Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

18 Mai 2026 à 22:32:18
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Première note

Auteur Sujet: Première note  (Lu 1387 fois)

Pagliacci

  • Invité
Première note
« le: 20 Novembre 2016 à 15:33:33 »
C'est toujours le même rêve : un monde en noir et blanc, un sol lisse s'étendant jusqu'à l'horizon sous un ciel uniforme. Le Notturno me parvient d'un lieu lointain, et juste devant moi se tient un enfant. Des cheveux noirs, de grands yeux marrons et le teint pâle. Il porte une chemise et un pantalon semblables aux miens, et me regarde d'un oeil curieux, presque amusé. Il me ressemble, et à chaque seconde qui passe je sens monter un mélange confus d'aversion et de peur. Il tend ses deux petits bras vers moi et s'apprête à dire quelque chose. C'en est trop.

D'un geste fluide, je projette mon pied dans son ventre mou. L'enfant s'envole au ralenti jusqu'à  la hauteur de mon visage, le sien est cramoisi, un filet de sang s'échappe de sa bouche. Il ne faut pas lui laisser l'occasion de contre-attaquer, un crochet du droit s'abat sur sa joue, il tournoie dans les airs avant de glisser par terre comme une serpillère, laissant une trainée rouge en spirale derrière lui. Ce n'est que le début, des bruits de pas m'indiquent qu'autre chose se profile.

Quatres hommes s'avancent, portant de singuliers vêtements qui s'avéront être une fois proche des habits religieux. Un curé, un rabbin, un imam et un bonze. On dirait le début d'une plaisanterie, et je suis le seul à ne pas sourire. J'attaque le groupe en commençant par l'ensoutané, que je dépouille de son crucifix en le gratifiant au passage d'un coup de tête qui semble faire disparaitre son nez à l'intérieur du crâne. Les trois comparses restants analysent la situation, et quand le front du moine éclate sous la croix, l'imam et le rabbin s'enfuient. Ce dernier n'ira pas loin, un saint shuriken se plante dans sa nuque. Le survivant panique et trébuche, je le suis calmement. Il prend la décision, peu judicieuse, de prier pour sa vie, et j'avance, à la main le coran qu'il a laissé choir dans sa fuite. Je relève le bas de sa djellaba. Même dans la plus orgiaque des soirées quatarienne on ne fit usage plus déplacé du livre sacré.

Et la ballade sanglante continue, j'émascule Marx à la faucille, pends un chef étoilé avec son cordon bleu, étouffe Nietzsche en lui enfonçant ses bacchantes au fond de la gorge, fait couler du béton dans une combinaison d'astronaute, garrotte Marriane à l'aide du drapeau, immole un banquier sur un bûcher de billet...

Viennent ensuite des femmes. Certaines lascives s'approchent de moi, et à mesure que la distance se fait moindre leurs faim se change en voracité, les mains se transforment en serres et les ventres s'arrondissent. D'autres émane assez d'amour pour arrêter une guerre, mais je ne faiblis pas, ma batte de cricket est couverte de sang et de chair. Puis en arrive une dont je ne perçois que les contours, et mes forces m'abandonnent. Je cours, et tout devient flou.

Quand le calme revient, ils sont de nouveau là, m'encerclant. Dans mes mains je sens le poids rassurant d'un fusil mitrailleur chargé, et je sais que, d'un instant à l'autre, ils fondront sur moi. Je presse la gâchette en hurlant, la foudre tonne et les silhouettes tombent, se rapprochent, s'assombrissent.

Je ne me réveille pas en sueur, mon rythme cardiaque est lent, régulier. Étendu sur  le dos, je retarde la prise de conscience en fixant le plafond. Lorsqu'il n'y a plus rien à faire, je me traîne jusqu'à la cuisine pour me faire un café qui sera, ce matin encore, irlandais. Je me force à le boire accompagné d'une cigarette, observant la ville depuis le balcon.
 
Dehors la marée humaine se forme, prés de l'abris-bus, à l'ombre d'êtres dont la beauté virtuelle s'étale sur les panneaux publicitaires des gens fixent leurs écrans, le flot de la circulation charie son lot de travailleurs vers le centre, et bientôt je serai contraint de les rejoindre. La télévision du voisin parle d'une élection, qui des rouges ou des bleus gagneront cette année? Je m'accroche à la rembarde qui me semble de cire, le vertige me prend et quand ma gorge se serre au lieu des larmes naît un sourire. Le ciel est bleu, le soleil d'hiver ne m'épargne aucun détail de ce monde et je contemple la ville qui s'étend jusqu'à l'horizon : C'est toujours le même cauchemar.

Hors ligne avistodenas

  • Prophète
  • Messages: 696
Re : Première note
« Réponse #1 le: 16 Avril 2018 à 19:10:13 »
Les rêves et cauchemars sont une seconde vie psychique. Dis-moi ce que tu cauchemardes je te dirai qui tu es.
C'est une boutade, bien sûr, mais c'est une part de nous qui les peuple.

A la lecture, c'est comme si on sortait soi-même d'un cauchemar. Ouf, c'était pas vrai ! Qu'est-ce qu'on est bien quand ça s'arrête ! Il arrive même qu'un cauchemar soit rémanent, qu'il nous pèse dessus bien après le réveil et toutes les "rassurances" du monde n'y font rien, l'humeur du matin en est gâchée.

Voilà, c'est bien écrit, bien raconté, ça parle beaucoup, et on n'aimerait pas y être.

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 918
Re : Première note
« Réponse #2 le: 17 Avril 2018 à 09:17:12 »
Bonjour Pagliacci,

Il est d'usage de venir se présenter ici avant de poster des textes sur le forum.
Je bloque ce texte en attendant que tu répares cet oubli ;)

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.014 secondes avec 22 requêtes.