(Nouveau petit texte cette fois-ci, bonne lecture !)
L'Empereur des Cieux.
Il sentit quelque chose de chaud, qui passait en un rai de lumière dans la cage où il était. La vie semblait l’appeler au-dehors. De la volonté puissante d’un esprit indolent, son entrave disparut, révélant de partout l’inondation salvatrice qu’il ressentait en son nouveau corps. Et sortant dans un air froid, il voyait d’abord un monde tranquille, sans hommes et sans prédateurs. Dans le silence de l’aube, il ne remarquait pas le ciel et ses nuages roses, oubliait sa vie d’avant où il avait rampé au sol, évitant un pied sans rien faire, où il s’était nourri de mousse d’arbre et s’était caché dans les troncs. Tout cela n’avait plus lieu d’être.
Il défilait dans le vide dans sa parure de bleu nuit et de noir ténébreux, valsait dans un tourbillon d’air, s’y perdait, s’en languissait, s’en enivrait comme on profiterait d’un plaisir qu’on n’aura bientôt plus. Si un homme l’avait vu, il n’aurait jamais pu deviner qu’il souriait, mais il l’aurait trouvé beau, magnifique même ! dans l’errance d’une liberté qu’on envie tous. De cette créature, se versait la désinvolture de celui qui n’a pas de lois, de celui qui vit dans les jubilations fulgurantes où la bouche se fait comme une fêlure vers l’âme euphorique.
Toute la journée, les humains le virent et les enfants le voulaient dans leurs douces mains frêles, souhaitaient toucher à cette splendeur, sans savoir que l’innocence et la magnificence façonnent des images dont le monde s’émerveille en silence. Chacun de ses battements était accompagné d’une bouche ouverte qui ne disait rien, d’un regard pétillant où les rêves s’éveillent, donnant à certains quelques idées aux grandeurs démesurées. Puis il passait et disparaissait, le temps d’un instant où l’on se fige, et où l’on trouve dans cette contemplation comme le signe d’un jour prochain, qui sera meilleur que tous les autres avant.
Ce jour-là, il ignorait que plus de mille paires d’yeux s’étaient arrêtées sur sa silhouette volatile, qu’il avait été, dans la négligence esseulée du triomphe impérial, comme la gloire sur sa vie passée. Et ce soir, au crépuscule, se posant sur la feuille d’un arbre, les ailes ouvertes face au soleil, comme l’oraison dernière où l’offrande suprême atteint, quelque part tout là-haut, une oreille divine, il se laissera choir dans la plus délicieuse des chimères, se pâmant dans la pensée de cette journée agréable, et ne pouvant voir le magnifique bleu nuit de ses atours devenir l’azur resplendissant d’un ciel d’été.
Et quand l’ombre vespérale aura coulé sur la feuille de l’arbre, les humains raconteront aux enfants que l'insecte dort, qu’il rêve de choses que personne ne sait rêver. Mais, ce soir-là, on ne dira pas que le papillon est éphémère.