Le crépuscule pointait à l'horizon de la campagne profonde où vivait Gérard. Le vieillard de quatre-vingts trois ans savait qu'il lui restait peu d'années à vivre. Il allait les vivre seul car il y avait de cela deux ans, sa femme l'avait quitté. Elle était malade. Ils ont tout de même eu le temps de se dire au revoir et étaient convaincu qu'ils allaient se revoir dans l'au-delà. Alors Gérard attendait patiemment la fin de son existence.
Ce soir-là n'était pas comme les autres, il allait y avoir une pluie d'étoiles filantes. Le veuf s'était préparé pour l'occasion. Il avait cuisiné un simple steak frites accompagné d'un bon vin rouge qui lui avait couté le reste de sa retraite pour le mois. La température extérieure était agréable. Gérard allait diner dehors, dans le calme. Il n'avait aucun voisin, tout ses amis habitait en ville ou étaient décédés. Il se disait que tout le monde, à son âge, était sûrement aussi seul que lui.
Le steak était tendre et savoureux, les frites croustillantes à souhait et parfaitement salée. Le vin, lui, ajouté aux saveurs de la viande rouge, roulait sur le palet et glissait dans le gosier du vieillard. Un plat simple et délicieux, déjà terminé. Gérard s'installait sur son transat, un verre de vin à la main. La nuit était tombée et le ciel, totalement dégagé, laissait apparaitre la voie lactée et la pleine lune qui éclaire le jardin d'un gris-blanc somptueux. Le regard du vieille homme scrutait toutes les routes que les étoiles dessinaient. Il était émerveillé par tant de beauté. Il se disait que Marie aurait adoré voir cela et, lui, aurait aimé qu'elle soit là, à ses cotés.
Le verre de vin se vidait bien trop vite et la bouteille aussi. C'était le dernier que Gérard pouvait se servir. Il buvait alors une gorgée, posa son verre sur l'accoudoir du transat et croisa les bras quand la première étoile filante laissait une trainée de lumière pure dans les hauteurs infinies de l'espace. Puis une deuxième, une troisième et bien d'autres venaient de part et d'autre faire briller les yeux de l'octogénaire. Il se souvenait de la première pluie d'étoile filante qu'il avait vu. Il avait 23 ans à l'époque. Ça faisait un an que Marie était entrée dans sa vie. La voix de sa belle et tendre résonnait dans sa mémoire :
« Tu sais, il parait que quand on voit une étoile filante et que l'on fait un vœu, il se réalise ? Et si on essayait ? Ça ne coûte rien. » Elle souriait en proposant cela.
Un sourire radieu ancré dans l'esprit de Gérard. Ce souvenir le faisait sourire et se dit que son vœu s'était bien réalisé. Il avait souhaité que Marie reste avec lui jusqu'à la mort. Seulement, il avait toujours pensé qu'il mourrait avant sa défunte femme. Maintenant il était seul et triste mais heureux d'avoir tant de bons souvenirs. Il avait eu une belle vie et le savait très bien. Il bu alors une dernière gorgée de ce vin délicieux, ferma les yeux, inspira profondément et formula secrètement un vœu, comme le veut la tradition.
Le vieillard ne rouvrit pas les yeux, ses muscles se détendèrent, ses bras se relâchèrent et son souffle se coupa lentement dans un soupir, comme un soulagement.