Tout comme la poésie, je ne suis pas grand amateur d'écriture de théâtre. Mais, parfois, on se laisse tenter. Alors voici une petite et courte scénette, qui j'espère vous plaira, ou à défaut, me fera dire que le théâtre n'est pas pour moi !
La Raison
A - Vous n’aurez pas raison !
B - Bien sur que si. De toute façon je n’ai pas besoin d’avoir raison, puisque vous avez tort.
A - Qu’importe que j’ai tort, puisque vous n’avez pas raison !
B - Ah vous n’allez pas commencer, c’est complètement ridicule, et ça finira comme la dernière fois.
A - La dernière fois je ne sais pas comment cela c’est terminé étant donné que je suis parti.
B - Et bien justement.
A - Quoi justement, vous ne voulez pas m’expliquer ce qui c’est passé la dernière fois alors que j’étais parti ?
B - Et bien justement rien puisque vous êtes parti.
A - Donc vous craignez qu’il ne se passe rien encore une fois, et vous allez dire que c’est de ma faute ? Je vous signale que moi j’avais fait quelque chose, donc on ne peut pas me reprocher le fait qu’il ne se soit rien passé.
B - De toute façon vous avez tort.
A - Vous n'avez que ce mot à la bouche.
B - Peut-être vous sauverais-je grâce à ce mot, de ce qu'il implique !
A - Le tort tue ?
B - Evidemment, bien qu’en général ce soit assez lent.
A - Je trouve que vous dramatisez la situation !
B - Mais je ne vous souhaite que d’entendre raison ! Ce n'est pas encore la mort que je sache !
A - Mais oui mais vous ne l’avez pas !
B - La mort ? Non bien sur que je ne l'ai pas. Mais le tort, lui vous l'amènera !
A - … Ce que vous pouvez être pessimiste ! (Pause) Vous voyez le verre à moitié vide je suppose ?
B - Non le verre est plein. Verser quelque chose dans un verre ne l’envoie pas dans l’espace. Et quand bien même c’était le cas, et en admettant que le verre y survive, le contenu ne resterait pas dedans. Et le verre serait totalement vide. Donc votre verre ne peut pas être à la fois plein, et vide. On ne coupe pas la poire en deux.
A - Ce que vous pouvez être réaliste !
B - Ne vous en faites pas, j'espère changer d'avis assez vite là dessus. J'ai peur d'être un peu borné.
A - Ce que vous pouvez être optimiste !
B - Ce que vous pouvez être agaçant ! Vous n'êtes jamais satisfait !
A - Et bien puisque vous en parlez, vous voir reconnaître ne pas avoir raison ne pourrait que m’apporter satisfaction. Mais dans votre cas, ce serait plus facile de vous faire dire que j’ai tort.
B - Vous avez tort.
A - Vous voyez j'avais raison.
B - Je vous reconnais au moins votre obstination. Encore que je pense également que vous avez tort de la faire ressortir ainsi. Le tort essaie de s’emparer de votre personne !
A - Le tort pille.
B - Et cela va vous couler, cessez donc de tourner autour et reprenez vous. Vous n’allez quand même pas le laisser gagner ?
A - Vous persistez à vous sentir meilleur que moi. Cela ne vous attirera pas que du bien non plus. (Pause). Là n’est pas la question. De toute façon, j’ai oublié la question.
B - Si vous l’avez oublié, cela pourrait très bien être la question mais vous ne vous en souvenez pas.
A - Non je suis persuadé que je me rappellerais de la question si elle était reformulée.
B - Peut-être la question était, est ce que vous vous rappelleriez la question si elle était reformulée ?
A - Non ce n’était pas ça, ça ne me dit rien.
B - Mais peut-être la question était bien cela. Et vous avez tort.
A - Non, je vous rappelle que vous n’avez pas raison.
B - Mais sur quoi vous basez vous pour affirmer cela ! Il n’y a pas 5 minutes de cela nous devisions encore sereinement et nous voici bêtement à nous demander pourquoi nous nous étions mis à dos. Rappelez moi de prendre des notes lors de notre prochaine entrevue, je ne souhaite pas que l’on refasse cette erreur.
A - N’était-ce pas déjà la raison qui m’avait fait vous quitter la dernière fois ?
B - Prendre des notes ? Non je ne pense pas, si c’était cela, j’imagine que je l’aurais noté. Mais j’ai peut-être oublié de noter où je l’avais noté. J’y penserais pour la prochaine fois. Mais dans ce cas, nous ne nous en sortirons jamais j'ai bien peur.
A - Vous paraissez bien sur de vous. En tout cas si nous avions abouti à cette conclusion l’autre fois, vous avez effectivement omis de prendre le nécessaire. Heureusement que moi, je ne l’avais pas noté. Parce que je vous signalerais que moi, du coup, je ne l’ai pas oublié.
B - Oui enfin je vous signale que ce n’est pas ça non plus qui va nous aider. Peut-être que nous devrions réfléchir calmement à la situation. Oublions ce qui s’est passé avant.
A - Je vous signale que c’est justement parce que nous avons oublié que nous en sommes arrivés à cette situation. Au moins sera-t-il facile de s’exécuter.
B - Vous avez beau avoir tort, voilà que vous parlez de manière sensée, seriez-vous en train de reprendre ce qu’on vous a pris ?
A - Le tort rend ?
B - Faites néanmoins attention à ne pas vous faire emporter par le flot qui pourrait se déverser sur vous. Ce serait malheureux que sur la voie de la raison vous perdiez pied.
A - Ne vous en faites pas, je ferais des pieds et des mains pour m’y retrouver. En attendant, j’ai oublié, j’espère qu’il en est de même pour vous.
B - Pensez-vous ! J’en suis à oublier d’oublier. L’ennui c’est que tout me revient du coup, il faut vite que j’oublie que j’oublie d’oublier. Enfin peut importe, peut-être pouvons nous reprendre du début maintenant ?
A - Je ne sais pas si j’en ai vraiment envie.
B - Allons faites un effort, je suis certain que vous en êtes capable.
A - Hum. (Sensiblement sans motivation). Vous n’avez pas raison ! (Blanc). Et si je reconnais mon tort ?
B - Comment cela ? Ce serait, surprenant.
A - Je vous l’annonce, j’ai tort.
B - J’espère que vous êtes conscient du tort que vous causez à avoir tort.
A - Peut-être, je reconnais donc également avoir tort d’avoir tort. Mais j’ai raison de dire cela néanmoins.
B - Oui, vous avez raison de dire que vous avez tort d’avoir tort. Et vous avez raison d’avoir raison de dire que vous avez tort d’avoir tort.
A - Ainsi, le tort m’a donné raison.
B - Oui, vous aviez raison d’avoir tort.