C'est l'heure de la récré. Paul, tout seul dans son coin comme chaque jour, regarde ses camarades jouer aux billes dans le bac à sable. Il n'a pas le droit de rejoindre le groupe, il doit s'amuser seul, une histoire de classe sociale à ce qu'il a entendu même s'il ne sait pas trop ce que ça veut dire. D'un bout d'oreille, il chope des bribes de conversations. La Mercedes du père de l'un, la piscine des parents d'un autre, les vacances à venir à l'autre bout du monde pour Pierre-Benoit, le chef autoproclamé de la petite bande.
Paul n'est pas un inconditionnel de la solitude. Il a du mal à comprendre cette distance, ce rejet. Il a des bras, des jambes, n'a pas une tête d'alien et se débrouille bien pour dégommer les billes des autres, un coéquipier idéal...
Il tente, plein de courage, une approche.
Pierre-Benoit : - " Eh ?! Où tu crois aller toi ? Tu ne peux pas jouer avec nous ton père est pauvre, il vient te chercher à pieds parce qu'il a même pas de voiture et son boulot c'est de ramasser les poubelles, c'est trop nul !!! "
Toute la clique se met à rire sans retenue mais Paul ne se démonte pas... Tous ces gamins deviennent hideux, il ressent leur haine hautaine, tellement substantielle qu'elle ne le touche pas. Un autre morveux prend la parole.
-" Nous on veut pas de toi dans notre bande, tu mérites pas, t'as même pas des Nike !!! "
Nouvelle vague de gloussements moqueurs, certain le montrent du doigt en s'esclaffant bruyamment. Mais Paul sourit :
-" Mon père n'a peut être pas autant d'argent que les vôtres mais il sait faire des choses qu'aucun de vos pères ne saura jamais faire... "
P-B -" Ah oui ? Et quoi donc ? "
Paul -" Mon père il sait dessiner des monstres... "
Consternation chez les fils de riches, les yeux globulent, les rires s'étouffent, l'argent perd une bataille importante.
P-B : -" Comment ça ? Des vrais monstres ? Qui crachent du feu et mangent les enfants ? "
Paul : -" Wai !! Et il fait même de la batterie dans un coupe de rock, il écrit des histoires qu'il me lit pour que je m'endorme, il me fait monter sur ses épaules quand il vient me chercher et court aussi vite qu'il peut jusqu'à ce qu'on s'envole au dessus des étoiles. "
Les sales gamins font maintenant un cercle autour de Paul et l'écoutent, fascinés. Ils lui posent des questions jalouses en pensant à leurs pères riches de leurs absences.
Paul : -" Et on va partir en vacances chez mon oncle pompier, il va m'emmener dans son camion comme tous les ans ! "
Pierre-Benoit : -" N'importe quoi, c'est pas comme ça que tu pouvoir jouer avec nous, nous on veut pas de sales pauvres et... "
Rapidement il se fait remettre en place par 3 des gamins hypnotisés par le discours de Paul.
-" Ferme ta gueule Ben... "
Bientôt Paul sera le chef et on lui offrira même des billes, comme ça, parceque son père sait dessiner des monstres et que pour un enfant, y'a rien de plus puissant.