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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un éclat de rêve

Auteur Sujet: Un éclat de rêve  (Lu 1159 fois)

Hors ligne Elisedu18

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Un éclat de rêve
« le: 22 Juin 2016 à 18:02:57 »
Salut! Alors, j'ai commencé à écrire une nouvelle pour un concours. Je n'en suis qu'au début mais je voulais quand même le poster ici, donc voilà au moins le début. ;)

Mon père, un adorateur et fervent collectionneur d’objets antiques et rares, l’avait suspendu au-dessus de la cheminée. Impérial, il surplombait la salle à manger, nous jugeant de son regard hautain et supérieur. C’était un majestueux miroir vénitien de la fin du XVIIIe siècle, style Louis XIV. Rectangulaire et mesurant plus de cent vingt centimètres de hauteur, il était large de quatre-vingt centimètre et surmonté d’une couronne en motif floral. Recouvert de verre de Bohème rouge bordeaux, il étincelait, rayonnait avec ses pièces argentées et taillés. Pour la bagatelle de huit mille cinq cents euros, il se trouvait chez nous.
   Le miroir était de loin l’objet le plus insolite habitant notre demeure. Pourtant, il était moins beau que les tableaux de Monet et les sculptures gréco-romaines, et bien moins imposant que les trophées de chasse et les sabres de samouraïs exposés. Mais il se dégageait de l’objet une singulière aura, une énergie qui se répandait inexplicablement dans la pièce, et qui m’attirait, depuis la première fois où je l’avais aperçu. Je suivais régulièrement mon père dans des ventes aux enchères, comme celle où nous avions assisté il y a une semaine de cela. Le miroir attendait, installé au centre d’une grande table, son nouveau propriétaire. A la minute où je l’avais vu, j’avais senti en moi une irrépressible envie de le posséder, et j’avais suggéré à mon père de l’acheter, ce qu’il avait fait, appréciant lui aussi le raffinement de l’objet. Au moment de payer, la vieille dame qui l’avait mis en vente s’était discrètement approchée de moi et m’avait murmurée, me faisant sursauter :
-   Le miroir t’a choisie, tu en deviens la gardienne aujourd’hui. Protège-le, l’ombre l’entoure !
Je m’étais rapidement éloignée, la croyant folle. J’aurais, en fin de compte, peut-être dû l’écouter. Si j’avais su…

Le soir venu, je m’installai sur un fauteuil pour continuer à lire mon livre préféré, Antigone. Mon père se coucha tôt, et je demeurai alors seule habitante éveillée du manoir, à feuilleter les pages d’un monde d’encre qui m’accueillait et me dévoilait son histoire. Cependant, quelques heures plus tard, les lignes se mirent à danser devant mes yeux fatigués, au rythme d’une mélodie pour moi sans aucun sens. Je refermai le livre, le posai sur la table basse, et, n’ayant pas la force de rejoindre ma chambre, m’allongeai paresseusement sur le canapé, face au miroir. Je fermai les yeux, prête à m’endormir.
Mais le miroir exerçait toujours sur moi cette force d’attraction que je ne pouvais combattre. Je ne pensais plus qu’à l’objet, tout le reste s’était effacé. Je ne savais même plus où j’étais. J’évoluais dans une sorte de brouillard opaque qui endormait mes sens, dans une autre réalité, qui me semblait pourtant une réalité bien plus vraie que celle qui me situait avachie sur le canapé de mon salon. Le miroir me paraissait en outre plus vivant et réel que jamais. Un tourbillon de couleurs et d’émotions ravageur me percuta soudain de plein fouet. Je défaillis. Des sons, des couleurs me frappaient et m’éblouissaient. Je me sentis progressivement tomber, tomber, dans cette tornade qui m’attirait en son sein, alors que la seule image claire qui me parvenait encore était celle du miroir…

La première sensation que je perçus fut la douleur. Intense, elle perforait mon crâne, le vrillant de part en part. Je gémis tandis que mes sens se réveillaient. Des bruits de métal, de fer qui se percutaient, des cris, une forte odeur de fumée, la chaleur… J’ouvris les yeux, plongeant dans l’enfer qui m’entourait, et m’assis aussitôt, tentant d’ignorer le vertige qui me faisait tourner la tête.  Des scènes d’une rare violence se jouaient devant moi. On aurait dit qu’il pleuvait du sang.  Des hommes se battaient avec acharnement, munis de glaives recourbés, des membres tombaient, le corps voûté et émacié de la Mort passait d’un corps à l’autre. C’était horrible. Les maisons brûlaient, les femmes s’enfuyaient en hurlant, pressant contre leur sein ou traînant leurs enfants apeurés. Il régnait dans l’air alourdi une pestilentielle odeur de sang, de chair qui se racornissait dans les flammes de l’enfer.
J’essayai de me lever, mais mes propres membres ne m’obéissaient plus. Je me sentais engourdie, et paralysée de terreur. Je ne pouvais que psalmodier, comme un rite ancestral qui me permettrait de rentrer chez moi :
-   Ce n’est qu’un rêve, ce n’est qu’un rêve, ce…
En l’occurrence, c’était plutôt un cauchemar.
Je sentis soudainement des mains puissantes se saisir de ma taille, et me relever. Je voulus hurler, mais seul un gémissement apeuré s’échappa de mes lèvres serrées.  Mon souffle rauque s’échappait par de petits sifflements de ma poitrine compressée dans un étau de frayeur. J’entendis une voix d’homme.
-   Viens.
Il s’agissait de mon agresseur, qui me lâcha et saisit fermement ma main. Il commença à me tirer derrière lui, ce qui me sortit de ma léthargie. Je me débattis furieusement, et je libérai ma main.
-   Va au diable !
Je me tournai et m’enfuis à l’aveuglette, ne sachant même pas où je devais aller. J’évitai de mon mieux les soldats et les maisons réduites en cendres pour m’enfuir, loin de cette bataille et de ce monde. Et puis, de toute façon, peut importe où j’allais, non ? Après tout, ce n’était qu’un rêve.
-   Reviens !
Et mince ! Il courait plus vite que moi. J’augmentai la cadence et courus aussi vite que mes jambes tiraillées me le permettaient. Mais je ne parvins pas à le distancer. Alors que j’atteignais l’orée d’une forêt de vieux chênes, il se jeta sur moi et je basculai, roulant contre un arbre. Je toussai et recrachai péniblement l’herbe que j’avais malencontreusement ingurgitée. Tremblante, je me redressai à moitié mais ne trouvai pas nécessaire de me lever. Il était bien plus rapide. Déjà debout, il s’approcha lentement de moi, tel le vétérinaire ne souhaitant pas effrayer une bête blessée. Je reculai, mais le chêne dans mon dos stoppa bien vite ma vaine tentative. Mon cœur commença à pulser et à tabasser résolument ma poitrine, comme s’il voulait se casser de là pour me laisser gérer cette merde toute seule. Sympa.
Son ombre me recouvrit. Résolument, je levai les yeux et rencontrai deux billes de jade éclatant qui me fixaient avec intensité. Je n’avais jamais vu des yeux de cette couleur, et aussi pétillants. Ils étaient absolument magnifiques.
Il me tendit la main.
-   Je vais t’aider, lève-toi.
Suspicieuse, je le regardai, et ne bougeai pas d’un iota. Il secoua avec agacement ses longs cheveux blonds alors que les bruits et odeurs des combats parvenaient jusqu’à nous.
-   Quoi, tu préfères rester là ?
Il y a toujours ce moment, dans un roman ou un bon film, où l’héroïne se résout à suivre un garçon diablement séduisant, et décrété ennemi, plutôt que de rester dans une situation bien pire encore. J’avais toujours souhaité me trouver à la place de cette héroïne, et mon subconscient venait d’exaucer mes souhaits. Mais bizarrement, je ne trouvais plus ça aussi romantique. Il pouvait tout de même, je ne sais pas, décider de me découper en morceaux avec une scie sauteuse. De quoi me faire me réveiller en sursaut et très probablement m’écraser au pied du trop petit canapé. Je soupirai et me relevai, dédaignant sa main tendue. Il leva les yeux au ciel et s’enfonça dans les bois, reprenant de force mon bras pour me tirer à sa suite.
-   Je peux marcher toute seule, grommelai-je, et promis, je ne m’enfuis pas.
Soit il était sourd, soit il n’en avait strictement rien à faire, puisqu’il continua sans me lâcher. Je me résignai et le suivis, soutenant avec peine son rythme pressé.

Je ne sais combien de temps nous marchâmes ainsi. Des minutes, des heures ? Mon très limité sens de l’orientation me pauma après le cinquième arbre, qui ressemblait trait pour trait au précédent. Tout se ressemblait, d’ailleurs. C’était lugubre, et un tantinet effrayant. Ce que mon inconscient pouvait être mesquin !
Nous nous arrêtâmes au pied d’un gigantesque sapin, semblable à tous les autres.
-   Tu comptes faire quoi, rentrer dedans ? Parce que je veux bien t’aider à te faire assommer, moi.
Il me jeta un regard froid, exaspéré par mon attitude et mes sarcasmes. Il s’approcha de la base du tronc, et pressa un point. Un glissement se fit entendre, et la base coulissa, révélant un passage, un escalier qui serpentait vers les profondeurs de la terre. Je frissonnai malgré moi. Il sourit et pris ma main.
-   Euh, je suis claustrophobe !
Je n’eus cependant pas d’autre choix que de me résoudre à descendre. Je pestai silencieusement en me répétant que ce n’était qu’un rêve, qu’il n’y avait aucune raison de paniquer. Sérieusement, j’allais passer un de ces savons à mon cerveau en me réveillant !
Nous parvînmes au bout de l’escalier après quelques minutes dans un noir insondable qui ne gênait pas du tout mon compagnon. Je discernai à grand peine un long et obscur couloir sinueux, que nous empruntâmes pour finalement déboucher dans une grande salle circulaire. La luminosité, trop forte pour mes yeux habitués à l’ombre, me les fit fermer un court instant. Je les rouvris et pus découvrir l’étrange tableau peint devant moi. La salle était immense et ronde. Des torches suspendues se consumaient tout autour et de grandes gravures peuplaient les murs. Nous n’étions pas seuls. Une dizaine de personnes, assises à une somptueuse table ronde au milieu de la pièce, nous regardaient fixement. Je me tortillai, gênée et réprimai mon envie de fuir. Un vieil homme, voûté par le poids des années, se leva et s’adressa à nous :
-   Et bien, Zachary, qui nous ramènes-tu là ?
Zachary, puisque c’était donc son nom, m’entraîna avec lui et s’approcha. Il s’inclina.
-   Nobles des villages, je vous amène ce jour la nouvelle gardienne du Miroir.
Je sursautai violemment alors que les paroles de la vieille dame me revenaient en mémoire. Assurément, elle m’avait offert matière à rêver. Je secouai la tête et me concentrai.
-   En es-tu bien sûr ? s’enquit d’une voix préoccupée un des Nobles, un homme d’âge mur aux longs cheveux noirs.
Décidément, je commençai à me demander si le coiffeur existait, dans ce monde.
-   Oui, elle a surgi de nulle part. Seul le miroir pouvait lui fournir cet accès. Et voyez comment elle est vêtue ! Elle n’est pas de notre contrée !
Je baissai les yeux et remarquai, seulement maintenant, que je portais toujours mon inséparable jean noir et mon chandail rouge, alors que tous étaient habillés d’une matière luisante et de sortes de grandes toges éclatantes. Mon compagnon, lui, portait un pantalon bouffant et d’une drôle de couleur, surmonté de bretelles qui encerclaient son torse nu.
-   Oui, effectivement, renchérit le Noble.
-   Quoi, qu’est-ce qui vous gêne avec mes fringues ? m’énervai-je.
Le silence se fit pesant, alors que tous me fixaient d’un air hébété, un peu comme si j’étais folle.
-   Voyez, reprit Zachary, de plus, comme elle s’exprime.
Je soufflai et croisai les bras.
-   Elle n’a pas la langue dans son poche, rit le vieil homme qui nous avait en premier adressé la parole. Mais c’est bien. Très bien.
Il me sourit. Je détournai le regard en souriant timidement. Il avait l’air sympa.
-   Zach, peut-être pourrais-tu lui faire visiter les galeries et lui expliquer ce qu’elle devra faire ? suggéra-t-il.
Zachary hocha la tête en signe d’assentiment puis rebroussa chemin en m’incitant à le suivre. J’obtempérai après quelques secondes d’hésitation.
« Modifié: 23 Juin 2016 à 12:53:17 par Elisedu18 »
"Je sais bien que tu es morte, mais je crois qu'il y a dans tout être humain quelque chose qui ne peut pas disparaitre."
"Parfois, on demande à notre corps de parler à notre place de nos douleurs, des histoires qu'on cache en soi."
Ava Dellaira, Love letters to the Dead

Hors ligne Miromensil

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Re : Un éclat de rêve
« Réponse #1 le: 22 Juin 2016 à 21:57:28 »
Salut Elise !

la vieille dame qui l’avait mis en vente s’était discrètement approchée de moi et m’avait murmuré
murmurée  ?

je m’installai sur un fauteuil pour continuer de lire mon livre préféré
continuer à lire ?

à feuilleter les pages d’un monde d’encre qui m’accueillait et me dévoilait son histoire
bof fan de "monde d'encre" mais c'est subjectif

au rythme d’une mélodie pour moi sans aucun sens
je n'ai pas trop compris de quelle mélodie tu parles  :-[

Je (...) m’allongeait
allongeai

Un tourbillon de couleurs et d’émotion ravageur
si tu mets "s" à couleurs, alors il faut aussi "s" à émotions et mettre "ravageuses" il me semble

Je me sentis progressivement tomber, tomber, dans cette tornade qui me traînait en son sein, alors que la seule image claire qui me parvenait encore était celle du miroir…
C'est bizarre, quand on a un miroir en face de soi, de ne voir que le miroir et pas son propre reflet  :mrgreen:

(...) la chaleur…J’ouvris les yeux,
Espace après les trois petits points

Mon père me traînait régulièrement
(...)
tornade qui me traînait en son sein
(...)
ou traînant leurs enfants apeurés
A voir si tu trouves ça gênant mais il m'a semblé que ce verbe réapparaissait souvent.

Il commença à me tirer derrière lui, ce qui me tira de ma léthargie
Là la répétition est peut-être plus claire

J’évitais de mon mieux les soldats et les maisons réduites en cendres pour m’enfuir, loin de cette bataille et de monde.
évitai ?

les bruits et odeur des combats parvenaient jusqu’à nous
odeurs

Il y a toujours ce moment, dans un roman ou un bon film, ou l’héroïne se résout


De quoi me faire me réveiller en sursaut et très probablement m’écraser au pied du trop petit canapé.
Pas trop compris l'apparition du "trop petit canapé"  :D

Nous nous arrêtâmes au pied d’un gigantesque sapin, semblables à tous les autres.
semblable

La salle était immense, et ronde.
Pourquoi une virgule ici ?

Des torches suspendues se consumaient tout autour, et de grandes gravures peuplaient les murs.
Ici non plus je ne comprends pas trop la virgule mais c'est subjectif..

(...) vieille dame me revenaient en mémoire. Assurément, cette vieille folle
vieille x2, idem avec le folle un peu plus loin ("un peu comme si j’étais folle").

C'est bien parti pour durer cette affaire dites moi :kei: Alors alors, pour commencer par ce qui est plus négatif, je suis restée assez extérieure au récit et les péripéties de l'héroïne ne m'ont pas vraiment suscité d'émoi. Je m'explique : je crois que c'est en raison de la multiplication de vocabulaire un peu grandiloquent qui, au fond, n'a de grandiloquent que le mot puisque je n'ai pas ressenti leur portée. Par exemple :

- un tourbillon de couleurs et d’émotion(s) ravageur(ravageuses)
- des scènes d’une rare violence
- c’était horrible
- loin de cette bataille et de ce monde
- ils étaient absolument magnifiques.
- une dizaine de personnes assises à une somptueuse table ronde

Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire mais je ne saisi pas le côté horrible de la chose, je n'ai pas vu un tourbillon de couleurs ni en quoi les émotions étaient ravageuses, pourquoi ils étaient "absolument magnifiques", en quoi la table est somptueuse... Ce sont des beaux mots mais qui ne font que dire/décrire les choses sans vraiment susciter un échos en la petite lectrice que je suis. Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire. De plus, je n'ai pas été très convaincue par le tempérament assez mollasson de l'héroïne. Elle exprime sa stupéfaction face aux évènements qui lui arrivent mais elle ne fait que l'exprimer, je la perçois davantage comme une pseudo victime plutôt satisfaite de l'emprise que le ravisseur exerce sur elle. Par conséquent, c'est un peu ce qui m'a empêché d'éprouver de la sympathie à son égard, mais peut-être que c'est parce que l'histoire n'en est qu'à ses débuts.
Après, je ne suis vraiment pas fan des tournures comme  "Et puis, de toute façon, peut importe où j’allais, non ? Après tout, ce n’était qu’un rêve" ; "Il pouvait tout de même, je ne sais pas, décider de me découper en morceaux avec une scie sauteuse " ; "Sérieusement, j’allais passer un de ces savons à mon cerveau en me réveillant !" ; "Décidément, je commençai à me demander si le coiffeur existait, dans ce monde". Le truc de "mais ce n'était qu'un rêve" et le ton faussement surpris de la petite dame m'ont éjectée du récit pour tout te dire. Mais là il n'y a pas de vraie raison, c'est moi qui ai une impression de déjà-vu, donc je ne crois pas qu'il faille les changer pour autant - d'ailleurs tu prends ce que tu veux dans ce commentaire, ce ne sont que des pistes :)
Pour ce qui est plus positif, j'ai trouvé le style d'écriture fluide et équilibré, ça se lit bien. L'intrigue est structurée et cohérente. Il me semble que ton attention a été de faire en sorte que la forme soit neutre pour mieux servir le fond du récit ? Concernant celui-ci, j'ai juste trouvé bizarre de mentionner à quel point le miroir est beau et grand, sans parler du reflet qu'on voit dans le miroir (c'est comme même sa fonction première). A titre personnel, il m'a manqué une petite touche d'originalité - qui arrivera sans doute par la suite.

J'espère ne pas avoir été trop dure dans ma formulation, c'est toujours très subjectif un commentaire et tu n'en retiens que ce que tu veux. Je suis curieuse de connaitre la fin donc je reviendrai lire la suite quand tu l'auras postée !


Hors ligne Elisedu18

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Re : Un éclat de rêve
« Réponse #2 le: 23 Juin 2016 à 12:52:36 »
Salut, Miromensil, et merci de ta lecture. :D

J'ai pris tes remarques en compte et j'ai commencé à modifier mon texte ;)

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au rythme d’une mélodie pour moi sans aucun sens
je n'ai pas trop compris de quelle mélodie tu parles  :-[
en fait c'est une métaphore. J'ai utilisé l'expression "les lignes se mirent à danser" et généralement, on dans sur de la musique donc j'ai juste mis que la mélodie lui échappait, ce qui veux dire qu'elle n'arrive pas à suivre (comme si elle n'arrivait pas à être dans le rythme pour danser) :D

Citer
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Un tourbillon de couleurs et d’émotion ravageur
si tu mets "s" à couleurs, alors il faut aussi "s" à émotions et mettre "ravageuses" il me semble
oui pour le "s" à émotions mais c'est le tourbillon qui est ravageur dans mon texte, et pas les émotions ;)

Citer
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De quoi me faire me réveiller en sursaut et très probablement m’écraser au pied du trop petit canapé.
Pas trop compris l'apparition du "trop petit canapé" 
Elle se dit qu'elle est en train de rêver et elle pense que si elle se réveille en sursaut, elle risque de tomber du canapé, qui est "trop petit".

Après, je vais décrire un peu plus les passages où j'utilise les adjectifs "grandiloquents", comme ça on se le représentera mieux. ;)
Et tu la vois peut-être plus comme une pseudo victime parce qu'elle sait qu'elle rêve, donc elle se dit qu'elle peut faire ce qu'elle veut et du coup elle n'est pas franchement effrayée (d'où l'utilisation des phrases disant qu'elle sait qu'elle rêve, pour qu'on comprenne mieux sa façon de se comporter)  ;)
Oui, j'avoue que j'ai complètement zappé de parler du reflet, ça m'est complètement sorti de la tête :-[ Je vais y remédier.

Bonne journée et encore merci de ton attention et de tes remarques! ;D
Elise
"Je sais bien que tu es morte, mais je crois qu'il y a dans tout être humain quelque chose qui ne peut pas disparaitre."
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Hors ligne Elisedu18

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Re : Un éclat de rêve
« Réponse #3 le: 23 Juin 2016 à 12:53:50 »
Il me fit traverser plusieurs galeries, et d’autres salles plus ou moins grandes. Nous effectuâmes ce parcours en silence, et c’est seulement quand nous arrivâmes dans l’aile des dortoirs qu’il prit la parole :
-   Dans ce monde, la magie existe, mais elle est très rare. De nombreux conflits en ont résulté, parfois même des guerres. Tout le monde veut posséder la magie, c’est un don extrêmement puissant qui pourrait mener quelqu’un sur le trône en très peu de temps, et lui permettre de devenir un souverain, ou plutôt, un tyran incontesté. Il y a très longtemps, de puissants Mages, dont nous sommes les descendants, nous qui vivons sous la terre, ont réunis progressivement tous les réceptacles de magie du monde. Une fois cet objectif atteint, ils se sont servis de leur énergie pour les expédier à travers une autre dimension, jusqu’à la terre d’où tu viens.
La première pensée qui me vint en tête fut : « waouh, j’ai beaucoup d’imagination ! ». Mais je ne l’interrompis pas et écoutai attentivement ses explications. Si j’avais quelque chose à faire dans ce rêve, autant en profiter au maximum. Pour une fois que je me trouvais être l’héroïne qui doit sauver tout un tas de gens, je n’allais quand même pas cracher dessus !
-   D’accord, et je suis censée faire quoi, moi ?
-   Tu as acquis le Miroir, le réceptacle le plus puissant jamais recensé. Le souci, c’est que tu l’as activé.
-   Et ?
-   En l’activant, une réplique du Miroir a été envoyée dans notre monde, sa terre originelle. Tous les peuples ont ressenti sa venue, et la guerre a donc repris pour conquérir l’objet, et le pouvoir par la même occasion. Le Miroir a un pouvoir incommensurable : c’est un portail entre les mondes. C’est grâce à lui que nos ancêtres ont pu se débarrasser des objets, et aujourd’hui, pour une raison que nous ignorons, il a décidé de t’amener à nous, revenant lui aussi chez lui.
-   Tu en parles comme s’il avait une conscience propre.
-   C’est le cas. Nous pensons donc qu’il veut que tu accomplisses quelque chose.
-   Et quoi ?
-   Je te l’ai dit, nous ne savons pas. Mais en récupérant la réplique, on devrait le savoir.  Suis-moi.
Il me guida dans un autre réseau de tunnel, qui déboucha sur un coquet jardin d’intérieur.  Des…minis-soleils ? flottaient, apportant chaleur et lumière. Nous prîmes place sur un banc en pierre rose.
-   Où se trouve la réplique, ici ? demandai-je.
-   C’est là que ça se complique. Il est réapparu dans le palais de la duchesse Milena.
-   Et c’est un problème, parce que…
-   C’est notre ennemie, et elle rêve de devenir un jour la reine.
Il n’aurait pas pu le dire plus tôt ?
-   Et c’est seulement maintenant que tu le dis ?
-   Ne t’inquiète pas, on devrait pouvoir entrer facilement. Demain soir, la duchesse organise un bal masqué, sur invitation.
-   Et on est invité ? ironisai-je.
-   Bien sûr que non, mais ne t’en fais pas pour ça.
-   D’accord, mais si c’est si facile, pourquoi vous avez besoin de moi ?
-   Le Miroir ne se laissera pas emporter par n’importe qui.
-   Et qu’est-ce…
-   Tu ne cesses donc jamais de poser des questions ? rigola-t-il en se levant. Tu sauras tout en temps voulu, mais là, il va être l’heure du souper, et j’ai très faim. Viens avec moi.
De mauvaise grâce, je retins mes nombreuses interrogations en me faisant la promesse de les remettre sur le tapis demain. Enfin, si je ne me réveillai pas avant. Pour l’heure, mon estomac gargouillait lui aussi, et j’avais très envie de manger.

Nous déboulâmes dans un réfectoire rectangulaire accueillant plusieurs tables de toutes les formes. Il s’y trouvait beaucoup plus de monde que dans l’autre salle, et je me sentais peu rassurée. On me dévisageait curieusement et sans discrétion, ce qui avait pour résultat de me rendre encore plus nerveuse. Je collai donc Zach et m’installai à ses côtés à une petite table carrée, déjà occupée par trois autres garçons, sans doute du même âge que mon compagnon. Je les fixai sans me cacher – après tout, ils ne se gênaient pas non plus. Celui qui me semblait être le plus jeune devait avoir dans les quatorze ans. Rachitique, il avait de belles boucles rousses qui dégringolaient sur ses épaules carrées telle la tempête de sable soufflant sur le désert. Ses yeux étaient d’un bleu vif, profonds comme l’océan. De nombreuses filles devaient se disputer son amour. Les deux autres, des jumeaux, arboraient un air ténébreux, avec leurs yeux et cheveux – longs – noirs, qui m’intimidait un peu, mais je ne leur laissai pas la satisfaction de le voir. Impassible, je n’écoutais leur conversation que d’une oreille distraite en attendant de pouvoir dîner.

Zachary vint me réveiller bien trop tôt à mon goût, alors que je n’avais presque pas dormi, me retournant toute la nuit dans mes draps. Je me sentais fatiguée et j’avais envie de rester au lit, alors que je n’aurais pas du. Puisqu’on rêve pendant qu’on dort, je ne devrais pas vouloir dormir. Pourtant, c’est ce que je souhaitais réellement, et je n’arrêtais pas de bailler. De plus, cette introspection me donnait une de ces migraines !
Je soupirai et rabattis ma couette avant de me lever et de suivre mon hôte. Je pris un petit-déjeuner frugal composé de quelques baies et noix puis filai me laver, dans une des nombreuses cavités creusées aux abords d’un lac souterrain. A la fin de ce petit rituel matinal, Zach me conduisit dans une des salles et me raconta précisément le déroulement du plan de ce soir. Grâce à mon regard entièrement neuf, certaines failles me sautèrent aux yeux, et nous passâmes une majeure partie de la journée à les corriger. Et quand la grosse pendule du salon principal annonça neuf heures, nous étions fin prêts.

-   Est-ce que c’est vraiment obligé ? soufflai-je, la voix coupée.
-   Tu dois passer inaperçue, me répondit la couturière.
Ouais, enfin, je ne passerais pas vraiment inaperçue si je mourais d’asphyxie. Non mais un corset, vraiment ? J’aurais préféré porter quelque chose de plus ample. Je ne crachais pas sur la beauté de la robe,  bien sûr, car pour être élégante, elle l’était. Le corset à lacets, d’un bleu foncé brillant, enserrait – trop – ma taille et rehaussait ma poitrine. Le reste de la robe s’étalait en cascades de froufrous le long de mes interminables jambes, du plus foncé des bleus, à la limite du corset, au plus lumineux et clair. Mes cheveux d’ébène furent redressés en un chignon austère qui me donnait autorité, et avec l’aide de bottes à talons, je gagnais quelques centimètres dont je fus ravie. Pour parfaire ma tenue, un masque de loup, noir et argent saupoudré de paillettes bleues vint orner mon visage et un pendentif en forme de demi-lune élut domicile au creux de mes seins.
-   Je ne pourrais pas avoir un éventail, pour…ben…m’éventer, comme dans Pirates des Caraïbes ?
-   Pirates des…quoi ? s’étonna-t-elle avant de secouer la tête. De toute façon, ces machins-là ne servent à rien. Tourne un peu, que j’admire mon chef d’œuvre.
Au moins. Je pivotai sur moi-même en ravalant mes remarques acerbes. Je me stoppai en entendant Zach applaudir lentement.
-   Pas mal, approuva-t-il, mieux qu’avant.
-   Décidément, j’ai l’impression que vous n’aimez pas mon code vestimentaire.
-   Et c’est un euphémisme.
Je l’observai. Il était plutôt bien vêtu, lui aussi, dans sa très chic culotte blanche et son pourpoint ocre. Une redingote dorée et argentée les couvrait, et des souliers noirs à petits talons achevaient sa tenue. Il avait noué ses cheveux en une queue de cheval basse.
-   Prête ? me demanda-t-il.
Je lui sortis alors une fameuse réplique de Rouge Rubis, qu’il ne saisit bien évidemment pas :
-   Prête si tu es prêt.

A l’instant où nous quittâmes le quartier général, comme je l’avais précédemment surnommé, la première phase de notre plan commença : récupérer deux invitations. Pour ce faire, des agents avaient recueillis pour nous les renseignements que colportaient les villages alentours, et nous étions tombés sur quelque chose : la comtesse d’Anooli, accompagnée du duc de Samaran, se rendait par les petits sentiers au bal, faiblement escortée, la plupart de la garde se sacrifiant sur le champ de bataille.  Une aubaine pour Zachary et moi, qui allions réquisitionner leurs cartons.

Après plusieurs longues minutes à marcher dans les bois, nous arrivâmes sur le sentier principal, qui sillonnait la forêt jusqu’à la capitale, Ajaxor, où nous nous rendions. Patiemment, nous restâmes immobiles, accroupis dans les fourrés, jusqu’au moment où des hennissements nous parvinrent.
-   On ne devrait pas mettre nos masques ? demandai-je à Zach, inquiète, en commençant à ouvrir mon sac.
-   Non, me stoppa-t-il. S’ils réussissent malgré tout à s’enfuir et à prévenir Milena, ils n’auront que nos visages, et la duchesse n’osera pas ordonner à ses invités de retirer leur masque.
Oui, c’était logique. Je hochai la tête et reposai mon sac avant de resserrer les pans de mon long manteau brun, destiné à cacher ma robe.  Quand le cortège nous fut enfin visible, notre escorte s’avança. Trois de nos hommes s’élança au devant d’eux, les stoppant, tandis que trois autres leur ôtaient tout espoir de fuite en se postant derrière. Les cinq gardes de la comtesse mirent pied à terre et dégainèrent leur épée, mais nous ne leur laissâmes pas les utiliser. Zach en assomma deux à lui tout seul alors que les deux derniers membres de notre garde à nous s’attaquaient aux deux autres. Quant à moi, et bien, je m’étais dis qu’en pensant très fort qu’il ne pouvait pas me faire de mal, puisqu’il s’agissait de MON rêve, ça stopperait net le dernier homme. J’avais tort, et dus éviter le coup d’épée qu’il voulait m’assener. Je ramassai rapidement une grosse pierre dont je me servis pour le faire dormir un peu. Il s’effondra, comme tous les autres, et nos combattants firent descendre de leur litière les deux nobles. Après avoir récupéré les cartons, nous les ligotâmes et les confièrent, avec les autres guerriers, aux trois soldats qui allaient rebrousser chemin. Je me demandais bien comment ils allaient faire à eux seuls pour en ramener sept, mais Zach m’avait dit de ne pas m’en inquiéter, alors… Nous nous débarrassâmes de nos manteaux, remîmes nos masques, jetèrent nos sacs pour enfin nous installer dans la litière, alors que notre garde s’emparait des chevaux. J’inspirai profondément. Première phase réussie, place à la deuxième. 

Nous arrivâmes, à ce que j’estimais une heure plus tard, à la capitale. J’écartai le tissu faisant office de fenêtre, pour observer la ville, qui n’avait apparemment souffert d’aucun combat. C’était petit, et pittoresque. Des maisons en bois et chaume bordaient des rues sales pleines d’ornières et de boue. Des enfants en bas-âge y pataugeaient, et couraient après des chiens maigres au poil jauni. Quand nous fûmes aperçus, les têtes se relevèrent et les habitants cessèrent toute activité pour nous regarder passer. Les enfants, excités, s’élancèrent vers nous, mais tous furent repoussés avec rudesse par des soldats qui patrouillaient et nous ménagèrent un passage. C’était bien différent de ce à quoi je m’attendais, mais Zach m’expliqua que nous évoluions dans les bas-quartiers de la cité, au cœur des rues malfamées et des réseaux de contrebandiers. D’où le renforcement de la garde pour la soirée, afin d’épargner toute rencontre indésirable aux invités de « sa suprêmissime duchesse Milena ».
Un peu plus tard, nous pénétrâmes dans la haute-cité, à travers d’épaisses portes en fer forgé où nous fûmes contrôlés. Le changement s’opéra immédiatement devant mes yeux ébahis. Des rues élargies et propres, de grandes habitations en calcaire blanc et tuiles foncées, des chevaux au poil luisant. Les enfants, vêtus de robes et toges rayonnantes, jouaient tranquillement alors que leurs mères lavaient le linge dans des bacs à l’eau claire. On ne fit nul cas de notre marche, excepté quelques regards inquisiteurs mais pas réellement surpris qui nous dévisagèrent quelques secondes avant de replonger à leur tâche.
   Nous arrivâmes au portail doré d’une immense résidence constituée à vue d’œil de plus de quatre bâtiments. On exigea de voir nos invitations, et Zach, remarquable acteur, les montra avec aplomb et assurance, se faisant passer, à l’aide de je ne sais quel accent étrange, pour le duc de Samaran. Je tentai de ne rien montrer de mon admiration, et nous passâmes les portes de la demeure où nous devions trouver le miroir. Notre convoi stoppa au milieu de la cour de graviers, aux côtés d’une impressionnante fontaine ronde surmontée d’une imposante sculpture du genre de celles réalisées dans la Grèce Antique.


« Modifié: 24 Juin 2016 à 22:12:59 par Elisedu18 »
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Re : Un éclat de rêve
« Réponse #4 le: 25 Juin 2016 à 15:23:01 »
En mettant pied à terre, j’endossai sans plus attendre mon rôle de noble hautaine qui regarde tout le monde comme du fumier, et, accompagnée du très séduisant duc de Samaran, je me rendis au bâtiment central, qui abritait au rez-de-chaussée sa royale salle de bal. Après avoir une fois de plus montré nos invitations, nous pûmes y pénétrer.
Je manquai de glisser sur le parquet luisant et me rattrapai innocemment au bras de mon cavalier, genre « il ne s’est rien passé, tout va bien. ». Il me sourit d’un air entendu. Je contemplai la pièce qui s’étendait à perte de vue. De majestueux lustres de cristal suspendus aux voûtes de pierre, très « chapelle de l’ancien temps », illuminaient d’un éclat jaune tournesol les murs blancs et les nombreux tableaux de la famille de notre hôte. Tout son arbre généalogique était présent. Le duc et la duchesse de Hookingrad, leurs enfants, comtes et comtesses de Romared,…et la duchesse Milena de Hookingrad, avec son époux, le seigneur des Terres du Nord. A leur arrivée, je pus clairement distinguer le talent du peintre qui avait su, ou bien avait été forcé, les faire paraître beaux. La duchesse portait un air arrogant et hautain, son nez de sorcière pointait vers le ciel et de méchantes tâches de rousseur parsemaient son visage rond, un peu en forme de pomme de terre. Ses longs cheveux roux et rêches ne seyaient guère à ses rondeurs, mal cachées dans une robe marron-grise des plus odieuses, qu’elle avait pourtant l’air de considérer comme une tenue somptueuse. Son mari allait très bien avec elle. Ses yeux de hibou insomniaque habillaient une peau terne et sèche, et on ne pouvait pas appeler « cheveux » la maigre touffe de poils blancs qui couronnait son crâne dégarni. Son cou trop long annonçait un costume mal taillé gris souris qui le grossissait exagérément (peut-être pour que sa femme ne se sente pas trop grosse, pour ce que j’en sais). Zachary interrompit là ma réflexion en me chuchotant à l’oreille :
-   Nous chercherons le miroir un peu plus tard dans la soirée. Pour le moment, nous devons nous intégrer. Allons saluer et remercier nos hôtes pour nous avoir invités.
-   D’accord, mais tu es sûre qu’ils ne connaissent pas la comtesse et le duc ?
-   Quand bien même ils seraient amis, nous ne retirerons pas nos masques et il faut espérer qu’ils ne poseront aucune question d’ordre personnelle.
Espérer ? C’était peut-être débile, mais je n’avais pas pour habitude de me reposer sur l’espoir. Il avait tendance à décevoir bien facilement.
-   Allons-y, me résignai-je bon gré mal gré.
Nous zigzaguâmes alors entre des invités aux tenues plus excentriques les unes que les autres : en forme de cônes de signalisations (et avec les couleurs, parfois), des robes élargies qui me rappelaient celles de Marie-Antoinette dans la comédie musicale 1789, les amants de la Bastille, et des perruques énormes genre Marge Simpson ou champignon atomique. Nous parvînmes finalement au pied de leurs deux trônes impériaux et le héraut présent nous annonça :
-   Le duc de Samaran et sa compagne, la comtesse d’Anooli.
Zach s’inclina respectueusement. Je l’imitai en appliquant la révérence qu’il m’avait apprise ce matin. Nos hôtes se levèrent et firent de même, mais je notai qu’ils ne s’inclinaient pas aussi bas que nous. Nous nous redressâmes.
-   Ah, mon ami, s’exclama soudain le seigneur.
« On est foutus », pensai-je. Mais mon cavalier répondit avec une aisance que j’étais loin d’éprouver :
-   Monseigneur, quel plaisir de vous revoir ailleurs que sur le champ de bataille ! Comment se portent vos défenses, j’ai cru comprendre qu’elles étaient postées au nord de la capitale ?
-   Oui, pour défendre le flanc supérieur de la ville contre les barbares venus des Iles Arindiennes. Mais ne parlons point de tout cela et profitons plutôt des quelques heures de répit que nous offre ce rallye, voulez-vous ? Pourquoi ne me présenteriez-vous pas à votre charmante cavalière ?
Il me reluqua alors d’une façon qui me donna et l’impression d’être nue, et une irrépressible envie de vomir.
-   Oh, je manque à tous mes devoirs, s’écria Zachary, faussement outré, en prenant délicatement ma main. Voici une de mes cousines éloignées, la comtesse Aélyss d’Anooli.
Je me courbai encore une fois et essuyai le regard noir de jalousie que la duchesse me jetait. Si un regard pouvait tuer, je serais déjà morte et six pieds sous terre. Son époux, n’ayant cure des états d’âme de sa femme, captura ma main dans une douce étreinte et y déposa un chaste baiser. L’envie de la lui arracher et de m’essuyer grossièrement sur ma robe me traversa l’esprit, mais je la cachai dans ma poche, avec trois mouchoirs par-dessus, simple précaution, tout en retenant à grand-peine le regard dégoûté qui voulait habiter mon visage.
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Re : Un éclat de rêve
« Réponse #5 le: 26 Juin 2016 à 16:13:44 »
Un couple d’invités s’approcha à son tour et nous disposâmes. Quelques mètres plus loin, je tirai la langue, écœurée. Mon compagnon eut tout le mal du monde à se retenir de rire. Quand il réussit à se ressaisir, il jeta un regard autour de nous et m’attira doucement à lui par la taille et…sur la piste de danse.
-   Non, non, non, paniquai-je, je sais pas danser !
-   Ne t’inquiète pas. On n’a pas besoin de savoir valser, tant que son cavalier, lui, sait se débrouiller, m’assura-t-il. Et il faut qu’on fasse comme tous les invités.
-   Pendant combien de temps ? grognai-je.
-   Jusqu’à ce que Milena se désintéresse enfin de nous. J’ai cru qu’elle allait te bondir dessus, tout à l’heure. Si on part maintenant, elle va nous suivre juste parce qu’elle espère pouvoir te coincer en train de faire quelque chose de mal.
Ah, lui aussi avait remarqué ? Pas très discrète, la grosse ! Nous valsâmes doucement au rythme d’une mélodie occidentale au piano et violoncelle, et je me détendis progressivement.
-   Je peux te poser une question ? demandai-je brusquement.
-   Je ne crois pas pouvoir de toute manière t’en empêcher, rétorqua-t-il en riant silencieusement.
-   Pourquoi Milena ne s’est-elle pas encore servie du Miroir pour asseoir sa suprématie ?
-   Elle doit d’abord faire venir des Erudits, qui connaissent les Anciennes Ecritures magiques, pour « débloquer », en quelque sorte, le Miroir. Elle sait qu’il ne se laissera pas posséder aussi facilement, et elle compte sur ces Sages.
-   Quand est-ce qu’ils seront là ?
-   Demain matin.
Je vais encore parler de film, mais, dans les films, il y a souvent un ou plusieurs moments où l’un des personnages avoue une vérité pour lui immuable, et que dans le même temps, son ou ses interlocuteurs se rendent compte qu’il a totalement tort. On appelle ça un imprévu, ou un retournement de situation. Parce qu’au moment où Zach m’affirma qu’ils ne seraient là que le lendemain, j’aperçus dans son dos, près de la porte d’entrée, plusieurs hommes en toge bleue nuit munis de livres épais. C’était vraiment comme ça, dans ma tête, que j’imaginais des Erudits.
-   Ces Sages ? le questionnai-je avec sarcasme.
Il tourna la tête.
-   Bouse de ragaroufe, jura-t-il.
-   Hein ?
-   Rien. On va devoir accélérer le mouvement, c’est tout. Pour l’instant, Milena ne nous fera pas l’offense de quitter le rallye, mais dans une heure ou deux, ce sera suffisant. Il est commun pour les hôtes de quitter leurs soirées un peu plus tôt que leurs invités. Mais je crains d’attirer l’attention en précipitant les choses.
-   On n’a pourtant pas vraiment le choix, si j’ai bien compris. Donc j’espère que tu vas nous pondre un de tes supers plans pour la suite.
Il réfléchit quelques instants avant de redresser la tête.
-   D’accord, nous allons poliment aller nous adresser au couple seigneurial pour savoir où se situent les cabinets…
-   Sérieusement, tu crois que c’est le moment pour aller te soulager ? sifflai-je entre mes dents.
Il soupira.
-    Evite de m’interrompre. Nous nous y rendrons, et de là, nous irons chercher le Miroir.
-   Ah. Ok, c’est bien comme plan.
Sa seule réponse fut un sourire en coin et, main dans la main, nous allâmes quêter courtoisement le renseignement fictif qu’il nous fallait. Une fois celui-ci obtenu, je suivis Zach en dehors de la salle, jusqu’à la porte des chiottes. Ah non, pardon, des cabinets. De là, il regarda en arrière afin de savoir si on avait été suivis, et nous dûmes patienter quelques minutes dans un silence des plus oppressants. Enfin, il me montra l’escalier qui se trouvait du côté opposé, et je m’y rendis. Mais, alors qu’il s’apprêtait à me suivre, nous entendîmes une porte claquer, et, de ma position actuelle, je pus apercevoir le mari de Milena s’engager dans le couloir que nous avions précédemment pris. Je renseignai Zach. La panique se lut un bref instant sur son visage pâle, mais il se ressaisit rapidement et me souffla de continuer et de trouver le Miroir. Il descendit et s’arrêta devant la porte du cabinet. J’angoissai. Comment j’allais faire pour le trouver toute seule ? Je repris mes esprits et montai lentement quelques marches, mais me stoppai une nouvelle en entendant le châtelain s’adresser à Zachary :
-   Vous voilà, mon ami ! Je suis simplement venu voir si votre compagne…et vous, aviez besoin de mon aide pour une quelconque affaire.
-   Je suis fort obligé à votre sollicitude, Monseigneur, mais nous devrions retourner parmi vos invités. Ma cavalière aimerait se refaire une beauté et se rafraîchir. Je crains qu’elle n’y mette, comme toutes les femmes, un temps exagérément long.
-   Oh…euh…oui, bafouilla lamentablement le seigneur, avec une déception perceptible dans la voix, nous la verrons toute à l’heure, donc.
Je les entendis rebrousser chemin. J’inspirai profondément et continuai mon ascension, mon cœur battant la chamade et les jambes lourdes.
-   Ne panique pas, c’est juste un rêve…
Je déboulai au second étage, celui de la duchesse. On nous avait signalé que le Miroir se trouvait dans ses appartements, et plus précisément dans sa chambre. Je passai donc rapidement les premières pièces, des salles de danse, des cuisines personnelles, des salles d’eau, des cabinets, en regrettant de n’avoir pas emmené des vivres et de l’eau pour traverser ce périple. Sérieusement, c’était aussi long qu’un musée !

Je pénétrai enfin dans le palace lui servant de chambre. Disposée dans une des grosses tours rondes du château, la charpente et les tuiles formant le toit en triangle étaient hautes et visibles, mais en apparence propres, ce qui me fit me questionner sur la façon dont les valets s’y prenaient pour nettoyer. Le lit étoffé de draps vermeils finement brodés d’or et d’un couvre-lit en peau d’animal reposait au milieu de la pièce. Tout autour, accoudés aux murs, se trouvaient différents meubles de rangements, commodes travaillées et armoires délicates, ainsi que deux coiffeuses en or et argent. Mais je ne voyais pas l’objet de cette quête. Le Miroir n’était pas visible. Je pestai et ouvris une des armoires, que je fouillai de fond en comble, évitant les robes de bal et les chemises de nuit fines, les chaussures en peau et les bottes en peau tannée, les gants et corsets sur mesure. Je ne l’y trouvais pas et passai aux autres meubles, le plus vite possible. Le seigneur allait finir par s’impatienter, et risquait d’attirer l’attention de Milena. J’ouvris un coffre et écartai impatiemment les bijoux de pierres précieuses et les calices coulés dans l’or, la vaisselle impeccable et brillante, et tout un tas de trésors aussi ostentatoires.
«  Et pendant ce temps, le peuple meurt de faim. », songeai-je.
Je sortis un paquet du fond de la commode, de forme rectangulaire. Il était drapé dans un tissu de soie scintillante que je dépliai fébrilement. Je m’assis à même le sol, tremblotante.
-   Je t’ai trouvé…
Je sortis délicatement l’objet de son manteau bleuté et le teint à bout de bras. Plus merveilleux que dans mes souvenirs, il étincelait littéralement. Dans ce monde, il semblait y tenir parfaitement sa place et rayonnait d’un éclat mystique propre à lui seul. Mon reflet me revenait encore plus embelli qu’auparavant. C’était…vraiment magique.
Mais, tout à mon admirative contemplation, je négligeai d’assurer mes arrières, et n’entendis les pas lourds de la garde fracasser le marbre éclatant de la grande salle. Ce qui me parvins seulement fut la voix aigue et enrouée de la duchesse Milena :
-   Emparez-vous d’elle !
Je sursautai…et lâchai le Miroir. Milena hurla, tout comme moi, mais l’objet ne se brisa heureusement pas. J’eus à peine le temps de soupirer de soulagement. Deux hommes me saisirent les bras et me traînèrent sans prendre la peine de me relever. Je criai de douleur quand mon genou heurta l’encadrement de la lourde porte et tentai de me redresser péniblement mais ils continuèrent à me tirer sans pitié et je trébuchai à nouveau. Les escaliers furent une véritable torture. La souffrance fut telle que mes yeux papillonnèrent et se firent trop lourds pour que je continue à les laisser ouvert. Le mal s’infiltrait dans chaque pore de ma peau, se frayait un chemin dans mon corps et mes bras écartelés, mes genoux explosés. Mes sens se fermèrent, et la phrase de la duchesse me parvint dans un brouillard confus :
-   Jetez-là au cachot, et trouvez son complice !
La brume se referma autour de moi, et quelqu’un éteignit toutes les lumières du monde.

   J’étais étendue sur quelque chose de dur, et froid. Ça ne ressemblait pas à mon canapé. J’ouvris les yeux, pour rencontrer un plafond humide parsemé de tâches de moisissures et de champignons. Je fronçai le nez et me levai. Enfin, essayai. Une violente douleur me plaqua au sol rugueux. Je retins le cri qui voulait sortir de mes lèvres pincées. Mes jambes me faisaient un mal de chien ! Je m’assis précautionneusement en m’adossant malgré mon dégoût au mur crasseux. Je vis les barreaux de métal forgé qui entravaient ma liberté. Deux torches à l’extérieur pour simple éclairage, et un geôlier assoupi sur une chaise en bois. Le cliché des films d’actions.
Je gémis et tâtai doucement mes genoux, pour les trouver poisseux de sang et affreusement douloureux. Tout le bas de ma robe était en lambeaux, complètement déchirée. Le reste était sale et distendu. Je bougeai lentement mes bras engourdis et pris mon courage à deux mains pour me lever. Je serrai les dents et parvins à tenir debout. Je vacillai légèrement, mais me retins au mur. Pendant les quelques minutes qui suivirent, je m’échinai, tel le poulain nouveau-né, à effectuer des pas mal assurés et hésitants, jusqu’à m’être habituée un tant soit peu à la douleur, qui se réduit finalement à un désagréable engourdissement mêlé de picotements.

Je m’adossai de nouveau contre le mur rugueux pur réfléchir à la pénible situation dans laquelle je m’étais fourrée. Je me maudis pour n’avoir été plus attentive. Je songeai à la manière  par laquelle je pourrais m’enfuir, mais je n’en voyais aucune, mis à part me réveiller, bien sûr, mais les rêves ne se poursuivant pas comme les films qu’on met sur pause, je n’aurais aucune possibilité de savoir, la nuit suivante, comment Zachary s’en était sorti.
« - Jetez-là au cachot, et trouvez son complice ! »
Les paroles de Milena me revinrent en mémoire. Bon, apparemment, Zach avait réussi à se cacher, ou à s’enfuir, bien que cette dernière possibilité me paraisse peu plausible. Il était attaché au devoir qu’il devait accomplir et n’aurait certainement pas fui le front des combats. Il allait probablement essayer de récupérer le Miroir. Mais c’était évident que Milena l’avait déplacé pour le mettre en lieu sûr, et des légions de gardes devaient veiller dessus. Nous nous battions désormais pour une cause perdue, à cause de moi. Génial.

Des bruits de pas claquèrent contre les marches de l’escalier que je voyais au coin de ma cellule. Je pris une attitude digne malgré ma défaite en croisant les bras et en adoptant un air fermé, en dépit de l’angoisse que je ressentais. Mais quel ne fut pas mon soulagement d’apercevoir Zachary s’encadrer dans mon champ de vision ! Je laissai cette émotion salvatrice et réconfortante se peindre sur mon visage fatigué et m’approchai des barreaux. Il déroba en silence et avec une grande maîtrise les clés du garde endormi et il déverrouilla la porte tout aussi silencieusement. Je sortis précipitamment et nous nous enfuîmes au nez et à la barbe du geôlier, qui dormait tel un bienheureux. Je le plaignis. Il allait passer un sale quart d’heure lorsque la duchesse remarquerait la faute qu’il avait commise.

Alors que nous traversions et enchaînions les différentes pièces, Zach m’expliqua que les espions avaient repérés Milena et sa garde rapprochée ainsi que les Erudits dans les jardins derrière le bâtiment principal. Il m’exposa ensuite le plan qu’il avait concocté dans l’urgence de la situation, sûrement grouillant de failles aussi immenses que des cratères. Mais nous n’avions plus le temps de les corriger. La duchesse allait bientôt pouvoir posséder le Miroir, et nous devions l’empêcher. Nous retrouvâmes les trois espions derrière un bosquet touffu, d’où nous jouissions d’une vue parfaite sur l’étrange cortège. Au centre des jardins se trouvait Milena, le Miroir dans les mains, face aux Erudits qui étudiaient l’objet, de loin. Ah, la confiance n’était pas au rendez-vous. Tout autour d’elle, ses huit fidèles soldats étaient déployés et scrutaient les environs d’un œil averti et expert.
-   On va commencer, murmura Zach. Il faudra être prêt à fuir après avoir récupéré le Miroir. Des chevaux attendent un peu plus loin, derrière cet enchaînement de hêtre, termina-t-il en désignant de grands arbres, à notre droite.
Tous dégainèrent les armes qu’ils portaient à leur ceinture. Des épées, des sabres, des glaives. On me confia une dague longue comme mon avant-bras. Zach nous fit à chacun une suite de signes, tel un soldat expérimenté commandant à ses troupes. Quand vint mon tour, je me montrai attentive et mon compagnon n’employa pas des gestes trop compliqués. Je compris rapidement et hochai la tête. Nous nous dispersâmes alors pour exécuter notre mission. Je me tapis patiemment derrière un talus, que je n’eus pas trop de mal à rejoindre, à l’opposé de notre ancienne cache. Comme les autres, je comptai jusqu’à cinquante avant de brandir fièrement mon arme, prête au combat. Dans le froid gelé et silencieux de la nuit retentit soudain un vacarme incroyable, qui déstabilisa la garde, car le bruit provenait de quatre endroits différents. Mes compagnons frappaient le gravier de leurs épées en criant. Je me fis quant à moi aussi silencieuse que possible. Milena fit un mouvement impérial de la main, et tous ses soldats se divisèrent pour rejoindre les sources des bruits. Il n’en restait plus aucun près de la duchesse. Je ne m’inquiétais pas pour mes acolytes, ils sauraient aisément se dérouiller avec deux opposants. En attendant, c’était mon tour. Zachary m’avait assuré que les Erudits ne savaient pas combattre, et j’espérai bien qu’il ne se trompait pas, sinon j’étais foutue.
Je bondis hors de ma cachette et courus jusqu’à Milena. Je stoppai derrière elle, et apposai d’un geste fluide mon coutelas sur sa gorge. Elle étouffa un cri, et s’immobilisa immédiatement, tout comme les Sages, paniqués. Je pus remarquer que j’étais plus grande qu’elle d’une tête. Parfait, ça me rajoutait de l’autorité. De plus, les Erudits n’avaient pas l’air de savoir comment agir.
-   Le Miroir, ordonnai-je d’une voix grondante de menaces.
Elle hésita un quart de seconde, mais en sentant ma prise sur elle se raffermir, et la dague entaillant légèrement sa nuque, elle capitula et me tendit l’objet. Je le saisis d’une main, mon attention toujours rivée sur la duchesse. C’est toujours quand on détourne le regard que le serpent attaque. Devant nous, je vis soudainement d’autres soldats, certains à cheval, qui se ruaient dans notre direction. Je jurai et réfléchis à toute vitesse. Je fis avancer Milena jusqu’aux Erudits, puis la poussai violemment sur eux. Sans attendre davantage, je me retournai, lâchai mon arme et pris mes jambes à mon cou, suivis par Zach et les espions. J’atteignis le cheval noir qui m’attendait et l’enfourchais sans peine, en remerciant mentalement les camps d’équitations de mon enfance. Nous lançâmes nos montures au galop à travers bois. Quelques mètres plus loin, comme convenu, nous nous séparâmes pour augmenter nos chances de nous en sortir. Ils me firent prendre un petit chemin en dehors des sentiers battus, et difficilement visible dans la pénombre environnante, alors qu’eux prenaient les routes principales, pour attirer un maximum de soldats.
Serrant précieusement le Miroir contre ma poitrine, et alors que mon destrier augmentait encore l’allure, je me remémorai le chemin du retour. Mais je constatai trop rapidement qu’une partie de la garde n’avait pas été abusée. Des galopades et hennissement furieux nous poursuivaient. Arrivée à un ruisseau, j’eus l’idée d’abandonner mon cheval et de le lancer sur la suite du chemin, alors que je remontai le cours de l’eau à pied pour dissimuler ma piste. La ruse fonctionna, mais pas totalement. Le régiment qui me coursait fut certes amoindri, mais certains, accompagnés, pour mon plus grand malheur de la duchesse Milena, me rattrapèrent et m’acculèrent contre de gros rochers au centre d’un petit sentier boueux.  Je reculai au maximum et m’immobilisai. Ils mirent pied à terre et s’approchèrent doucement, comme le chat raffermissant sa prise sur la souris tremblotante bloquée dans un coin. J’étais complètement fichue. Mais je ne pouvais pas les laisser avoir le Miroir ! Ils m’auraient, mais pas le Miroir. Je souris diaboliquement, ce qui eut pour effet de stopper mes ennemis, surpris. Je resserrai mon emprise sur le Miroir, le soulevais tout doucement, presque innocemment, comme si j’y renonçais et que je le cédais de bonne grâce, en perdante honorable. Je le relevai soudainement tout en haut de ma tête.
-   Non ! hurla Milena.
De toutes mes forces, je le balançai contre une grosse pierre à mes côtés. Le Miroir explosa en un million de minuscules débris qui retombèrent en pluie cristalline, partout sur le sol. Le cri de rage de la duchesse résonna au creux de mon crâne, alors que je me sentais subitement bizarre, toute engourdie et dénuée de forces. Je perdis mes repères, et tout se brouilla, pour finir par s’éteindre entièrement

   J’ouvris les yeux brusquement et les rivai sur…mon plafond. Je m’assis et regardai autour de moi. J’étais sur le sol, au bas de la cheminée. Je portais mon pyjama, mais…mes genoux étaient complètement déchiquetés, et couverts de sang. Mes bras me faisaient aussi souffrir. L’évidence me frappa avec l’effet d’un boulet de canon, alors que j’arrivais à peine à y croire :
-   C’était pas un rêve…
Je secouai la tête et figeai mon regard sur…des morceaux de verre. Des centaines de morceaux épars et brillants. Je levai mon regard au-dessus de la cheminée. Plus de miroir.
-   Non, non, non, non, non !!!
Huit mille cinq cents euros, à la poubelle.
-   Mon père va me tuer.
« Modifié: 26 Juin 2016 à 16:15:37 par Elisedu18 »
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