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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Amour hospitalier

Auteur Sujet: Amour hospitalier  (Lu 1693 fois)

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Amour hospitalier
« le: 30 Décembre 2016 à 15:14:37 »
   Je suis un peu anxieux. Dit comme ça, allongé sur un lit d'hôpital, habillé d'une blouse bleue  et relié à plusieurs machines, l'affirmation paraît évidente. Pourtant, cela fait plusieurs semaines que je suis ici et peu à peu, l'angoisse s'est atténuée au profit d'un sentiment plus blasé, quelque peu dévitalisé, je ne réagis plus aux termes tumeur, médicaments, hospitalisation, opérations. Je me contente de hocher la tête, les anesthésies multiples se sont étendues à mon cœur et les émotions sont très largement contenues par la fatigue. En fait, peu avant d'être hospitalisé pour une tumeur au rein, j'ai commencé à aimer une fille, et comme pour me dévier de l'immense mur de la maladie, elle s'est mise à m'aimer elle aussi. Mon premier amour, à l'aube de ma dix-septième année, un océan de bonheurs mis en suspens par mon rein et son cancer. Malgré ça, et c'est là toute la source de mon anxiété, elle m'a promis de me faire l'amour cette après-midi.

   Comme tous les samedis, et parce que la lointaine réalité scolaire l'oblige à passer ses journées loin de l'hôpital, Anna vient me tenir la main des heures entières. Parfois, elle s'allonge contre moi et on regarde un film, mais chacun de mes mouvements lui fait craindre une douleur et elle se retire toujours en bafouillant des excuses. C'est le seul moment de la semaine où je suis seul avec elle et cet instant apparaît comme une source d'eau éphémère à laquelle je m'empresse de boire avant de subir la soif sitôt qu'elle m'échappe. Elle me parle de sa vie, de ce qu'il se passe au lycée, elle me transmet des mots et des intentions de professeurs ou bien d'autres camarades qui ne peuvent pas toujours prendre le temps de venir me voir, par crainte ou par indifférence inavouée. En bref, elle me raccroche à tout ce qui faisait ma vie avant le cancer.

   Ce jour-là, l'hiver s'est abattu brusquement sur la région nantaise et c'est la première chose qu'elle me dit en rentrant, comme pour se justifier de porter une doudoune épaisse. Un baiser furtif et les questions habituelles, comment je vais, et la douleur ça va, et ton moral, et ce que tu manges, tu as vu Nantes a gagné en championnat samedi ? Oui Anna, ça va à peu près, je respire fort à cause de ta promesse, une première fois ce n'est pas rien, qui plus est dans ce contexte, je crois que j'ai hâte et que j'en ai terriblement envie. Les premières heures ressemblent aux autres samedis, délicats mais réguliers, convenus et surtout, loin du désir.

   Elle porte un jean et des baskets basses, un pull blanc d'une matière très douce et protectrice, bien que la chambre d'hôpital soit surchauffée. Je lui dis que j'ai besoin d'un mimoso, équivalent espagnol du mot câlin que l'on s'est accaparé pour désigner l'unicité de nos câlins à nous, distincts des câlins que l'on peut faire aux autres. Anna s'approche de moi et plonge son visage dans le creux de mon cou. Je remarque immédiatement qu'elle a un nouveau parfum, rapproché des effluves ''sauvages'' que je repérais en arpentant les allées des parfumeries. Sans doute a-t-elle espéré cet effet, elle connaît l'importance que j'accorde aux odeurs. Je veux la serrer contre moi, que son parfum vienne me remplir totalement, qu'il évapore le blanc de ma chambre, l'odeur agressive du tout stérilisé, les relans écœurants que porte en eux les hôpitaux. Je voudrais me poser sur sa douce peau et respirer, m'imprégner d'elle. Je voudrais qu'on fasse l'amour Anna...

   Ses mains entament une balade inédite sur le haut de mon corps, évitant soigneusement mes parties intimes, comme nous l'avons secrètement convenus en regardant ensemble, les yeux plein de dépit, les fils qui habitent l'endroit. Ses caresses parcourent mes joues, mes cheveux, mon torse et mes bras. Son sein se tient près du mien et nos lèvres se rejoignent. Elle a le regard amoureux, celui qui se ferme quand la chaleur des cœurs remplace tout le reste. Je ne sais que faire, je n'ai vu ça dans aucun film, je ne peux bouger alors je reste étendu sur mon lit, emporté.  Consciente de mon malaise, Anna prend ma main droite et l'enferme dans ses doigts, avant de la plaquer fermement sur son sein gauche, par-dessus le pull d'abord, dépourvu de vêtements ensuite. L'excitation s'empare de moi et une érection discrète vient perturber la magie du moment en m'apportant une douleur légère. Je grimace mais son sourire bienveillant me pardonne aussitôt. Je l'invite à venir me rejoindre sur le lit en me décalant doucement. Elle ne porte plus qu'une culotte. En quittant sa poitrine, ma main se dirige instinctivement vers le creux de ses cuisses et caresse légèrement, aussi bien qu'elle le peut, ce qui apparaît comme la promesse d'un paradis une fois la maladie partie.

   L'éclair est furtif mais extrêmement intense. S'il frappe en un point, sa puissance s'étend dans tous les alentours. La douleur a fait irruption au milieu d'un baiser, au milieu d'une caresse, au milieu d'un moment de tendresse. Mon cri a refroidi d'un coup la chaleur installée et le corps de Anna s'en est allée rejoindre les convenances, sans toutefois se contraindre à s'excuser. Notre moment était passé, et la douleur était venue reprendre sa place, soucieuse d'être abandonnée. Comme un vrai moment d'amour, il a été trop rapide et s'achève dans la douleur. Comme un vrai moment d'amour, il amène avec lui des promesses et fait battre le cœur.
« Modifié: 02 Janvier 2017 à 12:18:09 par sonadoré »
Utopisme

Verasoie

  • Invité
Re : Amour hospitalier
« Réponse #1 le: 02 Janvier 2017 à 03:07:20 »
Citer
Dis comme ça, allongé sur un lit d'hôpital, habillé d'une blouse bleue  et relié à plusieurs machines

dit

Citer
et comme me dévier de l'immense mur de la maladie, elle s'est mise à m'aimer elle aussi.

comme pour ?

Citer
Malgré ça, et c'est là toute la source de mon anxiété, elle m'a promis de me faire l'amour cette après-midi.

Ce texte commence comme un roman que j'aime beaucoup (Dieu me déteste). Pour info.

Citer
une source d'eau éphémère à laquelle je m'empresse de boire avant de subir la soif sitôt qu'elle m'échappe.

C'est une belle image mais on se perd dans cette longue phrase, je pense que tu peux l'arrêter à "soif"

Citer
   Elle porte un jean et des baskets basses, un pull blanc d'une matière très douce et réchauffante, bien que la chambre d'hôpital soit surchauffée.

répétition de "chauff...". Je pense que tu peux trouver mieux que "réchauffante", comme terme ! ^ ^

Citer
Je lui dis que j'ai besoin d'un mimoso, traduction espagnole du mot câlin que l'on s'est accaparé pour désigner l'unicité de nos câlins à nous, distincts des câlins que l'on peut faire aux autres.

Trop cute.
Même si je trouve "traduction espagnole" un peu laborieux comme explication, genre si cette phrase était expliquée en moins de mots je la trouverais encore plus cute.

Citer
Je ne sais que faire, je n'ai vu ça dans aucun film, je ne peux bouger alors je reste étendu sur mon lit, quelque peu stoïque.

Tu as déjà utilisé "quelque peu" au début du texte et j'avais déjà tiqué et pas relevé, mais c'est vraiment très moche je trouve, "quelque peu" x)
Là en plus "stoïque" me paraît pas adapté... Ça me paraît vraiment bizarre comme utilisation.
Et puis c'est trop dommage que ces trois derniers mots viennent casser l'ambiance du coup parce que ça commençait à être super bien planté !

Citer
. Mon cri a refroidi d'un coup la chaleur installée et le corps de Anna s'en est allée rejoindre les convenances, sans toutefois se contraindre à s'excuser.

Je comprends pas du tout ce que veut dire "le corps d'anna s'en est allé rejoindre les convenances" oO

Les deux dernières phrases sont très jolies.

C'est vraiment cool comme sujet et histoire, j'me suis attachée aux personnages en pas longtemps, c'est choupi. Attention parfois le style est un peu lourd, y'a des tournures qui font vraiment pas naturelles... Mais sinon c'est sympa !

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Amour hospitalier
« Réponse #2 le: 02 Janvier 2017 à 12:19:46 »
Bon, j'ai corrigé les choses un peu moches et les fautes d'orthographe.
Quand j'écris que le corps d'Anna est retourné dans les convenances, j'entends par là qu'elle est sortie du lit, qu'elle est retournée s'asseoir à côté, comme la convenance habituelle l'impose. Sans doute l'expression n'est-elle pas claire.
Merci beaucoup :)
Utopisme

Hors ligne Luv

  • Prophète
  • Messages: 713
  • Aimer, c'est tout.
Re : Amour hospitalier
« Réponse #3 le: 02 Janvier 2017 à 13:19:41 »
Bonjour Sonadore, :)
C'est un petit bonheur  de lire ces mots, je suis rentrée d'emblée dans l'histoire, prenante, et le style me  convainc totalement. S'il est élégant, il n'est jamais lourd et la simplicité lui tient au corps.
 :noange:
Merci
Et bonne année à toi,
Luv :-*

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Amour hospitalier
« Réponse #4 le: 04 Janvier 2017 à 12:29:40 »
Merci beaucoup Luv :)
Utopisme

Hors ligne Faskimy

  • Tabellion
  • Messages: 30
Re : Amour hospitalier
« Réponse #5 le: 04 Janvier 2017 à 16:04:34 »
Wow. Tu réussis à nous mettre à la place du malade, à nous faire ressentir ses émotions, son vide intérieur comme son envie.

Bravo pour ce texte, c'est extrêmement prenant, je m'y suis plongé dès les premières lignes. Merci ! :)
Contenu, contenant, les deux sont importants. Écris ce que recèle ton esprit, ce qui brûle d'envie de sortir.

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Amour hospitalier
« Réponse #6 le: 05 Janvier 2017 à 22:10:55 »
Je suis très touché, merci beaucoup
Utopisme

Hors ligne Ménade

  • Plumelette
  • Messages: 6
    • Le blog des ecrivains de tous poilz !
Re : Amour hospitalier
« Réponse #7 le: 05 Janvier 2017 à 23:54:30 »
Restent deux grosses fautes : "les relans écœurants que porte en eux les hôpitaux"

L'histoire est intéressante et originale, mais reste une bizarrerie pour moi : faire l'amour dans une chambre d'hôpital, put-être, mais se déshabiller me paraît difficile, surtout pour une toute jeune fille, sachant que n'importe qui peut entrer n'importe quand, qu'il y a des mouvements dans les couloirs etc. Pour le dire autrement, il y a un aspect transgressif qui n'est pas du tout exploité ici.

Au niveau du style, tu devrais aller vers plus de simplicité. Tes phrases sont justes mais souvent un poil trop longues et complexes. Et le bon style est celui qui ne se fait pas remarquer...

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Amour hospitalier
« Réponse #8 le: 08 Janvier 2017 à 11:13:38 »
Un oubli malheureux.
Merci de ton commentaire
Utopisme

Hors ligne Ecalysta

  • Tabellion
  • Messages: 35
  • éternelle insatisfaite
Re : Amour hospitalier
« Réponse #9 le: 14 Janvier 2019 à 15:42:47 »
Très beau. J'ai beaucoup aimé. Bravo.
/Ecalysta/

 


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