Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

16 Juin 2026 à 15:38:35
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sandrine boit son café

Auteur Sujet: Sandrine boit son café  (Lu 1829 fois)

Hors ligne Chapart

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Sandrine boit son café
« le: 26 Décembre 2016 à 15:25:35 »
Sandrine s'approche de la terrasse, s'arrête, localise rapidement les tables disponibles, hésite quelques secondes, fronce les sourcils, reprend le mouvement, s'assied. Elle est élégante. Lunettes à soleil sur le front, comme toujours, lorsqu'elle sort, en été.

On vient rapidement lui demander ce qu'elle veut boire. Une femme comme elle, ça n'attend pas. Après s'être décidée pour un expresso, elle porte son regard sur la rue, croise les jambes, comme une femme élégante qui attend quelqu'un. Elle s'allume une clope.

Après quelques bouffées, elle pose sa main droite sur la table. Cette main si complexe, si logique et si anguleuse en même temps, celle de la grande pianiste qu'elle est devenue. Celle que la musique, comme remède apparent à son sentiment de marginalité, a façonnée au fil des années.

Elle n'a pas joué depuis dix jours. Quinze, peut-être. Ce qui n'empêche pas la musique d'être là. Comme réconfort de toujours. Comme mémoire de toujours. Sa Deuxième Ballade et ses alternances entre la chanson rupestre et l'ouragan occupent densément son esprit, diluant sa conscience de la rue et du bordel parisien. Elle aime ces moments où la musique, faute de la guérir, l'aide à affronter la réalité.

Cette réalité monstrueuse.

Elle sort subitement de ses pensées. S'étonne de ce que ce décor aura fini, malgré lui - malgré elle - par devenir familier. Intrusif lorsqu'elle avait vingt ans, elle a fini par s'y faire. Il lui arrive même de trouver à Paris quelque chose d'unique, voire d'artistique. Paris commence par vous écraser, pour finalement vous avaler - faute de vous séduire.

Ce quartier des Grands Boulevards, surtout à l'entrée de la Rue du Faubourg Montmartre, légèrement en pente, apparaît comme un fossé susceptible de happer à chaque instant les kilomètres de ville qui s'y rejoignent. Le reste du monde est trop éloigné pour prétendre exister. Ici, le temps est un peu allongé. La minute dépasse la minute. Un jour, Paris tout entier se déversera, là. Elle espère qu'elle sera là, sur cette terrasse, seule. 

On aura compris qu'elle attend un homme. Quant à connaître la véritable identité de l'individu, l'effort à fournir pour l'obtention d'une telle information ne serait sans doute pas démesuré, mais oublions. L'unique fonction de cet homme étant la même que celle de la musique. En moins forte. Et passagère.

Un jour, il sera remplacé. Elle viendra encore aux Grands Boulevards. Elle éprouvera encore cette sensation de convergence de la ville vers ce point précis, sur la terrasse de ce café.

Il est des habitudes qui restent. Chopin et Rachmaninov seront toujours ses amants authentiques. Peut-être les écoutera-t-elle un peu moins. Peut-être que le Boléro de Ravel remplacera un jour la Deuxième Ballade. De toute manière, le pèlerinage, ça n'a jamais vraiment été son truc. Trop turbulente pour goûter à l'apaisement, peut-être finira-t-elle un jour par se sentir héroïque.

L'année produit d'ailleurs quelques minutes où le rythme du Boléro l'entraîne. Un jour, elle le sait, viendra s'ajouter la mélodie - à moins qu'elle ne se soit déjà manifestée sous la forme de cette multitude d'amants qui, tour à tour, entrent pour ressortir, après avoir offert la même comptine, la même routine, mais chantée différemment. Un jour, tout sera réuni. Elle devra alors se laisser dompter, se laisser guider même, car il est un compagnon à qui l'on aurait tort de résister: l'âge. C'est résolument contre sa nature, mais quelle est sa nature au juste? N'a-t-elle pas toujours cherché à s'illustrer et à se comporter à l'opposé de ce qui est attendu d'elle? Il lui en a d'ailleurs coûté. Elle sait qu'il est désormais trop tard pour avoir une descendance biologique. L'amant qui devait être plus qu'un amant, elle s'est persuadée par deux fois l'avoir trouvé. Jamais pourtant elle n'a franchi le pas confirmant la pensée - fort heureusement d'ailleurs. Elle a renoncé à faillir, sans savoir exactement pourquoi. Ce qu'elle s'apprêtait alors à infliger à elle-même sonnait faux. Le piano n'était pas accordé. Dans une telle situation, mieux valait ne pas jouer plutôt que de se défigurer sur un instrument incapable d'accueillir la vie, lui ôtant à jamais son aptitude à interpréter.

Muse de l'évanescence, jamais soumise. Une succession de contrats où elle récupère ce qui lui permet de se sentir mieux. Le reste, ce n'est pas son problème, et surtout, ce n'est pas son histoire.

Dès le début du ravage parisien, elle est venue aux Grands Boulevards. Avec Julien, déjà - avec les deux Juliens, même. Il lui semble même qu'elle y a bu un café avec Jacques, à l'époque, mais peut-être se trompe-t-elle. Puisqu'on la fait attendre, elle va jusqu'à tenter de répertorier l'ensemble des mâles avec lesquels elle est venue dans ce café - ou tout du moins ses compagnons, ou une version lyophilisée de ce type d'individu. Ceci va jusqu'à l'amuser, alors que dans le fond, se prêter à une telle zoologie et constater à sa propre surprise que le nombre d'espèces découvertes s'énumère difficilement au moyen des doigts complétés des orteils devrait apparaître comme terrifiant, d'autant que la certitude de n'avoir oublié personne est toute relative.
 
Pourtant, elle les a tous aimés, à la folie même, du moins le leur a-t-elle prétendu. Tous ont été des hommes avec lesquels elle aurait pu imaginer une modeste fraction de seconde faire sa vie et, à deux exception près, sans jamais se superposer dans le temps. Son rire intérieur résonne si frénétiquement qu'elle se voit contrainte de faire appel à son élégance French style pour ne pas le laisser éclater en public. Il y a des limites à s'imposer à soi-même, comme aux autres d'ailleurs. Elle ne peut démentir le côté hilarant de ce constat: ce bar un peu huppé des Grands Boulevards est perpétuel, alors que tous les amants avec qui elle s'y est rendue ont fini par faire leur temps. Elle se demande, non sans amusement, si Jacques n'a pas eu un peu raison l'autre jour lors de leur dernière pinte de bière commune lorsqu'il l'a qualifiée de "fausse-bourgeoise qui vote à droite alors qu'elle se comporte comme une nana de gauche". Il a étayé ses propos d'une série d'exemples tels qu'en y réfléchissant, elle voit difficilement comment elle pourrait ne pas lui donner raison ("Tu te plains des sois-disant assistés mais rappelle-toi ta jeunesse, tu as aussi eu tes années de Bohème où tu faisais tu piano un jour toutes les deux semaines et passais le reste de ton temps à picoler pendant que le contribuable te payait ta bourse d'études, etc."). Si ces propos n'avaient pas été tenus par Jacques, sans doute aurait-elle été plus disposée à admettre qu'il n'étaient pas si éloignés que ça de la réalité. Sauf que Jacques, sans savoir pourquoi, on n'a pas envie d'être d'accord avec lui, son côté premier de classe un peu grande gueule et maladroit qui s'assume pas, c'est agaçant .

Et puis, dans le fond, merde, de tout ça, elle s'en fiche un peu. Tant qu'on lui laisse éjecter cette musique, envoyer cette Ballade dans les ténèbres d'une salle de concert tout comme ces amants envoient leur substance là où il faut, ça lui suffit.

Horrifier, faire jouir, ou les deux, cet éventuel public, ou tout simplement renverser le vide, ramener dos à dos toutes ces brindilles et les questions qui vont avec, elle n'en demande pas plus. La vie, c'est déjà assez compliqué comme ça.
« Modifié: 01 Janvier 2017 à 14:58:30 par Chapart »

Hors ligne Miromensil

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Re : Sandrine boit son café
« Réponse #1 le: 26 Décembre 2016 à 19:24:30 »
Salut Chapart,

Citer
Ce quartier des Grands Boulevards, surtout à l'entrée de la Rue du Faubourg Montmartre,
Je suis toujours un peu mal à l’aise quand on donne des noms de rues censés être typiques et connus mais qui moi ne me disent et ne m’évoquent rien du tout :/

Citer
Le reste du monde est trop éloigné pour prétendre exister
C’est extrêmement prétentieux non ? :mrgreen:

Citer
Un jour, Paris tout entier se déversera, là.
j’enlèverais la virgule ou zaperais carrément le « là », ça sonne étrange quand on lit tout haut.

Citer
Elle espère qu'elle sera là, sur cette terrasse, seule. 
pas fan de la répétition de là, ça fait un peu lourd

Citer
Quant à connaître la véritable identité de l'individu, l'effort à fournir pour l'obtention d'une telle information ne serait sans doute pas démesuré, mais oublions.
j’ai déjà lu des livres avec ce type d’intervention du narrateur qui parle en nous ; ça doit plaire à certaines personnes mais j’ai toujours un peu de mal avec (c’est une remarque hautement subjective dont, à mon avis, tu ne dois pas tenir compte)

Citer
L'unique fonction de cet homme étant la même que celle de la musique
je trouve le « étant » pas très heureux et facilement évitable

Citer
Un jour, il sera remplacé. Elle viendra encore aux Grands Boulevards. Elle éprouvera encore cette sensation de convergence de la ville vers ce point précis, sur la terrasse de ce café.
j’aime bien ce passage ^^

Citer
Un jour, elle le sait, viendra s'ajouter la mélodie - à moins qu'elle ne se soit déjà manifestée sous la forme de cette multitude d'amants qui, tour à tour, entrent pour ressortir, après avoir offert la même comptine, la même routine, mais chantée différemment.
je n’ai pas compris à quoi s’ajoutait la mélodie.. à la vie ?

Citer
avec les deux Juliens, même
aucune idée de la règle grammaticale en l’état mais mettre « s » à un nom propre me semble étrange

Citer
Horrifier, faire jouir, ou les deux, cet éventuel public, ou tout simplement renverser le vide, ramener dos à dos toutes ces brindilles et les questions qui vont avec, elle n'en demande pas plus. La vie, c'est déjà assez compliqué comme ça.
les deux derniers paragraphes sont plus dynamiques donc c’est cool mais je trouve la toute dernière phrase en trop :/ elle m’évoque une réflexion sur la vie déjà entendue 1000x - mais bon ok je comprends ce sont les pensées de la parisienne. Terminer par « elle n’en demande pas plus » en jette plus selon moi mais c'est peut-être pas le but.

Globalement j’ai trouvé ton texte bien écrit et fluide, ça se lit bien. Mais j’ai pas accroché plus que ça au personnage de Sandrine, je crois que je l’ai trouvée un peu clichée. La façon dont tu l’amènes ma rappelle des films français, j’avais une sensation de déjà-vu, ou une description déjà croisée. Ceci dit il y a de très jolies trouvailles comme le parallèle entre la musique et le ballet de ses amants, image que tu répètes en la variant. Paris est une ville tellement et tellement de fois visitée en littérature & compagnie que j’accroche davantage à sa description quand l’angle pris est original ou apporte quelque chose de nouveau.
« Modifié: 26 Décembre 2016 à 19:27:07 par Miromensil »

Hors ligne Chapart

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Re : Sandrine boit son café
« Réponse #2 le: 01 Janvier 2017 à 14:52:31 »
Bonjour Miromensil,

Je te remercie de ta lecture et de tes commentaires détaillés. Ce que tu as dit sur Paris est vraiment intéressant, je ne m'étais pas rendu compte que la ville avait autant d'importance dans ce petit texte. Dans mon esprit, elle était plutôt là pour révéler ici et là certains traits de la psychologie du personnage. C'est amusant, car en employant des expressions comme "bordel parisien", "faute de vous séduire", "Paris commence par vous écraser", etc., j'espérais justement éviter les clichés qui me semblent avoir tendance à vouloir dissimuler l'aspect peu ordonné et sale de Paris, mais à te lire je crois comprendre que c'est plus au niveau du personnage qu'on voit apparaître certains clichés liés à Paris ou plutôt aux Parisiens. Il faudrait arriver à bien jongler avec ça, je ne sais pas exactement comment là tout de suite, il faut que je réfléchisse, mais ça me paraît être une idée à creuser. L'idée était aussi de montrer comment la ville finit par déteindre sur un personnage qui n'est pas Parisien d'origine, j'aimerais donc garder cet aspect qui fait un peu cliché selon toi (mais je ne pensais pas qu'il était aussi marqué).

Les noms de rues sont plutôt là pour placer un cadre que vous évoquer une ambiance précise qui y est liée. Après, bien sûr, si le lecteur connaît l'endroit, il risque de voir une atmosphère un peu différente, mais ce serait le cas pour n'importe quel lieu qui existe réellement et est utilisé dans un texte... On ne va pas ne pas indiquer qu'un récit se déroule à Paris ou à Rome parce que certains lecteurs ne s'y sont jamais rendus.

Concernant la phrase "Le reste du monde est trop éloigné pour prétendre exister", c'est le ressenti du personnage à ce moment-là, il se sent dans une sorte de bulle. Est-ce prétentieux de le formuler de cette manière? Je ne sais pas. On peut trouver que ça l'est, ça ne me paraît pas dramatique (je précise ne pas être Parisien  ;D).

La mélodie s'ajoute au rythme du Boléro.

L'intervention du narrateur me paraît ici relativement indirecte, mais j'admets que j'en use parfois. On m'a déjà fait la remarque, je sais que certaines personnes en sont gênées. Moi ça ne me gêne pas... Lorsqu'on est au lycée, on nous apprend de ne pas le faire, mais les règles ne prennent tout leur sens que dès le moment où on s'autorise à les casser  :mrgreen:

Effectivement, la dernière phrase est sans doute trop quelconque. Je voulais insister une fois de plus sur le fait que le personnage a de multiples occupations et une vie peu réglée pour mieux camoufler ses problèmes personnels (évoqués de façon très diffuse). Il faut que je réfléchisse à comment le dire différemment.


Merci encore de tes commentaires intéressants!

A bientôt

Verasoie

  • Invité
Re : Sandrine boit son café
« Réponse #3 le: 01 Janvier 2017 à 22:25:13 »
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Sandrine s'approche de la terrasse, s'arrête, localise rapidement les tables disponibles, hésite quelques secondes, fronce les sourcils, reprend le mouvement, s'assied. Elle est élégante. Lunettes à soleil sur le front, comme toujours, lorsqu'elle sort, en été.

Hihi je me doute que c'est pas du tout l'idée mais pour moi, là, Sandrine est un cyborg. Genre Ghost in the Shell. Bon, si c'est pas voulu, sache qu'il y a un effet très robotique dans cette intro. Si c'est voulu, j'aime bien.

Citer
Cette main si complexe, si logique et si anguleuse en même temps,

Je suis vraiment pas fan des "si", pour moi l'insistance est hyper artificielle. En plus là c'est au cube...

Citer
On aura compris qu'elle attend un homme.

Elle aurait pu être lesbienne, moi j'avais le béguin pour elle là

Citer
Quant à connaître la véritable identité de l'individu, l'effort à fournir pour l'obtention d'une telle information ne serait sans doute pas démesuré, mais oublions.

Et qui sommes-"nous" ?
Enfin du coup blague à part, comme Miro j'aime pas trop cette intervention du narrateur. Mais ce qui me dérange c'est surtout le "on pourrait faire un effort pour trouver son identité" qui, pour moi, est une affirmation vraiment creuse. Quel effort il aurait pu faire, concrètement ? Enfin c'est chelou, je verrais cette remarque si le narrateur était un agent du KGB mais là ça me paraît un peu de la rhétorique... : )

Ça me perturbe que le Boléro soit aussi souvent cité alors que de mon souvenir c'est pas une pièce au piano...

Citer
lle se demande, non sans amusement, si Jacques n'a pas eu un peu raison l'autre jour lors de leur dernière pinte de bière commune

Bar un peu huppé + pinte de bière = syntax error
(enfin je trouve)

Citer
"fausse-bourgeoise qui vote à droite alors qu'elle se comporte comme une nana de gauche".

Ben du coup si c'est une fausse bourgeoise, elle se comporte comme une bourgeoise, et donc pas comme une nana de gauche... Jacques n'a pas les idées claires. D'autant que si elle se plaint des "assistés", en fait j'ai vraiment du mal à voir ce qui est censé la faire passer pour gauchiste :p à revoir ?


Globalement je reste aussi énormément sur ma faim. Je pense qu'on connaît pas assez Sandrine pour éviter le cliché, en fait. C'est une buveuse de café, qui fume, avec des lunettes de soleil, pianiste, qui se tape des mecs, et vit plutôt vite. Ça me suffit pas, ça peut être n'importe qui, Sandrine... J'ai envie qu'elle sorte du lot. Au lieu d'être raconté par un narrateur random, que ce soit par exemple son prochain plan-fesses qui la voie à la terrasse et se raconte tout ça dans sa tête avant d'aller la voir, en mode "blasé mais pas crédule" ? Ou alors détailler beaucoup plus l'allusion au début du texte sur le fait que la réalité est monstrueuse ? Enfin elle a une vie, notre petite cyborg, faut qu'on en voie plus que ça, quand même. Et pour moi c'est ce manque d'infos, ce creux, ce côté "je regarde de loin" qui fait que ça renforce le cliché...

Et d'ailleurs parlant de Paris je pense que ça pourrait se passer n'importe où ailleurs, pour le nombre d'infos que tu fournis sur la ville  ;) et là, idem, cliché. Pour moi, soit ça se passe nulle part de précis, soit ça se passe quelque part, mais si ça se passe à Paris, j'sais pas, faut justifier le fait que tu le mentionnes ! Pas juste "bah c'est là qu'elle vit" : D

Bref j'espère que tu vois ce que je veux dire : ) bienvenue sur le forum, au passage !

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
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Re : Re : Sandrine boit son café
« Réponse #4 le: 02 Janvier 2017 à 00:09:24 »
Bonjour Verasoie,

Et merci de tes commentaires intéressants. Ils touchent surtout à des aspects du personnage et du décor plus qu'à l'écriture. Je réagis sur certains (... je ne vais pas justifier la sexualité de mes personnages. En effet, elle pourrait être lesbienne, elle ne l'est pas).


Je suis vraiment pas fan des "si", pour moi l'insistance est hyper artificielle. En plus là c'est au cube...


Tout à fait d'accord, c'est pas génial.




Et qui sommes-"nous" ?
Enfin du coup blague à part, comme Miro j'aime pas trop cette intervention du narrateur. Mais ce qui me dérange c'est surtout le "on pourrait faire un effort pour trouver son identité" qui, pour moi, est une affirmation vraiment creuse. Quel effort il aurait pu faire, concrètement ? Enfin c'est chelou, je verrais cette remarque si le narrateur était un agent du KGB mais là ça me paraît un peu de la rhétorique... : )


J'ai l'impression que tu aimes bien te poser des questions toi!  ;D  ;D ;D Est-ce un besoin de savoir qui est "nous"? C'est un narrateur, qui fait des effets rétoriques en effet, il est face à un personnage qui se donne un genre en public, le côté rétorique et effectivement un peu artificiel va avec le côté artificiel que se donne le personnage principal.


Ça me perturbe que le Boléro soit aussi souvent cité alors que de mon souvenir c'est pas une pièce au piano...


Tu te doutes qu'elle n'écoute pas que du piano... Là pour le coup c'est ta remarque qui est un peu cliché si tu me permets  :mrgreen:


Bar un peu huppé + pinte de bière = syntax error
(enfin je trouve)


On ne parle pas du même bar... le bar huppé, elle n'est pas sûre d'y être allée avec Jacques.


Ben du coup si c'est une fausse bourgeoise, elle se comporte comme une bourgeoise, et donc pas comme une nana de gauche... Jacques n'a pas les idées claires. D'autant que si elle se plaint des "assistés", en fait j'ai vraiment du mal à voir ce qui est censé la faire passer pour gauchiste :p à revoir ?


Hahahahahaaa ça m'a fait rire. Bon c'est une remarque qui pourrait engendrer un débat sans fin qui n'a pas grand chose à voir avec l'écriture, mais j'y réponds. Il y a des gens qui ont certaines opinions qui les situent plutôt à droite et certaines plutôt à gauche, tout le monde n'est pas dans un bloc bien précis et n'adhère par à la totalité de l'endoctrinement que lui fournit ce bloc. Une fausse bourgeoise, précisément car son côté élégant et bourgeois est faux. Ses comportements (qu'on associe plutôt à un électorat de gauche) vont à l'encontre de ce genre qu'elle se donne, et qu'on associe plutôt à un électorat de droite.


Globalement je reste aussi énormément sur ma faim. Je pense qu'on connaît pas assez Sandrine pour éviter le cliché, en fait. C'est une buveuse de café, qui fume, avec des lunettes de soleil, pianiste, qui se tape des mecs, et vit plutôt vite. Ça me suffit pas, ça peut être n'importe qui, Sandrine... J'ai envie qu'elle sorte du lot. Au lieu d'être raconté par un narrateur random, que ce soit par exemple son prochain plan-fesses qui la voie à la terrasse et se raconte tout ça dans sa tête avant d'aller la voir, en mode "blasé mais pas crédule" ? Ou alors détailler beaucoup plus l'allusion au début du texte sur le fait que la réalité est monstrueuse ? Enfin elle a une vie, notre petite cyborg, faut qu'on en voie plus que ça, quand même. Et pour moi c'est ce manque d'infos, ce creux, ce côté "je regarde de loin" qui fait que ça renforce le cliché...


Effectivement, on ne dit pas grand chose d'elle dans ce texte, mais le fait de ne pas la décrire de l'extérieur était volontaire. Et le cliché, d'une certaine façon, fait partie du personnage. Le but n'était pas de raconter l'intégralité de sa vie, ce que je pourrais faire (j'ai écrit d'autres textes sur ce personnage), mais ce n'était pas mon souhait. Bien sûr que je pourrais décider de prendre un autre point de vue, pour que l'objectif au final soit différent. J'ai l'impression que ton envie est de connaître ce personnage plus (ce qui est peut-être d'ailleurs le signe que quelque chose dans sa personnalité t'interpelle), or je ne vois pas en quoi on devrait aborder un texte en ayant "envie" qu'on nous décrive quelque chose qui n'est pas décrit. Je ne cherche pas à raconter la vie de cette femme, ni à ce qu'elle apparaisse pour attendrissante ou qu'on la connaisse intimement. C'est ce que tu as envie d'entendre, mais ce n'est pas ce que j'ai envie de décrire de ce personnage. Si c'était un début de roman ce serait différent, a priori ça ne l'est pas (mais comme je l'ai dit, j'ai écrit plus de choses sur ce personnage, et donner un texte isolé et regarder les réactions me donne des indications sur les perceptions que chacun a de ce personnage et si celles-ci vont dans la direction que j'attends ou non). Il me semble que le texte révèle plus de choses que ce que tu résumes: le fait qu'elle cherche l'activité pour repousser des questions qu'elle n'a pas envie de se poser, qui en effet n'est pas décrite), la façon inconsciente dont la ville a fini par déteindre au fil des années sur elle et peut la faire apparaître comme cliché (ce qui ne me gêne plus que ça et est même un élément intéressant). Le texte est construit sur cet aspect: hyperactivité du personnage, liée d'une part à la musique et d'autre part aux amants, qu'elle dévore juste pour ne pas avoir à regarder en face cette "réalité monstrueuse" (que je ne décris pas), et la façon dont elle se donne un genre qui n'est pas vraiment elle-même, ce dont elle a en partie conscience mais refuse d'admettre catégoriquement. C'est un trait de psychologie qui me semble plus poussé que le résumé un peu net que tu en fais : "elle est pianiste, elle se tape des mecs"...


Et d'ailleurs parlant de Paris je pense que ça pourrait se passer n'importe où ailleurs, pour le nombre d'infos que tu fournis sur la ville  ;) et là, idem, cliché. Pour moi, soit ça se passe nulle part de précis, soit ça se passe quelque part, mais si ça se passe à Paris, j'sais pas, faut justifier le fait que tu le mentionnes ! Pas juste "bah c'est là qu'elle vit" : D

Bref j'espère que tu vois ce que je veux dire : ) bienvenue sur le forum, au passage !

Je n'ai pas très bien compris ce que tu voulais dire par cette remarque. Il y a quelque chose du cliché de la Parisienne dans le personnage, la scène ne serait pas pareille à Berlin...

Merci, je suis depuis quelques semaines déjà sur le forum, mais pas toujours très actif. Ecrire, et commenter un texte en disant plus que "c'est bien" ou "j'aime pas", ça prend du temps  ;D  ;D

A bientôt, et merci de ton passage!
« Modifié: 02 Janvier 2017 à 00:23:12 par Chapart »

Verasoie

  • Invité
Re : Sandrine boit son café
« Réponse #5 le: 02 Janvier 2017 à 00:37:43 »
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J'ai l'impression que tu aimes bien te poser des questions toi!  ;D  ;D ;D

Bah je fais de mon mieux pour essayer de savoir pourquoi j'aime ou j'aime pas une lecture et pour le communiquer à l'auteur  :mrgreen:

Citer
Tu te doutes qu'elle n'écoute pas que du piano... Là pour le coup c'est ta remarque qui est un peu cliché si tu me permets  :mrgreen:

Je l'admets, au temps pour moi !

Citer
J'ai l'impression que ton envie est de connaître ce personnage plus (ce qui est peut-être d'ailleurs le signe que quelque chose dans sa personnalité t'interpelle), or je ne vois pas en quoi on devrait aborder un texte en ayant "envie" qu'on nous décrive quelque chose qui n'est pas décrit.

Alors perso quand j'ai envie qu'on me décrive un truc qui n'est pas dans un texte, c'est que j'ai envie d'y trouver un truc qui m'intéresserait/me plairait. En fait ma remarque était à prendre comme une suggestion - j'essayais d'expliquer, au-delà du fait que je restais sur ma faim quant à ce texte, ce qui aurait pu éviter ce sentiment. Enfin voilà, je ne cherchais certainement pas à te froisser.

Citer
C'est un trait de psychologie qui me semble plus poussé que le résumé un peu net que tu en fais : "elle est pianiste, elle se tape des mecs"...

Tout à fait  ;) Je te présente mes excuses parce que j'ai dû mal m'exprimer. J'entends bien que tu essaies de décrire un trait de psychologie plus poussé... Je fais un résumé net et caricatural pour te dire ce que moi, j'en ai retiré en tant que lectrice : ) je pensais que ça t'intéresserait de savoir l'effet produit sur un lecteur (parmi d'autres). Il y a l'intention, et il y a ce que ça donne au final. Et le décalage entre les deux ^ ^

Citer
Je n'ai pas très bien compris ce que tu voulais dire par cette remarque. Il y a quelque chose du cliché de la Parisienne dans le personnage, la scène ne serait pas pareille à Berlin...

Ben là pour le coup je faisais référence à ta réponse à Miro, le fait que tu avais essayé de casser le cliché de la Parisienne (en parlant de "Paris c'est un bordel" etc) et le fait que pour moi, il était pas cassé... Enfin je sais pas. Elle me paraît pas spécifiquement Parisienne, Sandrine, du coup j'ai un peu l'impression que Paris est jeté là comme un ingrédient supplémentaire mais pas nécessaire.

Encore une fois, c'est mon impression et mon avis, je comprends l'envie d'expliquer et de te justifier mais j'espère que tu ne prends pas mes remarques trop à coeur (du genre : évidemment que je te reprochais pas l'hétérosexualité du personnage ! C'était une blagounette hein :p). Je te parle de ressenti et d'impressions, c'est ce qui m'appartient, et le texte t'appartient à toi x)

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : Sandrine boit son café
« Réponse #6 le: 02 Janvier 2017 à 01:00:39 »
Ne t'inquiète pas, je ne suis pas froissé du tout et ce n'est pas ce que je voulais laisser transparaître, désolé si c'est l'image que j'ai donnée. J'aime bien ce genre de réponses assez nettes et sèches, par contre il faut savoir les prendre avec recul et il y a souvent un tri à faire avec ce type de réponses et c'est ce que je voulais dire par là. Lorsqu'une personne fait une remarque sur tel ou tel aspect, même si on n'est pas d'accord c'est intéressant d'essayer de comprendre pourquoi la personne est arrivée à telle conclusion, car c'est très certainement qu'il y a quelque chose qui peut être amélioré. Par exemple sur l'histoire de la "nana qui votre à droite...", ta remarque même si je ne la prends pas à la lettre pour moi est symptomatique du fait qu'il y a quelque chose à améliorer dans ce passage. Et si on est dans un processus où on soumet un texte et qu'on reçoit des remarques, ça peut aussi être éclairant pour celui qui a commenté qu'on explique ce qu'on a cherché à faire. S'il prend la peine de le lire, c'est d'autant plus de pistes qu'il pourra peut-être nous donner ensuite.

Sur Paris, j'avais envie dans ce qui était purement la description de la ville de plutôt casser le cliché, et ce que Miromensil il me semble a relevé c'est que le personnage lui, pour le coup, fait un peu Parisienne cliché. Je ne m'étais pas rendu compte qu'elle faisait autant cliché de la Parisienne, mais je trouve ça assez amusant en fait et pas forcément contre l'idée que je me fais du personnage. Mais c'est évidemment à retravailler pour voir comment on peut garder les deux aspects.

Verasoie

  • Invité
Re : Sandrine boit son café
« Réponse #7 le: 02 Janvier 2017 à 01:05:02 »
Ah cool, contente qu'on soit quand même sur la même longueur d'ondes :D merci pour tes précisions !


Hors ligne Jane Burland

  • Scribe
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Re : Sandrine boit son café
« Réponse #8 le: 05 Mars 2017 à 17:29:06 »
Bonjour @chapart,

Voici mes remarques, j’ai lu le texte ainsi que les commentaires de ceux qui m’ont précédée et les réponses que tu leur as faites.

La description de Sandrine est quand même une description externe puisque c’est le narrateur qui la fait. Le narrateur rentre dans sa tête et par moment interpelle le lecteur, mais à mon avis, comme le récit n’est pas au « je », on a bien 2 personnages en jeu, puisque le narrateur affirme sa présence en sautant des pages et en s’adressant au lecteur. Par cette action, il perd sa neutralité. Donc pour moi, lectrice, la description de Sandrine est externe.

J’aime bien cette description, ce cheminement et l’apostrophe au lecteur ne me gêne pas. Cependant, il me manque un fil conducteur. En fait, en fin de sa lecture, je me suis demandé « pourquoi » tu avais écrit ce texte. (Il y a un élément de réponse quand tu dis dans la discussion qu’il fait partie d’un tout… sinon je trouve qu’il ne tient pas tout à fait debout tout seul).

J’aime beaucoup les métaphores récurrentes que tu utilises dans le texte, par ex. « Ce qu'elle s'apprêtait alors à infliger à elle-même sonnait faux. Le piano n'était pas accordé. »
Et certaines expressions choisies avec un 2d degré pertinent : « …faire sa vie et, à deux exceptions près, sans jamais se superposer dans le temps” (pas mal pour des amants) ou  “cette multitude d'amants qui, tour à tour, entrent pour ressortir,” (…du café?)

En conclusion, pour moi, un texte fluide et agréable, et un personnage qui mériterait vraiment que tu l’étoffes dans un texte d’envergure.
À bientôt.
Jane Burland

J'écris.

Hors ligne Chapart

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Re : Re : Sandrine boit son café
« Réponse #9 le: 29 Août 2017 à 18:33:33 »
Re-bonjour (bonsoir?) Champdefaye,

Merci pour tes commentaires sur ce vieux texte que je ne m'attendais pas à voir remonté! Il est grand temps que je le retravaille, avec tous les commentaires pertinents auxquels j'ai eu la chance d'avoir droit.

Cette réalité monstrueuse.

Je n'en ai effectivement pas parlé plus loin... j'ai développé plus d'aspects du personnage dans ma tête (comme je l'ai dit plus haut j'ai écrit quelques autres textes la concernant) que je n'en ai mis dans ce texte, ce qui prête un peu à confusion. A supprimer sans doute ici.

Sur l'alternance phrases courtes/phrases longues et style plus familier / plus soutenu: en principe c'était voulu. Sandrine mêle un côté léger, un peu vulgaire par moments, attaché à l'apparence, et un côté plus intellectuel et sophistiqué. J'ai tenté, maladroitement visiblement, d'essayer de le faire ressortir au niveau du style  :D



Un détail: j'ai eu du mal à comprendre cette expression, qui ne parait pas logique :
 "fausse-bourgeoise qui vote à droite alors qu'elle se comporte comme une nana de gauche".
Dans la grande série des archétypes, pour moi, une bourgeoise qui vote à droite et qui se comporte en nana de gauche est une bobo. Alors qu'est-ce qu'une fausse bourgeoise faisant la même chose ? Si c'est une fausse bourgeoise, c'est qu'elle n'est pas bourgeoise. Si elle n'est pas bourgeoise et qu'elle vote à droite, elle ne se comporte pas comme une nana de gauche. Si elle n'est pas bourgeoise et qu'elle vote à gauche, alors elle se comporte comme une nana de gauche. Tu me suis ?

Quelqu'un avait déjà relevé plus haut le problème qu'il y a avec ce passage. Je voulais distinguer le côté voter (= mettre un bulletin dans une urne) et se comporter de façon générale. Quelqu'un peut avoir des réflexions, des attitudes, des valeurs qu'on associe à la droite, et néanmoins voter à gauche, et vice-versa. Pour moi "voter à gauche" veut dire "mettre un bulletin de gauche dans l'urne", ce n'est pas "être de gauche". Je constate que la façon dont c'est formulé prête à confusion. Sur la "fausse bourgeoise ...." (mais là aussi le mot bourgeoise est mal choisi, j'aurais dû dire snob), je voulais dire qu'elle se donne cet air snob et vote à droite comme elle l'a toujours fait, plus par tradition ou par style de vie que par véritable conviction, et que ses comportements semblent plutôt s'apparenter à ceux de quelqu'un de gauche. Bref, on ne comprend rien à ce que j'ai voulu dire  ;D ;D


Mais il y aurait intérêt à rendre ces longues phrases plus fluides.

J'en prends note!

Merci encore.

 


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