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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Rêves d'un ancien pigeon voyageur.

Auteur Sujet: Rêves d'un ancien pigeon voyageur.  (Lu 8438 fois)

Hors ligne Meilhac

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 000
Re : Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #30 le: 27 Janvier 2017 à 10:46:37 »
Bah, ça fait des siècles qu'on essaie de virer "par contre" du bon usage, et il revient tout de même. J'admire cette persévérance.
en ce moment il est quand même en difficulté, sur la défensive.
mais sa vengeance sera terrible, le en revanche n'a qu'à bien se tenir

#larevancheduparcontre

Hors ligne EloiR

  • Aède
  • Messages: 198
Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #31 le: 27 Janvier 2017 à 12:09:55 »
Une fois que je vois le texte, je décide des figures qu'il va dessiner. C'est à dire que je redispose les choses autrement que je ne l'avais d'abord fait.

Il s'agit donc d'abord d'écrire ton texte avec son sens, son rythme, etc., et, ensuite, de lui (re)donner une forme ? Il me semble simplement difficile, dans la mesure où le texte est davantage un code visuel au service de capacités intellectuelles qu'une forme plastique pour les yeux, de ne pas altérer les qualités d'un texte en modifiant la disposition de ce code (comme on altère la conduite en déplaçant la signalisation). Je ne dis pas que ce n'est pas possible, mais cela demande une rigueur, une attention, et une compréhension immense de la chose. Quant à parler d'être guidé par les yeux (j'imagine "les yeux qui dansent en suivant la forme tracée"), ça paraît réducteur ; les yeux saisissent bien davantage dans l'instant qu'une simple continuité de forme. Ici j'écris et je vois le contour de mon écran, le fil de la discussion, la pièce autour de moi, le texte entier déjà, sa forme complète sans y avoir danser...il a justement besoin de codes pour se situer dans un espace immense et informer l'esprit sur ce qui s'y passe de poétique. C'est une jolie intention artistique qui ne correspond pas à la réalité physique des choses, non ?

Concernant ton deuxième point ... Pour moi, l'espace a une valeur littéraire, il est une matière comme une autre qui contribue à l'expressivité et au rythme du texte. Ce qui ne signifie pas qu'il importe avant tout. À l'origine, Pehache et moi ne parlions que de musique; il ne s'agissait pas pour moi d'affirmer qu'on ne faisait un poème qu'avec de l'espace. Simplement de discuter de la valeur musicale de ce dernier.

Je suis d'accord, le terme "espace" peut prêter à confusion, et la discussion sur la musique en premier lieu est certainement différente. Mais si on parle de musicalité de l'espace, en littérature, je maintiens : au-delà d'être une respiration, je n'y vois rien. Personne ne s'y cache avec dans le creux de son absence une voix quelconque. Aucun cri, aucun geste. L'espace c'est l'instant qui précède le geste, ce n'est pas même l'intention du geste ; l'intention c'est déjà le mot lu, le signe qui vient de passer. Ou bien on le dessine, et c'est un dessin pauvre, ou bien on l'écrit, et c'est une transition entre deux mots intelligibles. Vouloir lier les deux, je viens de le dire, demande une autre attention, un travail dont je ne vois que difficilement l'ébauche...mais soit, pour la démarche.

Et pour moi l' espace de la page n'est pas neutre à partir du moment où quelque chose s'y déroule. Comme le silence qui est partie intégrante de la musique, et sans lequel elle ne pourrait pas être. Les blancs comme les silences sont contaminés par ce qui se forme en eux. Ils deviennent significatifs parce qu'ils sont troublés par quelque chose qui a lieu en leur sein, et qui se nourrit d'eux.

Tout comme il n'est pas neutre de soutenir cette intention ici, tant l'intermédiaire du forum modifie les choses (une musique n'est pas la même selon les lieux, les bruits de fonds, le support... ; un tableau n'est pas le même en vrai ou en photo...) : j'ai lu le poème, j'ai zoomé, l'espace est déjà changé. Est-ce la proportion qui importe ? Dois-je prendre en considération, pour mes yeux, une marge d'un centimètre autour du texte ? Est-il centré dans l'espace, en équilibre, ou tremble-t-il de froid dans un coin ? Où commence l'espace de ta "feuille", quel est sa dimension, comment dois-je l'orienter ? La couleur de fond influe-t-elle sur ce que tu voudrais lui faire dire ? L'espace ici n'est même pas un plan libre, il n'a pas de contexte, pas de paysage, ni de géographie. Le cirque se déroule, la piste à peine esquissée ; les spectateurs ne savent pas où s'asseoir. C'est assez révélateur de la légèreté avec laquelle ton intention est défendue par ton texte...
Enfin, l'espace est une chose complexe, sans cesse altérée lorsqu'elle n'est pas maîtrisée, et, je le redis, neutre...lorsqu'elle n'est pas correctement, suffisamment, intelligemment, altérée.

Je n'affirme nullement que la musique ne compte pas, mais que la définition de celle-ci en poésie n'a rien d'une évidence. Même en étant un lecteur assidu - et je suis une lectrice assidue - on n'en finit pas d'apprendre dans ce domaine. D'où ma présence sur ce forum ...

Disons que ton instrument n'est pas encore conçu.

Luciole, ce que tu dis sur l'espace, le silence et la matière qu'ils forment me parle intimement.
Musicienne pour ma part -  et comédienne au départ -  j'imagine que d'autres pratiques artistiques aident à cette perception.
Bien sûr que l'espace n'est pas un vide! Je suis très étonnée que l'on puisse penser l'inverse.

Personne n'a dit que l'espace était, strictement, un vide. Mais il est davantage le vide que le plein (sinon il ne laisserait pas de place au mouvement, à la vie, ou ici à l'écriture), il n'existe pas qualitativement sans le plein, n'est pas suffisant en lui-même. Pour ce qui nous concerne, que ce soit la feuille, l'écran, ou que sais-je, l'espace diffère selon le format, l'emplacement du texte, etc., choses neutralisées dans la démarche de Luciole.
Enfin, vouloir lui prêter des capacités qu'il n'a pas est absurde, et en cela la Littérature est effectivement proche d'autres pratiques : un espace n'a pas la même valeur, la même nature qu'un mot, pas plus qu'il ne peut être porteur d'un toit. Alors l'utiliser en silence, en respiration, et chercher à lui donner une qualité particulière, soit, c'est une évidence et je l'accepte, mais le faire crier, ce n'est qu'une acrobatie, un maquillage hélas trop appuyé.
"Je crois que les efforts humains peuvent faire naître une œuvre."
Peter Zumthor

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 463
Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #32 le: 27 Janvier 2017 à 12:58:43 »
Une espace, d'ailleurs, non ?
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
« Modifié: 27 Janvier 2017 à 18:59:30 par pehache »

Hors ligne Luv

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Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #33 le: 27 Janvier 2017 à 14:49:11 »
Bonjour à tous et tout particulièrement EloiR,

"Transformer un espace en respiration , en cri.."
C 'est une manière poétique d'exprimer sa concentration et son  point de vue.  Il faut lire ces mots dans une certaine détente, relativité…  Cela parle ou non mais c'est  évidemment respectable  ! comme l'est  le chemin, en évolution,  que chacun découvre  dans sa démarche.

"Plein / vide "   bien sur est intervalle, je me suis exprimée en manquant de précision . ;)
Au plaisir d'échanger, je relirai tout le post...
Luv

 


Hors ligne Luciole87

  • Calligraphe
  • Messages: 138
Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #34 le: 27 Janvier 2017 à 15:27:50 »
Brève réponse sur mon portable.

Je ne vois pas pourquoi le caractère réussi ou raté de mon texte rendrait nulle la portée de mes propos. Je rends compte de ce que je ressens en expérimentant certaines formes. Peu importe que cela soit la "bonne" démarche. C'est un cheminement. Je ne m'abaisserai pas à diminuer tes affirmations en prenant exemple de la valeur de tes textes.

Cette histoire d'instrument non conçu me plaît beaucoup en tout cas. C'est comme ça que je conçois la recherche poétique ... On voudrait faire résonner quelque chose qui n'est pas encore advenu.

L'espace dont je parle est celui de la page. Ma vision se concentre sur cet espace-là. Il est borné. Et oui, pour moi, la police, les couleurs, les espacements, la taille de la feuille, etc. ont une grande valeur. J'éprouve du plaisir à voir comment modifier les propositions pour leur donner des inflexions nouvelles selon une certaine forme. Oui, le sens en est altéré. Le travail poétique est un dévoiement.

J'insiste sur ce plaisir à façonner les choses. Je ne rends pas des comptes au dieu de la poésie, qui n'existe pas. Je bricole mes jouets du dimanche. Si l'on a des remarques constructives à faire sur la façon d'améliorer lesdits jouets, je les écoute. Je retouche mes petits bébés (j'ai l'habitude de pas mal raccommoder mes textes). Je ne prétends pas que cela soit la meilleure manière de procéder. C'en est une parmi d'autres. Personne n'est illégitime a parler de ce qu'il fait, tant qu'il le fait avec coeur. Voili voilou !


... Et merci beaucoup, Luv. De quel instrument joues-tu ?
« Modifié: 27 Janvier 2017 à 16:15:43 par Luciole87 »

Hors ligne Luv

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Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #35 le: 27 Janvier 2017 à 16:21:05 »
De rien  Luciole   ;D !

Je chante  !    et m'accompagne modestement au piano éventuellement… 

A bientôt…

Luv

Hors ligne EloiR

  • Aède
  • Messages: 198
Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #36 le: 27 Janvier 2017 à 18:09:28 »
Je ne dis pas que la portée de tes propos est nulle ; tout mon temps est rendu à ce genre de sujet, et j'y attache un amour particulier. Je dis c'est justement intéressant, je dis : "Vouloir lier les deux, je viens de le dire, demande une autre attention, un travail dont je ne vois que difficilement l'ébauche...mais soit, pour la démarche." J'énumère des critères qui, à mon sens, devraient être des outils instinctifs à tes thèmes, et qu'ici on ne voit pas.


Il me semble, juge, avocat, bourreau, ou même assassin (je n'ai pas derrière moi l'encouragement légal) tant pis, qu'un texte est, ne serait-ce que partiellement, révélateur de la réflexion précédent ce texte-même. Je ne conçois pas d'écriture, encore moins de littérature, qui sorte de soi sans y avoir été fabriquée, manipulée, influencée, pensée. Alors oui, naïf et sévère, avec tous mes 20 ans, je me base sur ce qui est proposé pour penser.
Or ici, le texte et sa présence sur un écran d'ordinateur sont, je crois, une maladresse révélatrice.

L'espace dont je parle est celui de la page. Ma vision se concentre sur cet espace-là. Il est borné. Et oui, pour moi, la police, les couleurs, les espacements, la taille de la feuille, etc. ont une grande valeur. J'éprouve du plaisir à voir comment modifier les propositions pour leur donner des inflexions nouvelles selon une certaine forme. Oui, le sens en est altéré. Le travail poétique est un dévoiement.

D'accord, tu prends en compte l'espace de la page, très bien. Et tu acceptes que le sens soit altéré. Tout ça je l'entends et c'est une base sur laquelle travailler. Mais ici il y a, pour moi, une maladresse donc, parce que  tu nous parles de choses que l'on ne voit pas et qui, semble-t-il, doivent être considérées dans ton poème : on ne voit pas la feuille, pas les rapports d'échelle... Sur ta feuille, peut-être y a-t-il un équilibre, ou un chaos peu importe ; peut-être est-ce un tableau, les mots chétifs dans un coin, ou l'espace étouffé par les signes...mais ici, ici rien, tu nous rends aveugle à juger. Ici la page n'a pas de bordures, c'est un écran beige dérangé par d'innombrables informations extérieures à tes intentions intimes.

J'insiste sur ce plaisir à façonner les choses. Je ne rends pas des comptes au dieu de la poésie, qui n'existe pas. Je bricole mes jouets du dimanche. Si l'on a des remarques constructives à faire sur la façon d'améliorer lesdits jouets, je les écoute. Je retouche mes petits bébés (j'ai l'habitude de pas mal raccommoder mes textes). Je ne prétends pas que cela soit la meilleure manière de procéder. C'en est une parmi d'autres. Personne n'est illégitime a parler de ce qu'il fait, tant qu'il le fait avec coeur. Voili voilou !

Certes, il n'y a pas de dieu de la poésie. Mais alors, est-ce à dire que, pour reprendre une remarque déjà faite, une notice Ikea peut-être poésie, défendue comme telle parce que faite sans doute avec le coeur par quelqu'un ? Je ne sais pas... Tes jouets, s'ils sont ici, sont conçus pour être utilisés (lus), et je ne m'imagine pas, tout criminel que je puisse être, poser dans les mains de mon enfant un jouet semblable à un marteau en lui disant "voilà un ballon, vas".
Quant à faire "crier" l'espace, j'y reviens parce que c'est celui-là qui le premier m'a fait me déplacer, et qu'il traduit une image fantasmée des choses, je demeure inchangé : comme argument, comme intention, ça ne veut rien dire. Prends-le comme une féroce morsure, tant pis, mais c'est un conseil de bricoleur d'espaces : il faut prendre les outils pour ce qu'ils sont. "Tout ce qui est fait obéit aux lois de la nature". J'entends, Luv, que c'est une image ; c'est aussi une fumée qui pourrait conclure n'importe quel tour de magie, à force la foule devient méfiante, le spectacle friable.

« Modifié: 27 Janvier 2017 à 18:11:50 par EloiR »
"Je crois que les efforts humains peuvent faire naître une œuvre."
Peter Zumthor

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Rêves d'un ancien pigeon voyageur.
« Réponse #37 le: 27 Janvier 2017 à 19:07:05 »
(Ce qui me pèse, dans ce genre d"échanges, c'est au lieu de s'en tenir aux faits et aux idées, ce besoin incessant de sous-entendre (ce qui est tjs lâche), d'attaquer ad hominem, de pratiquer l'amalgame et de se dire plus beau qu'on est.)
Merde à l'hypertrophie des ego !

L'appel à la sincérité, je m'en méfie. Hitler était sincère. Je suis souvent sincèrement con. La sincérité n'est gage que d'elle-même.

Bien sûr que la faiblesse d'un texte n'induit pas la faiblesse de l'idée qui le porte. Mais j'ai le sentiment que c'est bel et bien l'idée dont il était question.
EloiR, moi-même (et d'autres, j'allais dire, argument de con, l'écrasante majorité de ceux qui ont tâté de la chose depuis que le monde est monde  et les mots mots ) estimons que la poésie est d'abord sons et sens; tu nous dis que sa typographie est pour toi un fondement, nous affirmons qu'elle peut être un bonus, rien de plus.
Nous en sommes là.
Et, je me répète, une poésie qui se fout du rythme sonore, c'est un oiseau qui n'a qu'une aile, alors, même avec des béquilles...

 


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