Comment décrire le sentiment qui m'envahit alors lorsque je vous vis madame,
pour la première fois assise devant le grand saule, votre grâce et votre légèreté,
cette moue boudeuse que je surpris au coin de vos lèvres transpercèrent mon âme.
Depuis, de vous je ne fais que rêver, voyant, délicates vos mains sur moi posées,
Il est tant de choses qui me plaisent madame dans vos manières pourtant désuètes,
comme couvrir vos genoux et même vos chevilles sous de longues robes noires,
masquer vos soupirs aussi bien que vos sourires sous cet éventail qui va et vient.
Si seulement me venait le courage de vous approcher pour demander votre main !
Vous qui êtes si belle, moi qui ne suis rien... Une silhouette tailladée dans le soir,
l'ombre d'un pauvre jardinier, tombé en amour pour la rose la plus parfaite.
Mais comment pourrais-je vous courtiser alors même que j'ose à peine vous contempler,
votre doux visage encadré de boucles de jais, vos pupilles de saphir, aux cieux subtilisées,
vos mains diaphanes gantées de soie sombre qui semblent au dessus du piano voleter,
créer, tendres papillons de chair graciles et agiles une musique, immuable beauté.
Je voudrais tant savoir de quelle manière je pourrais vous déclarer ma flamme
moi, pauvre hère à qui l'on a pas donné de voix, juste des yeux pour pleurer.
Un cœur lourd et solitaire pour seulement traîner cette infinie tristesse,
l'amertume et la douleur que la solitude et parfois le dédain me laissent.
J'aimerais tant voir votre regard s'allumer pour autre chose que l'astre argenté,
dérober à vos lèvres veloutées ce sourire qui vous va si bien, madame.
J'ai passé tant de matins avec dans la poche ce billet doux plié, n'osant vous le donner,
tellement de soirs à observer votre ombre au dessus du parapet penchée...
Pourquoi la vérité si longtemps vous ais-je caché ? Maintenant il est trop tard,
plus jamais je ne pourrai vous l'avouer, j'ai trouvé votre corps gisant dans la roseraie,
une missive au creux de votre main gantée et à l'intérieur un pétale de rose noire,
ces quelques mots à l'encre rouge délicatement tracés – depuis si longtemps que je t'aimais -