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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Désillusion

Auteur Sujet: Désillusion  (Lu 1487 fois)

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Désillusion
« le: 09 Janvier 2017 à 21:09:23 »
Bonjour à tous !
Je vous présente aujourd'hui un travail de réécriture de deux textes que j'avais écrit il y a plus de deux ans. Autant vous dire que c'est avec beaucoup d'appréhension que je le poste ici, ne sachant pas tellement quoi en penser au final. C'est un texte qui m'a longtemps hanté et j'espère pouvoir m'en libérer maintenant qu'il a une forme "convenable". Bref, n'hésitez pas à me dire votre pensée et votre ressenti vis à vis :)
Sur ce, je vous laisse à la lecture.

Désillusion
Texte retravaillé, dernière modification du 23/01/2017

Au loin, la lumière orangée du crépuscule dansait avec les ombres dans une passion enivrante. Nous étions émerveillés par la nuit qui, d’une douceur incroyable, nous livrait un concert de mélodies envoûtantes. Les fleurs, elles, embaumaient l’air de leur parfum délicat. À l’extérieur des murs, les légendes se présentaient en une épaisse forêt. Curieux à en corrompre l’inconnu, nous nous étions laissés happer par l’appel de son mystérieux chant.

Derrière nous, la citadelle, froide mais rassurante, se laissait dévorer par l’obscurité de la nuit sans lune. Mais les étoiles, encouragées par notre échappée improvisée, se dévoilaient timidement à nos regards admiratifs. Avec une certaine impatience, nous avancions sur le sentier, nous tenant la main tels les amants que nous ne serions jamais, obsédés par l’idée de diriger nos vies. Nous sommes entrés dans le bois avec euphorie, sans jamais remettre en cause nos choix.

D’ici, le ciel se cachait de nous et le chemin devenait sinueux, aspiré dans la pénombre. Serrés l’un contre l’autre, nous avancions encore et toujours plus loin, sans nous préoccuper de la destination. Des poussières d’étoiles illuminaient la voie de leurs lumières diffuses et la musique se rapprochait à chaque mesure, rythmant nos pas et le battement de nos cœurs. Dans l'ivresse merveilleuse du bonheur, nos paupières se fermaient et nos corps se laissaient aux mains de l'autre. Dans tes bras, oui dans tes bras, je m’abandonnais à notre danse, accompagné par le lyrisme d’un piano poétique.

...

Les yeux bandés d’un foulard rouge, je ne contrôle plus rien. La douce mélodie nocturne s'est transformée en une violente tempête et pourtant, je ne ressens plus la chaleur ou le froid, juste nos corps soudés dans une transe désarticulée. Et pourtant, tout continue, le monde tourne toujours à s’effondrer lui même. S'imposant à mon regard, le vide s'offre à moi sans que je puisse en comprendre le sens. Le sol se dérobe sous mes pieds mais pourtant, je ne tombe pas, mon corps semble flotter, voguant à travers les airs. Dans sa chute, le piano continue sa mélopée, sombrant dans un sinistre requiem annonçant la fin. Je crois crier quelque chose, effrayé face à la réalité de ce destin incertain, mais mes lèvres restent fermées, comme attachées.

Condamnés à danser l’éternité sur le rythme d’un désordre chaotique, mon esprit reste là, déphasé par l’infini mouvement autour de nous. J'implore les déesses de nous venir en aide, impuissant devant la destinée qui s'impose à moi. Je sens un liquide chaud couler sur mes joues ; est-ce l’expression charnelle de la torture ou celle de mon désespoir ? Tout a fané autour de nous, les délicieuses odeurs d'autrefois se sont changés en une dense fumée âpre et la lumière n'est plus que l’ombre d’elle même désormais. Et soudainement, le son disparaît dans un vacarme de silence. C’est à ce moment que je réalise ton importance à mes yeux, plongé dans la crainte insoutenable de ne plus jamais entendre ta voix.

Dans un ultime supplice, je sens tes doigts cousus aux miens se retirer de mon étreinte, m’arrachant la chair et des larmes. La main ouverte et le cœur écorché, j’éprouve le regret de mes paroles souvent insensées, de mes actes insignifiants et l'absence de tes mots.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
« Modifié: 23 Janvier 2017 à 00:27:47 par Load »

Hors ligne Miromensil

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Re : Désillusion
« Réponse #1 le: 10 Janvier 2017 à 14:59:33 »
Bonjour Load,

Merci pour ta petite intro déjà, c'est chouette :) Ensuite : je pinaille pour les détails, mais tu prends ce qui t'intéresse (je devrais penser à dire ça plus souvent...).

Citer
À l’extérieur des murs des légendes se présentaient en une épaisse forêt.
je me demande si une virgule après « murs » ne faciliteraient pas la compréhension… en l’état on dirait que tu parles « des murs des légendes », donc comme si les légendes avaient des murs.

Citer
D’ici, le ciel se cachait de nous et le chemin devenait sinueux, se fondant dans la pénombre.
c’est subjectif mais je suis pas une grand fan des participes présents, et ici je pense qu’il y a moyen de l’éviter en mettant « se fondait »

Citer
et la musique, elle, était de plus en plus proche, rythmant nos pas et le battement de nos cœurs.
idem, je trouve le participe présent lourd

Citer
Ivre de ce bien-être, nos paupières se fermaient, nous livrant aux mains de l’autre.
ici aussi… comme il y a vraiment plusieurs, ça appesantit l’atmosphère que tu créés, je trouve

Citer
Les yeux bandés d’un foulard rouge, je ne contrôle plus rien.
boh, pourquoi ce présent soudain alors que le reste est au passé ?

Citer
juste nos corps soudés dans une valse désarticulée.
hum j’ai du mal avec l’image, que je trouve contradictoire. si les corps sont soudés l’un à l’autre, j’ai du mal à imaginer une valse désarticulée (c’est presque le contraire). j’ai l’impression que tu as voulu faire joli avec le désarticulé, mais pour le sens ça n’y est pas trop

Citer
Je crois crier quelque chose, effrayé face à la réalité de ce destin incertain, mais mes lèvres restent attachées, comme soudées.
ici aussi, pourquoi le présent ? les autres verbes « d’action » sont à l’imparfait, donc pour moi ceux-là doivent l’être aussi
(répétition de soudé éventuellement)

Citer
Implorant les déesses de nous venir en aide, je sens un liquide chaud couler sur mes joues ; Est-ce l’expression charnelle de la torture ou celle du désespoir ?
je trouve que ta phrase aurait davantage d’impact en mettant simplement « j’implorais »
est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux mettre "sens" à l'imparfait ?
et si tu tiens à garder le « ; » alors il ne faut pas de majuscule à « Est-ce »
(chouette phrase sinon)

Citer
les délicieux parfums s’étaient couvert d’infâmes fumets
je vois ce que tu veux dire, mais je pense que couvrir est le mauvais verbe… l’idée c’est que ça pue alors qu’avant ça sentait bon (wesh), donc il y a l’idée de « remplacer », « laisser la place à »… donc « recouvrir » peut-être ? les parfums ont été recouverts par d'infâmes fumets ? (c'est une suggestion)
de plus (oui je chipote) : je trouve qu’il y a beaucoup d’adjectifs. pour moi tu peux te passer du « délicieux » : on sait que tu fais référence au tout début, avec les « les fleurs embaumaient l’air de leur parfum délicat », donc pour moi le délicieux n’est pas nécessaire. et puis bon le parfum on se doute qu’il sent bon.

Citer
C’est à ce moment que je réalisais, perdu dans le temps, le sens de nos vies, plongé dans la crainte insoutenable de ne plus jamais entendre ta voix.
Bug de rythme avec les virgules je pense. Pour moi le « perdu dans le temps » est de trop, il ne fait pas vraiment avancer l’histoire et je ne vois pas en quoi il est perdu dans le temps. Pour moi ta phrase gagnerait en intensité simplement en étant comme ceci : « C’est à ce moment que je réalisais le sens de nos vies, plongé dans la crainte insoutenable de ne plus jamais entendre ta voix ».

Citer
je sens te doigts cousus aux miens se retirer de mon étreinte, m’arrachant la chair et des larmes
tes doigts
j’aime bien, cousus fait échos au soudé

Citer
La main ouverte et le cœur écorché, j’éprouve le regret de mes paroles souvent insensées, de mes actes insignifiants et de tes mots définitivement trop absents.
Ah le début est joli… mais le combo insignifiant/définitivement/absents, par rapport aux sonorités, est vraiment très lourd. lis la phrase à voix haute, tu verras peut-être mieux ce que je veux dire ^^
Personnellement je virerais l’adverbe, et je mettrais quelque chose comme « tes mots d’ores et déjà absents », mais c’est qu’une idée.

Bon j’ai pinaillé sur pas mal de points mais globalement j’ai bien aimé ! Particulièrement l’aspect de flou qui entoure ton conte. On ne sait pas de quel couple tu parles, qui ils sont, quelle est cette citadelle, il n’y a aucun noms propres… mais c’est ça que j’ai beaucoup aimé. C’est comme si tu suggérais un monde de fantasy, qu’on aperçoit à peine mais pourtant bien là. T’as le chic pour la descriptions je pense, celle du début est évocatrice, simple et très visuelle - et même le reste, tout du long.

Bref pour moi c’est déjà bon, mais si tu veux passer à l’étape suivante : on ne ressent pas vraiment les émotions du narrateur. Sa panique, la peur de perdre sa dulcinée, le vide sous ses pieds… Tu le décris mais je ne l’ai pas ressenti. Un truc qu’on lit parfois c’est de faire en sorte que les phrases courtes expriment davantage cette panique. En l’état, avec les phrases plutôt longues, je ressens surtout une espèce de douce langueur davantage que de la peur, je ne sais pas si tu me comprends. Pour prendre un exemple : « plongé dans la crainte insoutenable de ne plus jamais entendre ta voix » -> je ne le sens pas très craintif ^^ Dans ma tête il tombe mollement dans le vide avec une petite larme à l’oeil. Mais bon c’est vraiment plus difficile à faire passer je crois, et je ne sais pas si j’arrive à m’exprimer convenablement :D

Merci dans la lecture dans tous les cas, j’ai passé un bon moment, continue surtout !

Hors ligne Meilhac

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Re : Désillusion
« Réponse #2 le: 10 Janvier 2017 à 16:33:58 »
yo ! :)
j'ai lu le début, ça démarre pas trop mal.
la toute première phrase, peut-être que je l'allégerais un peu (y a un peu un côté grandiloquent, genre "bleu et le ciel", une lumière qui danse avec une ombre dans une passion... je sais pas :--))
je reviendrai lire la suite !
en tout cas tu as raison d'envoyer, et envoie nous en d'autres !  :)

Hors ligne Load

  • Tabellion
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Re : Désillusion
« Réponse #3 le: 10 Janvier 2017 à 18:56:05 »
Merci beaucoup pour vos retours ! J'étais pas du tout serein en postant le texte, par crainte de la réaction des membres >< Mais je suis vraiment content de m'être lancé, le texte me plaît déjà d'avantage dans cet état.

Miromensil : Merci énormément pour ton retour très illustré, j'ai corrigé les fautes de temps (je me sens honteux sur ce coup). J'ai corrigé le texte sur les quelques répétitions que tu as pu repérer ainsi que les quelques tournures trop lourdes afin d'alléger le texte. J'ai retravaillé plusieurs autre points sans vraiment aller d'avantage en profondeur (le point des sentiments du narrateur mériterait que je m'y penche d'avantage qu'en quelques minutes).

Meilhac : Je suis complètement d'accord sur le coté grandiloquent même si ce n'était absolument pas voulu au départ. Je dois avouer plancher sur le problème depuis quelques jours sans trouver de solution correcte (qui impliquerait de ne pas trancher dans le style du texte).
« Modifié: 12 Janvier 2017 à 01:58:49 par Load »

Hors ligne Nexwall

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Re : Désillusion
« Réponse #4 le: 11 Janvier 2017 à 01:38:55 »
J'aime bien. C'est un style particulier qui sur une durée plus longue doit peut-être finir par lasser, mais comme ça, rien à reprocher. J'ai apprécié la lecture.

Sur le contenu, quelques pinaillages.

Citer
Des poussières d’étoiles illuminaient la voie de leurs lumières diffuses et la musique, se rapprochait à chaque mesure, rythmant nos pas et le battement de nos cœurs.

La virgule entre musique et se rapprochait ne marche pas. Tu relances avec le 'et', et (suite au changement de participe présent) tu te retrouves avec un verbe d'action conjugué. (Simple avis.)

Une dernière chose pour la route, si tout me semble juste, oxymore volontaire et autres, je n'ai problème qu'avec 'fumet'. Tes délicieuses odeurs ne font pas références à ce à quoi fumet fait lui référence, je pense. Fumet est particulier pour les plats, ou les animaux.
(C'est un détail, cela dit, et c'était peut-être volontaire aussi de ta part.)
"Le futur aussi. Le futur arrive sans cesse. Il est là sinueux, plein de possibilités et pourtant si limité ! Le présent le déstructure, le détruit petit à petit, puis il l’avale et le recrache en passé. "

N'hésitez pas !
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36823.msg584100#msg584100

Hors ligne Load

  • Tabellion
  • Messages: 56
Re : Désillusion
« Réponse #5 le: 11 Janvier 2017 à 12:47:32 »
Merci Nexwall pour ton retour !
Et pour le coup, la virgule est une coquille de modification (je l'ai oubliée en modifiant le texte), mais c'est corrigé ! Et concernant ta remarque sur fumet, c'était involontaire en effet. J'ai remplacé dans le texte par une autre idée qui m'est venue hier.

Et je suis complètement d'accord sur le fait qu'un texte plus long de ce style serait juste insupportable.  ;D

Verasoie

  • Invité
Re : Désillusion
« Réponse #6 le: 19 Janvier 2017 à 09:53:01 »
Citer
Nous étions émerveillés par la nuit qui, d’une douceur incroyable, nous livrait un concert de mélodies envoûtantes tandis que les fleurs embaumaient l’air de leur parfum délicat.

Je trouve ça un peu lourd, genre trop de détails dans une seule phrase...

Citer
. Ivres de bonheur, nos paupières se fermaient et nos corps se laissaient aux mains de l'autre.

Anacoluthe ! C'est pas les paupières qui sont ivres de bonheur, du coup y'a une rupture syntaxique


Le premier : c'est joli mais il me manque le contexte et les personnages pour vraiment apprécier ! Genre pourquoi ils seront jamais amants et tout ? Mais sinon on voit que c'est bien travaillé !

Deuxième texte :

Citer
, je ne ressens ni de froid, ni de chaud,

J'suis pas sûre que c'est très français !

Citer
juste nos corps soudés dans une transe désarticulée.

J'adore "transe désarticulée" même si ça me donne envie de lire du steampunk + que ce genre de brève : )

Citer
Pris de vertige, le vide s'offre à moi sans que je puisse en comprendre le sens.

Anacoluthe encore (si on te lit là c'est le vide qui est pris de vertige)

Citer
Condamnés à danser l’éternité sur le rythme d’un désordre chaotique, mon esprit

Condamné


Je suis mitigée sur ce deuxième texte ! J'aime bien les côtés un peu crus, anatomiques, de "désarticulé", "doigts cousus". J'aime moins les expressions un peu empruntées, la question rhétorique vachement complexe... Et encore le fait de pas avoir de contexte. Mais on voit le travail, continue comme ça !

 


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