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Auteur Sujet: Le Grand Truc - explicite (à peine)  (Lu 8582 fois)

Hors ligne Servanne

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Le Grand Truc - explicite (à peine)
« le: 10 Septembre 2016 à 23:56:38 »
Je ne participerai à aucun débat d'éthique sur la pédophilie, l'homosexualité, ou ce qui est bien et mal, je vous livre juste un récit...

L'auteure.


C’est un vaste jardin, l’enfance, les plus belles fleurs ont souvent le parfum de la tendresse et des chaudes couleurs de l’été ; enfin pour les plus chanceux d’entre nous. La mienne, je peux le dire sans hésitation, fut heureuse et emplie de découvertes délicieuses. Je n’ai que peu de mauvais souvenirs, car je les ai partiellement occultés en bonne amnésique complaisante que je suis. Quant à mes étés, celui de mes quatorze ans restera indélébile.

L’été 2005, donc, nous séjournions deux semaines de juillet chez un de mes oncles près d’Avignon. Entre nos baignades avec le mont Ventoux pour décor, nos rigolades dans les champs de citrouilles, et nos pique-niques au bord de la Sorgue, cette villégiature était idyllique. Si ce n’est que le soleil tapait souvent trop fort pour moi. Aussi je passais beaucoup de temps à l’ombre de la grande terrasse, à lire et écrire en écoutant les cigales me susurrer des choses de leur cru. Mais ce qui m’intriguait le plus, c’était la voisine de mon oncle, une ravissante jeune femme d’une vingtaine d’années. Sur la terrasse, dissimulée derrière les canisses de ma tante, j’aimais la regarder par les fentes entre les bambous lorsqu’elle prenait son bain de soleil sur sa chaise longue. Ma petite tête à l’imagination galopante spéculait que c’était une star en villégiature qui se cachait des paparazzis. Comment en aurait-il pu être autrement ? Ce corps parfait, ce visage de madone, ce ne pouvait être l’apanage du commun.

Un jour, n’y tenant plus, je me suis risquée à descendre dans le jardin pour aller l’observer de plus près. Marchant sur des œufs en louvoyant parmi les tilleuls, je me faufilai silencieusement jusque-là haie. Accroupie, j’ai écarté les feuilles des lauriers pour épier la belle étrangère. Immobile, j’essayai de respirer sans bruit pour ne pas trahir ma présence. C’est un insecte qui me perdit. J’ai la phobie des insectes et celui qui venait de se poser sur mon bras révéla mon existence quand je poussai un cri de frayeur. La voisine se redressa sur son transat et posa son regard dans ma direction. Je me fis encore plus petite que je n’étais.


Episode 1 : Fanny et la Fille de la Haie


— Tu peux te relever, va, je t’ai vue…
Grillée… Cramoisie, je me remets debout.
— Bonjour…
— Sais-tu que c’est très impoli d’espionner les gens ?
— J’espionnais pas madame, je cherche des coccinelles dans la haie…
Elle me regarde en plissant le nez :
— Des coccinelles ? À d’autres… Comment tu t’appelles ?
— Servanne, madame.
— Je ne suis pas une dame, tu peux m’appeler Fanny. Alors, mademoiselle Servanne, que faisais-tu donc accroupie entre les lauriers ?
— Ben, je vous regardais…
— Et pourquoi donc ?
— Parce que vous êtes jolie.
— C’est gentil de ta part, et ça t’arrive souvent d’observer les gens à leur insu ?
— Oh non, pas du tout, mais je m’ennuie un peu, les autres sont aux piscines, il y a trop de soleil pour moi…
— Tu n’aimes pas le soleil ?
— Si. Mais c’est lui qui ne m’aime pas…
— Tu veux venir papoter cinq minutes ?
— D’accord.
Elle quitte son transat et me fait signe de passer par le petit portillon de bois qui sépare les deux jardins. J’entre un peu intimidée, nous nous asseyons à une table de jardin sous un rosier grimpant. Des abeilles vrombissent dans la vigne vierge. Fanny ouvre son briquet tempête pour faire rouler la molette contre le pied de la table. Une grosse flamme grasse et bleutée en jailli avec laquelle elle allume sa cigarette dans un geste étonnamment fluide. Elle a une façon de se servir de ses mains assez fascinante.
— Tu en veux une ?
J’aurais bien fait ma grande, mais l’idée du sermon maternelle si d’aventure une odeur de tabac était découverte sur moi m’en dissuade.
— Je ne t’ai jamais vue auparavant ici. Tu es en vacances ?
— Oui, jusqu’à la fin de la semaine chez mon oncle.
— Alors ce sont tes cousins, les deux garnements qui lancent régulièrement leur ballon dans les fleurs ?
— Oui. Fabrice et Jean-Mi. Ce ne sont que des gamins…
— Et toi, quel âge as-tu ?
Je gonfle ma poitrine de Vénus des sanatoriums et annonce fièrement :
— Quatorze ans et deux mois.
— En quelle classe es-tu ?
— Je vais rentrer en première.
— Mazette, tu n’as pas perdu ton temps ! Tu dois être une petite génie de l’école !
— Pas du tout. Je suis même une grosse fainéante. On m’a fait sauter deux classes… Une en maternelle et une au collège. Mais je suis une élève normale, j’y tiens !
— C’est tout à ton honneur. Et tu es aussi précoce pour le reste ?
Comme j’ignore le sens de sa question, je le lui fais remarquer.
— Est-ce que tu as un petit ami ?
— Non, dis-je en regardant le bout de mes espadrilles.
— Tu as déjà embrassé un garçon ?
Je secoue la tête. Elle sourit de mon embarras.
— Il n’y a pas de honte, tu as bien le temps. Je n’ai pas flirté avant mes seize ans, et encore ce n’était que petits baisers et mains tenues, pas davantage.
J’ai du mal à la croire. Elle devait faire tourner les têtes et chavirer tous les regards des écoles qu’elle a dû fréquenter.
— J’ai des copines qui l’ont déjà fait, dis-je, le grand truc, je veux dire, moi les garçons ne me regardent pas, j’ai des lunettes, je suis trop maigre et trop timide.
— Ce sont des idiots, tu es jolie comme une fleur, et la timidité n’est pas un défaut pour moi, c’est même très charmant. Pour le « grand truc », ce n’est pas un concours et le but n’est pas d’arriver avant les autres.
Son regard franc me trouble. Je réfléchis à ce qu’elle vient de dire. Toute l’année scolaire, ce fut le leitmotiv de ma classe de seconde, ce fameux « tu l’as déjà fait ? » Comme j’étais ostracisée du fait de mon jeune âge, on ne me comptait pas dans celles à même de répondre à cette question, néanmoins je me tenais au courant et je savais qui avait fait le grand truc parmi les filles de ma classe.
— Tu aimerais le faire ?
Je sors de mes pensées.
— De quoi ?
— Embrasser quelqu’un.
— Je ne sais pas, c’est un peu dégoûtant…
— Mais pas du tout ! Si tu as des sentiments pour la personne que tu embrasses, ce n’est absolument pas dégoûtant.
— Ah…
— Veux-tu que je t’apprenne ?
Je me demande si j’ai bien entendu. Je la regarde, les yeux écarquillés
— Vous êtes sérieuse ?
— Très. Approche.
J’obéis malgré moi. Elle sent l’huile solaire, je suis obsédée par le duvet blond sur son cou hâlée.
— Tu es tendue comme une ficelle de string, essaye de te détendre...
— J’ai un peu la frousse…
— C’est normal, il faut juste que tu aies confiance, respire normalement.
Au bord de la panique, mais aussi rassurée par la douceur de sa voix, je sens sa main se poser derrière ma nuque et m’attirer en avant. Mes épaules se crispent. Je suis incapable de résister et je n'en ai pas envie. Et plus je me rapproche plus je me noie dans les eaux claires de ses yeux, obnubilée par sa bouche si bien dessinée. Le parfum des roses, la chaleur du soleil, la musique dans ma tête qui s’emballe, je suis comme une abeille enivrée par la fleur odorante, la mouche qui va tomber dans la confiture, je suis la victime consentante d'une attirance que je n'avais jamais éprouvée avant. Nos nez se frôlent et je ferme les yeux. Quelque chose de frais et humide se pose sur ma bouche. Je ne sais pas comment réagir mais c’est agréable. Le temps se fige. Que dois-je faire ? Au moment où je veux prendre de l’air, elle glisse sa langue dans ma bouche et nos dents se touchent. Quand elle me libère, j’ai du mal à soutenir la lumière de ses yeux. Elle caresse ma joue en souriant. Un frisson géant me parcourt tout le corps en dépit de la touffeur de l’air.
— Alors, était-ce si compliqué ?
— Non…
— Tu as trouvé ça dégoûtant ?
— Non…
— Voilà, maintenant, tu sauras comment faire quand tu auras un amoureux.
— Ce n’est pas demain la veille…
— Oh, ne dis pas fontaine…, ça vient plus vite qu’on ne le croit.
— Si vous le dites...
— Tu peux me tutoyer maintenant que nous avons fait connaissance…Tu veux qu’on recommence ?
— Oui.
— Ah, enfin un sourire !
À nouveau elle m’embrasse, plus longuement, et elle m’apprend à tourner ma langue dans un sens puis dans l’autre, de l’enrouler autour de la sienne. Quand elle me libère, j’ai le souffle court, mon cœur bat comme celui d’un petit animal. J’ai un feu d’artifice dans la tête et le ventre qui fourmille. Je regarde l’heure à ma montre pour me donner une contenance.
— Je dois rentrer, ils ne vont pas tarder à rentrer des piscines ! Pourrais-je revenir vous… te voir ?
— Mais bien sûr, quand tu voudras. Allez, file avant de te faire houspiller, chercheuse de coccinelles !

C’est à peine si je lui dis au revoir. Je pars en courant vers la maison de mon oncle, des nuages accrochés à mes semelles.

Je sais embrasser.

JE SAIS EMBRASSER !

Au dîner, je ne tiens pas en place, je n’ai qu’une hâte c’est de raconter cette folle aventure à ma cousine Anne qui a deux ans de plus que moi. Le repas est interminable, les adultes n’arrêtent pas de jacasser, et moi je ne pense qu’à Fanny et à ce qui vient de m’arriver. Je n’ai qu’une envie c’est de retourner chez elle. Apprendre d’autres choses. Cesser d’être une gourdiche. Mais j’ai aussi de la culpabilité et de la peur qui me travaille. Est-ce mal ce que j’ai fait ? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Suis-je une adolescente perturbée qui finira sur le trottoir ? Et si le péché était inscrit en lettres sanglantes sur mon front ? Je scrute la tablée, cherchant un œil accusateur. Tout le monde paraît normal, affairé à manger et jacasser. Même ma sœur, d’ordinaire si fouinarde, à laquelle peu de choses échappe, semble dans son état habituel, occupée à bouder la nourriture comme de coutume. Déjà, elle ne parlait pas beaucoup avant, maintenant elle se tait de plus en plus. Je ne m’en préoccupe pas, trop heureuse que personne ne fasse attention à moi. Je n’ai pas grand appétit non plus du reste, mais je me force à finir mes fraises pour échapper à des réflexions que je ne suis pas en mesure de supporter ce soir. Je fais des fausses mines enjouées et des mimiques artificielles. Je pense à Fanny. Je me détends un peu.

Ils ont enfin fini leur café. La table est débarrassée et les petits sont priés d’aller se brosser les dents et de se mettre en pyjama. Je me retrouve à la corvée de vaisselle avec les femmes. J’attends que ma tante s’éloigne pour attirer discrètement l’attention de ma cousine :
— Nanou…
— Quoi ?
— Faut que j’te parle
— Je t’écoute, Vanette.
— Non, pas ici, en tête à tête…
— D’un truc sérieux ?
— Ben oui…
— Alors, dans ma chambre, tout à l’heure.
— Ok.

Patience dans l'azur. Le temps de chasser les mouches du coche, ma sœur et mes deux cousins qui tourbillonnent encore dans le salon en s’invectivant joyeusement. Une fois ceux-ci couchés, les quatre adultes redescendent jouer aux cartes dans la cuisine. Enfin la paix ! Je rejoins ma cousine dans sa chambre. À voix basse, je lui raconte ce qui s’est passé dans le jardin de la voisine.
— Oh, teste d’aï ! Vanette, tu es complètement fada ! Cette fille est une gousse, tout le monde le sait au village.
Je regarde ma cousine avec incrédulité.
— C’est quoi une gousse ?
— Vé, tu es vraiment une fille de la ville, toi ! Qu’est-ce qu’on vous apprend à Paris ? Une gousse c’est une drôle qui lèche la cramouille des autres filles, pardi !
— Mais… C’est dégueulasse !
— Bé oui, je te conseille de ne pas retourner chez elle, tu risques de gros problèmes…
— Tu l’as déjà fait, toi ?
— Quoi ? Rouler des palots ?
— Ben oui.
— J’ai un copain depuis huit mois, tu crois qu’on joue à Pokemon quand on se voit ?
Je ris bêtement.
— Tata le sait ?
— Que dalle. Officiellement je prends la pilule contre l’acné.
— Surtout tu ne vas rien dire à mes parents pour la voisine, hein ?
— Oh, tu me prends pour une donneuse, cousine ? Ça restera nos secrets entre nous.
— Entendu. Tu peux me prêter un peu de maquillage ? Tu sais comment est maman…
— Tu vas retourner la voir, alors…
J’acquiesce en silence. Anne éclate de rire.
— Oh putain de moine, tu es bien de la famille, tiens ! Têtue comme une mule qui ne veut pas avancer ! Sois prudente, Vanette, c’est tout ce que je peux dire, ma bouche et mes yeux resteront cousus.
— Merci, Nanou, à demain.



En m’endormant, je rejoue la scène du baiser, des centaines de fois.





Episode 2 : La Pauvre Petite Minette

Le lendemain, cela me hante dès le réveil. Je veux voir Fanny. Je déjeune à peine, l’estomac noué par cette idée obsessionnelle, pendant que mon père nous fait un exposé magistral – et chiant comme toujours – Sur la balade du jour. La Fontaine de Vaucluse, un trou sans fond où s’enfonce la rivière Sorgue. Ma mère me demande si je suis malade. Je dénie, prétextant que c’est à cause de la chaleur ou sans doute de la croissance. Ma cousine m’envoie un regard curieux, empli de connivence mais ne dit mot. Elle sait. Je passe la journée à me morfondre, traînant les pieds, derrière ma famille qui pousse des « Oh » et des « Ah » en s’extasiant sur les poissons aperçus et les falaises de machintruc. Mais je m’en fiche moi ! je veux être dans les bras de Fanny, je veux cette attention et cette chaleur qu’on ne m’a jamais données. Crise de nerfs d’Héloïse qui ne veut plus marcher pour revenir, elle dit que ses jambes ne fonctionnent plus. Ma mère soupire, mon père s’énerve. Je désespère. La soirée est encore plus longue. Griller des Chamallows dans le four à pain du jardin, ça ne m’amuse plus. Je ne suis plus la même fille qu’hier matin.

Le jour d’après, pendant la sieste générale de début d’après-midi, je m’esquive sans bruit. Je traverse l’interminable couloir, mes flip flop à la main. J’ai peur, mais j’ai hâte. J’ai mis la robe d’été vert d’eau que maman m’a achetée pour les vacances et un peu du rouge à lèvres que j’ai emprunté à ma cousine. Marche silencieuse sur les aiguilles de pin, approche de la haie, petit cœur qui s’emballe. Désillusion. Le transat est vide. Fanny n’est pas dans son jardin. Je grimpe et enjambe la barrière. Je fais le tour de la haie jusqu’à la porte de la maison. J’y toque doucement. Pas de réponse. J’insiste plus lourdement. Le temps que je me joue plusieurs films, tous avec des fins tristes, la porte finit par s’ouvrir. Fanny, tout sourire, les cheveux mouillés.
— Oh, mais c’est la fille de la haie !
— Bonjour.
— Désolée, j’étais à la douche. Tu veux entrer ?
Si je veux entrer ? Quelle question !
— Hon hon.
Sa maison est fabuleuse, il y a des tissus partout et des rideaux de perles pour passer d’une pièce à l’autre. Quelques tableaux disposés avec soin, de jolis meubles provençaux. Sobriété et élégance.
— C’est beau chez toi,
— Ce n’est pas chez moi, c’est la maison de vacances de ma grand-mère, vas-y assieds-toi. Je finis de me sécher les cheveux.
Je prends place sur le canapé. Je me tords les doigts d’angoisse en lissant bêtement ma robe pour essayer de dominer mon anxiété. Fanny finit par revenir. Pour remplir mes silences, elle m’explique qu’elle est institutrice à Velleron, la petite ville d’à côté. C’est son premier poste, mais que par la suite, elle aimerait revenir à Montpellier vers sa famille et ses amis. Je suis hypnotisée. Elle a la peau bronzée, des cheveux blonds bouclés et des yeux très bleus. La vie n’est pas juste, moi elle m’a dotée d’yeux couleur de boue, elle m’a privée de mélanine, et donnée des cheveux de sauvageonne, raides comme des poils de yack. Et là, je décide : lorsque je serai grande, je serai maîtresse d’école. Comme elle. Et tandis qu’elle m’enchante de sa voix de sirène, je bouillonne. J’ai trop de questions qui se percutent en moi. Il faut que ça sorte.
— Tu crois que c’est mal ce que nous avons fait hier ?
Elle m’oblige à la regarder en face.
— Et toi, qu’en penses-tu ?
— Je ne sais pas, c’est un peu flou dans ma tête…
— Te mets pas la rate au court-bouillon. Pourquoi serais-tu revenue si tu pensais que c’était mal ?
Elle a raison. Je n’ai aucun argument à faire valoir.
— Ma cousine dit que tu es une gousse…
Fanny éclate de rire.
— Tu diras à ta cousine que le terme exact est lesbienne et si ça la dérange, qu’elle vienne me voir. Tu veux boire quelque chose ?
— Je veux bien.
Elle se prépare une vodka et m’offre un jus de fruits. Je la regarde verser l'alcool dans son verre en la dévorant du regard. Quand elle se penche, son kimono de soie remonte sur ses jambes dorées. J’ai envie d’y poser les mains et de sauter par la fenêtre en même temps. Dehors ça stridule doucement, ici même l’heure de la sieste est respectée par les insectes. Nous buvons en silence. Je pense à ce fameux calme, avant la tempête, encré par tous les écrivains du monde. Il s’applique au moment présent. Fanny finit son verre et pose sa main sur ma cuisse.
— Ça te paraît anormal qu’une femme puisse aimer une autre femme ?
— Je ne sais pas… Je n’y ai jamais réfléchi à vrai dire.
— En es-tu sûre ?
— En fait si, avoué-je, il y a ma meilleure amie, on se connaît depuis la sixième. On se dit souvent « je t’aime ». Mais c’est comme ma sœur, enfin pas une ma vraie sœur, tu vois…
Fanny hoche la tête, m’encourageant à poursuivre.
— Eh bien… Quand je dors chez elle, où elle chez moi, on partage le même lit.
— Rien d’anormal.
— Je sais, mais une fois… Avant de s’endormir, on s’est fait un bisou sur la bouche.
Fanny sourit.
— C’est mignon.
— Peut-être, mais nos rapports ont changé depuis.
— C'est-à-dire ?
— On fait attention, on ne se donne plus la main en public, on ne prend plus notre douche ensemble, enfin des trucs comme ça…
— Vous avez peur ?
— Un peu…
— Et peur de quoi ?
— Je ne sais pas… du regard des autres, de ce qui nous arrive, de nos familles, enfin tout ça quoi.
Fanny dépose un baiser sur ma joue.
— C’est trop chou. Je suis passée par ce chemin avant toi. Ce n’est pas facile, mais si l’on reste soi-même et que l’on s’accepte, tu verras, tout ira bien.
— J’en doute. Je ne suis pas comme toi. Tu es trop belle, dis-je en me mordant la lèvre. Moi je ne ressemble à rien…
— Ne dis pas de bêtises…
Je pose ma tête sur son épaule.
— Je veux que tu m’embrasses encore…
Ce n’est plus la découverte d’avant-hier. C’est plus lent et plus intense à la fois. Quand nous nous séparons, je vois que quelque chose a changé dans ses yeux. Comme si elle ne me regardait plus comme une gamine.
— Tu veux que j’enlève mon kimono ?
— M’en fiche, comme tu veux, dis-je en faisant la faraude.
— Tu es venue pour ça, non ?
J’ai les joues en feu, mais je ne démens pas.
— Alors c’est toi qui vas le faire.
Mes mains tremblent tandis que je dénoue la ceinture de soie. Les pans s’écartent, révélant ses seins plus pâles et bien plus gros que ce que je croyais, mon visage s’y niche, j’y suis bien c’est chaud et doux. Elle me laisse m’y abreuver à ma guise, pendant qu’elle décroche les boutons des bretelles de ma robe. Je me crispe malgré moi.
— Servanne, il ne t’arrivera rien que tu ne voudras pas, me dit-elle pour me rassurer en caressant mes cheveux. " Tu arrêtes, dès que tu ne le sens pas, ok ? "
Je hoche la tête. Elle enlève mes lunettes et les pose sur la table.
— Tu as des yeux fantastiques.
— Non, ils sont marron, c’est banal,
— Ils sont profonds, plus vieux que ton visage.
Ma robe tombe à terre. Nous sommes presque à égalité, sauf que moi je n’ai qu’un soutien-gorge qui enferme deux kiwis et une petite culotte en coton blanc avec des rayures bleues.
Elle m’allonge doucement sur le canapé, au plafond il y a un ventilateur qui tourne doucement. À des centaines de mètres de mon regard perdu entre ses pales, je sens ma Petit-Bateau qui descend le long des manches de sucettes qui me servent de jambes. Et pendant qu'elle me déshabille, j'intime à mon subconscient de se rappeler que je ne suis qu’une adolescente sans expérience. Il demeure sourd alors qu’elle m’écarte avec douceur mais autorité.

— Ça va ? Tu es à ton aise ?

Je hoche la tête, incapable de parler. En réalité je suis terrorisée – mais ma curiosité naturelle pour les choses interdites fait taire cette angoisse. Je n’ai aucune idée concrète des mystères de la sexualité, si ce n’est mes cours de SVT. Mon expérience pratique se borne au DVD porno que nous avions trouvé avec ma sœur en fouinant dans la chambre de nos parents. À ce moment, j’avais trouvé ça « dégoûtant » et au bout de dix minutes, nous avions arrêté cette horreur pour retourner à nos jeux de petites filles.
Et pendant que mon esprit s’évade, Fanny me fait un tas de trucs, à moi et à ma minette, avec sa langue et ses mains, des caresses que j’avais toujours crues sales avant. Je ne savais pas que le plaisir charnel pouvait être si intense et violent, elle me l’apprend. En seconde, une fille de ma classe m’avait plus ou moins expliqué comment faire pour se contenter, je n’étais parvenue à rien si ce n’est me filer des irritations et aucun plaisir. Ici et maintenant, c’est une tornade de feu qui me déchire le ventre et me tord. Plus rien n’existe en dehors et ce qui était retenu en moi depuis si longtemps vient de s'épancher.

Elle me laisse au milieu du canapé, tremblante, exsangue et détrempée, avant de s’allonger près de moi.
— Je…
— Chût, profite du moment.

Quand je rouvre les yeux. Je réalise me suis assoupie. Fanny n’est plus là.

Il y a mot sur la table basse coincé sous mes lunettes. Une clef posée à côté.

J’ai dû partir en ville pour une course
Ferme derrière toi et mes la clé dans la jarre sur la fenêtre.
Merci
F.


Ma montre indique seize heures passées. Panique. Je suis morte. Je me rhabille à la hâte, chausse mes lunettes et quitte la maison à toute vitesse. Je traverse le jardin en trombe. Je tombe sur Héloïse qui essaye d’attraper des lézards sur le mur de la maison de mon oncle.
– D’où tu viens ?
– Je suis allée me promener dans la garrigue…
Je suis sûre qu’elle ne me croit pas. On ne promène pas dans la garrigue avec des flip flop. Elle sait toujours quand je fais quelque chose de mal. Elle va me dire que je sens le sexe ou je ne sais quoi. Mais par bonheur elle hausse ses maigres épaules et reprend sa passionnante activité de chasseresse.
— Tu peux aller goûter, si tu veux, tata a préparé de la brioche et du chocolat.
— J’y vais, dis-je, soulagée. Je suis encore essoufflée quand j’arrive dans la cuisine. J’essaye d’avoir l’air sereine en croisant ma mère.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es en sueur, ma pauvre, tu as couru ?
Non, m’man, j’ai été déniaisée, tu sais, c’est fatigant aussi…
— Oui. J’étais dans la garrigue, et j’avais faim, j’ai cavalé...
— Dans la garrigue avec ta belle robe ?
— J’ai fait attention, elle n’est pas abîmée.
— Je vois ça, allez file goûter.

Tu parles si le goûter je n’en ai rien à faire. Je suis la dépositaire d’un nouveau pouvoir. Je sais jouir. Le monde s’ouvre à moi. Je ne suis pas une gousse.

Notre séjour se termine.

Je braverai toutes mes préventions pour la revoir une dernière fois. La veille de notre départ, toute la famille part en expédition à d’Avignon pour faire les emplettes de produits locaux et des incontournables souvenirs à rapporter à truc ou machine. Je prétexte un mal de tête pour rester à l’ombre et pouvoir me reposer. J’attends que les voitures aient disparu au bout du sentier. Un short, un débardeur, rien d’autre. Je cours dans le jardin, le cœur suspendu et les pieds nus. Je n'ai même pas mes lunettes, c’est flou, je m’en fous. Je toque comme une dératée à sa porte. Elle s’ouvre, je pousse Fanny à l’intérieur.
— Vite !
— Quoi vite ? répond-t-elle entre stupeur et amusement.
— On n’a pas beaucoup de temps !
J’ai perdu toute timidité face à elle. Cette fois c’est moi qui la prends par la main et la tire par l’escalier direction sa chambre. Nous basculons sur le lit. Je déboucle la ceinture de son jean. Je fais sauter les trois boutons, elle soulève son bassin pour que je puisse enlever son Levi’s.
— Tu es complètement folle…
— Oui, de toi. Je t’aime.
— Tu ne peux pas te permettre de dire ça, tu n’as pas le droit…
Je plaque ma main sur sa bouche.
— J’en ai rien à foutre !

C’est violent. Je suis nerveuse et maladroite, plusieurs fois elle gémit de douleur. Mais je dois le faire, je dois savoir ce que c’est. Quand elle m’écrase les oreilles avec ses cuisses, je sais enfin.

L’horloge a fait deux tours lorsque récupère mon débardeur. Je m’assois au bord du lit. Fanny se redresse et passe ses bras autour de mon cou.
— On ne m’a jamais fait ça…
Je hausse les épaules.
— Je suis désolée…
— Ne le soit pas, c'était génial, mais un peu vigoureux...
Je reboutonne mon short. Une larme tombe sur son bras.
— C’est quoi cette tête d’enterrement ?
— Nous partons demain soir… Je n’en ai pas envie. Je ne veux pas.
Elle me mordille l’oreille. Ça m’énerve, je la repousse.
— Ne le prends pas comme ça, Servanne, il faut bien rentrer un jour. Toutes les bonnes choses ont une fin.
Ce qu’elles sont agaçantes ces phrases d’adultes posées par ceux qui désirent étouffer un débat dans l’œuf. Je me rembrunis.
— Tu t’en fiches, tu m’oublieras vite…
— Non. Tu vas rester un très joli souvenir, pitchounette. Un merveilleux souvenir.
— Je ne veux pas être un joli souvenir, je veux rester ici, avec toi, je veux que tu m’apprennes encore plein de choses, je veux… Je ne sais plus ce que je veux…
Elle sourit en posant sa main dans mes cheveux.
— Sais-tu, Servanne, que la tragédie de l'humain est moins dans la conviction de ses faux espoirs que dans son opiniâtreté à ne pas s'y résigner ?
— Je ne comprends pas...
— Je ne t'en demande pas tant.
Puis elle me dit que c'est très touchant et courageux de ma part mais que je ne devais pas m'accrocher à une illusion, qu'elle est amoureuse d'une autre depuis longtemps, d’une grande, que j'ai ma vie à vivre, mes études, et tout un tas d'autres arguments que je n'écoute plus parce que je m'enfuis déjà en courant dans l’escalier, des larmes plein les yeux. Ce qu'on peut être idéaliste quand on a quatorze ans et un cœur encore en gestation. Qui peut arrêter la pluie sur le toit des désillusions ?
Lorsque nous quitterons le Vaucluse pour remonter vers l’Ardèche, je serai partagée entre tristesse insondable et une fureur rentrée.

3. Épilogue

Bien sûr, ce qu’elle faisait était mal et elle le savait…
Bien plus tard j’apprendrai le sens de détournement de mineur, pédophilie, abus de naïveté, etc. Qui d’autre qu’une enseignante chargée d’instruire de jeunes âmes le sait mieux ? Quoi qu’il en soit, ces notions juridiques, je ne les applique pas à mes souvenirs. Fanny avait transformé ma pauvre petite minette en un coin de paradis et fait de moi une partie de ce que je suis devenue par la suite. Si j’ai pu me construire en m’acceptant et braver les fondrières pour rester debout avec celle qui détient ma vie dans sa paume aujourd’hui, je le dois beaucoup à Fanny.

Où que tu sois aujourd’hui, Fanny, tu es devenue à ton tour un « joli souvenir », l’un de mes plus beaux. Je n’ai qu’un mot pour toi :

Merci.

Ma cousine Anne vit aujourd’hui à Cavaillon. Elle est mariée à un sale type qui fait partie d’une église étrange et a mis Anne sous sa coupe réglée. Jeune femme grise au foyer avec deux mioches, elle qui était si brillante et joyeuse. Nous nous téléphonons une ou deux fois par an, selon les frasques familiales. À chaque fois, elle ne manque pas de me remémorer cet été-là et la « fameuse » voisine.
Tout cela est loin derrière moi, aujourd’hui, et si parfois une mélancolie m'étreint encore quand je repense à ces moments-là, c'est d’avoir senti ces insaisissables heures filer entre mes doigts comme le sable dans la rivière.



S.
« Modifié: 12 Septembre 2016 à 21:59:05 par Servanne »
Docteur es Géophysique. En route pour le CNRS


Y'a trop un truc qui cloche grave sa mère ! (P)

Hors ligne Eunuque

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #1 le: 11 Septembre 2016 à 08:29:42 »
J’ai trouvé votre texte… magnifique, tout simplement. Très sensuelle et délicat. Posé. Sans fausse pudeur. Courageux aussi. Un beau témoignage bien écrit.

Vous étiez une jeune fille complexée et cette femme a vu en vous une fleur prête à éclore et elle a perçu aussi votre vraie nature. Qu’a t-elle fait ? Elle vous a effleuré avec douceur et vous a ouvert à la vie. What else ?

Quant à savoir si c’était bien ou mal, si elle avait le droit ou pas (sans entrer dans un débat auquel vous ne voulez participer) ? Personnellement, je ne sais où se trouvent les limites de tout ça. Est-ce qu’elle vous a manipulée pour arriver à ses fins ? Bien-sûr. Elle vous a séduit, toute forme de séduction est une manipulation. Elle était déjà experte et vous en recherche.
Mais dans cette relation, il y a eu un échange, cela n’a pas été que dans un sens et c’est en cela que je la trouve belle et honnête. Elle vous a proposé tout en vous offrant des portes de sortie que vous aviez le choix de prendre ou pas. Est-ce qu’à 14 ans on est à même de faire ces choix ? Je ne sais pas répondre non plus à cette question.
Toute la première partie où elle vous pose milles questions pour vous jauger était son angle d’attaque, mais cela ne faisait pas d’elle une prédatrice. Elle s’est peut-être projetée en arrière, lorsqu’elle avait quatorze ans, isolée et perdue au milieu de ses interrogations en se disant qu’elle aurait aimé avoir une voisine qui la prenne en charge et qui la rassure. La découverte de la sexualité à l’adolescence est un virage pas simple à négocier. Amour, sexe, tout ça est confus. Aujourd’hui l’éducation sexuelle a été confiée à internet par l’entremise de Rocco et ses sœurs et ça n’a l’air de « révolter » personne. Ça nous prépare une belle génération. Il est vrai que tout le monde ne peut avoir la chance d’avoir une (belle) voisine au fond du jardin. Tant mieux pour vous.
Je vous souhaite un beau dimanche.
Berth

Hors ligne Servanne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #2 le: 11 Septembre 2016 à 08:42:12 »
Je suis très heureuse de votre retour.
A vrai dire, j'ai tergiversé longuement avant de le publier. Vos mots me touchent, ils me confortent sur une certaine ouverture d'esprit qui existe encore, sans manichéisme.

Merci, bon dimanche à vous aussi. Le mien commencera pas un run de décrassage et ensuite le nez dans des fiches pédagogiques.

S.
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Hors ligne Pyjsa

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #3 le: 11 Septembre 2016 à 10:20:34 »
Retrouver le charme méridional est très agréable.

Hors ligne Juliao

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #4 le: 11 Septembre 2016 à 10:45:58 »
Hello,

J'ai trouvé que c'était bien écrit, le vocabulaire est bien diversifié, bien pensé, bien utilisé, le texte se laisse lire facilement, les ambiances sont bien rendues.

J'ai apprécié les dialogues qui sont courts et qui donnent une certaine vitesse à la lecture. Je trouve que c'était plein d'humour avec les coccinelles du début, j'ai bien aimé l'argot utilisé par les deux filles, cela rends bien l'ambiance de l'endroit, le sud.

Un moment important dans la vie d'une jeune fille, les émotions qui s'y rapportent.

Merci de l'avoir partagé.

Chuss

Hors ligne Servanne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #5 le: 11 Septembre 2016 à 10:49:08 »
Merci Pyjsa et Juliao, très heureuse que l'histoire vous ait emmenés, pour un temps, au pays des santons et des cigales :)

S.
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Hors ligne Richola

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #6 le: 11 Septembre 2016 à 11:20:44 »
Comme tu n'as pas souhaité faire de débat d'éthique, je te dirai simplement que ton texte est magnifique.

Bravo !

Richola

Hors ligne Servanne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #7 le: 11 Septembre 2016 à 11:34:04 »
Un mot, un seul, est souvent plus parlant qu'un long discours.

Avec toute mon affection.

S.
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Hors ligne Fried

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #8 le: 11 Septembre 2016 à 12:06:03 »
Je me suis plongé avec plaisir et curiosité dans ce récit et ce d'autant plus facilement que je connais bien cette belle région. Mes parents habitent "Pernes les Fontaines".
L'histoire, est captivante, ce souvenir traduit bien le vécu. Quel age avait Marguerite Duras dans l'amant ? 15. ans je crois.
Le désir n'attend pas toujours les 18 ans.
bravo Servanne.

Hors ligne Ragne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #9 le: 11 Septembre 2016 à 12:25:56 »
Bonjour Servanne

Au fil de la lecture d'abords

Citer
Je me fis encore plus petite que je n’étais. [/i]
Un bout de code qui se balade ^^
Citer
— Des coccinelles ? À d’autres… Comment t’appelles-tu ?
Je trouve vraiment cette phrase... artificielle, je me demande si c'est pas à cause du côté populaire du "à d'autre" suivis de l'inversion sujet verbe très protocolaire de la question. Y'as un truc qui jure en fait.

En fait, de façon général, je suis un peu dubitatif sur le dialogue. Comme toutes questions littéraire, je pense que ça vient juste d'une façon de concevoir qui diffère et mon avis n'est pas là pour vous écraser, mais juste expliquer pourquoi j'ai pas accroché. (je précise en amont, parce que j'ai tendance à être maladroit quand j'analyse). En fait, je le trouve globalement artificiel, tant à cause des phrases qui me paraissent irréelle, pas assez humaine, ça manque de ponctuation, d'hésitation, de longueur, de bafouillement. Par exemple tu marque la gène, la surprise et l'aveu par un simple "ben", ces trois lettres ont de sacrées épaules pour supporter de tels sentiments. Et ensuite -et là, c'est mon côté début du XX- ça manque définitivement de narration. J'ai jamais été trop fan des blocs de textes suivi de bloc de dialogue. j'aime savoir ce qu'on fait pendant qu'on parle, j'aime entendre le poids du silence, j'ai entendre le chat qui ronronne pendant une dispute. En fait, j'aime voir le monde qui se moque de nous pendant qu'on parle. Et l'aspect très dynamique instauré par l'échange empêche le développement de cet aspect. C'est bien entendu volontaire je suppose, mais du coup, ça parle pas à tous.

Citer
On ne me comptait pas dans celles à même de répondre à cette question car j’étais ostracisée du fait de mon jeune âg
J'ai une grande aversion pour le mot "car" qui détruit toujours la beauté des phrases où il est. Un "comme" aurait peut être était plus élégant.

Citer
Un frisson géant me parcourt tout le corps en dépit de la touffeur de l’air.
C'est audacieux "touffeur" mais ça m'a un peu sortie de la lecture ^^

Citer
Et si le péché était inscrit en lettres sanglantes sur mon front
Autant, j'adore l'idée, autant je comprends pas le rapport avec "sanglant".

Citer
Ma cousine m’envoie un regard curieux, empli de connivence mais ne dit mot.
A prendre avec des pincettes, on m'as toujours appris à mettre une virgule devant un "mais". Y'as pas vraiment de règles selon d'anciennes recherches, mais par habitude, je trouve ça pour agréable pour marqué l'opposition à la lecture

Citer
« Tu arrêtes, dès que tu ne le sens pas, ok ?
il manque la fin des guillemets

Citer
Fanny me fait un tas de trucs, à moi et à ma minette
Brassens disait dans une chanson qu'il n'y a aucun mot élégant pour désigner le con. N'empêche que j'aurais préféré que tu trouve mieux que "minette".

Citer
Tu parles si le goûter je n’en ai rien à faire
Manque une virgule avant le '"je n'en"

Alors lecture fini avant le bilan, quelques questions.
C'est vraiment de la pédophilie et as du détournement de mineure passé l'adolescence? Je n'y connais peu voire rien en droit, mais ça m'a un peu surpris de t'en voir parler en introduction et de te voir camper une protagoniste déjà ado.
Ensuite, mon plus grand regret. Pourquoi ce titre en anglais? Tu as une suffisamment bonne plume pour trouver mieux que de sombrer dans l'anglicisation facile.
Et pour finir, je me demande pourquoi tu as choisis de raconter cette histoire. Tu t'y incarnes dedans -où du moins tu y met ton pseudo-, donc ça suggère pour le lecteur une part de réelle. Et tu refuses aussi le débat -qui serait assez stupide dans le sens ou prenant de point de vue de la "victime" qui est toujours volontaire, voir moteur- ça m'amène à me demander la raison d'un tel texte. Si tu veux pas y répondre, libre à toi, prend ça comme une déformation professionnelle d'historien ^^

Pour le bilan donc.
En règle général, je n'aime pas les récit à la première personne. Quand je lis "je" je pense "je" et ça me donne toujours l'impression que quelqu'un essaie de s'incruster sous ma caboche pour me dire quoi penser. Donc je suis partie un peu frileux. Mais tu as réussi à m'emporter. Pourtant j'ai toujours une réserve sur le texte, j ele trouve trop rapide. Il est assez factuelle, dans le sens où tu te borne souvent juste aux action de tes personnages.
par exemple ici
Citer
Elle quitte son transat et me fait signe de passer par le petit portillon de bois qui sépare les deux jardins. J’entre un peu intimidée, nous nous asseyons à une table de jardin sous un rosier grimpant. Des abeilles vrombissent dans la vigne vierge. Fanny ouvre son briquet tempête pour faire rouler la molette contre le pied de la table. Une grosse flamme grasse et bleutée en jailli avec laquelle elle allume sa cigarette dans un geste étonnamment fluide. Elle a une façon de se servir de ses mains assez fascinante.
Je trouve que la description manque d'odeur et de couleur. La petite est intimidé, elle est prise sur le fait, et est invitée chez quelqu'un. Mais pour autant, on ne sais pas vraiment ce qu'elle pense, juste ce qu'elle voit, entend et sur quoi elle se focalise. J'aurais aimé lire que les mains lui rappelle x truc où que le bourdement des abeilles lui fait hérisser le poil.
(Après c'est vraiment ma littérature, celle dense et impressionnante où on noie sous les informations, c'est pas celle de chacun.)

Donc voilà, j'aurais aimé un texte un peu plus long, où certains dialogues seraient mieux gérer, certaines descriptions plus immersives, certaines transition moins brusque.

Pour autant malgré ces réserves, j'ai vraiment passé un bon moment. Ta plume est bonne, le sujet est traité avec une certaine subtilité qui le rend beaucoup plus accessible.

Et il a le mérite au moins de rappeler qu'il n'y a pas d'âge pour aimer.

Au plaisir de te relire un jour :)
Ragne
Niou

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #10 le: 11 Septembre 2016 à 12:27:15 »
Loin de moi l'idée de faire un parallèle avec Marguerite, mais quand j'ai lu "L'Amant" j'ai eu de sévères pincements au coeur et des nuits difficiles...

C'est une superbe région, trop chaude pour ma peau hélas, j'ai le souvenir d'une montée aux Baumes de Venise (vous connaissez ?) Mes jambes de poliomyélite ont eu dû mal à arriver au sommet. Mais quelle récompense en haut, une vue sur tout la Provence  à couper le souffle...

Nous sommes redescendues, ma soeur et moi, à dos d'adultes, exténuées, mais du bonheur plein les yeux...

Mes amitiés à vos parents.

S.
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Hors ligne Servanne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #11 le: 11 Septembre 2016 à 12:35:39 »
Merci Ragne, je vais éplucher tout ça au calme. Le texte à été écrit quand j'avais quinze ans, j'ai dû le remanier et enlever le langage plus cru du moment. Je n'ai pas voulu le refaire avec ma (petite) vision de 25 ans. J'ai juste corrigé les bourdes et les errements de la jeunesse. J'ai souhaité qu'il reste le témoignage d'un moment très important de ma vie, ne pas le rendre littéraire et distancié, les couleurs maladroites sont d'origine. Je les assume.

Bisous et reconnaissance.

S.
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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #12 le: 11 Septembre 2016 à 12:37:37 »
Bonjour Servanne,

au fil de la lecture :

Citer
C’est un vaste jardin, l’enfance, les plus belles fleurs ont souvent le parfum de la tendresse et des chaudes couleurs de l’été ; enfin pour les plus chanceux d’entre nous.
Tournure lourde et ampoulée.

Citer
Entre vue sur le mont Ventoux, nos rigolades dans les champs de citrouilles, et nos pique-niques au bord de la Sorgue, cette villégiature était idyllique.
Cette phrase me fait un peu buter, je pense que c'est le "entre vue sur le mont Ventoux" qui cloche dans cette suite de propositions mais je ne saurais dire pourquoi.

Citer
Cesser d’être une gourdiche.
Gourde je vois, godiche aussi, mais gourdiche... Régionalisme ?

Citer
Suis-je normale ? Suis-je une adolescente perturbée qui finira sur le trottoir ? Et si le péché était inscrit en lettres sanglantes sur mon front ? Je scrute la tablée, cherchant un œil accusateur. Tout le monde paraît normal,
Répétition évitable

Citer
semble dans son état normal,
Et de 3...

Citer
Le temps de chasser les mouches du coche, ma sœur et mes deux cousines qui tourbillonnent encore dans le salon en s’invectivant joyeusement. Une fois ceux-ci couchés,
Mouches est féminin, ma soeur et mes deux cousines aussi, alors qui est ce "ceux" ?

Citer
Têtue conne une mule qui ne veut pas avancer !
Têtue, conne, les deux ?

Citer
Le lendemain, cela me hante depuis le réveil.
C'est correct grammaticalement ? J'aurai mis "dès" le réveil  :\?

Citer
Griller des Chamallows dans la cheminée, ça ne m’amuse plus.
Allumer la cheminée par un temps pareil...



Citer
Elle se prépare une vodka et m’offre un jus de fruits. Je la regarde préparer sa vodka orange
Tu peux mieux faire.

Citer
on ne prend plus votre douche ensemble
notre

Citer
manches de sucettes
bâton de sucette ok, mais manche...

Citer
— Ça va, pitchoune ? Tu es à ton aise ?
Pitchoune est infantilisant, je trouve pas ça très cohérent à ce stade du récit.

Citer
Bien sûr, ce qu’elle faisait était mal et qu’elle le savait…
Soit il manque un "que", soit il y en a un de trop.



Et plus globalement, pour m'en tenir à la forme, j'ai trouvé que les dialogues manquaient de naturel.

En dehors de ça, ça se lit plutôt bien, c'est gentillet et on passe un bon moment, même si certaines tournures alambiquées donnent un aspect un peu poussif à l'ensemble.

Merci pour cette lecture, au plaisir.

Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne Servanne

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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #13 le: 11 Septembre 2016 à 12:43:29 »
Merci la choucroute, je vais fouiller parmi les saucisses et les pommes de terre pour davantage vous satisfaire.

Un peu de moutarde forte peut-être... C'est bientôt le solstice de Strasbourg...

Bisous

S.
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Re : Childhood's end (explicite)
« Réponse #14 le: 11 Septembre 2016 à 19:56:32 »
Un texte de toute beauté. Tout simplement "GREAT" Servanne. Bravo pour ce moment de lecture.  :)
Nada.

 


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