'essayais une fois, une unique fois : mon nom et à nouveau le code. Et à nouveau je revins à la page précédente, à nouveau au 404. Je me dis alors que si on voulait vraiment que j’accède à ce cite, on me donnerai en temps voulu l'ensemble les éléments me permettant de le faire.
Et ceci confirmait le soupçon qui depuis ce matin me taraudait : il y aurait une autre lettre, demain. Un "indice" supplémentaire, une occasion de plus de comprendre, et pourquoi pas, d'alpaguer mon facteur. Ma jumelle. Et tirer tout ça au clair.

Je me couchais tôt ce soir-là, très tôt. Je ne dinais pratiquement pas, et ne prenais pas non plus de second verre de vin. Je devais pour le lendemain être fraiche et dispos, alerte et aux aguets, tous les sens éveillés et prête à en découdre. Alors je me couchais tôt. Mais m’endormis tard, tant tournaient et retournaient dans ma tête les évènements de ces deux derniers jours qui de fille unique m'avaient données 3 sœurs, 3 jumelles.
A moins qu'Anne ou Francine soit ma postière. Mais même deux, j'avais du mal à l'envisager, du mal le comprendre. C'est alors que je me rappelai le mail de ma mère, vu mais non lu la veille. Des jumelles, ma mère,... il faudrait que j'interroge ma mère... demain. Ma mère devrait savoir... demain... Sur quoi je m'endormis.

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à suivre (...)
« Modifié: 27 Janvier 2017 à 09:16:49 par PaulCahin »
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Paul Cahin de Troyes

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Parution de la 4eme partie  : Lettres à No Nymes (Suite 3)
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Paul Cahin de Troyes

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(suite1) Eh oui, on n' a pas toujours le temps de suivre au jour le jour...  ;)

Citer
Je réessayais, plus de trois fois, et me retrouvais systématiquement au point de départ. Une impasse. Quoi que... Quitte à y être, et maintenant qu'ont étaient amies, je décidais d'envoyer un message à Francine. Une simple question qui, je l'espérai, me permettrai d'en savoir un peu plus, de mieux comprendre ce qui se tramait autour de moi : "Ishtar ?"


Je réessayai...  et me retrouvai ?... Quoique ?...  qu'on était amies... je décidai... qui, je l'espérais... me permettrait...   8)





Hors ligne PaulCahin

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Toujours dans la cadre de ce projet, suite de l'épisode précédent :  Lettres à No Nymes (Suite 3) 

Rappel des épisodes précédents :
Depuis deux jours, Noémie trouve dans sa boite aux lettres une enveloppe bleue portant chaque fois le nom d'une autre destinataire, son nom au dos rédigé de son écriture et un cachet postal daté du lendemain. Rien à l'intérieur si ce n'est des signes qui assemblées donnent "SOU VIE S". Jamais elle n'a écrit ces lettres.
Après recherches, Noémie découvre que les mystérieuses inconnues lui ressemblent comme des jumelles et semblent faire partie d'une société secrète : "Ishtar", dont un site permet l’accès mais lui est pour l'instant refusé.
Chaque date de chaque courrier semblant signifier qu'une autre enveloppe sera alors délivrée, Noémie décide de surprendre le prochain "facteur" et lui demander des comptes.
Celui-ci devrait passer à 6h ce matin, comme l'a vu la fois précédente son concierge qui l'a décrite... comme sa jumelle.
Une de plus ?


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5h30. Un bip, deux bips, trois...  légers puis de plus en plus forts. De plus en plus stressants. Le réveil, 5h30, ce samedi 17 décembre. Le jour de la troisième lettre.
Une fois les idées en place, je me levais et rapidement me passais la tête sous l'évier de la salle de bain. On verrait plus tard pour une douche, l'urgence d'abord : le facteur.

J'avais deja réfléchi aux habits que j'allais mettre, aux meilleurs des choix : des vêtements foncés, un fichu sur la tête après avoir noués mes cheveux, des baskets,... tout était prévu pour une discrète surveillance. Et une bombe lacrymo, une cordelette,... tout était prévu pour une parfaite appréhension, et plus si nécessaire.
Tout était prévu, sauf moi, qui déjà rechignait et tentait de trouver une alternative. Et si je ne faisais que la suivre, que la filer jusqu'à son antre ? Et si je bouchais ma boite aux lettres, avec du papier, du scotch, etc. Et si...

5h50 : et si j'y allais...

Je descendais doucement les escaliers, me tenant au plus près de la rampe pour mieux me cacher et éviter les habituels grincements. Et surtout pour ne pas trébucher, tant il faisait sombre. Arrivée à mi-étage, je risquais un coup d'oeil sur le hall d'entrée, lentement. La porte était fermée, le palier vide, et seul filtrait de sous la porte de la loge un mince filet de lumière qui donnait à la scene un semblant de vie. Le gardien était réveillé et debout, déjà.

La veille, j'avais longuement réfléchi à la meilleure façon d'alpaguer ma postière. D'où la bombe lacrymo. Et, surtout, du lieu de surveillance le plus proche et le plus pratique, car il n'était pas question de débouler des escaliers, au risque de faire du bruit, ou me rompre le coup avant d'avoir pu approcher ma cible. Non, j'en étais persuadé, le mieux était de me terrer dans le hall même, dans son ombre la plus noire et cachée à la vue de l'entrée : derrière les grilles qui menaient aux caves.

Après m'être assurée de n'avoir rien vu bouger, je continuais de descendre les quelques marches qui menait en bas. C'est à trois marches du seuil que j'entendis la clé de la loge tourner dans sa serrure : le gardien allait sortir... Foutu gardien ! Je sautais les dernières marches et me précipitais rapidement vers les caves ou je me réfugiais, haletante et bénissant mes baskets pour leur exceptionnelle discrétion.
C'est alors que je la vis...

J'ai cru que mon cœur allait lâcher, j'ai cru que j'allais défaillir de peur. Et si je ne suis pas tombée dans les pommes, je n'ai pu contenir ce cri, cette plainte, qui de moi instinctivement s'expulsa.  Pour sûr elle a eu peur, pour sûr elle a été surprise, elle aussi. Mais certainement pas autant que moi, qui derrière ces grilles me croyais à l'abri, protégée, et loin de penser me confronter... à moi-même. Car c'est bien "moi" que j'ai vu, subrepticement, avant de crier et que s'éloigne l'intruse dans l'ombre des escaliers. "Moi", avec les mêmes yeux, le même teint,... la même peur. "Moi", qui rapidement est descendu dans les caves et s'est soustrait... à ma vue.
Ma jumelle, ma parfaite jumelle.

Déjà le gardien était sur moi, déjà le poing levé et prêt à s'abattre. Je luis fis face et criai :
- Un rat ! J'ai vu un rat !
- Mademoiselle Nymes ? C'est vous ? Que faites vous ici à cette heure ?
- Un rat, il y avait un rat. Ici !
- C'est possible, Mademoiselle, ce sont les caves. Mais pourquoi chassez-vous les rats, si tôt un samedi ? Laissez-les donc bouffer le raticide répandu sur le bord des marches, c'est certainement plus efficace que... votre bombe. Vous vouliez faire quoi avec ça ? En capturer un ?
- ... Je... Je ne sais pas. Je...
- Est-ce-que ça va, au moins ?
-... Oui,... oui, je crois. Je vous pris de m'excuser, je n’aurais pas dû crier comme ça mais...
- Ça n'est rien, j'ai l'habitude d'entendre les filles crier, vous savez...
- Ah ?...
- Oui, je suis grand-père, trois fois grand-père, et j'ai huit petites-filles, alors pour ce qui est des cris...
- Ah !... Je comprends.
- Bon, c'est pas tout mais je dois faire ma tournée de nettoyage... alors, si vous voulez bien m'excuser...
- Mais bien sûr... Bonne journée M. Grives.
- Bonne journée Mademoiselle.

Et alors qu'il retournait à sa loge, la tête dodelinante et certainement à ses réflexions habituelles :
- Monsieur Grives ? Hector ?...
- Oui ?
- Ces caves, là, en bas, où mènent-elles ?
- Comment ça ? Ben,... aux caves.
- Oui mais.... c'est tout ?
- Oui. On dit qu'il y a des passages avec les catacombes, mais moi, je ne les ai jamais trouvé. Jamais. Je pense que ce sont des sornettes, des choses qui étaient peu être vraies il y a cinquante ans, mais maintenant...
- Pourquoi ?
- Ben, les travaux. Tout a été refait il y a plus de 20 ans. Pour la crue. Enfin, ... au cas où il y ait une crue.
- La seine ?
- Oui, comme au début du siècle. Le siècle dernier, je veux dire.
- D'accord. Merci Mons..., merci Hector.
- De rien, Mademoiselle. Bonne journée.

Les caves, les catacombes, voilà pourquoi Hector avait dit hier n'avoir pas vu "entrer" ma sœur, voilà pourquoi il pensait que je lui avais donné un double.  Voilà par où passait ma factrice. "Mon" double.

Je remontais pensivement à mon étage, toute à mes réflexions et qui déjà projetai une inspection en règle des lieux et souterrains, quand par réflexe je jetai un dernier regard à ma boite aux lettres. Rien, pas de courrier.
Qu'avais-je fait ? Avais-je rompu le cycle qui aurait pû m'aider à comprendre, à savoir ? Peut être à l'intérieur, oui, c'est ça, peut être que pressée, ma factrice avait déposé sa lettre dans ma boite, qu'elle était tombé au fonds, tout au fonds.
J'envisageais déjà de redescendre avec mes clés quand du palier je la vis, là, sous ma porte, délicatement posée et dépassant au trois-quart du seuil, en bleu sur le tapis gris du couloir : la lettre.
L'enveloppe bleu nuit de ma troisième lettre.

Je me précipitais vers ma porte, restée entr'ouverte. J'avais prévu devoir revenir ici en catastrophe et avoir les mains trop "chargées" pour pourvoir ouvrir avec mes clés. Alors, à 5h50 du matin, j'avais tenté le coup et juste tiré ma porte au maximum. Sans la fermer.
Et maintenant, je m'attendais au pire ; si elle avait pu déposer un pli sous ma porte, qu'est-ce-qui aurait empêcher ma factrice de faire plus : me voler, ou poser un micro, une camera,... Tous les plus mauvais et paranoïaques scenario me vinrent à l'esprit. Même ceux parlant de montres sanguinaires, et de victimes très dénudées.

C'est perplexe et légèrement anxieuse que je poussais la porte de mon appart. Tout en restant sur le seuil. Et tout en me demandant comment, mais comment, avait-elle pu ainsi se déplacer sans que je la voie, sans qu'on la voit, moi et le gardien.
Un énigme. Une énigme de plus.

Apparemment rien n'avait bougé, tout était à sa place. Et plus j'inspectais les lieux plus je me convainquais qu'il s'était décidément passé trop peu de temps pour que quelqu'un puisse y "enlever" ou "rajouter" quelque chose. Déposer délicatement la lettre, bien droite et perpendiculaire à la porte, avait déjà dû prendre un peu de temps, qui nécessite de se baisser voire s’agenouiller. Mais c'est la bombe toujours à la main que je refermai enfin ma porte et reportais mon attention sur la lettre, rectangle bleu nuit à mes pieds.

De suite je sus voir ce qu'il fallait distinguer et qui maintenant devenait rituel : d'abord le nom, puis "mon" nom, et enfin la date.
Le cachet était encore celui du lendemain, 18 décembre, le nom au verso était encore le mien, de ce qui semblait bien être mon écriture. Toujours la même encre, toujours la même calligraphie, et encore une destinataire inconnue : Corinne ERBION.

Je ne connaissais pas de Corinne, j'étais catégorique. Enfin...., si... ma mère. Ma mère que je m'étais promise d'appeler aujourd'hui, pus tard. Mais je ne voyais aucune relation entre le nom de ma mère et celui-ci. Erbion, Erbion,... non : ça ne me disait rien.
Je savais le plus intéressant à l'intérieur, aussi, après m'être assurée n'avoir rien omis de mon inspection, je déchirai l'enveloppe par le haut et l'ouvrai en grand.
Les signes étaient là, comme les deux fois précédentes. Comme d'habitude aurais-je été tenté de dire, faisant abstraction de l'anormalité de la situation. Trois signes, à nouveau. Sur chaque face :
+ ◠ ⃓ -- au recto,
--◡ ⃓  -- au verso.

Une énigme des plus simples, un assemblage des plus évidents qui immédiatement me sauta aux yeux, l'expérience aidant : "TOI".
J'avais ainsi la troisième partie de ce qui ressemblait maintenant de plus en plus à une phrase, ou un mot de passe : "SOU VIE S TOI".
Et en disposant ainsi les lettres, en considérant l'espace particulier du second courrier par rapport aux deux autres me vint l'idée qu'il manquait quelque chose, un lettre. Et si ce blanc était un "N"... Et si la phrase était SOU VIENS TOI. Et si... Mais de quoi ? De quoi devrais-je me "souvenir" ?

Je me jetais sur le PC. Ishtar, que me dirais Ishtar.gov si je rentrais "SOUVIENS TOI" comme mot de passe ?
J'avais encore un mail de ma mère, que je parcouru brièvement, en diagonal. "Comment tu vas", "appelle-moi", etc... Rien de neuf, rien qui aurai pu m'aider. Et un une nouvelle notification de Facebook, un message de... Corinne Erbion... qui souhaitait être amie avec moi. Je me connectais rapidement et lisais le détail de son invitation, qui se résumait en cinq mots, cinq petits mots comme autant de coups qui cinglèrent mes tempes, une pression sanguine à la limite du supportable : "Tu m'a fais peur".

Corinne, Corinne Erbion... Ma factrice ! En avait-il été de même les fois précédentes ? Est-ce-que Francine et Anne avait respectivement déposé le premier et second pli ? C'était "probable". Pas sûr, mais probable.
J'acceptai et rajoutai à mes amis ma camarade de cache-cache, la seule que j'avais réussi à "contacter", et garder. J'en profitais pour lancer une recherche sur Francine Mourot mais Facebook me répondit comme à l'accoutumée en me proposant divers homonyme plus ou moins corrects ou judicieux. Mais aucune Francine Mourot.

La tentative de connection sur Ishtar ne donna rien. Toujours le 404, toujours l'accès caché dans le "0', et toujours une fenêtre qui me renvoyait une page en arrière : au 404.
L'étape pop-up avait disparu, "SOU VIE S" ne servait plus à rien. J'en fus d'abord déçue puis je compris alors que c'était plutôt bon signe, que ça signifiait plus que ça ne voulait en dire. En supprimant cette étape passée la veille, "on" ne faisait que me confirmer ma bonne compréhension de l'énigme, des signes. Même s'il y avait un pas, un sacré pas, entre "SOU VIE S" et "SOUVIENS TOI"...
Mais ça voulait aussi dire une autre chose, une chose encore plus importante : "SOUVIENS TOI" était un code mais pas Le Code, et c'est là que je devais chercher. Du moins l'espérai-je, un peu perdue que j'étais.
Pour me changer les idées, je décidais de faire ce que je m'étais déjà promis à plusieurs reprises de faire : j'appelai ma mère.

- Bonjour M'man !
- Ah, No, quel plaisir. Bonjour ma fille. Comment tu vas ?
- Ça va. Et toi ?
- On fait aller, tu sais...

Des banalités, de piètres et rasantes banalités, relevant plus de la mondanité que de la réelle inquiétude. "Je vais bien", "tu vas bien",... "on va tous bien"...
Non, je n'allais pas bien, ma vie prenait des tournants que jamais je n'avais négociés, sur un bolide que je ne maitrisais pas. Je ne pouvais pas en parler au téléphone, pas comme ça, j'avais besoin de voir ma mère, de la toucher, de sentir sa façon de parfois taire le caché, d'esquiver le secret. Me mentir. J'avais besoin qu'elle soit là, devant moi, de voir ses joues rosir, ses yeux fuir, quand j'aborderai l'épineuse question de mes "jumelles".

Je coupais court, expédiais la conversation et l'invitai à déjeuner pour le lendemain. Ici, dans mon appart, où le cas échéant je pourrais montrer les "pièces à convaincre", les "preuves à questionner". Les éléments à charge.
Ici, demain. Le jour où j'étais sensé avoir envoyé ce dernier courrier. Le dernier ?

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à suivre (...)
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Paul Cahin de Troyes

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Parution de la 5eme partie  : Lettres à No Nymes (Suite 4)
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Paul Cahin de Troyes

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Rappel des épisodes précédents :
Depuis deux jours, Noémie "reçoit" une enveloppe bleue portant chaque fois le nom d'une autre destinataire, son nom au dos rédigé de son écriture et un cachet postal daté du lendemain. Rien à l'intérieur si ce n'est des signes qui assemblées donnent "SOU VIE S". Jamais elle n'a écrit ces lettres.
Après recherches, Noémie découvre que les mystérieuses inconnues lui ressemblent comme des jumelles et semblent faire partie d'une société secrète : "Ishtar", dont un site internet permet l'accès qui lui est pour l'instant refusé.
Chaque courrier annonçant le suivant par son cachet postal, Noémie décide de surprendre le facteur de la prochaine lettre et se retrouve nez-à-nez avec une nouvelle "jumelle" qui s'enfuit par les caves, non sans lui avoir déposé un pli sous la porte de son appart. Encore une enveloppe bleue, toujours datée du lendemain, adressée à une inconnue, avec son nom au dos et des signes tracés à l’intérieur. Des signes qui ajoutés aux précédents donnent SOU VIE S TOI" que Noémie suppose être "SOUVIENS TOI" mais dont la clé lui échappe.
Encore une jumelle, une de plus. Noémie décide d'interroger sa mère et pour ce faire l'invite à déjeuner chez elle le lendemain, dimanche 18 Décembre.

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Dimanche. Le dimanche 18 décembre. Trois jours que tout ceci avait commencé, trois jours durant lesquels j'avais vécu plus de choses qu'en 20 ans d'existence. Trois jours qui suscitèrent plus de questions qu'en 20 ans d'interrogation. Et une fille, ça s'en pose des questions, croyez moi ! Déjà en "temps normal", alors maintenant...

Je descendais faire des courses pour le repas dominical quand je me rendis compte n'avoir même pas encore pensé aux enveloppes, à la lettre qui peut être m'attendait, en bas. Car autant on n'attend pas de courrier le dimanche quand il est déposé par la poste, autant on peut s'attendre à tout quand on s'amuse à vous livrer par porteur. Mais obnubilée par ma mère et tout un tas de questions, sans doute inconsciemment "vaccinée" par les événements de la veille au matin, et plus ou moins certaine d'avoir déjà tous les signes en mains, je m'étais apparemment faite une raison et avais écarté l'éventualité d'une nouvelle lettre. A ceci près : chaque lettre portait la date du lendemain, et chaque lendemain  j'avais eu droit à une nouvelle lettre. Alors pourquoi pas aujourd'hui ?

J'en accélérai mon pas, qui de léger devint pressant, et sitôt passé l'angle de l'escalier donnant sur le hall d'entrée, je sus que j'avais raison, qu'aujourd'hui serait un jour sans. Sans lettre. J'ouvrais toutefois ma boite, au cas où : rien. Rien, de rien. "Normal" pour un dimanche... Au fond de moi j'étais déçue, un peu abattue, aussi. J'aurais tant aimé ne pas avoir à questionner ma mère, impitoyablement exiger des réponses. Des vérités. On ne peut pas avoir trois jumelles sans que sa mère n'en sache rien. Ça me semblait impossible. Et déjà je sentais le poids d'un terrible secret s'abattre sur moi. Et libérer ma mère.

Ma mère arriva sur le coup des 11h. Fraîche, pimpante, volubile... Ma mère quoi ! En cinq ans, je ne lui avais pas vu une ride, pas un pli se creuser plus qu'un autre. Et quand je lui demandais son secret, elle me répondait invariablement que c'était... un secret, et que les secrets de filles devaient rester... secrets. Elle me rassurait ensuite en me disant avoir hérité de ses gènes, bénéficier comme elle de radicaux et autres bienfaits qui devraient me protéger de bien des tourments féminins. Et il est vrai, à ma grande surprise, qu'à 21 ans j'avais encore l'élasticité et la souplesse de mes 13 ans, âge fatidique qui de fille me fit femme.

- "Tiens, je t'ai amené ça. C'était dans ma boite aux lettres..." me dit ma mère une fois assise, alors que de son sac elle sortait... un rectangle bleu. Une enveloppe bleu nuit.
- Tu... A quel nom ?
- Quelle question ! Au tiens, voyons ! Sinon, comment j'aurais su que c'était pour toi ? Tu as de ces questions ! Sans soute une de tes vieilles amies de lycée, ou de fac, qui ne connaît pas ta nouvelle adresse.
Je prenais la lettre que me tendais ma mère, et que déjà d'un œil avisé j'inspectais. Mais pour inspecter quoi ? Quoi de plus "normal" qu'un courrier à moi adressé ? Mais, cette couleur, ce bleu... Je savais avoir affaire à une nouvelle lettre, la quatrième, et si je comprenais pourquoi "on" avait préféré la déposer dans une autre boite que la mienne, je n'en comprenais pas la destinataire. Moi !, sans adresse aucune. Juste mon nom, écrit de la même encre que les précédentes : Noémie NYMES. Mais avec un timbre. Et... un cachet !
- Y'a pas d'adresse ?
- Non, j'ai vu. Peut être quelqu'un qui s'est ravisé, ou qui travaille à la poste ?... Fais voir, que j'y regarde de plus près...
- Non, c'est bon. Le principal est que que je l'ai.
- Tu ne l'ouvres pas ?
- Si,... , plus tard.
- Allons, No, ne te gène pas pour moi, voyons. Je te laisse cinq minutes, je vais me refaire un brin de beauté. Tu auras tout loisir de...
- Ça n'est pas la peine, maman, je peux très bien...
- Tst tst tst... je te laisse. ET puis, peut être est-ce un garçon... Un amoureux...
- Maman !...
- Je te laisse.
Ma mère sortie, je me jetais sur la lettre, que j'avais posé sur la table basse, et concentrais mon attention sur la seule chose qui d'extérieur restait comparable au précédentes : le cachet. Y figurait bien une date, mais à ma grande surprise, ça n'était pas celle du lendemain. Une date plus lointaine : le 31 décembre ! Et une heure, la première fois que je voyais le cachet porter une heure, j'en étais sûre : 21:00. Le 31 décembre, à 21h00. Qu'allait-il se passer le 31 décembre à 21h00 ?
J'en étais là de mes réflexions quand je distinguais dans le cachet un motif que jamais auparavant je n'avais vu, un dessin aux traits éminemment fins mais qui sans conteste représentait quelque chose que je connaissais, que très récemment je me rappelai avoir vu : à l'intérieur du cercle du cachet sur le pourtour duquel figuraient date et heure, se trouvaient finement représentées les branches d'une étoile. Une étoile dans un cercle, je connaissais ce motif. Mais où l'avais-je vu ? J'allais vérifier les trois autres enveloppes quand me mère revint de la salle de bain.

- "Alors, pour quand ce mariage ? Mais... tu ne l'as pas encore ouverte ?
- Je..., non...
- Allons, ma fille ? A quoi rêvasses-tu donc ? Tu es sûre que ça va, No ? Je te sens toute chose...
- Ça va maman. Je dois juste avoir faim. Je regarderai plus tard" dis-je en re-déposant la lettre sur la table.

Après le repas, je décidais d'entrer dans le vif du sujet, quitte à être directe, offensive. Offensante. Nous avion bien mangé, et bien bu, et si la conversation fut des plus conventionnelles et policées, il allait en être autrement. J'escomptai être aidée dans ma tache par le vin que toutes deux avions ingurgité. Moi pour me donner du courage, ma mère pour en faciliter les réponses. Et c'est une fois assises l'une en face de l'autre, chacune une tasse de café fumante sur la table basse, que je me lançais.
- Maman ?...
- Mmm ?...
- J'ai déjà eu des sœurs ? Des jumelles, je veux dire ?
C'est la première fois que je vis ma mère blêmir ainsi, la première que je la vis s'écrouler, si vite qu'on aurait dit un ballon vidé de son air, une femme vidée de ses secrets. Mais ça restait ma mère, et avant toute continuation, je m'approchais d'elle et la pris dans mes bras. Comme le font les filles. Comme le font les mères.
- Co..., comment sais-tu ? Tu t'en souviens ?
Ces mots, ce verbe... Instinctivement je me reculais. Et attendais. J'attendais qu'elle continu, qu'elle finisse ce qu'elle avait commencé à raconter. Mais rien.
- "O... Oui, je m'en souviens", mentis-je, histoire de forcer un peu le destin... sans me douter que j'allais le...pulvériser.
- Oh, No ! Ce fut si dure, si terrible. Pendant toutes ces années. Je ne pensais pas que tu pourrais, que tu saurais. Je...
- Combien, maman ? Je me souviens mais pas de combien. Combien j'ai de sœurs, maman ?
- Maman ? Mais... No... Si tu te souviens...
- "Oui ?" dis-je affolée, sûr qu'allait sur moi tomber la pire des catastrophes tant le ton de ma mère était alarmant.
-  No... Si tu te souviens... tu sais alors que je ne suis pas ta mère. Enfin, pas tout à fait. Et.... et que tu as autant de sœurs que de... cousines. De numéros... Pardonne-moi, c'est trop dur. Je dois partir. Où est mon sac. J'y vais, on s'appelle. Prend bien soin de toi, No, et fais attention. Fais très attention...
Et elle partit. Comme ça.

Je n'avais pas bougé, je ne pleurais même pas. J'étais juste assommée, anesthésiée. Comme inconsciente, vivant la scène à travers une autre, la-haut perchée au plafond, une spectatrice qui ne serait pas concernée par les énormités qu'avait proféré ma mère.
Il était enfin sorti, ce secret si longtemps supposé, si longtemps gardé. Et bon dieu, qu'est-ce que ça faisait mal.
Plusieurs fois j'appelais, plus tard dans l'après midi. Et plusieurs fois je tombais sur son répondeur. Et puis plus rien, plus de tonalité. Je sus alors que si j'avais gagné des sœurs j'avais perdu ma mère. Par ma faute.

J'avais donc des jumelles, qui bizarrement étaient aussi mes cousines, mes... comment déjà avait-elle dit ?... Des... "numéros".... Qu'avait-elle voulu dire par là ? Que signifiait tout ça ? Les lettres d'abord déposées dans ma boite aux lettres, les dates, le 31 décembre à 21h00, l'étoile encerclée, etc. Tout se bousculait dans ma tête, tout s'accélérait et prise de malaise j'allai rendre mon déjeuner quand je me souvins. Pas de mes "sœurs", pas de mes "cousines", nom, mais du... motif. L'étoile encerclée que déjà j'avais croisé, et récemment vu quelque part. L’emblème d'une déesse, d'une religion : Ishtar. La divinité sémitique représentant l'amour, et symbole d'une société matriarcale. Et qu'avais-je lu aussi qui maintenant me revenait à la mémoire ? Un chiffre, un chiffre traditionnellement associé à la déesse : le 15.... Comme le 15 décembre.

Je pris l'enveloppe. Rageusement j'en déchirais le haut, furieusement j'en écartai les pans, jusqu'à en disjoindre les bords. Et amèrement j'en constatais le vide, l'absence. Rien, rien n'était écrit à l'intérieur de l'enveloppe. Aucun signe, aucun dessin. RIEN.
Comme je l'avais supposé, j'avais déjà en main tous les signes, toutes les "lettres", et ce dernier pli n'avait  qu'un but, qu'une raison d'être : me signifier la date et l'heure. Le 31 décembre à 21h.
Mais la date et l'heure de quoi ?

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à suivre (...)
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Paul Cahin de Troyes

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Rappel des épisodes précédents :
Depuis trois jours, Noémie "reçoit" une enveloppe bleue portant chaque fois le nom d'une autre destinataire, son nom au dos rédigé de son écriture et un cachet postal daté du lendemain. Rien à l'intérieur si ce n'est des signes qui assemblées donnent "SOU VIE S TOI" que Noémie suppose être "SOUVIENS TOI" mais dont la clé lui échappe.  Jamais elle n'a écrit ces lettres.
Après recherches, Noémie découvre que les mystérieuses inconnues lui ressemblent comme des jumelles et semblent faire partie d'une société secrète : "Ishtar", dont un site internet permet l'accès qui lui est pour l'instant refusé.
Décidée à demander des explications à sa mère, Noémie l'invite à déjeuner chez elle. Après lui avoir transmis une enveloppe bleue adressée à Noémie et trouvée dans sa boite aux lettre, face aux questions insistantes de sa fille, sa mère apprend à Noémie ... qu'elle n'est pas sa mère ("enfin, pas tout à fait"), puis disparait sans laisser de traces.
Reste l'enveloppe apportée par "mère", la quatrième, identique aux précédentes mais sans messages, si ce n'est un cachet légèrement différent représentant une étoile dans un cercle et sur le pourtour duquel figure en plus d'une date une heure. Le 31 décembre 21:00. Voilà le message.
Mais que va-t-il se passer le 31 à 21h ? Une nouvelle lettre ? Et pourquoi si tard, pourquoi pas... demain, comme les fois précédentes ?

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Samedi 31 Décembre. Ça a commencé il y a deux semaines. Le matin du jeudi 15 décembre. Et 16 jours après me voilà, assise devant mon pc, à attendre l'heure fatidique, la connection qui me permettra de comprendre, et savoir. Comprendre pourquoi j'ai des sœurs, savoir pourquoi elle ne sont pas de ma mère. Mon ex-mère.
Jamais je n'ai réussi à la joindre. Je suis même allé chez elle, mon ancien "chez moi". Rien. Elle a déménagé, semble-t-il, précipitamment m'a dit son concierge, qui a ceci de commun avec le mien que quand on lui parle il vous détaille des seins aux fesses. Un pervers. Un autre. Peut être une condition au métier de gardien. Et pour les gardiennes ?...

Ça a commencé il y a deux semaines et en deux semaines s'est passé beaucoup de choses, qui m'ont vu recevoir des courriers sibyllins, croiser des jumelles mystérieuses, tomber sur un site ou forum secret, qui encore aujourd'hui se cache.
Mais plus pour longtemps. Car je l'ai compris, j'ai eu le temps d'y réfléchir et de deviner au cours de ces derniers dix jours, les jours passés depuis le départ de ma..., les jours passées depuis ma dernière lettre.
Si "SOUVIENS TOI" est sans doute un code, c'est surtout le code qui donne le code. En fait tout était "codé". Je ne l'ai deviné que sur le tard, il y a à peine deux jours, et depuis, chaque minute qui passe renforce mon sentiment et ma détermination. Mes certitudes.

L'indice final se cachait dans l'avant-dernier pli, si particulier qu'il aurait de suite dû me sauter aux yeux : si tous les signes assemblés formaient bien des lettres, si toutes ces lettres assemblées formaient bien une phrase, deux particularités donnaient la solution. Le "N" manquant d'abord, que déjà j'avais repéré. Et puis... le "+", celui qui figurait dans la troisième enveloppe et qui donnait le "T" de "TOI". Un "T" un peu particulier, un "T" indice. "+" et "N" devaient forcément être des clés, des clés qui permettraient d'ouvrir la porte aux réponses. Longtemps j'ai réfléchi, longtemps j'ai cherché, et c'est en pleine nuit, avant-hier, que m'est apparu la solution :
Francine,
Anne,
Corinne,
des prénoms féminins comportant tous deux "N"

MOUROT,
THORY,
ERBION,
des noms de familles dont les deux premières lettres prise dans cet ordre donnent... "MO TH ER", "MOTHER".

Un "+" qui disait "additionne". Un "N" qui disait quoi. A nouveau il fallait assembler, comme les signes, mettre les uns sous les autres les destinataires.

Une telle coïncidence ne peut être fortuite, pas après le mal qu'on a pu se donner pour me communiquer ces lettres, pas après ce que j'ai pu vivre, ce que j'ai pu voir.
Il s'agirait de ma "mère" qu'on aurait certainement agit autrement, plus "clairement". Alors je sais maintenant de quoi il retourne, et c'est pour ça que j'attends devant mon pc l'heure annoncée dans la dernière lettre. 21h, le 31 décembre; soit dans... dix minutes maintenant.

La fenêtre de connection Isthar est déjà à l'écran, déjà j'ai passé le 404 et son accès caché. Déjà j'ai rentré mon nom. Je n'attends plus que 21h pour faire le reste, fruit de 15 jours d'épreuves qui ont ébranlés ma vie, atomisé mes habitudes. Et qui maintenant me font peur, encore plus peur qu'avant. Car si Ishtar est la déesse de l'amour, c'est aussi celle de la guerre. Suis-je un fantassin ? suis-je un pion ? de la chair à canon dans un échiquier qui me dépasse ? Dans cinq minutes je le saurais, dans cinq minute je serai une autre. Mais qui ?

C'est l'heure. Le moment de vérité. Je tape sur le clavier, fébrilement, corrige une erreur, et m'apprête à valider. "SOUVIENS TOI", en majuscule : oui, tout semble ok, je suis prête,... je valide.
L'écran de bleu devient noir. Je pense d'abord que mon pc a de nouveau "été  éteint", mais non : le témoin de l'écran est toujours allumé, celui de mon pc également que je viens de vérifier. Et alors s'affiche en grand le symbole, un dessin fait d'or représentant l'étoile encerclée. Et au dessous est écrit Ishtar, le même dessin miniature figurant le point du "i". Une minuscule sur la majuscule.
Puis, lentement s'affiche une vidéo, sur fond bleu nuit, une vidéo dont la flèche de lecture est exactement placée sur le symbole du "I", qui s'y insère parfaitement, sans dépasser.

J'y suis. Connectée. Et bientôt informée. J'ai peur. J'ai peur mais je clique sur la vidéo, sur le symbole, et la magie opère, apparaît un visage qui rempli au trois-quart l'écran, un visage que je ne peux pas ne pas connaître, qui ne peut pas m'ébranler, m'émouvoir : ma mère.
Bien qu'à y regarder de plus près, je distingue des différences : dans la coiffure, la manière de se maquiller,... le regard. Un regard intensif, un regard offensif, un regard qui vrille mes yeux et retient toute mon attention pendant la seconde muette qui s'étend entre la début de la vidéo et... le discours. L'appel :
- "Bonjour Noémie, bonjour ma fille..."

Je pleure. Des larmes brouille ma vue, souillent mon clavier qui de mes joues tombent comme autant de certitudes se brisant sur les vagues de la vérité. Ma... mère sait, ma mère s'est tu, qui me laisse le temps de me ressaisir. Une vidéo enregistrée ou du direct ? La pensée traverse mon esprit,... puis s'efface. S'efface quand reprend le monologue :

- "Noémie, je sais que tu es surprise, je sais que c'est difficile à accepter, mais je suis ta mère. Ta vraie mère. Corinne,... Corinne est ta tante. Ma "sœur". Mais je t'expliquerai tout ça plus tard. Pour l'instant ce qui compte c'est La Cause, celle que dans l'ombre on mène depuis mille ans, celle pour laquelle les numéros ont été créés, celle que demain te sera révélée. Demain sera le début d'une nouvelle ère, celle d'Ishtar et de ses descendante; demain, le 01/01/01. 
Soit au 15, place du panthéon, demain à 15h. Tu trouveras l'étage toute seule, je te fais confiance, toi qui a déjà su arriver jusque là. Tout te sera expliqué, demain, tout sera différent.
Demain, par la grâce d'Ishtar.
A demain numéro 6, à demain ma fille."


Puis plus rien. Ou plutôt, plus de vidéo mais retour à la fenêtre de connection.
J'étais tenté de me reconnecter, d'entendre à nouveau ce discours des plus mystérieux, de... Mais à quoi bon ? J'avais déjà belle matière à réflexion, beaucoup de choses sur lesquelles réfléchir. Et moralement je devais me préparer. Me préparer à affronter d'autres vérités, d'autres turbulences. Et comprendre.

"Numéros", encore ce mot. Et comment m'avait-elle appelé à la fin ? "Numéro 6" ? Ça ressemblait à une blague mais le ton, les efforts,  tout concourrait au lugubre et sérieux de la chose. Non, ça n'était pas une farce :  non, ma "mère" n'avait pas fuit pour une raison futile; non, ma "mère" n'avait pas enregistré cette vidéo dans un but comique. Oui, j'étais bien malgré moi embarquée dans un navire en partance pour je ne savais où, et dans une brume opaque j'entendais une voix qui m'invitait, une voix insistante qui peut être m'entrainerait sur les rochers,... et ferai de ma vie un naufrage.

"Une nouvelle ère", "la Cause", "depuis mille ans" : autant de termes qui faisaient froid dans le dos, autant de menaces qui gèleraient les plus hardis, eussent-ils été préparés. Autant de questions que de possibilités, pour autant de réponses et de vérités. Mais voulais-je vraiment savoir, voulais-je vraiment comprendre ? Ne pourrais-je pas laisser là tout ça, partir dès ce soir et tout oublier. Du moins essayer ?
Non, n'auraient été que mes "sœurs", n'auraient été que Ishtar, peut être. mais il était aussi question de ma mère, ma "vraie mère" qui, si je le comprenais bien, était aussi la mère de mes jumelles. La sœur de celle qui pendant 21  ans avait été ma "mère"et qui poussée dans ses retranchements s'était volatilisée, non sans avoir laissé un vide qui invariablement répondait en écho "tes-soeurs-tes-cousines-ta-mère", "tes-soeurs-tes-cousines-ta-mère", etc. Car maintenant je comprenais pourquoi mes soeurs et mes cousines étaient les mêmes.

Mais un dernier passage finit par me déstabiliser, un dernier passage qui définitivement me convainquis de me rendre demain au rendez-vous : "la causse pour laquelle les numéros ont été créés". "Créés "? Dont moi, que ma "mère" a appelé "numéro 6" ?
Comment peut-on créer quelqu'un ? Et pourquoi ?
Dans quel but ?

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à suivre (...)

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Paul Cahin de Troyes

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Paul Cahin de Troyes

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Rappel des épisodes précédents :
Depuis trois jours, Noémie "reçoit" une enveloppe bleue portant chaque fois le nom d'une autre destinataire, son nom au dos rédigé de son écriture et un cachet postal daté du lendemain. Rien à l'intérieur si ce n'est des signes qui assemblées donnent "SOU VIE S TOI" et que Noémie suppose être "SOUVIENS TOI" mais dont la clé lui échappe. Jamais elle n'a écrit ces lettres.
Après recherches, Noémie découvre que les mystérieuses inconnues lui ressemblent comme des jumelles et semblent faire partie d'une société secrète : "Ishtar", dont un site internet permet l'accès qui lui est pour l'instant refusé.
Décidée à demander des explications à sa mère, Noémie l'invite à déjeuner chez elle et c'est après lui avoir transmis une enveloppe bleue adressée à Noémie et trouvée dans sa boite aux lettres,  que sa mère apprend à Noémie qu'elle n'est pas sa mère et disparait sans laisser de traces.
Reste cette quatrième lettre, identique aux précédentes mais qui ne semble délivrer qu'un seul message par la date de son cachet : le 31 décembre 21:00.
Pendant 10 jours Noémie a mis a profit ses réflexions pour casser le code et c'est à 21h le 31 décembre, une fois connectée au site Ishtar, qu'elle apprend d'un sosie de sa "mère" que tout lui sera révélé le lendemain à 15h, soit le 01/01/01. Mais la fin du message est bien sibylline, qui de Noémie fait sa fille mais aussi un "numéro", "numéro 6". Un "numéro créé pour la Cause". Quelle "cause" ?
C'est dans le quartier latin que rendez-vous lui a été donnée : 15 place du Panthéon, demain 15h.
Toujours et encore des 15, toujours et encore Ishtar...

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Premier jour de l'année, premier jour du nouveau siècle. Premier jour de ma "nouvelle vie". De fille, de fille plus unique, de soeur.  De... "numéro".
Il fait gris dehors, tout est calme. La fête est finie, les fêtards se reposent, le temps suit son cours. La catastrophe annoncée n'a pas eu lieu qui d'alarmes en menaces prédisait la fin du monde. Comme l'an dernier. Et certainement comme l'an prochain. Ainsi est fait l'homme, qui de frayeurs surmontées renforce ses croyances. Mais jamais il ne retient qu'il a lui-même créé ses peurs, que lui-même s'enferme dans ses contraintes, sa prison. Curieux animal qui de barreaux fait des protections alors qu'il suffirait de nier le danger, vivre ses libertés. Un esprit tourmenté dans un monde tourmenté, un pur produit de la "civilisation". Il est des fois où je préférerai ne pas être "civile", ne pas me comporter en être "civilisé". Des fois où ma bombe lacrymo pourrait être ma seule réponse, la seule digne de "mon" intérêt.

Je ne sais pas d'où me viennent ces pensées; la solitude, sans doute. Et les événements, les événement de ces derniers 15 jours, qui m'ont fait découvrir des sœurs, une mère qui n'en était pas une, une autre qui se prétend l'être et... des "numéros", une société secrète, une Cause. Et que sais-je encore ? Que ne vais-je encore découvrir cet après-midi ? Des petits hommes verts qui gouvernent le monde ????...

Je suis perturbée, c'est certain; je suis perturbée et... impatiente. Impatiente de savoir, impatiente de connaître. Je trépigne.
J'ai "relu" toutes mes lettres, ce matin, tous les "signes". Et encore maintenant, je me demande comment tout ça a pu arriver. Et comment tout ça va finir. Mais je le saurais bientôt, dans... deux heures.

Je connais bien le quartier, un des plus vieux de la capitale, aussi je partirai au dernier moment. A moins que l'envie me prenne de me balader au Jardin du Luxembourg. Pourquoi pas, si le temps se dégage. Ah, si je savais comme ma jumelle passer par les caves, les catacombes et autres chemins souterrains...
J'ai repensé à cet épisode cette nuit, celui de la troisième lettre, et je suis presque que sûre que ma "sœur" n'a pas fuit par les catacombes, mais par les tunnels du métro. Les catacombes sont connues, répertoriées, et il n'y en a pas par ici, ou peu. Du moins celles qu'on connaît. Non, le métro, ça me semble plus logique, plus probable, même si j'ignore comment il est relié aux caves de mon immeuble. Mais je ne m'aventurerai pas par là, certainement pas, alors pour le Luxembourg, ça sera si le soleil daigne bien se montrer, sinon tant pis. Ou au retour, si retour il y a....

Ma bombe est indispensable, qui me rassure, et peut être me protégera. Mais peut-on se protéger de l'imprévu, de... l'impensable ? Peut-on se protéger de tout ? Si fuir n'est pas protection, s'armer non plus. Mais ça me rassurera, alors je mets la bombe lacrymo sans mon sac. Avec les enveloppes. Les quatre.
J'ai aussi pris mes papiers, carnet de famille compris, de quoi "asseoir" mon "identité", me raccrocher à quelque chose de tangible, existant. Rassurant. Mais je sais que tout ça va voler en éclat, je sais qu'en définitive va aujourd'hui m'être asséné le coup final qui fera de moi un non-être, mi-non-vivante et mi-morte : une zombie. Un... numéro. Je pressens la vérité, les vérités, mais pas le pourquoi. Le comment est inutile, il ne m’intéresse pas, seul le pourquoi me motive : pourquoi moi, pourquoi ma mère, pourquoi des sœurs, Ishtar... Pourquoi avoir "créé" tout ça. "Moi" compris. Pour quoi et pour qui : pourquoi ?

Je n'ai même pas un regard pour ma boite aux lettres. Je passe devant sans même y prêter attention, à elle, instrument de ma non-vie, complice de la déprime qui depuis ce matin m'assaille. J'ouvre la porte d'un geste machinal, la tête ailleurs. Le cœur aussi. Heureusement, je n'ai pas croisé mon gardien, je n'aurais pas pu le supporter. Pas aujourd'hui.
Il fait froid, il fait terne. Un temps... dépressif. Un temps,.. comment disait le poète, déjà ?... "un ciel si gris qu'un canal s'est pendu". C'est exactement ça. Mais non, je ne lui pardonnerai pas. Pas moi, pas aujourd'hui.

Voyage morne, personne, par les voies "civilisées" du métro. Il faudra un jour que j'emprunte les "autres".
Je repense à tout ça, à ces mystères, et un peu mon cœur s'égaie, par la curiosité animé. Et avant de retomber dans l'apathie qui depuis hier m'habite, ma station est annoncée. J'ai décidé de descendre à Cluny, je ferai le reste du chemin à pied. J'ai envie de revoir mon ancienne fac, de quoi évoquer le passé, mon... ancienne vie. J'ai toujours aimé ce quartier, tant de souvenirs, tant de joies. Tant d'amants. Oh, pas "tant" que ça, mais comparativement à ce que j'ai pu connaître ces deux dernières années, oui, c'est beaucoup. Et lointain.

Me voilà sur la place, le Panthéon en gardien. Je sais très bien où est le 15, dès hier soir j'ai matérialisé l'endroit, dans ma tête. C'est juste en face de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, de l'autre coté de la place. Un endroit magnifique, un endroit où j'aimerai bien vivre, où j'aimerai revenir souvent. C'est déjà ça...
La porte est ouverte, je n'ai pas besoin d'utiliser l'interphone. La porte est ouverte et derrière gît... la gardienne, qui d'un signe de tête me dit bonjour, ou m'invite à entrer, ça n'est pas très clair. Et déjà la porte se referme, et déjà la gardienne la verrouille. Il semble qu'il n'y ai pas d'autres "visiteurs" d'attendus, du moins à cette heure. A moins que je sois la dernière. Il n'est pourtant que 14h55. Cinq minutes pour trouver l'étage et m'y rendre, exactement ce que j'avais prévu.

Je me rends devant les boites aux lettres, d'autres boites aux lettres. Depuis quelques temps ma vie est décidément dictée par des boites, des messageries, des lettres. Je parcours les noms... Ishtar, Ishtar,... non, pas d'Ishtar. J'aurais du consulter les pages blanches, je m'en veux maintenant, stupide parmi les stupides. Pourtant...
J'insiste et défile dans l'autre sens,... puis la trouve : "RATHS I.", Ishtar, à l'envers. "I." pour Isadora ? Ma mère s'appellerait-elle Isadora ? Ou ?... Pas la peine de me prendre la tête, bientôt je saurais. Bientôt. "RATHS I. 3ème gauche", c'est tout ce que j'ai besoin de savoir l'instant. Voilà, je sais où je vais.

Je ne prends pas l'ascenseur, je préfère reconnaître les lieux, me familiariser avec les escaliers. Au cas où...
Immeuble chic, décor agréable,... oui, j'aimerai habiter ici.
Un, deux,... et trois. Moquette de partout, escalier, hall d'étage. J'entr'ouvre mon sac, ma bombe à disposition, et le cœur battant à tout rompre, je me décide à sonner à la porte portant le nom de Raths, Inès Raths. Ma mère s'appelle Inès.

C'est... moi qui ouvre. A l'intérieur. Moi ou... Francine. Oui, c'est "Francine", ma... première jumelle. Elle est souriante, elle semble heureuse, épanouie, et d'un élan soudain se penche vers moi qui déjà met la main dans mon sac, et... m'embrasse.
- Noémie ! Quelle joie ! Quelle joie de te "revoir".
- Fran..., Francine...
- Non, Francine, c'était pour l'énigme. Je m'appelle Noreen, tu ne te souviens pas ?
- ... N... Non. Je...
- Ça te reviendra, c'est pas grave. Mais ne reste pas là, entre, on est toute là. On...
- Toutes ?...
- Oui, nous trois. Pour nous quatre réunies. A nouveau. C'est pas bien, ça ?
- .... Si. Enfin,... je pense.
- Allez, entre. Je t accompagne.


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à suivre (...)

Suite et fin, demain.
Ou début....
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Parution de la 8eme partie  : Lettres à No Nymes (Suite 7)
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