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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Innocence carcérale

Auteur Sujet: Innocence carcérale  (Lu 1471 fois)

Hors ligne RedSmile

  • Tabellion
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Innocence carcérale
« le: 27 Juillet 2016 à 16:47:53 »
Voici un texte que j'ai écrit il y a plusieurs années et que j'aimerais améliorer. J'aurais besoin de vos avis et conseils si vous voulez bien me les donner  :)

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  La nuit est rouge, tout comme ses yeux désormais. Mais qui est encore là pour le voir? Qui ose encore lui accorder un regard? Derrière ses barreaux, il est seul, plus qu'il ne l'a jamais été. Même les rats ne lui rendent plus visite. Mais il y a bien longtemps qu'il n'y accorde plus d'importance, bien longtemps que plus rien n'a d'importance. Il ne vit que pour satisfaire son primitif instinct de survie car c'est tout ce qui lui reste. Il fut un jour la bête noire mais désormais, cette époque lui manque. Au moins faisaient ils attention à lui avant de l'enfermer dans cette cage, le préservant de tout regard, l'excluant dans l'oubli. Lui qui, aujourd'hui encore s'en défend, n'a jamais rien fait.
  "Une injustice, voilà ce que c'est!" leur criait-il. Mais personne n'écoutait. Tous étaient sourds du fait de leur certitude. Il avait le physique, les moyens et même le mobile. Aucun doute possible, il était coupable. Et puis, la seule autre personne qui couraient à ses côtés sur la route de l'infamie possédait toute la ville. Quelle bêtise que de penser qu'il pouvait être le loup et que l'on enfermait la brebis.
  Le procès ne fut que bon semblant car lorsque les médias s'emparent de ce genre d'affaire, difficile alors de trouver des jurés qui ne soient pas influencés. L'issue fut unanime, elle l'était depuis le début. La couleur déterminait l'origine, elle déterminait aussi la culpabilité.
   Le verdict tomba. Des soupirs dans l'assemblée. Tous voulaient le voir tomber. Certains même le souhaitaient mort. Et c'est ce qu'il était. Ces regards, ces accusations, ce mépris et ce verdict qui résonnaient encore comme un coup de fusil avaient suffi à lui retirer tout souffle de vie. Ahmed, l'ange déchu, tombait pour les crimes d'un démon ailé.
  Depuis ce jour, il n'avait fait que prier. Ses genoux creusés dans le sol, il espérait sa libération, une reconnaissance de son innocence mais chaque lendemain n'était qu'un autre jour sans espoir. Cependant, il ne perdait pas la foi. Elle constituait sa seule arme. Mais plus encore, ce qui lui permettait de ne pas sombrer dans la folie.
  Les nuits se faisaient de plus en plus longues. L'hiver arrivait mais lui n'avait plus aucune notion du temps. Seul le froid lui dévorant la peau lui annonçait que Noël approchait. Et alors, des larmes glacées lui creusaient les joues. Plus jamais il ne pourrait déguster un bon repas en compagnie de ses enfants. Eux aussi l'avaient abandonné. Et comment pouvait il leur en vouloir? Son propre avocat était lui même certain de sa culpabilité.
  La porte de la cellule s'ouvrit. Brusquement, le bruit métallique le tira hors de ses pensées. À chaque fois que retentissait ce son, il espérait qu'était enfin venu le temps de sa libération mais cette porte ne s'ouvrait que sur une captivité plus accueillante. Elle sonnait le glas de la promenade. C'était l'heure à laquelle on sortait les monstres.
   Il se leva avec difficulté. Ses vieux os lui avaient volé sa rapidité d'antan. Encore une autre chose dont il avait été dépossédé. Et sa lenteur agaçait le gardien qui, déjà, brandissait sa matraque.
-Bouge ton cul vieillard! lui cracha-t-il au visage
  21 ans passés en cage et toujours, les gardiens l'effrayaient. Ils étaient en quelque sorte ambassadeurs du monde extérieur et même s'ils côtoyaient les détenus tout les jours, ils ne pourraient jamais les comprendre.
  Dans la cour, l'orange défiait le bleu. Ahmed marchait la tête basse. Il sentait sur lui les regards des autres prisonniers mais aucun n'était accusateur. Ici, tous le savaient innocent. Il n'avait pas les yeux d'un criminel, encore moins ceux d'un violeur. Dans son regard ne transparaissait que de la pureté mais, après une vingtaine d'années dans l'ombre, cette lueur s'éteignait progressivement et la haine tendait à la remplacer.
  Dans cette prison, il était le sage. Le vieil homme qui n'avait jamais rien demandé à personne et qui se retrouvait pourtant sous le joug de tous les diables. Ironiquement, dans le cœur de tout ceux que l'opinion qualifiait de bêtes sauvages, Ahmed percevait la plus grande humanité. Avec lui, les prisonniers n'avaient dés lors fait preuve que de compassion. Exclus de la société, ils se retrouvaient dans la même solidarité. Certes, les affrontements se faisaient fréquents mais lorsque l'on cultive la folie, on ne récolte que la haine.
-Ahmed! s'écria une voix dans son dos
  C'était Malik, un jeune tombé pour quelques grammes de cannabis. Il était enfermé depuis peu et très vite, l'angoisse lui avait noué la gorge. Il eut alors vite fait de trouver Ahmed qui lui même se fit un plaisir de se faire son mentor dans cet Enfer.
-Je suis allé à la librairie de la prison et j'ai lu le livre que tu m'as conseillé. J'ai bien aimé mais la fin m'a un peu déçu. lui dit-il, tout fier
-C'est voulu. La fin est une déception pour bon nombre de personnes mais c'est cette déception qui fait de ce livre une œuvre d'art. lui répondit Ahmed, un sourire aux lèvres, dissimulant ainsi sa souffrance intérieure
  Tout deux marchaient sur le béton. Autour, les gardiens les observaient sévèrement, armes à la main, expressions haineuses au visage. Et les ignorant, Ahmed et Malik abordèrent presque tous les sujets. D'abord la littérature puis, de fil en aiguille, la poésie pour terminer par le cinéma. Mais un sujet ne fit pas écho entre les deux hommes. Tous dans la prison évitaient de l'aborder. Même Paul Manson, le proclamé "tueur de flics" du bloc, n'osait pas l'évoquer en compagnie d'Ahmed. Car tous savaient à peu près et se satisfaisaient de ce "à peu près". Mais Ahmed savait parfaitement et aurait préféré ne pas savoir.
  Tout s'était déroulé dans une ruelle près de son lieu de travail. Sa journée avait été longue et il avait travaillé plus que les autres, une fois de plus. La Lune était belle cette nuit là, magnifique même, comme pour contraster avec l'atrocité de la scène.
  Alors que Ahmed finissait d'empaqueter ses affaires pour enfin rentrer chez lui, une silhouette perça l'obscurité. À sa vue, il la reconnut. Tout le monde en ville l'aurait reconnu. Ce qui l'étonna fut le couteau qu'il pouvait apercevoir dans sa main. Il luisait sous les rayons de la Lune, comme couvert de sang.
  Et puis, la silhouette disparut derrière les bâtiments. Un cri retentit. Un cri de femme. Ahmed en fit tomber ses affaires. Il se leva précipitamment, à l’affût. Puis un autre cri retentit, s’éteignant en un gémissement d'agonie. Il n'en fallut pas plus à Ahmed pour accourir vers la source de cette détresse.
  Une jeune femme gisait au sol, la main sur son abdomen et les vêtements qui ne tenaient plus. Son visage était d'une beauté magnifique mais semblait avoir perdu de sa pureté. Sa bouche pulpeuse cherchait désespérément de l'air à aspirer mais elle arrivait à peine à crier sa souffrance.
  La scène était frappante. La Lune entourait son visage en un halo, une auréole la façonnant tel un ange. Un ange blessé car de son ventre coulait du sang. De son ventre coulait sa vie. Le première réflexe d'Ahmed fut d'appeler la police. À ce moment là, il pensait encore qu'elle voulait son bien.
  Il entoura la plaie de la femme de sa veste, tentant vainement de stopper l'hémorragie en attendant les secours. A la vue de son sauveur, la femme trouva la force de prononcer quelques mots; l'identité de son agresseur, celui qui venait de la souiller au plus profond d'elle même sans aucune honte ni morale. Ahmed avait supposé le coupable et la femme venait de lui confirmer. C'est à partir de ce moment que, pour lui, la lutte fut perdue. C'était la parole d'un ouvrier contre celle du fils du maire.
   Les yeux d'émeraude de la femme se perdirent dans les ténèbres.

  La cloche sonna, invitant les détenus à regagner leurs cellules. Malik salua Ahmed et tous deux se dirigèrent vers leurs blocs réceptifs. Mais Ahmed était attendu. Sans un mot, deux gardiens l'attrapèrent par les bras. Quelqu'un lui réservait un accueil bien particulier.
-Ou m'emmenez vous? hurla-il, apeuré
-En isolement. répondit l'un des gardiens
-Qu'ai je fait?
-Bien trop.
  En isolement, plusieurs autres gardiens l'attendaient déjà, comme autant de touristes voulant assister au spectacle. Une main imposante projeta Ahmed dans l'ombre mais derrière lui, la porte métallique restait grande ouverte. Il voulut se retourner brusquement pour supplier des explications mais un coup de matraque le surprit dans la volée. La tête du vieillard heurta violemment le sol et il s'évanouit.
  Ce que ne savait pas Ahmed, c'est qu'un inspecteur avait récemment eu vent de cette affaire et, dans le plus grand des silences, avait décidé de rouvrir le dossier. 22 ans après le tragique événement, il réussit à apporter de nouveaux éléments susceptibles d'incriminer le réel coupable. Il ne lui fallait plus que le témoignage d'Ahmed pour libérer le saint et enfermer le diable. Mais il semblait que ce témoignage ne parviendrait plus dans les oreilles de personne.
  Ahmed reprit ses esprits. Il était désormais surélevé et pouvait observer les gardiens de haut mais il demeurait bel et bien leur victime. Au fur et à mesure que ses sens revenaient à lui, il sentait sur son cou une étreinte qui tentait de le faire monter aux cieux. Il toussa une première fois. Son cou le brûlait et ses poumons manquaient d'air. Il chercha de quoi s'alimenter en oxygène mais il suffoquait. Il perdait peu à peu ses facultés de perception et les gardiens qui l'observaient sans bruit s'éloignaient de lui. Non, c'était lui qui s'éloignait d'eux, loin d'eux, loin de ce monde, loin de tout ceux qu'il avait aimé mais surtout, loin de toute cette souffrance. Ironiquement, désormais, il était enfin libre.
  Plus loin, un seigneur buvait le meilleur des vins entouré des beautés les plus vulgaires, coupable de tous les vices dont le meurtre d'une magnifique jeune femme tandis qu'un pauvre vieillard, coupable seulement de son innocence, se balançait dans une cellule sombre, retenu au cou par de vieux draps usagés.

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : Innocence carcérale
« Réponse #1 le: 28 Juillet 2016 à 19:36:36 »
 "Le première réflexe d'Ahmed" le premier.
C'est un texte agréable à lire, le titre pourrait être injustice. Cela pourrait aussi être le début d'un bon polard, ou d'un nouveau monte Christo.  ;)

Hors ligne Juliao

  • Scribe
  • Messages: 97
Re : Innocence carcérale
« Réponse #2 le: 28 Juillet 2016 à 21:03:47 »
Hello,

Belle histoire, bien noir ! Les bonnes bases d'un polar !

Bonne introduction, mise en scène du personnage, on rentre dans le vif du sujet !

Bonne intrigue, on a envie d'en savoir plus à propos du meurtre et du vrai coupable, de l'affaire qui s'est ré ouverte, qui la ré ouverte, qu'es ce que cela implique, etc ...

Là où tu me disais de mettre plus de formule de poésie dans mon texte, je trouve que tu en mets directement beaucoup ...  !

Chaque paragraphe invite à penser à des scènes afin d'illustrer les propos, beaucoup d'idées de mises en scènes futures ...

Peut être donné des détails du physique de la personne, son passé , etc ... afin que l'on s'identifie à lui. Comme pour Hamed, on peut aussi le développer ... Mais bon, le texte deviendrait vite long ...

Des soupirs dans l'assemblée ... Es ce des soupirs de joies ou de soulagements ?

J'aime bien cette formule :

 Ses genoux creusés dans le sol, il espérait sa libération, u...

Ici, premier paragraphe, je ne pense pas que l'inversion soit nécessaire :

Au moins faisaient ils attention à lui avant de l'enfermer dans cette cage, le préservant de tout regard, l'excluant dans l'oubli. Lui qui, aujourd'hui encore s'en défend, n'a jamais rien fait.

J'ai parfois eu un peu de difficulté à lire lorsque c'est en bloc de lecture, je trouve que la séparation des paragraphe par une ligne facilite la lecture ...

Good job ! :)

Hors ligne RedSmile

  • Tabellion
  • Messages: 41
Re : Innocence carcérale
« Réponse #3 le: 30 Juillet 2016 à 17:51:38 »
Merci beaucoup pour vos corrections, conseils, avis et phrases qui font chaud au cœur!  :D

Hors ligne Kwak'

  • Prophète
  • Messages: 674
Re : Innocence carcérale
« Réponse #4 le: 30 Juillet 2016 à 19:08:25 »
Bon. C'est bon. C'est presque très bon ;)

Tu as une plume qui sert un excellent fond. Il y a des passages percutants qui sont très fins. Je me permets de m'y attarder vraiment(et ça n'a absolument rien d'une correction ni d'une note, mais tout d'un commentaire détaillé PUREMENT SUBJECTIF ou tu prends et rejette ce que tu veux). Imagine toi me lire le texte, et moi je t'arrête entre parenthèse pour te dire quand quelque chose me gêne ou me bloque.

Tu as soigné ta mise en page (merciiii beaucoupppp) en plaçant des alinéas, et en suivant la mise en page d'un livre, tout à ton honneur. Mais la taille de police et le fait de lire sur papier n'a rien à voir avec l'ordinateur. En effet, s'il était édité, ce texte serait parfait sous cette forme dans un livre.Or, ici, sur un forum, sur un écran rétro-éclairé, il faut bien l'admettre : un saut de ligne entre différents paragraphes aère un peu le texte, qui est un peu pavé en l'état. Rien de grave cela dit, ça m'a gêné au départ puis je me suis habitué, alors à toi de voir (ou j'ai tellement été happé par l'histoire que ça n'a plus eu d'importance).

Commentaire détaillé.

En vert, ça me touche, ça me marque, j'kiffe.
En rouge, ça me freine, me fait tiquer, me bloque
En bleu, ça me semble être une faute d'orthographe
(Entre parenthèse et en gras), j'explique pourquoi
je rappelle que tout est subjectif.
Je me suis permis d'espacer le texte car avec les précisions, l'ensemble va déjà être difficilement lisible.



La nuit est rouge, tout comme ses yeux désormais. Mais qui est encore là pour le voir? Qui ose encore lui accorder un regard? (ici à mon avis les deux questions peuvent se lier en une seule phrase pour gagner en fluidité). Derrière ses barreaux, il est seul, plus qu'il ne l'a jamais été.(il est plus seul qu'il n'a jamais été, un ou truc comme ça ? Ca fait beaucoup, double répétition de être, à mon avis) Même les rats ne lui rendent plus visite. Mais il y a bien longtemps qu'il n'y accorde plus d'importance, bien longtemps que plus rien n'a d'importance. Il ne vit que pour satisfaire son primitif instinct de survie car c'est tout ce qui lui reste. Il fut un jour la bête noire mais désormais, cette époque lui manque. Au moins faisaient ils attention à lui avant de l'enfermer dans cette cage, le préservant de tout regard, l'excluant dans l'oubli. Lui qui, aujourd'hui encore s'en défend, n'a jamais rien fait.(double incise qui floute ta phrase plus qu'elle ne la sert)

  "Une injustice, voilà ce que c'est!" leur criait-il. Mais personne n'écoutait. Tous étaient sourds du fait de leur certitude. Il avait le physique, les moyens et même le mobile. Aucun doute possible, il était coupable. Et puis, la seule autre personne qui couraient(courait) à ses côtés sur la route de l'infamie possédait toute la ville. Quelle bêtise que de penser(j'aime bien les plumes fines mais pas les crâneuses : "quelle bêtise de penser" suffit largement ici. La justesse d'un style c'est de trouver le parfait juste milieu entre sens et forme, ici, je trouve que tu en fais trop) qu'il pouvait être le loup et que l'on enfermait la brebis.

  Le procès ne fut que bon semblant car lorsque les médias s'emparent de ce genre d'affaire, (il devient ?)difficile alors de trouver des jurés qui ne soient pas influencés. L'issue fut unanime(une issue ne peut pas être unanime, un groupe multiple peut-être unanime, une issue peut-être fatale, le juré peut-être unanime, une issue par définition, est seule, donc ne peut pas être unanime), elle l'était depuis le début. La couleur déterminait l'origine, elle déterminait aussi la culpabilité.

   Le verdict tomba. Des soupirs dans l'assemblée. Tous voulaient le voir tomber. Certains même le souhaitaient mort. Et c'est ce qu'il était. Ces regards, ces accusations, ce mépris et ce verdict qui résonnaient encore comme un coup de fusil avaient suffi à lui retirer tout souffle de vie. Ahmed, l'ange déchu, tombait pour les crimes d'un démon ailé.(d'un démon ailé ?!)

  Depuis ce jour, il n'avait fait que prier. Ses genoux creusés dans le sol, il espérait sa libération, une reconnaissance de son innocence mais chaque lendemain n'était qu'un autre jour sans espoir. Cependant, il ne perdait pas la foi. Elle constituait sa seule arme. Mais plus encore, ce qui lui permettait de ne pas sombrer dans la folie.(elle lui permettait de ne pas sombrer dans la folie)

  Les nuits se faisaient de plus en plus longues. L'hiver arrivait mais lui n'avait plus aucune notion du temps. Seul le froid lui dévorant la peau lui annonçait que Noël approchait. Et alors, des larmes glacées lui creusaient les joues. Plus jamais il ne pourrait déguster un bon repas en compagnie de ses enfants. Eux aussi l'avaient abandonné. Et comment pouvait il leur en vouloir? Son propre avocat était lui même certain de sa culpabilité.(on sent que tu prends une grande aise niveau du style et certaines lourdeurs du début ont complètement disparue, et plus j'avancerai dans le texte, plus je trouve que tu t'affines)

  La porte de la cellule s'ouvrit. Brusquement, le bruit métallique le tira hors de ses pensées. À chaque fois que retentissait ce son, il espérait qu'était enfin venu le temps de sa libération mais cette porte ne s'ouvrait que sur une captivité plus accueillante. Elle sonnait le glas de la promenade. C'était l'heure à laquelle on sortait les monstres.

   Il se leva avec difficulté. Ses vieux os lui avaient volé sa rapidité d'antan. Encore une autre chose dont il avait été dépossédé. Et sa lenteur agaçait le gardien qui, déjà, brandissait sa matraque.
-Bouge ton cul vieillard! lui cracha-t-il au visage

  21 ans passés en cage et toujours, les gardiens l'effrayaient. Ils étaient en quelque sorte ambassadeurs du monde extérieur et même s'ils côtoyaient les détenus tout les jours, ils ne pourraient jamais les comprendre.

  Dans la cour, l'orange défiait le bleu. Ahmed marchait la tête basse. Il sentait sur lui les regards des autres prisonniers mais aucun n'était accusateur. Ici, tous le savaient innocent. Il n'avait pas les yeux d'un criminel, encore moins ceux d'un violeur. Dans son regard ne transparaissait que de la pureté mais, après une vingtaine d'années dans l'ombre, cette lueur s'éteignait progressivement et la haine tendait à la remplacer.

  Dans cette prison, il était le sage. Le vieil homme qui n'avait jamais rien demandé à personne et qui se retrouvait pourtant sous le joug de tous les diables. Ironiquement, dans le cœur de tout ceux que l'opinion qualifiait de bêtes sauvages, Ahmed percevait la plus grande humanité. Avec lui, les prisonniers n'avaient dés lors fait preuve que de compassion. Exclus de la société, ils se retrouvaient dans la même solidarité. Certes, les affrontements se faisaient fréquents mais lorsque l'on cultive la folie, on ne récolte que la haine.
(excellent. C'est fin, c'est bien amené, c'est logique, c'est très bon. Chapeau)

-Ahmed! s'écria une voix dans son dos

  C'était Malik, un jeune tombé pour quelques grammes de cannabis.(en prison pour quelques grammes ? Si c'est cent, c'est un peu gros ; si c'est 200, ou 500, ce n'est plus "quelques", mais je comprends ta volonté d'atténuation ^^) Il était enfermé depuis peu et très vite, l'angoisse lui avait noué la gorge. Il eut alors vite fait de trouver Ahmed qui lui même(pourquoi ce "lui même" ?) se fit un plaisir de se faire son mentor dans cet Enfer(pourquoi cette majuscule ?).

-Je suis allé à la librairie de la prison et j'ai lu le livre que tu m'as conseillé. J'ai bien aimé mais la fin m'a un peu déçu. lui dit-il, tout fier
-C'est voulu. La fin est une déception pour bon nombre de personnes mais c'est cette déception qui fait de ce livre une œuvre d'art. lui répondit Ahmed, un sourire aux lèvres, dissimulant ainsi sa souffrance intérieure.
(Pour les dialogues, ce n'est pas un trait d'union qu'il faut mais un tiret quadratin.) (La troisième incise "dissimulant" me semble un peu lourde si elle n'est pas supprimé de sa virgule et amenée en "un sourire en lèvre, dissimulant ainsi sa souffrance intérieure", enfin, ça manque de liant à mon avis).

  Tout deux marchaient sur le béton. Autour, les gardiens les observaient sévèrement, armes à la main, expressions haineuses au visage.(triple incise un peu lourde) Et(Ce Et est de trop, il peut se remplacer par un "En", ou alors avoir une virgule après le "Et" (mais c'est lourd), ou complètement se supprimer : "les ignorant, Ahmed et Malik abordèrent presque tous les sujets" (ce qui est impossible, d'aborder tous les sujets) les ignorant, Ahmed et Malik abordèrent presque tous les sujets. D'abord la littérature puis, de fil en aiguille, la poésie pour terminer par le cinéma. Mais un sujet ne fit pas écho entre les deux hommes. (tu m'as dit qu'ils les avaient tous abordés, tu déconnes, mon pote, tu me dis des choses et leur contraire ! ;p) Tous dans la prison évitaient de l'aborder. Même Paul Manson, le proclamé "tueur de flics" du bloc,(c'est un peu inutile, ça, un nom et un truc en plus qui n'a pas grand intérêt, on a juste besoin du savoir que l'ensemble de la prison et même les plus durs évitent de l'aborder, non ?) n'osait pas l'évoquer en compagnie d'Ahmed. Car tous savaient à peu près et se satisfaisaient de ce "à peu près". Mais Ahmed savait parfaitement et aurait préféré ne pas savoir.(j'aurais pu dire "Car tous savaient à peu près et s'en satisfaisaient", mais cette figure de style de répétition inversée "savaient à peu près, s'en satisfaisaient, lui savait mais voulait ne pas savoir" est intéressante. Okay, j'capte.)

  Tout s'était déroulé dans une ruelle près de son lieu de travail. Sa journée avait été longue et il avait travaillé plus que les autres, une fois de plus. (ça ajoute au caractère ténu, gentil et admirable de l'homme incriminé, c'est fin, c'est cool). La Lune était belle cette nuit là, magnifique même,(faut choisir, j'ai l'impression d'entendre un pote parler) comme pour contraster avec l'atrocité de la scène.

  Alors que Ahmed finissait d'empaqueter ses affaires pour enfin rentrer chez lui, une silhouette perça l'obscurité. À sa vue, il la reconnut. Tout le monde en ville l'aurait reconnu. Ce qui l'étonna fut le couteau qu'il pouvait apercevoir dans sa main. Il luisait sous les rayons de la Lune, comme couvert de sang.
  Et puis, la silhouette disparut derrière les bâtiments. Un cri retentit. Un cri de femme. Ahmed en fit tomber ses affaires. Il se leva précipitamment, à l’affût. Puis un autre cri retentit, s’éteignant en un gémissement d'agonie. Il n'en fallut pas plus à Ahmed pour accourir vers la source de cette détresse. (excellent, tu places du rythme intelligemment comparé au départ plus froid, pile au moment de l'action principale, c'est chanmé)

  Une jeune femme gisait au sol, la main sur son abdomen et les vêtements qui ne tenaient plus(ils ne tiennent plus quoi ? La chaleur ? l'alcool ? La barre sur le côté ?). Son visage était d'une beauté magnifique(pléonasme graduel, mais pléonasme quand même. Ca peut être un effet de style mais il ne marche pas sur moi) mais semblait avoir perdu de sa pureté. Sa bouche pulpeuse cherchait désespérément de l'air à aspirer mais elle arrivait à peine à crier sa souffrance.(joli contraste)

  La scène était frappante. La Lune entourait son visage en un halo, une auréole la façonnant tel un ange. Un ange blessé car de son ventre coulait du sang. De son ventre coulait sa vie(je n'aime pas trop, purement subjectif, cette envolée lyrique un peu répétitive : je ne suis pas bête, si du sang coule de son ventre, c'est que la vie s'en échappe. Je pense qu'il faut choisir entre sang ou vie.). Le première réflexe d'Ahmed fut d'appeler la police. À ce moment là, il pensait encore qu'elle voulait son bien.

  Il entoura la plaie de la femme de sa veste, tentant vainement de stopper l'hémorragie en attendant les secours. A la vue de son sauveur, la femme trouva la force de prononcer quelques mots; l'identité de son agresseur, celui qui venait de la souiller au plus profond d'elle même sans aucune honte ni morale(sobrement amené, c'est cool, pas de trash pour rien). Ahmed avait supposé le coupable et la femme venait de lui confirmer. C'est à partir de ce moment que, pour lui, la lutte fut perdue. C'était la parole d'un ouvrier contre celle du fils du maire.
   Les yeux d'émeraude de la femme se perdirent dans les ténèbres.
(noir, coup de violon. Tu as une écriture très fluide, très scénique, très rythmée, et j'entends presque le couperet tomber. Je te kiffe.)

  La cloche sonna, invitant les détenus à regagner leurs cellules. Malik salua Ahmed et tous deux se dirigèrent vers leurs blocs réceptifs.(respectifs xD. Après vu qu'ils les accueillent, c'est vrai que les blocs sont réceptifs xD). Mais Ahmed était attendu. Sans un mot, deux gardiens l'attrapèrent par les bras. Quelqu'un lui réservait un accueil bien particulier.

-Ou(Où) m'emmenez-vous? hurla-il, apeuré
-En isolement. répondit l'un des gardiens(pas de point mais une virgule entre les dialogues et leurs précisions)
-Qu'ai je fait?

-Bien trop.

(Toujours ce problème de cadratins ;)


  En isolement, plusieurs autres gardiens l'attendaient déjà, comme autant de touristes voulant assister au spectacle. Une main imposante projeta Ahmed dans l'ombre mais derrière lui, la porte métallique restait grande ouverte. Il voulut se retourner brusquement pour supplier des explications mais un coup de matraque le surprit dans la volée. La tête du vieillard heurta violemment le sol et il s'évanouit.

  Ce que ne savait pas Ahmed, c'est qu'un inspecteur avait récemment eu vent de cette affaire et, dans le plus grand des silences, avait décidé de rouvrir le dossier. 22 ans après le tragique événement, il réussit à apporter de nouveaux éléments susceptibles d'incriminer le réel coupable. Il ne lui fallait plus que le témoignage d'Ahmed pour libérer le saint et enfermer le diable. Mais il semblait que ce témoignage ne parviendrait plus dans les oreilles de personne.
(alors je fous du rouge mais je ne sais pas trop : j'aime bien l'idée, j'aime bien l'élement, mais le changement de ton me parait brutal, décalé par rapport à la finesse du passage précédent. Evite à mon avis d'écrire "22" mais écris "vingt-deux". On sent, pour la première fois depuis le début du récit, l'auteur derrière l'histoire, on sent que tu n'as pas su amener les élements d'une nouvelle enquête sobrement, et c'est un peu dommage. Quoi qu'il en soit, le fond est plutôt bon, ça fait très harry bosch, mais j'ai du mal avec le "ce que" : "c'est que" etc etc)

  Ahmed reprit ses esprits. Il était désormais surélevé et pouvait observer les gardiens de haut mais il demeurait bel et bien leur victime. Au fur et à mesure que ses sens revenaient à lui, il sentait sur son cou une étreinte qui tentait de le faire monter aux cieux. Il toussa une première fois. Son cou le brûlait et ses poumons manquaient d'air. Il chercha de quoi s'alimenter en oxygène mais il suffoquait. Il perdait peu à peu ses facultés de perception et les gardiens qui l'observaient sans bruit s'éloignaient de lui.(condordance des temps ? Cette phrase me fait un effet chelou. Action principale au passé simple et action secondaire à l'imparfait, j'pense que c'est mieux, j'me trompe peut-être). Non, c'était lui qui s'éloignait d'eux, loin d'eux, loin de ce monde, loin de tout ceux qu'il avait aimé mais surtout, loin de toute cette(à mon avis, "cette" est en trop) souffrance. Ironiquement, désormais, il était enfin libre.

  Plus loin, un seigneur buvait le meilleur des vins entouré des beautés les plus vulgaires, coupable de tous les vices dont le meurtre d'une magnifique jeune femme tandis qu'un pauvre vieillard, coupable seulement de son innocence, se balançait dans une cellule sombre, retenu au cou par de vieux draps usagés.




Sacrée plume, sacré fond, sacré RedSmile. Tu gagnes un lecteur abonné ;p

L'histoire est très bonne et mériterait presque d'être continuée sur la fin, de ne pas faire mourir Ahmed mais de le laisser dans l'interstice de la mort et de l'abus policier et judiciaire, et qu'on passe par la suite à l'enquete de l'inspecteur, qui pourrait être intéressante. j'ai envie de connaitre le fils du maire, j'ai envie de connaitre l'inspecteur, j'ai envie de voir Ahmed vivre justice (mais en ça, la fin de ta nouvelle est très réaliste), et donc.. tu as réussi ton coup. Je suis dedans. Parfois, et c'est  bien normal, certaines lourdeurs desservent ton histoire et certaines choses sont peaufinables, mais dans l'ensemble, j'ai passé un excellent moment à te lire, et ça fait plaisir de voir un texte travaillé et une attention à la mise en page (attention aux dialogues) sur le forum.

Bienvenue sur le fofo, ravi de te compter par là, à très vite ! ;)

Awi, dernière chose : à mon avis le titre est mauvais :'(
« Modifié: 30 Juillet 2016 à 19:48:41 par Kwak' »

Hors ligne RedSmile

  • Tabellion
  • Messages: 41
Re : Innocence carcérale
« Réponse #5 le: 07 Août 2016 à 14:12:44 »
Merci beaucoup pour ton commentaire Kwak! T'as du prendre du temps à l'écrire et je t'en remercies vraiment. J'ai rarement vu un commentaire aussi utile pour tout te dire  :). Je me servirais d'un peu tout et essaierais de transformer mon texte bon en un texte très bon  :D

Merci à toi Gueth pour ton avis. Je suis content qu'il t'ai plu et je vais réfléchir quant à la suite. Peut être que je vais la modifier et la rendre plus longue. Je sais pas trop ce que je vais faire mais en tous cas, je la laisserai pas en l'état!  ;D

Hors ligne Kwak'

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Re : Innocence carcérale
« Réponse #6 le: 08 Août 2016 à 18:36:34 »
Voilà pourquoi je me tire du MDE, ci git le commentaire au dessus, goutte d'eau à faire déborder le vase. On voit bien le besoin d'exploser un p'tit jeune qui - contrairement à d'autres - se foule à présenter impeccablement un texte, sorti des trucs ultra convenus (l'alcoolique du sud, les descriptions architecturales sans fin et l'enquête de JeanMichMuch étaient tellement plus originales !) histoire de.. se sentir plus aisé en tant qu'écrivai et de légitimer peut-être les textes sans lecteur que vos blogs n'attirent pas. C'est un peu comme la musique : si tu n'arrives pas à te sentir talentueux, rabaisse les autres, ça te donnera l'impression de t'élever.

il y a une différence entre le "rien laisser passer" d'ernya et les espèces d'attaques capillaires, violentes et irréfléchies qu'on voit pondre de plus en plus. Pour moi, ici, et vu vos plumes, les mecs, il est plus qu'utile de prendre des détours.

Ce forum n'est plus que juxtaposition d'égos et violence de commentaires, de critiques, et une vitrine littéraire plus qu'un réel échange, que les gens administrent en les balancant sans fioritures sans être foutus de les appliquer eux-mêmes.

Je sais, à la majorité d'entre vous, je ne manquerai pas. Bonne route o/

Ps : j'ai mis ça ici parce qu'il m'est impossible de MP ChampDeFaye, et que ça s'applique également à MZK dernièrement et à bien d'autres personnes qui sclérosent le forum plus qu'ils ne le servent. ++
« Modifié: 08 Août 2016 à 18:40:03 par Kwak' »

Hors ligne Kwak'

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Re : Innocence carcérale
« Réponse #7 le: 10 Août 2016 à 11:05:53 »
Regarde mon commentaire à Redsmile, tu comprendras mon ton de base.

Regarde celui donné à MZK (avec ses commentaires capillaires de merde), à Sevranne et à son lampadaire allumé, et tu comprendrais l'illogisme de mon esprit vengeur : tu attaques une handicapé qui raconte son traumatisme, je t'allume. Tu soignes ta mise en page, tu bosses, je te commente amicalement.

Je sais c'est stupide. j'te mets au défi de trouver un commentaire décoiffant autre part que sur des narcisses.

Allez tchou.

Hors ligne Vir

  • Aède
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Re : Innocence carcérale
« Réponse #8 le: 11 Août 2016 à 12:23:42 »
  Salut RedSmile,
  J'ai aussi trouvé dans ton texte un peu trop de clichés et de tournures maladroites que Champdefaye a déjà pointé du doigt.

Ps : Je trouve que les bonnes critiques comme celle de Champdefaye à RedSmile sont des cadeaux.

Hors ligne RedSmile

  • Tabellion
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Re : Innocence carcérale
« Réponse #9 le: 14 Août 2016 à 23:32:33 »
Tout d'abord, aucune de vos remarques ne m'a réellement touché. Lorsque l'on étale ses créations aux yeux de tous, on ne s'attend pas à ne recevoir que des paroles élogieuses. Vous pourriez me cracher au visage que, réellement, j'en aurais cure. Mon principe sur ce site, c'est de ne jamais blesser personne dans mes commentaires et de ne jamais me laisser blesser par les commentaires des autres, qui que soit l'auteur. Que ce soit une insulte ou un compliment, tout est utile pour s'améliorer. On ne pourra jamais plaire à tout le monde et les avis sont tous bons à prendre si on sait déjà vers quel public orienter ses œuvres. Je prendrais du plaisir à plaire à certains mais j'en prendrais aussi à déplaire à d'autres. Je saurais alors que mon travail est concluant.
Ensuite, je pense que vous n'êtes pas sans savoir que ce que je raconte dans mon texte existe dans la réalité. À la longue, ces injustices deviennent du déjà vu. Elles sont toutes similaires et perdurent alors que le citoyen lambda s'amuse avec ses œillères. Et lorsque la réalité devient à elle seule son propre cliché, je pense qu'il est temps d'ouvrir les yeux, d'enfin agir pour le bien et plus pour l'indifférence.

 


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