La fumée, épaisse, léchait avec mépris les bustes oubliés, tannés de sang et de boue. Dans l'horizon lointaine, ils sont par millier scrutant leur passé dans leurs ombres macabres. Oui, ils sont là, bien en face de moi. A la fois effrayant mais d'une invisibilité funeste. J'en appelle au seigneur, purgeant la terre de ces atrocités innombrables faisant de nos terres, les cries et les combats oubliés, jusqu'au fond de l’abîme accueillant avec sanglot : la Cause. Cette Cause, que je croyait perdu, je la vis s'éclairer en mon sein. Illuminant mon esprit condamné, elle allait rejoindre notre éternelle soif de raison, notre Liberté !
Peu à peu, paisiblement, j'allais nourrir la Cause de ma chaire. D'une singularité évidente et quasi parfaite, mon âme allait me quitter, s'envoler, et les rejoindre. Ma mère, mon frère et mon père, dont je voyait son visage terne, d'homme à la voix hargneuse. Je l'entendais, il récitait la prière des morts. Je le fixais un long moment, m'emportant dans ses bras.
A terre, mon corps glacial sentait une dernière fois les doux embruns de mon pays détruit par leurs pas terribles. Ils résonnaient au fond de moi, égorgeant avec une violence inouï, notre peuple déchu par cette violence injuste. Ces dernières pensés m’envahirent d'une colère de feu ; un feu de colère vive, qui consumait lentement notre Cause.
Mes paupières, immaculées de nos vies, se fermaient. Je m'endormi. Moi, Pierre Moreau, j'allais fêter mes seize ans dans trois jours.
NB: Voici l'un de mes premiers textes écrit il y a quelques années. Les mots sont encore frêles, j'en ai pleinement conscience. J'ai voulu, à mon égard, vous le partager tout de même. J'espère avoir des commentaires constructif pouvant m'aider. Merci.