Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

25 octobre 2020 à 06:36:24
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Auteur Sujet: Chambre des Investigations Littéraires  (Lu 6510 fois)

milena-owein

  • Invité
Chambre des Investigations Littéraires
« le: 14 septembre 2016 à 09:51:19 »
Bonjour et bienvenu ^^

La Chambre des Investigations Littéraire a pour but des faire partager des extraits d’œuvres diverses et variées afin de réfléchir et discuter sur le style employé par son auteur.

Quels texte je peux proposer ?
Des textes d'auteurs (pas des productions personnelles donc ^^).
Attention il ne s'agit toutefois pas de textes "coup de cœur", le but n'est pas de proposer un texte "parce qu'il nous a beaucoup ému". Laissons de coté la dimensions affective qui est beaucoup plus difficile à analyser et varie énormément d'une personne à l'autre ;) (le texte peut nous plaire bien sûr, mais ce ne doit pas être la raison pour laquelle on le propose).
Il s'agit plutôt de proposer un texte dont le style, l'usage de la langue nous interpelle. On le lit et on se dit : "Tiens cet auteur fait des choses avec la langue auquel je n'aurais jamais pensé !" et ensuite on s'amuse à la décortiquer avec les copains, à essayer de comprendre ce que fait le texte, comment il fait, est-ce que ça rend bien ou pas...

Quel genre de texte ?
Tous les genres confondus !
Le but est de découvrir, plus se sera varier mieux ce sera :)
Donc :
-tous les genres littéraires : roman, théâtre, poésie, chanson, ...
-tous les genres scientifique : article, revue, ...
-tous les genres historiques : texte ancien par exemple
-les textes philosophiques
-(espace dédié à votre imagination)
-...
On peut aussi poster des "mauvais textes" ça peut être justement très instructif de décortiquer pourquoi ça marche pas.

Je le balance comme ça ?
Il s'agit quand même de textes édité du coup il faut penser à faire figurer la référence de l'oeuvre ^^
Donc : auteur, titre de l'oeuvre/recueil, "titre du poème/ article /chanson"(si l'oeuvre est extraite d'un recueil, entre guillemet parce que c'est plus claire), édition, année.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Le but est qu'un lecteur puisse retrouver rapidement l'oeuvre s'il souhaite la consulter ;)

Voilà c'est à vous,
Je suis certaine que votre cerveau fourmille d'idées :D

Hors ligne Rémi

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #1 le: 14 septembre 2016 à 13:22:24 »
Excellente idée :) !
Je m'abonne !!! Bon, je viens proposer un extrait très bientôt ;) (là faut aller bosser  :'( )

Hors ligne Zagreos

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #2 le: 14 septembre 2016 à 15:06:19 »
Des sortes de commentaires composés, donc. J'en suis.

milena-owein

  • Invité
Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #3 le: 15 septembre 2016 à 13:42:05 »
C'est cool si ça vous plait :D
Bon j'ouvre la danse avec un extrait du texte qui ma donné l'idée de ce fil ;)

C'est un texte moyen français, je modernise l'orthographe pour que ce soit plus simple(mais bon vous connaissez ma compétence orthographique >< il restera des fautes, bref), mais je laisse la ponctuation du manuscrit.

Traité sur la signification des comètes, anonyme, manuscrit français 12289, 1401-1500, folio 106v.

"Quand aucune(1) comète apparaît au signe de Gemini(2). elle démontre que le roi des chrétiens soufrera tristesse et grandes dissensions viendront au Roy d'Egypte tellement que a pou(3) il viendra jusqu'à la mort. et regnera en Egypte celui qui a droit de régner. et la mortalité sera es(4) cites des quelles Gemini domine. et plusieurs maladies et corruption de l'aire et famine et mortalité d'enfans. et le femmes grosses(5) mourront et les oiseaux. grandes chaleurs seront et vents brulants qui bruleront les arbres. et moult(6) de tonnerre et choruscations(7). Et si elle apparait en occident elle démontre que les roys tueront de grands gens et les abaisseront de leurs lieux(8 ). et auront moult de pestilences. et l'air sera corrompu en la terre d'occident. Et si elle apparait en la partie d'orient elle démontre que plusieurs choses seront réduites en cendres. et rapines es lieux qui sont soubs la seigneurie de Gemini et moult de pluies et grandes inondations."
 

(1)aucune : certaines
(2)Gémeau
(3) a pou : presque
(4) es : à l'intérieur des
(5) enceintes
(6) beaucoup
(7) choruscation : éclaire
(8 ) abaisser d'un lieux : rétrograder, destituer

Hors ligne gage

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #4 le: 22 septembre 2016 à 20:00:20 »
Salut Milena !

je vois que personne n'a encore commenté ton choix...  :(

Je me demandais si, à la base, il ne serait pas intéressant qu'en le postant, tu nous dises pourquoi tu as choisi cet auteur, et particulièrement cet extrait. Ce serait peut-être plus facile pour que naisse une discussion, voire un débat.
Qu'en penses-tu ?
La nuit brûle au-dehors comme un  désert de gypse.

Maylis de Kérengal    (Réparer les vivants).

milena-owein

  • Invité
Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #5 le: 23 septembre 2016 à 10:08:29 »
Oui c'est ce que je comptais faire mais j'ai été très prise ces derniers temps ^^

En fait je ne voulais pas dire en postant pourquoi je l'avais choisi pour ne pas aiguillonner le lecteur (en lui indiquant s'il faut en penser du bien ou du mal, pour schématiser). Donc j'avais décidé de mettre le texte comme ça et de donner mon avis après coup ;)

Je le donne donc maintenant.
Ce qui m'a interpellé avec ce texte c'est la surabondance de "et".
Parfois il l'emplois de la même façon que nous actuellement (rappelons qu'il s'agit d'un texte en moyen français, les usages sont un peu différent) : par exemple ici :
Citer
le femmes grosses mourront et les oiseaux

Mais parfois il l'utilise carrément comme une virgule :
Citer
[...]il viendra jusqu'à la mort. et regnera en Egypte celui qui a droit de régner. et la mortalité sera es(4) cites des quelles Gemini domine. et plusieurs maladies et corruption de l'aire et famine et mortalité d'enfans. et le femmes grosses mourront
Ici le "et" est plutôt un signe de ponctuation utilisé pour dégagé les élément syntaxique de la phrase.

En soit cela donne un résultat qui nous apparaît aujourd'hui comme extrêmement maladroit :/ (imaginé par exemple si ce texte avait été posté sur le forum et la façon dont on l'aurait commenté :D). Pourtant ce qui m'impressionne c'est que cette surabondance de "et" appartient à la matérialité même de la langue, à tel point qu'il devient impossible de les retirer sans remanier le texte en son entier.

Je donnais l'exemple plus haut, d'une phrase où le "et" avait une fonction syntaxique et jouait le rôle de la virgule, pourtant, cette phrase (là même mais où je remplace les "et" par des virgules) :
Citer
[...]il viendra jusqu'à la mort, regnera en Egypte celui qui a droit de régner, la mortalité sera es(4) cites des quelles Gemini domine, plusieurs maladies, corruption de l'aire, famine, mortalité d'enfans, le femmes grosses mourront
Ne nous semble pas plus juste syntaxiquement.

De plus, tous le long du texte, on hésite sur le sens à attribué au "et". On hésite entre le sens syntaxique (simple cheville pour organiser les composants de la phrase) ou adjonctif (pour coordonner ensemble deux éléments), du coup, au vue du thème du texte (description d'un décors relativement apocalyptique) cela créer une impression de fouilli qui sert bien le thème je trouve.

En bilan ce qui m'impressionne avec ce texte c'est qu'il est à la fois faux et juste en même temps :
Faux car à la lecture, la surabondance de "et" donne l'impression d'une "erreur" de la part de l'auteur (ce n'est pas comme ça qu'on est sensé parlé, on a envie de le corriger).
Et juste parce que le texte est cohérent avec lui-même, qu'on ne pourrait pas "corriger" l'usage du "et" sans remanier complètement le texte, juste aussi parce qu'on le comprend et qu'il a finalement quelque chose de très oralisé. Il fait quelque chose avec la langue que je n'aurais pas imaginé (avec mes cours de grammaire qui me donne une idée très stricte de ce qu'on peut dire ou non et comment) que la langue pouvait faire.

Voilà ^^

Hors ligne Rémi

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #6 le: 26 septembre 2016 à 15:38:09 »
Ouais, c'est tout de suite vachement plus intéressant du coup ! Merci beaucoup pour ton com' ; c'est vrai qu'en première lecture, ma réaction (très bourrin  :mrgreen:) c'était "mouais, pas top ce truc ; intéressant paske vieux français mébon...".
Là, tu éclaires la chose et c'est bien cool :)

à suivre pour d'autres extraits alors :)

milena-owein

  • Invité
Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #7 le: 26 septembre 2016 à 22:01:44 »
Cool si ça t'a plus ^^

Hésite pas à rajouter des trucs si le texte t'évoque quelque chose.

Et pis bin, postez aussi un extrait d'un texte si vous en trouvez :D

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #8 le: 28 septembre 2016 à 19:50:53 »
C'est amusant que tu te sois arrêtée sur la forme, qui en soi, analysée comme tu le fais, a son intérêt... mais le fond est assez surprenant aussi. Le ton docte avec lequel ce type nous livre ce qui n'est en fait qu'un horoscope à la Elizabeth Teissier est assez rigolo.
Confronter son exposé précis et "scientifique" à la signification même de ce qu'il énonce est plutôt drôle.
Merci pour ce texte, le moyen français ne manque pas de charme, y a pas à dire...
La nuit brûle au-dehors comme un  désert de gypse.

Maylis de Kérengal    (Réparer les vivants).

milena-owein

  • Invité
Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #9 le: 28 septembre 2016 à 19:59:44 »
Je ne me suis pas arrêtée sur le fond parce qu'il s'agit d'un écrit scientifique tout à fait sérieux.

En fait c'est même une référence en la matière ! Le Pseudo Ptolémée (que ce texte reprend) à nourrit les études d'astrologie durant tout le moyen âge.

Donc il n'y a ici aucun décalage entre le fond et le ton : il s'agit d'un texte scientifique très sérieux et très complet, écrit sur un manuscrit cher et avec un extrême attention de la part du copiste.

Nos savoir on évolués depuis voilà tout ^^

Ravie que ça t'es plus en tout cas :D

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #10 le: 28 septembre 2016 à 20:02:11 »
Ah mais je ne mets pas en doute que ce scientifique croit dur comme fer à ce qu'il énonce. C'est même ça qui est intéressant...
La nuit brûle au-dehors comme un  désert de gypse.

Maylis de Kérengal    (Réparer les vivants).

milena-owein

  • Invité
Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #11 le: 28 septembre 2016 à 20:06:40 »
Ah d'accord ^^
Autant pour moi donc

Hors ligne gage

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #12 le: 29 septembre 2016 à 10:05:50 »
À mon tour d'essayer de vous faire comprendre l'un de mes grands amours de la littérature française, dans la rubrique dite du «  nouveau roman », Nathalie Sarraute.
J'évoque aujourd'hui « Vous les entendez ? » Mais je parlerai de son style en général.
Le propos de ce roman est simple : deux cinquantenaires discutent en tête à tête, bavardent au sujet d'une sculpture ancienne que l'un des deux possède. Et à l'étage au-dessus résonnent les rires des grands enfants de celui-ci.



Extrait :


Ce qui sort de là, ce qui émane, irradie, coule, les pénètre, s'infiltre en eux partout, ce qui les emplit, les gonfle, les soulève... fait autour d'eux une sorte de vide où ils flottent, où ils se laissent porter... aucun mot ne peut le décrire... Mais ils n'ont pas besoin de mots, ils n'en veulent pas, ils savent  qu'il faut surtout ne laisser aucun mot s'en approcher, y toucher, il faut veiller à ce que les mots choisis avec soin, triés sur le volet, des mots décents, discrets, se placent respectueusement à distance : Vraiment vous avez là une pièce superbe... Oui, il y a de ces coups de hasard, de ces coups de chance... Une fois, je me rappelle, j'étais en mission au Cambodge, et chez un petit brocanteur... au premier abord j'ai pensé... et puis, figurez-vous, en y regardant de plus près...

et plus loin :

Des rires argentins. Des rires cristallins. Un peu trop ? Un peu comme des rires de théâtre ? Non, peut-être pas... Si, tout de même, on dirait qu'il est possible de déceler... Mais non, voilà une légère explosion, de celles qu'on ne peut pas empêcher... Oh tais-toi, arrête, tu me feras mourir, je n'en peux plus, on nous entend... Mais regarde-le... ha, ha, oh regarde, il est désopilant... N'importe quoi leur suffit... Rien, moins que rien... des bêtises... des enfantillages...


Pour ce qui est de la forme, certains y verront peut-être un gadget du nouveau roman, l'envie de défaire à tout prix les codes linéaires de la narration habituelle. Pour ma part je n'ai jamais rien lu qui approche d'aussi près du fonctionnement des rouage de la pensée ou de la conversation, avec ses hésitations, ses doutes, ses retours, ses clous qu'on enfonce à plusieurs reprises sous différents angles, pour bien faire comprendre. Et ses points de suspension omniprésents qui traduisent si bien l'hésitation, dans la pensée ou dans la discussion. J'aime énormément aussi  l'utilisation qu'elle fait d'images précises de textures, ou de goûts, ou de couleurs pour essayer d'exprimer les sensations, les sentiments ou les pensées, avouables, parfois moins, les doutes.
Je conçois aussi que sa manière d'intégrer les dialogues ou les réflexions dans ses paragraphes, sans guillemets et sans cadratins peut perturber de prime abord, mais on s'y fait très bien et ça rend le propos bien plus fluide, bien plus proche il me semble de la vraie vie.

Pour le fond, là encore je suis inconditionnel. On ne peut que se reconnaître dans ce genre de récit. Dans ce livre-ci , on pourrait imaginer que le propriétaire de la sculpture en est fier, qu'il l'exhibe, la considère comme son trésor.
Mais pourtant à travers tout le livre varieront son point de vue, celui de son interlocuteur... Les rires des enfants changeront de signification, d'intention au gré des paragraphes, parfois sans transition.
Tout cela pour servir une réflexion, qui est le sujet du livre à mon sens, sur ce qu'est le beau, l'art, l'importance qu'on doit lui donner. Sur le goût que l'on a des choses et qui peut dépendre du point de vue des autres.

Sarraute n'est pas toujours facile à suivre, et même en la relisant on a parfois un doute sur qui est « il » ou « eux » dans tel paragraphe. Mais ça fait partie du charme de l’œuvre... La richesse de son vocabulaire, et la précision de ses observations de la pensée sont inégalés à mon avis.

La nuit brûle au-dehors comme un  désert de gypse.

Maylis de Kérengal    (Réparer les vivants).

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #13 le: 19 janvier 2017 à 14:35:09 »
Je double-poste, je sais. Mais vu le temps qui s'est écoulé depuis mon dernier message, considérons qu'il y a prescription.

Je n'ai pas eu de succès avec Nathalie Sarraute. Je n'ai sans doute pas réussi à transmettre ce que j'éprouve quand je lis et relis ses romans, et c'est bien dommage.

Aujourd'hui je me contente de retranscrire ici une phrase qui m'a plu dans le livre que je suis en train de lire :
"City" d'Alessandro Baricco, le swap que j'ai reçu cette année (merci beaucoup Grimm, j'adore).

Gould avait un vieux chewing-gum collé au fond de sa poche, dans son manteau. Il alla le chercher, le décolla du tissu puis le mit dans sa bouche. Il était froid et un peu dur, comme un camarade d'école que tu n'as pas vu depuis des années et que tu rencontres un jour dans la rue.

Voilà.

La nuit brûle au-dehors comme un  désert de gypse.

Maylis de Kérengal    (Réparer les vivants).

Hors ligne Rémi

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Re : Chambre des Investigations Littéraires
« Réponse #14 le: 19 janvier 2017 à 19:46:21 »
C'est un chouette passage, "froid et un peu dur", le parallèle est vachement fort.

 


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