Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Discordance.

Auteur Sujet: Discordance.  (Lu 1461 fois)

Hors ligne Nacas

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Discordance.
« le: 21 Septembre 2016 à 21:00:51 »
‘Virevoltent’. Mes paupières se rabattent sur mes pupilles mais ma rétine refuse ma paix, ma rétine rutile.
La lumière passe, en filet tournoyant, dans le creuset poli de la peau translucide, dans la couche équarrie de la peau voilée.
‘Virevoltent’. La lumière gerbe dans mes yeux. Ma tête se ferme et la lumière la remue encore, lasse.
‘Virevoltent’. Il me semble que ce mot seul livre en son paquet éventé toute cette discordance qui m’articule.
Cette discordance qui passe ses doigts effilés sur mon intérieur échancré. Ces doigts qui en frôlant mon revers écaillent ma patine, en un bruyant cortège de phrases affadies.
‘Virevoltent’. Ma langue roule les trois syllabes enveloppées, faible, désœuvrée… Les quatre phonèmes s’ensablent dans ma salive, et les quatre phrases s’engloutissent dans mon esprit…
Je suis engourdi ; engourdi de gestes, engourdi de paroles, asservi de voyelles omniprésentes et extensibles, qui lacent sans fin mes orbites…
Le doux est mélasse, empêtrée, paresseuse veilleuse de ma patience. L’eau qui coulait ne s’est pas tarie, elle s’est aplanie. J’ai revêtu cette chape de gras, je ne sais quand ; elle oblitère mes bouches…
L’eau sombre n’est pas saine et cette boue ne présente aucune fange d’où ne réchappent aucun miasme.
Seulement des sons las, et de la lumière terne de sa vivacité. Parfois des mots s’évadent, creusent mon enclave en s’y logeant et décantent, en suspension dans des sonorités qui n’ont plus que leur sens…
Qui n’ont plus que leur sens qui ne me convient plus.
‘Virevoltent’. Parfois des mots trop piqués percent. Comme des aiguilles trop fines qu’on se sait se demander si elles cèderaient sur leur affaire ou résisteraient à leur pression condensée.
Les mots de mes pensées s’étalent comme la goutte colorée plonge dans le liquide tiède.
L’eau qui coule ne s’est pas tarie ; par goût exalté de ses remous elle s’est accélérée. Emportant avec sa nouvelle célérité les rochers sur lesquels elle trébuchait. Il n’y a plus l’écume. J’aimais l’écume.
Les mots passent et s’égrènent sur le rêche de la paroi d’écorce.
J’ai envie de fermer les yeux. De fermer les yeux de ce liquide pore qui serpente d’ondes dans la commissure de mes cils.
Les phonèmes s’enchaînent sans forme et forment la flasque méandreuse de l’apathie assoupissante de ma lassitude…
Je suis engourdi par la tiédeur du fil de la lame qui n’ouvre plus dans son sillon la chaleur piquante du liquide beau.
Et je me refuse à m’y humecter. Ma langue roule dans sa couverture tissée de sons ébruités.
Le piquant ne perce plus la pellicule, il ne laisse plus que l’empreinte de ses gras sur le patin…
Et comme si en s’en recouvrant complètement on en intègrerait l’absolution ils ‘Virevoltent’.


Mon sternum est posé contre l’écorce, dans sa posture qui m’empêche de me regarder complètement ; lorsque mon menton effleure la naissance de mon cou…
La mélodie joue ses notes, frappes émaciées d’espace au tour de leur blancheur délicate.
Je laisse décanter mes cheveux, contre mon tronc morne d’immobiles inspirations… Je ne me soucie plus des insectes, ils peuvent venir, se loger hâtivement entre la paille raffermie de désirs : ils n’effleureraient plus mon cuir…
Alors l’espace s’écoule, enfin, rend le toucher à ma sève endormie. La sève qui se coule sur la pesanteur, qui retrace ses parois à une poignée de pouces de mon cœur, qui entrave en une lenteur de grâce mes sensations avec elle…
La tiédeur humidifie ma respiration, récupère un petit peu dans sa paume de ma salive, de la chaleur ; l’air s’homogénéise, et mon échine caresse sa douceur.
Je ne veux plus écouter, je suis las d’écouter ; je ne veux plus, au moins pour un temps, laissez-moi décanter…

Les mots de mes pensées me soumettent, asservissent mes perceptions à leurs frémissements.
Je me suis trop mû, et maintenant chaque nouvelle position remue leur torpeur ; je souffre de chercher dans une terre ce qui pourrait me délivrer de la fouiller… Et chacune de mon immobilité enhardit une recherche que seul son renoncement pourrait conjurer ; et le temps me retrouve, car il lèche mes pieds, là où je désirerais ne plus le retrouver…
Je ferme mes yeux pour ne plus le récupérer et il est le seul épargné de ma cécité… Et face à mes sens éplorés de ne plus vibrer il frémit, s’éloigne, se rapproche, appose sa main sur mon visage obturé, crépite, vrombit ; ‘et puis virevolte’.



« Modifié: 17 Octobre 2016 à 11:21:48 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne PaulCahin

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Re : Discordance.
« Réponse #1 le: 22 Septembre 2016 à 17:08:40 »
Quoi ? Une Nascas-serie sans commentaires ?
Je m'y colle.

Bon, d'abord le ressenti generale :
c'est moins fort, moins "percutant" que d'autres de tes compositions.
Je ne dis pas que c'est pas bien mais juste que j'y ai moins été sensible.

Ensuite : le détail
de belles phrases comme "Les quatre phonèmes s’ensablent dans ma salive, et les quatre phrases s’engloutissent dans mon esprit…" et d'autres que je trouvent trop lourdes.
Trop d'adjectif dessert le texte, l'alourdissant parfois.
Je sais que c'est ton style d'écriture mais autant ça passe parfois autant là, y'a un truc qui me chiffonne.
27 vues et aucun commentaire : je ne suis peut être pas le premier à s'être fait cette reflexion, Nascas.

et enfin des trucs que je comprends pas du tout : "liquide pore" quoi ça être ?

Mais tout ceci reste au-dessus de bien des bouses que j'ai pu lire par ailleurs.
Je ne sais pas quel âge tu as, Nascas, mais je suis sûr que tu en as suffisamment devant toi pour parfaire ton style.
_______________
Paul Cahin de Troyes

Hors ligne Aubenoire

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : Discordance.
« Réponse #2 le: 22 Septembre 2016 à 17:09:29 »
Bonjour Nacas =)

J'ai beaucoup aimé le texte ! Nombreux sont ceux qui adorent caser des mots de langage soutenus dans leur texte, rares sont ceux qui le font de manière délicate et assortie, très bien vu, bravo !

L'inconvénient ou l'avantage - tout dépend de ce que tu souhaitais faire de ce texte -, est que le signifiant l'emporte sur le signifié ; Je retiens de ton texte un enchaînement de rythmes et de sonorités qui m'ont beaucoup plu, mais la majorité du sens m'échappe au fil de la lecture.

À côté de cela, j'ai adoré le côté sensuel qui se dégage du texte, je ne saurais dire si cela provient du vocabulaire ou du rythme, mais dans ma tête une voix me susurrait tes mots ;)

Est-ce qu'il t'arrive d'écrire de la poésie ? Je la lirais volontiers =)

Au plaisir de recroiser tes lignes ici où là !

 
* Edit pour revenir sur le commentaire de PaulCahin :

Personnellement, j'aime bien l'idée que les phrases soient trop "lourdes", ici, je trouve que c'est bien fait. Mais si toutefois tu souhaitais revoir certaines phrases, essaie de les dire à voix hautes, tu verras, on se rend beaucoup mieux compte  de ce qui peut parfois casser le rythme.

"27 vues et aucun commentaires" - jusqu'ici - : C'est vrai, j'ai pensé arrêté la lecture à la troisième ligne, et c'est la quatrième qui m'a emportée. Pense peut-être simplement à une phrase d'introduction facile, pour inciter le lecteur à poursuivre - ça en vaut la peine.

Ces choix restent très personnels, à toi de voir si tu écris pour toi, ou pour ceux qui te lisent ;)
« Modifié: 22 Septembre 2016 à 17:14:52 par Aubenoire »

Hors ligne Nacas

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  • Dragon d'encre
Re : Discordance.
« Réponse #3 le: 22 Septembre 2016 à 18:39:28 »
Vous lisant (et frissonnant d'allégresse à cette lecture de la manifestation de votre intérêt pour la mienne comme chaque fois...) l'idée m'a traversé de vous répondre bien crûement. J'ai apprécié l'idée ; vous apprécierez cependant probablement que je m'explicite ensuite... Eh bien allons-y donc.

Ce texte, ce sont trois phrases.

Citer
"Je suis engourdi, [...] engourdi de paroles."
Citer
"Des sonorités qui n'ont plus que leur sens..."
Citer
"Discordance."

.

Voilà dit, voici explicité.
Ce texte, c'est ma discordance. Ce texte est discordant, oui, parce que je suis très attaché à l'idée du crucial du rôle du "signifiant dans le signifié", comme le subodorre avec justesse Aubenoire.

>PaulCahin : Aubenoire m'a spolié d'une partie de ce que je t'aurais chaleureusement indiqué, je souligne donc sa justesse !
Par rapport au liquide pore, j'ai moi-même oublié sa signification (liquide sirupeux il me semble... ou bien je confonds) : il est ici uniquement pour la destabilisation du lyrisme littéraire au profit du rythme (j'y reviens ensuite)...
Huhu, effectivement j'aime m'enliser dans la mixture capiteuse des épithètes... voilà qu'il m'a déjà cerné ! Mais cette fois je ne pense pas avoir été maladroit (cf. Champs brûlant) dans leur usage... Je n'ai pas conçu ce texte percutant.
Je pense que cette fois effectivement tu as été moins sensible... à vrai dire cela ne m'étonne pas : j'ai volontairement cassé quelques lyrismes (comme ce " 'Virevoltent.' ", que je trouve affreux), pour retranscrire au plus profond la lassitude stylistique, qui me tourmentais alors... J'estime avoir réussi mon coup.

>Aubenoire : Mais... ceci est précisément ma poésie, chère ! J'éprouve quelques difficultés en réalité à manier le vers, je me complais donc dans l'usage de rimes orphelines prosées.
Je suis heureux : tu as saisi avec beaucoup de justesse l'essence de ce texte...ce texte qui, lui, était pour moi ; et pour toi aussi, visiblement...
Oui, j'aime aussi énormément les points de suspension.


Au plaisir de vous recroiser, vous, lecteurs, commentateurs, sur d'autres lignes.

Ah, et, une dernière chose : ce texte est extrait du chapitre troisième de mon livre en devenir, publié, pour l'instant dans l'essence de ses deux premiers chapitres seulement (qui nécessiteraient un plaisant remaniage, d'ailleurs...) à l'adresse rennomée en "Nacas' Den", sous mon profil.
V'la la lourdeur de la phrase publicitaire tiens !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Nacas.
« Modifié: 22 Septembre 2016 à 18:44:39 par Nacas »
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Hors ligne Luv

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Re : Discordance.
« Réponse #4 le: 14 Octobre 2016 à 23:40:30 »
Re bonjour Nacas !
Je suis pas rentrée réellement  dans le texte   ( je suis un peu fatiguée là et  ce texte, à mon avis, il demande d'être "à fond"  ;D)  mais il y a une fantaisie dedans, un côté aérien  et une manière de glisser sur les choses qui me plait  bien.
Cette phrase m'a accrochée :
"Les mots de mes pensées me soumettent, asservissent mes perceptions à leurs frémissements."
Subtil  et si vrai parfois…   ça m'a parlé. 8)
A la prochaine j'espère !
Luv !  :-*

Hors ligne manigairie

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Re : Discordance.
« Réponse #5 le: 15 Octobre 2016 à 19:38:14 »
Y'en a marre de comprendre le sens de ce que je lis, mieux vaut le sentir circuler, s'accrocher, se casser, se diviser, se disjoindre, se ramifier, éclater, éclabousser, s'alourdir et s'alléger, se gonfler, se crever, fuir, capturer, bref: faire sa vie, m'en remplissant au passage.

Enfin, la compréhension ainsi vidée de ce repos plein de rêves, se réveille sur un petit déjeuner de luxe (dont elle avait peut-être exploité l'odeur en dormant):

je souffre de chercher dans une terre ce qui pourrait me délivrer de la fouiller… Et chacune de mon immobilité enhardit une recherche que seul son renoncement pourrait conjurer.

En remerciement, le régal suffit en soi.

Je l'ai sûrement fait exprès

 


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