Je poste ici mon premier texte, un petit truc tout doux et j'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai pris à l'écrire. N'hésitez pas à critiquer

Un silence apaisant règne dans la petite chambre baignée par la lumière d’un début d’après-midi. L’air est imprégné de ce mélange caractéristique d’éthanol, phénol, isopranol et autres composés en –ol, si peu attrayants pour les odorats délicats.
Dans le lit médicalisé qui trône au milieu de la pièce, repose une jeune femme au visage marqué par les cernes. Son teint est cireux, ses traits tirés, mais elle semble illuminée par un bonheur paisible.
Son bras repose mollement sur le bord du berceau près du lit et ses longs doigts aux ongles manucurés pendent à quelques centimètres seulement au-dessus du nouveau-né.
Le bébé aussi dort, et pendant ce court moment de répit, la pièce semble plongée dans une quiétude irréelle. Hors du temps.
Puis bébé remue. Ses poings minuscules se crispent et ses traits empreints d’une innocence parfaite se froncent légèrement. Au fil des minutes, son sommeil s’agite. Il bouge les pieds, ouvre la bouche, émet un petit cri.
À côté, sa mère retire son bras et roule sur le côté, tournant le dos à son petit garçon. Elle n’est pas à blâmer. Des heures de travail éprouvant et douloureux l’ont vidée de toute énergie et son corps épuisé la maintient dans un sommeil de plomb.
Aussi ignore-t-elle tout des agitations de son fils, de la masse effrayante de savoir qui s’accumule dans son esprit neuf. Elle n’en saura jamais rien, de la même manière que sa mère et toutes les mères avant elle n’en ont jamais rien su. Ils y ont toujours veillé.
Bébé s’agite plus fortement et les pleurs qui lui échappent deviennent plus bruyants. Mais quand ces satanées voix se tairont-elles enfin ? Il ne comprend rien aux équations et aux phénomènes complexes qui se jouent en boucle dans sa tête. Ces images n’ont aucun sens, elles lui donnent mal à la tête. Et toutes ces choses qui lui reviennent, tous ces murmures incohérents !
Un frisson secoue l’air. Un de ces frissons qui vous donne chaud et froid, qui fige l’espace en une nature morte, qui vous murmurent qu’après ça rien ne sera plus pareil. Et bébé l’a bien compris. Ses grands yeux bleus s’écarquillent pour tenter de discerner la créature penchée sur lui. Il n’a pas besoin de la voir, il la sent, comme on sent la vérité lorsque celle-ci frappe toutes les fibres de notre être, s’ancre dans notre esprit et offre à notre vision une réalité exempte de doutes. La créature n’est pas de ce monde.
Bébé l’observe comme on observe une chose aussi belle que fascinante et les yeux d’un noir abyssal qui lui rendent son regard lui imposent un silence respectueux. La chose lève sa main avec une grâce aérienne et sa peau ivoire capte fugacement un rayon de soleil. Émerveillé et ravi, bébé fixe le doigt qui descend vers lui.
Il y a un mot soufflé, un contact aussi doux qu’une plume et plus rien. Plus rien dans la chambre, plus rien dans son esprit. Bébé baille et ferme les yeux, son esprit vierge maintenant prêt à accueillir la vie. Fini les voix, il peut dormir en paix. Seule l’empreinte à peine visible qui a creusé la peau tendre entre sa bouche et son nez témoigne des souvenirs volés. Du secret de la création à jamais gardé.
« Oublie. »